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DE LA TOLÉRANCE

Le mot tolérance, à proprement parler, signifie la patience avec laquelle on supporte une chose que l’on sait être mauvaise, mais que l'on croit convenable de souffrir. Le mot de tolérance se trouve toujours accompagné de celui de mal. On ne dit pas que l'on tolère le bien, la vérité. Etablir la tolérance comme un ordre de choses normales pour la société, c’est proclamer le droit de l’erreur, c'est un hommage rendu au mal. La tolérance limitée peut être permise en certaines circonstances, mais avec précaution et mesure.

Il y a la tolérance des idées et la tolérance des personnes, une contradiction n’est pas une persécution. Dire à un hornme qu'il est dans l'erreur, ce n’est pas porter sur lui une main violente. L’étrange confusion entre ces deux choses est souvent la cause de déclamations contre l'intolérance de l'Eglise.

Toute conviction, en quelque genre de choses que ce soit, est essentiellement intolérante. Quand on est persuadé de la vérité d’une idée, on cherche à la faire prévaloir, on fait une guerre intellectuelle à quiconque soutient des principes opposés. La tolérance des idées dans le sens absolu du mot est contre la nature de l’homme, elle serait une négation de la foi et de la vérité.

Les convictions religieuses doivent toutes spécialement être animées d’un énergique esprit de répulsion contre tout enseignement qui les contredit. Les catholiques qui croient que la foi aux dogmes révélés est d’une nécessité absolue, sont forcés de s'opposer à toute erreur qui,en faisant perdre la foi aux hommes, les mettrait hors des voies du salut et serait ainsi la cause des perturbations sociaies.

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Ils ne peuvent tolérer la négation des doctrines qu'un Dieu a prêchées en les scellant de son sang, que les apôtres ont répandues dans le monde, au milieu des plus pénibles fatigues, que les martyrs ont confessées au milieu des plus atroces tortures, que les Pères et les docteurs ont défendues avec tant de science et de zèle, et que l'Eglise est chargée de perpétuer dans le monde. Pour un catholique qui comprend ce qu'est la religion et connaît les devoirs qu'elle lui impose, la tolérance de l'erreur n'est pas possible, il doit la combattre, s'il le peut.

Prêcher la tolérance absolue, c’est proclamer l'indépendance en matière de religion. C'est croire que Dieu est indifférent au culte des hommes, qu'il est honoré également par le païen et le chrétien et que,s’il a révélé une religion, il ne lui importe pas qu’elle soit reconnue et pratiquée ; on sent qu’il y a là une absurdité monstrucuse. La tolérance de l'erreur ne saurait être agréable à Dieu qui a dit par l'écrivain sacré: ‘‘Omne exsecramentum erroris odit Deus” (eccl. 14).

Ce que Dieu haït, les hommes doivent le haïr. Repousser l'erreur est une œuvre sainte et salutaire. Aussi, l'Eglise ne laisse aucune erreur sans la proscrire et elle veut même en dérober la connaissance aux fidèles. De tout temps, elle a proscrit les livres pernicieux à la foi et aux mœurs. À l'époque du protestantisme, elle a cru devoir prendre une mesure appropriée aux besoins du temps. Une congrégation de cardinaux fut instituée pour examiner les publications suspectes et condamner celles dont le danger serait reconnu. C'est celle de l’Index qui prohibe les livres mauvais, un certain nombre sous peine d’excommunication. On a accusé l'Eglise de mettre, par là,des entraves à l'intelligence ; mais celle-ci est faite pour la vérité, l'erreur ne peut que lui être funeste. L'empêcher de s'égarer est un service à lui rendre. Que d'esprits seraient forts et sains sans les fausses doctrines qui les ont flétris et atfaiblis, et dont la soumission aux prohibitions de l'Eglise les aurait préservés.

On dit : nous ne vous refusons pas le droit de combattre les doctrines opposées à nos enseignements, mais n’employez pas la force contre ceux qui ne partagent pas vos croyances religieuses. Sans doute, la foi ne doit pas être imposée par la violence ; mais l’Eglise n’a jamais.exi-

gé une profession de foi repoussée par l'esprit ou le cœur. Elle ordonne au contraire à ses ministres de s'assurer des parfaites dispositions de ceux qui veulent entrer dans son sein avant de leur conférer le baptême. Cette accusation est donc une calomnie.

