SCHISME D'OCCIDENT
L'élection d’Urbain VI doit être reconnue comme valide, parce que les cardinaux ne l’ont pas faite sous l’impulsion d’une crainte qui leur ôtait toute liberté, parce qu'ils l'ont couronné librement et n’ont point protesté après le conclave ; parce que pendant quatre mois, ils sont restés en communion avec lui; parce que la plus grande partie de la chrétienté l’a reconnu pour pape, et que l'Eglise l'a regardé comme pontife légitime. Les cardinaux qui ont élu Clément VII sont très blâmables, mais on ne doit pas tous les accuser d’avoir agi avec la conscience d’une mauvaise foi ; car il est difficile de comprendre que sous les circonstances qui ont accompagné et suivi l'élection d'Urbain, leurs préjugés aient pu les jeter dans une illusion déplorable qui leur ait persuadé qu'ils devaient donner un autre chef à l'Eglise. L’adhésion d’une grande partie de la chrétienté à Clément VII s'explique par l'exposé que les cardinaux qui l’ont élu, ont fait sur son élection, il était de nature à mettre dans l’erreur. Au reste, tous reconnaissent que le pape est le vicaire de J.-C.; mais on se trompait de bonne foi à l'égard de la personne qui était revêtue de cette dignité et à proprement parler, qu'il n’y a pas eu de schisme, c’est-à-dire, de séparation du chef de l'Eglise, puisque tous s’y croyaient fidèlement attachés. Il y a eu des saints dans les deux obédiences. Il y a eu, dans les premiers
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temps, un zèle remarquable pour faire cesser la division, on a tenté toutes sortes d’efforts dans ce but. C'est pour l'atteindre qu’on a rassemblé le concile de Pise, où on a déposé Grégoire XII, Benoit XIII et élu d'abord Alexandre V puis Jean XXIII. Ce concile témoigna de la bonne volonté des cardinaux à faire cesser le schisme. Le principe en vertu duquel s'est assemblé le concile de Pise est que, comme il n'existait pas de pape reconnu généralement, l'Eglise devait pourvoir à son gouvernement en élisant un pape qui serait reconnu généralement de tous, ce qu'elle ne pouvait faire qu’au moyen d’un concile. Cependant l'autorité du concile demeura fort douteuse :
1’. Parce que l'élection de Grégoire XII ayant été légitime, il n'avait pas le droit de le déposer, 2°. parce que une grande partie des évêques de la chrétienté n'avaient pas reconnu le droit des cardinaux à assembler le concile de Pise et n’y avaient point assisté, 3°. parce que le concile n’a pas été confirmé par aucun pape certain. Le conciie de Constance s’est tenu dans un but louable et après de longs débats, il à vu le schisme disparaître. Mais on a pré-
‘tendu à tort que les décrets de la quatrième session n'ont
pas été dressés et réclamés tels que rapportés ordinairement. Il n’était pas question d'autre chose que de l’autorité du concile pour éteindre le schisme, et il y eut protestation du corps des cardinaux contre le décret de la sième session. On interprête les décrets dans un sens qui n’est pas contraire à l'autorité souveraine du pape. Car tout semble démontrer que le concile n’a produit ses actes que dans le cas du schisme.
Les défenseurs de l'autorité pontificale expliquent toutes les paroles dans ce sens. Il le faut bien, autrement le concile se serait mis en opposition avec lui-même, parce qu'il reconnut qu’un pape canoniquement élu ne pouvait être lié ; il a admis que la réformation de l'Eglise devait se faire par le pape, il a fait une exception seulement pour le temps du schisme à la proposition que les cardinaux ont formulée en ces termes: ‘‘Æoma Ecclesia sicut omnium ecclesiarum caput dicitur, sic in conciliis imo universalibus generalis ecclesia.” Il admit la condamnation de Wiclef, portant que tout ce que décide le St Siège est de foi ; il a laissé le pape Martin V, qu’il avait élu, défendre les appels du pape aux conciles. Enfin, si l’on regarde le concile de
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Constance comme faisant autorité,comment croire que leurs décrets aient le sens qu'on leur donne, lorsqu'on voit la doctrine contraire être soutenue, après comme avant le concile, par la très-grande majorité de l’Eglise,et l'opinion qui soumet le pape au concile, être condamnée par le St Siège, sans réclamations de l'Eglise. Le concile de Constance n'était pas œcuménique dans sa 4e et 5e session: 1°. il n'a pas été convoqué par un pape certain, ni reconnu par l'Eglise universelle, Le concile lui-même, en déclarant qu'il s'assemblait pour l'extinction du schisme et en le demandant à Jean XXITI, dès ses premières séances, ne reconnaissait pas pour certaine l'autorité de celui qui l'avait convoqué et toutefois il ne se composait que de son obédience.
Les partis de Grégoire XII et de Benoit XIII formaient des parties considérables de la chrétienté qui ne reconnaissaient pas le concile. 2°. Les décrets de la 4ème à sème session ont été formulés malgré le pape et les cardinaux ; on a jamais regardé comme œcuménique un concile opposé à l'Eglise romaine. 3°. Le concile, dans ses sessions, n’a pas suivi ses procédés ordinaires. On a délibéré avec une grande précipitation et des menaces de violences. Au lieu de voter par tête, on a voté par nation, contrairement aux lois de l'Eglise. On a admis, à la délibération, de simples prêtres ou des laïques,ce qui ne s’est jamais fait dans d'autres conciles. 4°. Le concile,en consentant d'être convoqué de nouveau par Grégoire XII,émet un doute sur son pouvoir. Car la condescendance ne pouvait seule porter une assemblée, sûre de son autorité, à un acte semblable dont elle devait prévoir qu'on se servirait pour confirmer ses décrets. 5°. Le pape Martin V n’a contirmé que les décrets portés en matière de foi et faits concilairement, c’est-à-dire suivant les formes canoniques des conciles et non autrement. Ainsi cette confirmation ne tombe pas sur la 4e et 5e session et cependant il est de droit que les conciles soient continués. Tous les autres conciles l'ont été. Il y a eu sans doute beaucoup d'agitation et des procédés peu convenables dans le concile de Constance. Il est toutefois étonnant et providentiel que les troubles n'aient point eu de suites graves et qu’en général l'accord se soit maintenu dans une assemblée aussi nombreuse et composée non seulement d'ecclésiastiques, mais de laïques de
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tous genres et de toute nation. Et dans un temps où un si long schisme devait avoir mis tant de divisions entre les esprits. La protection de Dieu sur son Eglise se manifeste encore lorsque malgré tous les obstacles, le schisme a été terminé par une admirable condescendance de tous les partis. Cette épreuve terrible du schisme que l'Eglise a surmontée, montre plus que tout autre fait de son histoire l'assistance divine à son égard et la réalisation de la promesse : ‘* Les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre elle."