‹ Histoire apologétique de l'Eglise [microforme]Chapitre 122 sur 140 · L'INQUISITION EN ESPAGNE · texte numérisé non relu

L'INQUISITION EN ESPAGNE

profondes racines en Espagne. Les richesses des Judaïsants,

leur influence, leur violence, leur alliance avec les familles

les plus riches de la monarchie, les rendaient infiniment

que redoutables ; c'était véritablement une nation renfermee

dans une autre. Les Mahométans augmentaient con-

LEA sidérablement le danger. Il s'agissait de savoir s'il y

LE avait encore une nation espagnole, si le Judaïsme et l'Isla-

misme se partageaient ses riches contrées : c’est dans ces

EN circonstances que Ferdinand et Isabelle demandèrent l'in-

| À quisition. Sixte IV en publia la bulle en 1479. Aux grands

maux il faut des remèdes puissants ou violents, il fallait

Lil trembler ou faire trembler. L'inquisition espagnole n'était

pas un tribunal purement ecclésiastique. C’est un tribunal

ï purement royal ; c’est le roi qui désigne l'inquisition gé-

) nérale. Les inquisitions ne peuvent rien faire sans le concours du conseil supérieur.

Les conseilleurs du roi peuvent, en beaucoup de cas, surtout lorsqu'il s'agit de peine capitale, anéantir la pro- |. cédure ; le tribunal eut plutôt un caractère politique ïve [RASE | religieux. Au reste, les papes se sont réservé le droit

| d'appel à l’inquisition romaine, dans une occasion seule-

\: ment. 250 juifs furent sauvés en recourant à Rome. Les

i papes ont,à plusieurs reprises, blâmé la sévèrité du tribunal espagnol et, d'un autre côté,les rois d'Espagne se sont plaints de ce que la cour de Rome entravait des mesures nécessaires à la sureté publique. Le tribunal de l'inquisition proprement dite ne condamne pas à mort et ne peut le faire, parce qu'il est défendu aux ecclésiastiques de contribuer,mème indirectement, à l'effusion du sang. L'Eglise abhorre le sang, voilà une des grandes maximes de la religion. Partout la pratique a confirmé cette théorie. Dans l'Allemagne, dans les souverainetés ecclésiastiques, jamais il n’y eut de jugement capital contre les ennemis de l'ordre religieux. On n’a jamais reproché à Rome que de la douceur. L'Eglise ne peut pas prononcer de peine de mort, elle ne l’a pas prononcée en Espagne plus qu ‘ailleurs. il Tout ce que l’inquisition a de sévère et d’effrayant, et la A peine de mort appartient surtout au gouvernément, c'est à lui qu’il faut en demander compte. Le coupable qui con-

: |] | Vers la fin du XVe siècle, le Judaïsme avait jeté de fl Î

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fesse son crimé et se montre répentant,est toüjours absous, ce qui n’a pas d'exemple dans aucun autre tribunal de l'univers. S'il est relaps, il est remis au bras séculier, mais le tribunal emploie cette formule : ‘‘Nous prions les juges séculiers et nous les chargeons très-effectivement de la meilleure et de la plus forte manière que nous le pouvons, d'en agir à l'égard du coupable avec bonté et commisération.” L'inquisition ne punit point de simples opinions, c'est la manifestation d’une erreur formellement opposée à une loi de l'état qu’elle proscrit. : A l'égard des Juifs, en particulier, elle ne punit que les Juifs relaps ou qui prêchaient le Judaïsme. (Réfutation de Montesquieu. De Maiïstre, 4). La torture employée dans l’inquisition était connue de tous les tribunaux de l'Europe.

Les inquisiteurs y étaient présents, ce qui suppose dans cet acte rigoureux, beaucoup d'attention, et toute la charité, la commisération possible. D'ailleurs, depuis très longtemps, la torture n’était pas emploÿée dans les tribunaux de l’inquisition, quant à la peine du feu. C'est encore ou c'était naguères, à l’égard des grands crimes. Il y a,dans tous les siècles,certaines idées générales qui entraînent les hommes et qui ne sont jamais imises en question. Il ne faut les reprocher à personne ; le caractère de la magistrature espagnole et du sacerdoce catholique qui était employée dans l'inquisition, est un garant de justice et de modération. Ce tribunal seul au monde pourrait prendre pour devise: ‘Miséricorde et justice ”. Il est faux que l'inquisition ait nui, en Espagne, au progrès des lettres et de la civilisation. Les règnes de Ferdinand IV, Charles- Quint, Philippe III sont les plus glorieux de la monarchie espagnole ; c'est sous eux que l'inquisition a causé le plus de rigueurs. Jamais les lettres n’ont brillé d’un plus bel éclat que sous Philippe II et pendant l’époque qui le suivit. Il est faux que la moindre dénonciation parût suffisante pour faire emprisonner l'accusé, et qu’on lui laissât ignorer les chefs d'accusation, et qu’on refusât des avocats pour défendre sa cause, et les délateurs impunis, s'ils l'avaient calomnié. (De Maistre).

