DU PROTESTANTISME CAUSES PRÉPARATOIRES
1°. Le schisme d'Avignon avait affaibli considérablement le respect et l’obéissance dus au chef de l'Eglise et les dissensions du concile de Constance et de Bâle prédisposaient,en créant des animosités et des divisions, à la rupture de l’union catholique.
2°. La renaissance des lettres païennes fit négliger l'étude des sciences religieuses, mépriser la littérature chrétienne. L'esprit du catholicisme fut méconnu: les écrits des sophistes de l’antiquité introduisirent un grand nombre d'idées fausses et préparèrent les esprits à rejeter les enseignements sérieux du catholicisme, en attribuant trop d’autorité à la raison humaine.
3°. La discipline ecclésiastique s'était affaiblie dans presque toute la chrétienté, partout la morale s'était relâchée, de grands désordres de mœurs se remarquèrent généralement dans les classes élevées de la société, particulièrement en Allemagne, en Angleterre et en France. La corruption du cœur disposait partout l'esprit à l’incrédulité.
4°. Les souverains, depuis plus d’un siècle, avaient cherché à soustraire leur autorité à toute dépendance du pouvoir spirituel ; ils se montraient hostiles à la puissance ecclésiastique. D'une autre part, ils cherchaient à s’assurer, par tous les moyens, un pouvoir despotique sur les peuples. Sous le rapport despotique, il y avait, dans le corps social, en Allemagne surtout, un grand malaise, et un esprit d’insubordination prononcé. En même temps,
une cupidité effrénée animait partout les seigneurs et presque partout les relations politiques ne reconnaissaient plus pour base, la justice et la franchise. Dans l’ordre religieux et social, l’autorité n'avait plus le respect.
5. Il y avait des abus réels dans l'Eglise. Les papes, comme princes temporels, étaient trop mêlés aux querelles politiques. Le népotisme discréditait la cause pontificale. L'esprit séculier animait un grand nombre d’évêques, une partie du clergé participait aux vices du temps, traitant avec peu de respect les choses saintes. Il y a donc, sous plusieurs rapports, matières à censures sévères, mais le mal a été extraordinairement exagéré ; l'enseignement de la vérité n'avait subi aucune altération. L'Eglise était saine dans la plus grande partie de son corps; ses chefs sentaient le besoin de la réforme et travaillaient activement à l’opérer. Un grand nombre de saints brillèrent à cette époque. La mal était beaucoup moins grand à l’époque de Grégoire VIT et l'Eglise pouvait y rémédier, comme elle le fit sous ce grand pontife. Cependant, les abus existaient, et les autres causes précédemment indiquées avaient préparé la grande révolution religieuse, qui allait s'opérer. Dieu avait trouvé la société assez coupable pour la punir par d’affreux déchirements.
6. Le pape Léon X avait accordé des indulgences aux fidèles qui, avec la condition ordinaire de la confession et de la communion, donneraient quelques aumômes pour la construction de l’église de St Pierre. De graves abus s'étaient glissés dans des circonstances analogues précédentes et eurent lieu encore à cette occasion, relativement à la perception des effets par les fidèles ; ça devint, en certains lieux, un sujet de trafic et de spéculations, des prédicateurs exagérèrent les effets des indulgences; mais la doctrine de Rome, sur cet article,n’eut rien d'opposé à la tradition constante de l'Eglise. L'archevêque de Mayence, chargé par le pape de la publication des indulgences dans l’Allemagne,confia le soin de prêcher à ce sujet au peuple à Tetzel de l’ordre des Dominicains. Le succès des prédications de ce religieux excita la jalousie de Luther, de l’ordre des Augustins; ce fut l’occasion de la révolte de celui-ci contre la religion.
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