POUVOIR DES PAPES
Le droit public de cette époque offre une justification des papes. Au moyen-âge, la religion était regardée comme la base et le soutien de la société, le principal devoir du souverain était de la protéger. Par suite de cette croyance et parce qu'il était le seul corps instruit, le clergé eut une grande influence dans les affaires publiques. A cette époque, l'Eglise faisait tout pour le bien des peuples, dans l'ordre moral, et dans l'ordre matériel. Elle devait donc attirer le respect, la confiance et la reconnaissancs des nations. Les souverains se sont plu à donner toutes sortes de privilèges au clergé, et les services qu'ils en recevaient, les engageaient à créer des seigneuries ecclésiastiques.
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L'influence publique du clergé prépare celle du pape, chef de l'Eglise, et directeur du clergé. D'une autre part, le profond respect des peuples pour la religion, amena l'usage de confirmer les lois divines et ecclésiastiques, par la sanction des peines temporelles. Or,la pénitence canonique pouvait les excommunier de beaucoup de droits civils, il restait attaché à leur personne une certaine infamie et on les regardait comme indignes de remplir les fonctions sociales qui demandent de la considération. Voilà pourquoi il fut admis, dans tout le moyen-âge,que l'excommunication privait de la dignité temporelle. Le droit de Souabe, les lois anglaises, les ordonnances de St-Louis reconnaissent formellement cet ordre de choses. Les décrets du 3e et 4e concile de Latran, portés avec les secours des deux puissances,démontrent qu'elle était la persuasion générale sous ce rapport. Les souverains ont admis eux-mêmes que la déposition était une suite nécessaire de l'excommunication, ou du moins, si l'on ne se faisait pas absoudre dans un certain temps. Bossuet, Fieury, Michaud, Lingard, Leibnitz, Voltaire ont admis que tout le monde reconnaissait au pape le droit de déposer un souverain excommunié, au moyen-âge. Ce fait est hors de doute, peut-il être justifié ? Qu'on se fasse les questions suivantes :
1. Les nations avaient-elles raison de vouloir ne reconnaître pour les gouverner qu’un homme religieux, et donnant, par la profession de sa foi,une garantie de sa justice ?
2°. Avaient-elles le droit de refuser l’obéissance à un prince étranger et hostile à leur religion, et qui, n'ayant plus de frein à redouter, aurait pu user d’une influence toute puissante pour altérer la foi des peuples ?
3. Avaient-elles le droit, ces sociétés dans lesquelles l'esprit du christianisme était si profondément enraciné, de ne vouloir plus être assujetties à un souverain qui, frappé des anathèmes de l'Eglise, ne pouvait plus attirer en lui les bénédictions du ‘el dont il aurait eu besoin pour bien gouverner ?
4. Avaient-elles le droit de se donner un contre-poids contre la force d’une autorité si facile à dégénérer en tyrannie, dans ces siècles,surtout en soumettant cette autorité à un pouvoir d’une nature supérieure, qui devait être leur défenseur dans ce cas d'oppression ?
5. Avaient-elles le droit de reconnaître, pour arbitre de leurs différends, un juge qui,par sa dignité, sa position et les grâces du ciel attachées à son saint ministère, devait présenter les plus hautes garanties d'une décision importante et éclairée ?
6”. Mais les papes ont-ils pu accepter ce pouvoir qui leur était conféré par le consentement des rois et des peuples ? Oui,si ceux-ci ont pu le donner. Il n'est pas interdit à l'Eglise d'intervenir dans les affaires temporelles, si, par ce moyen, elle contribue au bonheur de la société. Le bien, partout où on lui permet de le faire, c'est son œuvre, c'est son devoir. D'ailleurs, le maintien de la foi et de la morale, le respect et l'obéissance dus à son pouvoir spirituel étaient essentiellement intéressés à cet ordre de choses. Puisque ce pouvoir lui était offert, elle a pu, elle a dû adopter comme moyen efficace et peut-être unique alors, de remplir le but principal de son institution : ‘‘la conservation de la foi et des mœurs.”
7. Mais on dit que les papes, en déposant les souverains,ont prétendu agir en vertu d'un droit divin et comme vicaires de J.-C. Les papes ont pu déclarer qu'ils agissaient à ce titre ; en effet, à qui décernait-on cette puissance suprème de déposer les rois ? C'était au pape,non considéré comme individu, mais comme vicaire de J.-C., comme chef et organe de l'Eglise. Pourquoi lui décernait-on le pouvoir? Parce qu'il avait, d'institution divine, le droit d'excommunier, de juger de l’hérésie, de la gravité des crimes et de proclamer que dans telle circonstance, le serment n’oblige pas. Le pouvoir donné au pape n'était donc que l'autorisation d'appliquer à l'autorité civile une conséquence du pouvoir spirituel, que demandait la société d'alors, c'est-à-dire, la déclaration que tel souverain, jugé par l'Eglise, coupable d’hérésie ou de grands crimes et frappé par elle d'excommunication n'était plus le ministre de Dieu, pour le bien de la société. ‘Minister Dei in Bonum,” (Rom.XIII). Mais puisque le principe de droit politique de déposer les souverains, donné au pape, était leur autorité spirituelle, ils ont pu dire, dans ces circonstances, qu'ils agissaient comme vicaires de Jésus-Christ.