‹ Histoire apologétique de l'Eglise [microforme]Chapitre 117 sur 140 · DES BIENS ECCLÉSIASTIQUES · texte numérisé non relu

DES BIENS ECCLÉSIASTIQUES

1° Le prêtre a droit de vivre aux frais des fidèles. Les fonctions sacrées l’empêchent de se livrer à des travaux et à des œuvres profanes ; il n’en a pas le temps et ce genre d'occupations le distrairait et nuirait à sa piété et à son zèle. La Providence dut pourvoir à sa subsistance par un autre moyen. Or, le prêtre se dévoue pour le peuple; il n'existe que pour lui, préside au culte, administre les sacrements, corrige ies pécheurs, soulage les pauvres et assiste les malades,

2. Le peuple doit faire vivre celui qui rend de si éminents services. Ainsi, dans la loi ancienne, Dieu prescrivit la dîme et fit vivre la tribu de Lévi aux dépens des autres. Dans le nouvelle, Jésus-Christ recommande aux apôtres de ne rien prendre avec eux pour leur voyage. Car l’ouvrier est digne de sa nourriture. (Mach. 6, 8).

St Paul, 1ère épitre aux Corinthiens, chap. IXe, dit que le Seigneur a réglé ceux qui annoncent l'Evangile, et il démontre que les fidèles doivent faire vivre leurs pasteurs. Dans les premiers temps de l'Eglise, les fidèles remettaient leurs biens entre les mains des apôtres ; ceux-ci en disposaient suivant qu'ils le trouvaient plus utile, les diacres furent spécialement chargés de l'administration de ces biens. Si l'Evangile recommande la pauvreté, par l'exemple et les leçons de J.-C., c'est comme conseil, c’est pour détourner de l'affection des richesses, ce conseil devrait trouver sa pratique dans la vie religieuse ; mais rien n'indique un précepte, sous ce rapport, pour les prêtres plus que pour les fidèles. Jésus ordonna bien de donner gratuitement ce qui a été reçu gratuitement, ceci signifie seulement qu'il ne peut pas vendre les choses saintes ; mais non pas que les ministres de Dieu ne puissent rien posséder. Dès les premiers siècles, on voit l'Eglise recevoir des biens considérables dont elle gardait la propriété.

Constantin fit rendre les biens confisqués par Dioclétien et Maximien. Le clergé est devenu propriétaire de grandes richesses, parce que les fidèles ont pu faire une œuvre agréable à Dieu en donnant aux prêtres, pour leur subsistance, et afin qu'ils puissent faire du bien. Un clergé qui est obligé de mendier pour vivre perd sa considération et sa dignité, il est aussi exposé à perdre son indé-

à pendance et à sacrifier les devoirs de son ministère à ses tu. intérêts temporels. Ïl ne peut faire de bonnes œuvres, ne |

jèles. peut exercer la charité envers les pauvres. Il n'apparait l|

s tra- plus dans la société comme bienfaisant, servant d'exemple 4

ps et aux fidèles. L'Eglise, permettant aux prêtres la possession 4

été et des biens temporels, a déterminé l’usage qu'il devait en |

tance faire. Elle a défendu le luxe et la richesse des grandeurs quil

uple; terrestres ; elle leur a fait une obligation d'employer leurs |

e les revenus à des œuvres de piété et de charité ; elle ne les a |

es et regardés que comme les dépositaires de ses richesses dont l: la p'opriété réelle était à l'Eglise elle-même, pour les 4

émi- tempies, l'exercice du culte et les parures. Les prêtres en

crivit général ont fait le meilleur usage de leurs richesses. Le

itres. clergé a fondé et décoré des églises, élevé des hôpitaux,

ôtres établi des maisons d’éducatica1 et soulagé puissamment

l’ou- la misère publique. Ceci c'est vu dans tous les pays catho-

liques particulièrement dans le nôtre. Sans doute, à cerdit taines époques, le clergé a été trop riche, et sans cesser de

