HISTOIRE DU LUTHÉRANISME
Martin Luther naquit à Eisleben,en Thuringe,en 1483. Un coup de tonnerre ayant tué un de ses amis, à côté de lui, il embrassa la vie religieuse contre le gré de ceux qui le connaissaient. Son noviciat fut pénible. L'orgueil qui le dominait, lui attirait de rudes épreuves. Il se voyait luimême obsédé du démon. Admis au sacerdoce, il continua à être en proie à de vives inquiétudes de conscience contre lesquelles il veut trouver un remède dans la foi aux mérites de J.-C., appliqués aux pêcheurs. Envoyé à Rome pour les affaires de son ordre, il visita,avec une religieuse émotion, les sanctuaires de cette ville, mais il fut scandalisé de la vie mondaine des ecclésiastiques, et à son retour, il fut nommé docteur et prédicateur à Wittemberg. Les succès qu’il obtint lui donnèrent une extrême avidité pour la gloire,et il commença à attaquer avec vigueur la méthode scolastique. C'est alors que le Dominicain Tetzel, prêcha les indulgences. On accourt en foule à ses sermons, et la chaire de Luther fut désertée. Plein de jalousie, celui-ci attaque, dans un discours, la doctrine de Tetzel en la défigurant.
Bientôt il fit afficher sur les murs de la cathédrale de Wittemberg 95 thèses sur les indulgences, prises en général. Il donnait beaucoup dans l'erreur. Ces propositions, glorieusement réfutées par Tetzel et autres docteurs catholiques, eurent cependant du succès en Allemagne. Mais, craignant la condamnation de Rome, il déguise ses opinions, en appelle contre ses adversaires au pape, auquel il écrit ces paroles : ‘‘ Vérifiez, triez, appelez, rappelez, approuvez, réprouvez, votre voix est la voix du Christ,qui repose en vous, et parle par votre bouche.” Ilest cité à Rome, mais il obtient de paraître devant le cardinal Cajétan, à Presbourg, il ne voulut rien rétracter, il en appela au pape mieux informé, et, en même temps, dans une lettre à ses amis, il traita avec la dernière insulte le souverain pontife. Léon X tenta de nouvelles mesures de conciliation, elles furent inutiles. Luther en avait appelé à son évêque, puis aux universités de Paris et de Louvain, puis au nonce du pape, puis au pape lui-même, et quand il craignit la condamnation du pape, il en appela au futur concile.
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En même temps, ses erreurs se développaient de plus en plus. En voici les principales : L'Ecriture est la seule règle de foi, le péché originel a corrompu la nature humaine, l’homme n'est point libre, le mal ne lui est point imputable, c’est Dieu qui le veut en lui, les bonnes œuvres ne sont point nécessaires, la foi seule justifie, on se sauve par la confiance que l’on a au pardon de Dieu et aux mérites de Jésus-Christ, dont on est revêtu, la hiérarchie et le sacerdoce ne sont point nécessaires, la foi seule justifie, le culte extérieur est inutile, chaque chrétien est prêtre, le baptême et la pénitence sont les seuls sacrements et ils peuvent être suppléés par la foi.
En même temps qu’il prêchait sa doctrine, Luther provoqua l’empereur, auquel il avait adressé un langage plein d’une servile flatterie, à renverser le pape et à s'attribuer les biens ecclésiastiques. Léon X, ayant épuisé tous les moyens pour ramener Luther et voyant les progrès toujours croissants de son erreur, condamna, par une bulle en date du 15 juin 1520, 41 propositions de l'hérésiarque, et lança sur lui une excommunication, qui devait avoir ses effets, s’il ne se soumettait pas dans l’espace de 60 jours. Luther en appelle du pape à un concile universel, traite le souverain pontife d'antechrist, et,le 10 décembre de la même année, fit brûler, sur la place de Wittemberg, la bulle du pape,le droit canon et les ouvrages scholastiques. Le schisme était consommé.
Charles-Quint, voyant que les troubles de l’hérésie menaçaient ses états, convoqua une diète à Worms. Luther est assigné pour rétracter, il se refusa à toute rétractation. Le diète le mit au banc de l'empire, ordonna d'anéantir ses écrits et de le livrer à l'expiation, pour qu'il fût mis hors d'état de troubler l'Allemagne. Mais l'électeur de Saxe, partisan de Luther, le sauva en le renfermant dans le château de Wittemberg, et les guerres que Charles-Quint eut à soutenir l'empêchèrent de s'opposer énergiquement aux discussions qui déchiraient l'empire.
Rétiré à Worms, Luther composa divers ouvrages, et traduisit la bible en Allemand. C'est là qu’il prétend avoir eu sa conférence avec le diable, qui lui promit des arguments contre la messe privée. Cependant, de toutes parts, il s'élevait des prédicateurs des doctrines nouvelles. Tous rejetaient l'autorité de l'Eglise ou attaquaient les opi-
nions de Luther. Le désordre était dans toutes les intelligences. L’hérésiarque s'irritait de tout enseignement contraire au sien, il attaquait ses adversaires avec violence et leur demandait des miracles pour preuve de leur doctrine. Toute l'Allemagne était déchirée par les querelles religieuses. La diète de Nuremberg, convoquée pour y mettre fin, fit des plaintes contre les abus de l'Eglise et favorisa la propagation de l’hérésie. Les princes de l'Eglise se liguèrent contre elle, à Ratisbonne, c'ans le dessein de faire exécuter le décret de Worms. L’emyereur assembla une nouvelle diète dans Nuremberg. Les catholiques dominèrent. Des décrets furent portés, mais avec modération, contre les sectaires. Ceux-ci protestèrent par une déclaration du 29 avril 1529. De là, leur est venu le nom de protestants. Luther, tout en flattant les princes, qu’il croyait favorables à sa cause, avait adressé aux peuples un manifeste écrit respirant la rébellion contre les seigneurs.
