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LE RATIONALISME ET LA RENAISSANCE ‘4 APPENDICE

Le protestantisme ne s’est répandu facilement en Europe que parce que les esprits y étaient préparés par le Rationalisme et le cœur par la dépravation des mœurs, ce qi était un double effet de la connaissance des lettres païennes. Un ancien auteur protestant, Grotius, a écrit: (Page 17) “L'histoire offre un fait bien étrange.” Depuis la destruction du paganisme par l'Evangile, on n'avait pas vu d’athées en Europe. Il faut venir au XVI siècle pour le reconnaître. En revenant dans le monde, l’ancien paganisme a produit ses fruits, et l’on a vu paraître, non seulement des athées, mais une vaste école d'athéisme.”

On se plaint du grand nombre d'Athéistes, ou gens qui n'ont aucune religion. Cet acte parut surtout depuis que les Belles-Lettres furent rétablies dans l'Occident, après la prise de Constantinople (Voltaire, page 22 du XVIe siècle). Les Athéistes, ou déicoles, plus attachés à Platon qu’à J.-C., plus philosophes que chrétiens, rejetèrent témérairement la révélation. Ils étaient répandus dans toute l’Europe, et se sont multipliés depuis à un point prodigieux. Les croisades avaient l'Occident catholique en contact immédiat, et prolongé d’une part avec la Grèce, terre classique de l’hérésie, du schisme et du sophisme, et de l’autre part, avec l'Islamisme, panthéiste et fataliste, de là, les sectes des Cattenaux, des Vaudois, des Albigeois, etc., mais qui, pourtant, n'obtiennent nulle part un triomphe général et permanent.

La physique et la métaphysique d’Aristote, furent apportées à Paris, en 1167. Les pères de l'Eglise avaient généralement proscrit Aristote. Saint Irénée appelle Aristote maître en bavardage et en subtilité, que les hérétiques ne manquent pas d'apporter à leur aide pour corrompre la foi. La philosophie d’Aristote, ajoute Origène, (Page 3) ‘attire plus que toute autre vers le schisme et le matéria- . lisme, vers le fatalisme et vers l'absurde ; système de l’éternité de la matière, continue Lactance.” ‘‘Aristote, écrit Eusèbe, est en grande vénération chez les hérétiques ; c'est à lui qu’ils ont recours, lorsqu'ils veulent, par leur subtilité, détruire le sens des Ecritures,” St Grégoire de Nazianze

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appelle les philosophes païens, et en particulier Platon et Aristote, des plaies d'Egypte qui ont désolé l'Eglise. St Augustin dit que c’est dans Aristote que les hérétiques allaient chercher leurs armes. La philosophie de St Augustin était dominante dans les écoles jusqu'à la fin du XIIe siècle. À cette époque, celle d’Aristote fut introduite. Le concile tenu à Paris en 1209, la condamna. Quelques années plus tard, sa dialectique fut tolérée, mais comme l'étude qu’on en faisait dégénérait en abus, Grégoire IV, en 1239, dans une séance à l’Université de Paris, déplora cet abus, et exhorta les professeurs à redevenir des théologiens et des philosophes. Il ne défendit pas toutefois la lecture de la métaphysique et de la physique d’Aristote, pourvu que ces œuvres aient été complètement expurgées. Malgré les prohibitions dont elle avait été l'objet, la philosophie d'Aristote prévalut dans les écoles. La métaphysique fut formellement approuvée en 1336, et sa morale, en 1452. Gerson se plaignit des effets de l’introduction de la philosophie, et dit qu’elle a souillé la théologie. Les résultats de la philosophie d’Aristote furent tels, qu'à son début, le protestantisme se donna comme la réaction légitime d'une méthode d'enseignement si mal notée, même par les catholiques les plus éminents ; l’histoire nous montre quel a été l'effet intellectuel et moral de la renaissance. Pomponace le plus grand philosophe de son temps, résumait son enseignement en ces mots : ‘‘Affranchir la philosophie des dogmes de la religion.” Côme de Médicis, le père de la renaissance, dit à ceux qui lui parlaient du jugement. ‘‘ Imbéciles retirez-vous, il n’y a ‘‘d’autres diables que nos ennemis ni d’autres dieux ‘que les rois et les princes. Les premiers sont le mal que ‘“ nous souffrons, les seconds seuls peuvent nous faire du ‘ bien.”

Machiavel, après avoir donné l’athéisme politique comme base gouvernementale, disait en mourant qu'il aimait mieux aller en enfer avec les philosophes, les orateurs, les capitaines de l’antiquité, qui furent tous de grands hommes, que d’être au ciel avec les saints du Christianisme, dont la plupart n’eurent ni génie ni talent.

Erasme, contemporain de Luther, disait: ‘‘Si jamais vous avez visité à Rome les musées, les cercles ouvriers, rappelez-vous si jamais si vous avez vu une statue

de J.-C., mais nous avons dans le cœur Jupiter et Romulus. Bosio a dit, à cette époque: ‘C’est à peine si on ‘trouve un tableau qui soit chaste ; partout l’impureté se ‘ mêle à la religion.” Les libres-penseurs d'Allemagne, formés aux écoles d'Italie, reproduisaient le rationalisme dans leurs partis.

La philosophie paienne, adoptée par la renaissance, avait le libre examen. Platon enseigne l'âme unique et universelle, l'infanticide et les plus grandes infamies morales. Aristote soumet Dieu au destin, rejette la création du monde, la providence, l’immortalité de l'âme, sanctionne l'esclavage, fait de la religion un simple instrument de règne, prescrit l'infanticide, etc., etc. Platon a été loué par certains pères de l'Eglise pour les vérités traditionnelles qu'il a exprimées avec éloquence dans ses récits, mais non pour l'ensemble de ses ouvrages. Léon V, au 5e concile de Latran, lança la bulle ‘‘ A postoloci””, où il condamne des erreurs qu'il appelle abominables et pernicieuses, et il signale comme cause de ces erreurs ‘‘fectæ philosophie el pæœsis radices'”" (Page 248 et segentes). Il n’ose pas défendre absolument l'étude des auteurs anciens, parce que, le monde était alors épris pour Aristote et Platon, Horace et Virgile et que la défense de l'Eglise n'aurait probablement eu d’autres résultats que de multiplier les prévaricateurs. St Jérôme avait dit: ‘* Saprentia rhetoricum, pompa verborum, carmina poelarum, cibus daemonum.”

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