Mais l'Eglise a le droit d'exiger que l'autorité civile emploie la force pour empêcher l'erreur de se répandre. Pie IX,dans l'Encyclique ‘‘Quanta cura”, a expressément condamné cette proposition. ‘‘ La liberté des consciences et des cultes est un droit propre à chaque homme, proclamé par la foi, et assuré dans un état bien constitué.” Il n'est pas permis à un catholique de soutenir cette institution d'une manière absolue. Voici comment la doctrine catholique peut être justifiée de la raison. L'homme est né pour la société. C’est en elle qu’il trouve la conservation de sa vie et le développement de ses facultés corporelles et intellectuelles ; aussi, est-elle d'institution divine. La société ne peut exister que par une autorité quelconque qui y maintienne l’ordre et qui réprime les injustices et ies violences. Ce pouvoir vient de Dieu qui a établi la société. Dès lors qu'il est institué légitimement, il faut bien lui obéir. Les attributions de cette autorité ne peuvent être que pour le bien de la société (Minister Dei in Bonum, Rom. 12). Le pouvoir civil est constitué pour assurer aux hommes le juste exercice de leurs droits, en empêchant qu'on y porte atteinte. L'homme a droit à la vie, à ses propriétés, à sa réputation, à sa pudeur, et partout on voit l'état protéger ses droits contie les attaques dont il est l'objet, et punir ceux qui veulent les lui envahir.

Le pouvoir civil protège aussi les droits des membres de la famille et des associations formées dans des buts utiles. Il est un autre bien nécessaire à l’homme, c'est la vérité dans la sphère la plus importante, la vérité religieuse. Peut-il être permis à ceux qui le voudront d'enlever la possession de la vérité par tous les moyens possibles qui peuvent pervertir les esprits? La vérité,quand il s'agit de religion, c'est le moyen du salut éternel. Le prédicant de l'erreur est un assassin qui tue l'âme. Le pouvoir civil peut-il donner pouvoir de tromper, d'enlever la foi, d'’exposer des milliers d'hommes à la perte éternelle. L'Eglise est une société que Dieu a fondée en lui donnant l'ordre d'enseigner toutes les nations. L'autorité politique doit-

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elle répandre l’hérésie ou l’incrédulité comme ayant le même droit qu'elle de faire entendre sa parole? Peut-elle laisser insulter l'Eglise et empêcher la mission qu'elle tient du Christ? Dieu, en établissant le pouvoir tomporel pour le bien et pour l’ordre, a dû lui faire un devoir de maintenir la vraie religion, principe de tout ordre et de tout droit.

On dit: L'Eglise est libre de réfuter l'erreur, mais sa réfutation ne peut atteindre tous ceux qui sont trompés, et les esprits pervertis par les préjugés et les passions ne reviendront pas facilement à la vérité. L’objection suppose que toutes les intelligerices sont capables de distinguer l'erreur en toute occasion, ce qui est une absurdité. En vertu de ce principe,on pourrait dire à celui qui est calomnié: Vous êtes libre de défendre votre réputation,n'en appelez pas à la justice civile. On dit encore : L'erreur peut être involontaire, il serait injuste de punir.—Rép.--L'erreur est souvent volontaire, dans le cœur, elle résiste à la volonté par entêtement ou par passion coupable. On peut admettre une certaine bonne foi chez ceux qui rejettent l'autorité de l'Eglise et font la guerre à ses doctrines. Si celui qui soutient l'erreur est vraiment de bonne foi, on ne le punira pas comme coupable d’un crime; mais il faut l'empêcher de continuer sa prédication, parce qu'elle trompe les intelligences, perd les âmes et s'oppose au règne de Dieu. Laisserait-5n un homme mal informé répéter des calomnies sensibles à ceux qui en sont l’objet, sous prétexte qu'il croit qu'elles sont vraies.

10°. La doctrine catholique suppose que l'Etat doit avoir une religion. L'opinion contraire ne peut être soutenue que par des athées ou des esprits incapables de réflexion. Si Dieu a établi une autorité temporelle pour maintenir l’ordre et la paix dans la société, il est absurde de dire que cette autorité n’a aucun hommage à rendre à Dieu, aucune loi à recevoir de lui, aucun acte à faire par lequel elle reconnaisse son souverain domaine et qu’elle doit être tout à fait indifférente pour la religion qu’il a établie pour le salut des hommes. Dieu ne l’a pas établie pour insulter au culte qu’il a fondé, et il ne peut lui faire un crime de ce qu'elle ferait en faveur du culte qui peut seul lhonorer.

11°. Mais d’ailleurs la tolérance de toutes les erreurs

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