9 . . . A , faire du bien, il a pu donner au luxe et à la mollesse. C'est

nées un malheur que l'Eglise a déploré ; et, de temps à autre, el :s re- des persécutions et des spoliations ont fait disparaître ce a uXsc! qu'il y avait d'excessif, dans les richesses, et de désordon- , les né dans l'emploi qu'on en faisait. Il faut reconnaître que Ë )n de de trop grandes richesses nuisent au clergé, mais l'abus par ne détruit pas le principe que le clergé peut et doit posséc'est der des biens temporels. Il est à remarquer que Dieu a | de- puni exemplairement tous les spoliateurs des biens ecclérien siastiques et que les spoliations des biens du clergé n'ont ; plus jamais enrichi ou aidé les gouvernements qui les ont per- il gra- mises. il seu- il mais ABOLITION DES TEMPLIERS fl DSSÉ- 4 r- des Les Templiers ne conservèrent pas longtemps l'esprit ni, de leur institution. Lorsque la libéralité des princes les NA oclé- eurent enrichis, les vices qui marchent à la suite de l'opu- Lin » de lence, s'introduisirent parmi eux. Ils s’accrurent prodigieu- 1 une . Sement. Lors de l'institution de l’ordre, ils avaient 9,000 fl leur ‘ couventsou seigneuries. Une très grande partie de l’ordrene cler- pouvait être occupée. La paix où elle vivait devait les porléra- ter à la mollesse. De bonne heure, on les accusa d’arrogance

ndé- et de rapines. Innocent III leur avait adressé de grands

reproches. L'empereur Frédéric II avait formulé contre eux les plus fortes accusations. Pendant le cours du XIIIe siècle, ils furent, de la part du public, l’objet des soupçons les plus malveillants. En 1303. des révélations sur des crimes affreux furent faites à Philippe-le-Bel. Deux ans après, ce prince en parla à Clément V qui refusa de croire à ces accusations et ne voulut pas même s’en occuper. En 1304, Philippe fit arrêter les Templiers dans tout le royaume. Le pape fit de sévères reproches au roi sur cet acte, mais Philippe fit conduire 72 templiers au pape, lesquels, sans être forcés, firent les déclarations les plus pénibles. Alors Clément ordonna une enquête par toute l'Europe. Elle dura quatre ans, les accusations furent justifiées par les confessions les plus explicites, et particulièrement par celles de 23: templiers et du grand maître de l’ordre Jacques Molay. Le pape avait déjà déféré la cause au concile de Vienne.

L'assemblée, après s'être occupée de la question, en remit la décision au pape. Clément V, sans porter un jugement définitif, abolit l’ordre comme ne pouvant plus rendre service à l'Eglise. Le concile décida que les biens des Templiers seraient donnés aux hospitaliers. Des mesures furent prises pour que le procès des chevaliers du temple se continuât avec équité. Le pardon et une subvention honorable devaient être accordés à ceux qui se répentiraient, les autres devaient être abandonnés au bras de la justice séculière. Avant cette décision du concile, le pouvoir civil avait jugé et condamné 59 chevaliers convaincus des plus grandes infamies, et ils furent brûlés vifs à Paris. Le pape s'était réservé le jugement du grand maître et des principaux chevaliers. Il envoya trois cardinaux à Paris pour agir en son rom. Devant ceux-ci, Jacques Molay et les autres confirmèrent leurs premiers aveux. Les cardinaux remirent l'affaire au lendemain. Dans cet intervalle, le roi, informé de cette rétraction, ordonna le supplice de deux templiers qui furent brûlés vifs en protestant de leur innocence et de celle de l’ordre entier. Il est impossible, après cet exposé, de croire à l'innocence générale de l’ordre.

Comment peut-on supposer que la multitude des personnages qui ont pris part à cette affaire, cardinaux, évêques, magistrats, témoins aient été tous de vils instruments des passions de Philippe-le-Bel ? Quand cela aurait

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été possible en France, on ne peut le supposer en Angleterre, en Espagne, en Italie et ailleurs. Si le plus grand nombre des coupables a été trouvé en France et surtout à Paris, c’est que le procès a été suivi de plus près. D'ailleurs, on admet que la corruption n’a pas été la même partout. Les templiers tenaient à tout ce qu’il y avait de plus grand dans le royaume, pourquoi pas de réclamations de la part de la noblesse, surtout pendant un procès qui dura six ans? Le désaveu d’un grand nombre, au moment du supplice, ne prouve rien. L'histoire est remplie de faits semblables. L'appel du pape et du roi au tribunal de Dieu est un fait controversé. Philippe ne pouvait avoir aucun intérêt à la condamnation des templiers, après l’abjuration de leurs biens aux hospitaliers. Un grand nombre ont fait des aveux sans torture.

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