Dans le dernier siècle, l’inquisition n’exerça presque aucune rigueur ; elle s'est montrée même très indulgente à l'égard des traits atroces, elle n'a usé de sévérité que lorsqu'il y avait en Espagne danger pour la foi. S'il faut ju:

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| ger d’une institution par ses effets, nulle institution ne fut | plus louable que l’inquisition. Elle a sauvé l'Espagne de toutes les guerres religieuses qui ont déchiré l’Europe aux | , XVI et XVIIe siècles ; pendant les trois derniers cents ans, ir E il y a eu, en vertu de l’inquisition, plus de paix et de bonli heur en Espagne que dans toutes les autres contrées de FI ES l'Europe. Voltaire a dit que pendant ce temps-là,sans les } horreurs de l’inquisition, on aurait rien à reprocher à l’Es- | pagne. Mais l'Espagne n'a échappé que par l’irquisition [LUE aux horreurs qui ont déchiré toutes les autres nations. 4: L'inquisition,avec une soixantaine de procès dans un siècle, avait épargné le spectacle d’un monceau de cadavres, qui LT surpasse les hauteurs des Alpes et qui arrête les cours du Volga et du Rhin. (De Maïstre).

Les français, après toutes les cruautés de leur révoluù tion, ne peuvent rien dire contre l’inquisition qui a sauvé Ji l'Espagne de ses horreurs. L'inquisition a sauvé le caracqe tère espagnol, elle lui a conservé la foi, ce sens moral, cette énergique horreur du mal, qui a fait jouer aux Espa- Er gnols un si grand rôle dans l’occasion. Depuis que les principes philosophiques ont pénétré sans obstacles en | Espagne, cette nation s'est avilie et a perdu toute considération en Europe. L'Angleterre a moins droit que les autres nations d'attaquer l'inquisition, elle tolère toutes les sectes ; mais elle proscrit toutes les sectes. L’intolérance ï de l'Angleterre pour les sectes, n’est que de l'indifférence. Sa haine contre le Catholicisme a été atroce. L'’inquisition qu'elle a exercée contre les catholiques est bien plus terrible, dit Moore, que celle d'Espagne, puisqu'elle exerçait la même tyrannie, en se débarrassant des réformés. Burke

po a dit que le code pénal contre les catholiques formait un À code d’oppression sans exemple dans l’univers. Les proscriptions du Catholicisme, jointes à l’indifférence religieuse,

. ont rendu l'Angleterre, la terre de l’ignorance, du crime

‘ et de la misère. L'inquisition d’Espagne,dans l'exercice de

à son autorité, a pu être sévère, puisqu'elle se plia quelque-

: fois aux exigences politiques ; il a pu exister chez elle

l : des abus, mais comme toute grande institution, approu- He vée par les nations et surtout par l'Eglise, elle peut être

d’abord,sans examen, approuvée dans son principe et dans son.essence, et l'examen philosophique et historique justifiera ensuite cette confiance. Au reste, quand même les

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abus, lés rigueurs reprochés à l’inquisition d'Espagne seraient tels qu'on les a répétés, l’odieux n'en devait pas retomber sur l'Eglise, qui, loin d'approuver l'autorité de ce tribunal, l’a souvent blâmée. La part que l'Eglise a prise à l’inquisition en général, doit s’apprécier par la manière dont cette institution a exercé son autorité ; là où l'Eglise l’a condamnée, c'est-à-dire à Rome, chef-lieu de la Catholicité, l'inquisition a été une institution utile à certaines époques. Il ne s’en suit pas pour cela qu'on doive en désirer le rétablissement, l'Eglise a toujours des institutions appropriées aux circonstances.

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