‹ Histoire apologétique de l'Eglise [microforme]Chapitre 132 sur 140 · DÉGRADATION INTELLECTUELLE · texte numérisé non relu

DÉGRADATION INTELLECTUELLE

1. Si l'on admet une infériorité morale, chez les protestants, il faut admettre, pai là même, un affaiblissement ou une dépravation intellectuelle. Car les sentiments vertueux et généreux rehaussent l'intelligence, et, l’égarement du cœur produit l'erreur de l'esprit. D'ailleurs, dans les idées chrétiennes, la grâce aide l'intelligence. Comme la volonté et les dons de l'esprit doivent être départis avec moins d'abondance là où ils ne doivent pas servir à la cause de la vérité.

2°. Les erreurs dans l’ordre religieux doivent nécessairement amener des erreurs, relativement aux objets des connaissances humaines. Les sciences se rattachent toutes, plus ou moins à la religion ; elles doivent tendre à son service. La raison, dans les divers ordres où elle doit s’exercer, doit, en dernière analyse, se rapporter à la manifestation de la vérité, c’est-à-dire de l'intelligence divine. C'est le but immédiat de la foi ; mais si la raison intellectuelle est opposée à la révélation, elle doit méconnaître le but vers lequel elle doit se diriger nécessairement, elle donnera dans de grandes variations, surtout dans ce qui tient à l’ordre social et moral, si intimement lié à l’ordre religieux.

3. Le principe que chaque individu doit se faire en quelque sorte de la religion, doit produire une croyance analogue pour toutes les sciences. Le protestant sera porté, s’il est lngique, à rejeter toute autorité, à ne pas admettre les idées et les théories reçues, il cherchera à tout se démontrer. Tous les principes seront mis en doute, la science devra reculer ou bien avancer.

4. Le protestantisme n’a présenté aucun chef-d'œuvre, en fait d'ouvrages religieux, il a donné quelques livres re- | marquables par la diction sur les points de foi qui lui | sont communs avec les catholiques, mais les travaux de ceux-ci, dans le même genre, sont supérieurs. Aucun nom |

protestant n’approche, et il s'en faut de beaucoup, de Bel-

larmin, de Suarez, de Bossuet et de plusieurs autres théo-

logiens et controversistes catholiques.

5. Le protestantisme est à peu près nul,dans les tra tés de morale. Ce qu'il a fait en ce genre est sans onction et sans chaleur. Il n’a pas d'ouvrages de piété proprement dits, tandis que le catholicisme brille de la plus grande gloire par les œuvres ascétiques que la foi luia inspirées.

6”. Les contrées protestantes ont fourni un assez bon nombre de métaphysiciens, mais ceux dont les ouvrages sont le plus estimés, v.g, ceux de L. Euler, se rapprochaient beaucoup, dans leurs croyances,des idées catholiques. Le plus grand philosophe de l'Angleterre, Bacon, ne s’est jamais élevé bien haut, et il a donné dans une foule d'idées singulières et même ridicules. L'Allemagne a offert, de nos jours, des philosophes célèbres, mais ceux qui sont restés fidèles aux principes fondamentaux du protestantisme, (la souveraineté de la raison),sont tombés dans les plus grandes extravagances qu'ait encore présentées l'esprit humain, ils ont poussé l'absurde jusque dans ses dernières limites connues, tandis que ceux qui ont suivi, dans le principe, une voie plus droite, se sont faits catholiques, et ont publié des | œuvres d'une profondeur étonnante.

7. Le publiciste protestant le plus habile, Grotius, a eu des tendances marquées vers le catholicisme. Le protestantisme ne peut offrir, dans les sciences sociales, aucun autre genre du premier ordre. Les plus graves erreurs se trouvent dans les publicistes Anglais et Allemands; il n'y a rien d’élevé dans leurs doctrines ; tout respire l'individualisme et les jouissances matérielles, cela s'explique par ce que l’ordre social est intimemerit i‘£ à l’ordre re-

ligieux. Quand on lit un publiciste catholique, comme

Bonald, de Maistre, Balmès, Donoso {crtez, on est tout

de suite frappé de la hauteur des vues, de la noblesse

soutenue des idées ; on y voit clairement.

8°. Quoique la prédication soit demeurée la partie essentielle du culte, chez les protestants, elle n’a cependant offert aucune œuvre sacrée de premier ordre,aucun nom qui puisse soutenir le parallèle avec ceux de Bossuet,de Bourdaloue, de Massillon. Dans l’éloquence politique, quoique la tribune anglaise soit de plusieurs siècles plus ancienne que la tribune des nations catholiques, et qu’elle ait des

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discours qui révèlent des hommes d'état supérieurs, cependant, pour l'éloquence, à proprement parler, c'est-à-dire pour la grandeur des idées, les mouvements de l'âme, les élans du cœur, les orateurs des pays catholiques l'emportent incontestablement, sur ceux des pays protestants. Le protestantisme dessèche le cœur et tient l'esprit dans un ordre de vues moins larges et moins élevées. Cette observation a lieu pour tous les ouvrages d'esthétique. Il n'y a rien, dans le protestantisme, qui approche du ‘‘Génie du Christianisme” de Châteaubriand, ou des œuvres catholiques du même genre.

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