Les paysans, qui supportaient d’ailleurs avec peine le joug de ceux-ci, se soulevèrent en masse et menacèrent des plus grands excès. Lutter désavona leur révolte et engagea les princes à venir contre eux. Il se livra une grande bataille à Franken-Haren, il s’y fit une affreuse boucherie de paysans. Le fruit de l'insurrection a été 10,000 tués sur le champ de bataille, 7 villes demantelées, 1,000 monastères rasés, 300 églises renversées et de nombreux et magnifiques objets anéantis. Luther, qui était la première cause du soulèvement des paysans, applaudit : ‘C'est moi, dit-il, qui ai versé le sang par ordre de Dieu. Quiconque a succombé dans cette lutte, est perdu de corps et d’âme et appartient au démon, l’âme au charbon ; les paysans sont de la paille d'avoine; s’ils ne cèdent pas le bâton et la carabine,et si on ne fait pas siffler l’arquebuse, nous serons cent fois plus méchants.” Luther,dès le commencement de son schisme avec l'Eglise, avait invectivé contre les vœux monastiques ; il attaqua surtout le célibat avec une grande impudence ; ses doctrines produisirent leurs fruits, un grand nombre de religieux et de religieuses apostasièrent. et donnèrent les plus honteux scandales. Les moines devinrent les plus actifs de la réforme. Celle-ci trouva ainsi, dans l’encouragement qu'elle accorda à l’incontinence, une des plus grandes causes de succès. En même temps que
les moines se sécularisaient, Luther offrit aux princes, pour les gagner, les dépouilles des monastères.
Les seigneurs se jetèrent avec avidité sur cette proie offerte à leur convoitise. Les monastères, les églises furent pillées, les religieux, fidèles à leurs vœux, jetés hors du cloître, des profanations de toutes espèces furent commises. Luther, dans sa haine contre l'Eglise, les laissa s'emparer de l'autorité spirituelle. Ils en vinrent à règler la liturgie et tout ce qui concerne le culte. Le réformateur s'aperçut trop tard des bouleversements opérés par la rapacité de ces séculiers et de l’usurpation du pouvoir civil, dans l’ordre religieux. Il réclama, mais il n’était plus temps. Les doctrines avaient pour jamais assouvi l'Eglise,séparée du despotisme de l'autorité temporelle. Bientôt, toutes les splendeurs ettous les charmes que le catholicisme présente dans les temples et dans le culte, disparurent : la froideur et la nudité de la nouvelle religion desséchèrent tous les cœurs. En même temps, la destruction des couvents et des écoles catholiques nuisit de la manière la plus terrible au progrès de la science. Luther, après avoir longtemps combattu contre la honte du scandale qu'il donnerait, s'était enfin décidé de violer le vœu de chasteté. Il épousa une religieuse apostate nommée Catherine Bora. (Ceci le rendit la fable de toute l'Allemagne et devint, pour lui, la source d’amers chagrins. Catherine regretta la piété de son couvent et Luther la paix de son cloître. Un soir, à la vue du ciel brillant de toute sa beauté, Luther, désespéré, dit à Catherine : ‘‘Le ciel n’est pas pour nous.” Le réformateur poursuivait toujours avec acharnement toute doctrine contraire à la sienne. Zwingle,ayant nié la présence réelle, Luther l’attaqua avec violence, puis il eut avec lui une conférence à Augsbourg, ou par une étonnante contradiction à ses principes, pour convaincre son adversaire, il eut recours à l'autorité des Saints Pères de l'Eglise. Peu après, il fit exiler du territoire de Wittemberg, Carlostadt qui avait été son maître, parce qu'il avait un autre enseignement que le sien. Cependant, Charles-Quint, ayant heureusement terminé la guerre contre la France, revint en Allemagne et convoqua une diète à Augsbourg. Luther, craignant l’empereur, consentit à une confession de foi formulée par Mélanchton, son disciple, qui admettait presque tous les dogmes que le maître avait combattus : entre
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autres, le libre arbitre et l'utilité des bonnes œuvres, la possibilité de se sauver dans l'Eglise catholique, l'autorité de la Tradition. Mais comme cette confession contenait beaucoup d'erreurs encore, elle fut rejetée et Charles-Quint ordonna le maintien des édits de Worms. Luther alors désavoua la confession d’Augsbourg, engagea les princes réformés à l'insurrection ouverte, et ceux-ci, en effet, se liguèrent à Augsbourg contre l’empereur.
Parmi les sectes que les prédications de la réforme et la souveraineté de la raison individuelle avaient enfantées, celle des Anabaptistes se distinguait en tout genre. Elle enseignait que le baptême des enfants était nul, les adultes devaient se faire baptiser et elle faisait revivre un grand nombre des erreurs des Albigeois. Ces hérétiques s’emparèrent de la vil: ‘e Münster, se donnèrent un roi dans la personne de Jean Bokold, auquel ils obéissaient avec la plus honteuse servitude ; ils pillèrent tous les monastères, les églises, répandirent à grands flots le sang de ceux qui ne croyaient pas comme eux et se livrèrent à la dissolution la plus effrénée. Pendant plus d'un an, la ville fut en proie aux plus affreux désordres, mais les catholiques en firent le siège, aidés des Luthériens. Ceux-ci s'assemblèrent à Hambourg, pour délibérer sur le sort des Anabaptistes et autres sectes qui se trouvaient dans les paroisses protestantes. Luther, consulté, déclara qu'il fallait punir de mort tout prédicant qui, averti une première fois, continuerait d'enseigner des doctrines nouvelles. Cet avis fut adopté et mis en usage.