‹ Histoire apologétique de l'Eglise [microforme]Chapitre 135 sur 140 · LA RENAISSANCE ET LE PROTESTANTISME · texte numérisé non relu

LA RENAISSANCE ET LE PROTESTANTISME

Mélanchton a dit de Luther, avide de savoir: ‘‘Il ‘ cherche les sources les plus abondantes et les plus vives. “Il lit la plupart des auteurs anciens, latins: Cicéron, Vir- ‘“gile, Tite-Live et d'autres encore. Il les lit pour y pui- ‘‘ser la science et le modèle de la vie humaine. Plus pro- ‘{ fondément que les autres, il pénètre le sens de leurs en- ‘ seignements et de leurs maximes, il devient l'admiration ‘‘de toute l'académie d'Erfurt.” Quand ïl quitta le monde, pour aller entrer au couvent des Augustins, il emporta, dans son paquet placé sous son bras, Plaute et Virgile. Il a dit: ‘A vingt ans, je n'avais pas lu une ligne des Ecritures.” Luther, ainsi que l'Allemagne de son temps, n'avait pas compris les conséquences de la Renais-

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sance païenne. Il fut donc étonné de voir Rome remplie des images des dieux et de tous les souvenirs mythologiques. Ceci confond ses idées, il juge Rome dans toute l'histoire de ses pontifes, telle qu'il l'avouait alors. Il la prend en aversion. Luther écrit à son ami : ‘‘ Dans l'étude ‘‘des langues, il n'y a pas de théologie. Théologie et ‘* Belles-Lettres, nous les avons vues, emportées dans le ‘même naufrage. Que la jeunesse donc, se livre aux ‘ muses, c'est mon vœu le plus ardent. Viennent en foule, ‘“ poêtes et rhéteurs, pour initier les hommes aux mystères ‘“ des Ecritures. Mon ami, sers-toi de ton nom et du mien, ‘si tu veux poëtiser la jeunesse. Tout mon chagrin est ‘que notre siècle et mes occupations m’empêchent de ‘chanter les poêtes anciens et les théteurs pour venir ‘a mon aide.” Erasme a écrit un mot célèbre, que l’histoire a confirmé: ‘C'est moi qui ai pondu l'œuf, Luther l'a fait éclore,” Ægo peperi ovem, Luther exclusit. Monsieur Audin, dans son histoire de Calvin, dit: ‘‘Calvin, penchait pour les nouveautés Allemandes, parce que c'étaient des doctrines nées d'hier et que ceux qui les propageaient entendaient à merveille la langue d'Homère et de Virgile.” Calvin cite, à chaque instant, les anciens. Il signa son commentaire sur Sénéque, ZLucrius Calvinus, civis Romanus. Le style de ses ouvrages, montre qu'il était nourri de la lecture des auteurs païens. Mélanchton a écrit: ‘‘Les beaux-arts ayant retrouvé la vie dans Florence, l'Europe entière a participé à cet immense bienfait.” Partout s'est manifesté le désir d'étudier les meilleurs choses qu'il y ait au monde. L'ardeur des Grecs à restaurer leur langue, est devenue pour les Latins un motif puissant de ressusciter celle du Latium, presque entièrement défigurée. Les lois ont été corrigées.

Un écrivain protestant, a dit: ‘‘ Les réformateurs Luther, Calvin, Mélanchton, Zwingle, Wingliens, Œcolampade, Camerarius, et les autres savants ligués avec eux, pour arriver au même but, se trouvent dans une situation telle, au milieu des grands intérêts de la réformation, qu'il leur était à peine possible de faire autre chose que de recommander instamment l'étude des langues anciennes, comme le moyen de conduire à une théologie plus raisonnable que la théologie catholique. Bayle a dit: ‘‘Ce qu’il y a de certain, c'est que la plupart des

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beaux esprits et des savants humanistes qui brillèrent en Italie, lorsque les lettres commencèrent à renaître, après la prise de Constantinople, n'avaient guère de religion ; mais d’un autre côté, la restauration des langues savantes et de la belle littérature, a préparé le chemin aux réformateurs.”” Le journal des débats, en 1852: ‘‘Pour avoir un incendie, la torche de la réforme a dû s’allumer au flambeau de la renaissance.” Le protestantisme n'a fait qu'appliquer à l'ordre religieux le principe des libres-penseurs que les renaissants appliquaient depuis 60 ans à l'ordre politique et philosophique. Et les doctrines immorales du protestantisme ne sont que l'expression de l’immoralité des mœurs, introduite par le paganisme antique ; et l'inspiration des oracles reparaît dans le protestantisme. Les renaissants ont eu plusieurs entretiens avec Luther et Zwingle qui leur suggérèrent plusieurs de leurs erreurs,de leur aveu même. Le paganisme manifeste aussi son influence dans la nouvelle hérésie, par la magie qu'il faisait cultiver. Un grand nombre de protestants, .en Allemagne

‘surtout, s'adonnèrent à cet acte diabolique. La renaissance

n'a pas sa source dans l'esprit humain.

Le journal des Débats a dit, le 26 avril 1852 : ‘‘Nous sommes les fils de la renaissance, avant d'être les fils de la révolution ; dire que la réforme est sortie seulement de la renaissance, c'est seulement reconnaître qu'elle a produit des effets divers suivant les lieux et les circonstances.” Erasme est le type et l’apôtre du Rationalisme, tel qu’il pouvait se montrer à cette époque, dans un pays socialement catholique. Tandis que de l'antiquité païenne, rien dans le moyen-âge, et presque rien dans le christianisme, ne trouve grâce devant lui. 26 ans avant Luther, sa verve satirique a répandu contre les institutions religieuses et sociales de la vieille Europe, contre les mœurs, contre les prélats, même placés au sommet de la hiérarchie, des épigrammes, des invectives, des calomnies qui sont dans toutes les bouches. Il fait une peinture peu édifiante des mœurs anglaises. Il avait dit de l'Angleterre: Apud Anglos triumphant bonæ litteræ, recta studia. La France était toute préparée à l'invasion du protestantisme, par les écrits des rationalistes qui ont apparu avec la renaissance. ‘‘A cette époque, dit Voltaire, c’est-à-dire au règne de Fran-

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Rabelais est le type des libres-penseurs de cette

époque.

au scepticisme.

Un peu plus tard, Montaigne préparait les voies

Le poëte Desportes, chanoine de l'Eglise

de Paris, Régnier, chanoine de Chartres, ont publié des ouvrages abominables, traduits ôu imités des anciens. Malherbe a dit : ‘‘que les honnêtes gens n’ont plus d'autre religion que celle de leurs princes.”

A l'heure de la mort, il dit à son confesseur qui lui parlait du ciel : ‘Ne m'en parlez plus, votre mauvais

style m'en dégoûte.”

Ce qu'on a appelé la pléïade du

XVIe siècle, se composait de francs-libertins. Au commencement du XVIIe siècle, Grégoire de Toulouse s’écriait : ‘‘On compte, en France, plus de 6,000 athées.” Et Capèce : ‘‘En France, il y a aujourd’hui plus d'hommes sans religion qu'au temps du paganisme.” Le père Moulin

disait, en 1622 :

‘“ La seule ville de Paris compte 5,000

athées.” Le célèbre président Thou a écrit: ‘‘Ceux qni passaient en revue les désordres du règne de Henri II, le comptaient pour un des moins funestes.” Cette nuée de Catulle, d'Anacréon, de Tibulle, de Prudence, c'est-à-dire de poëtes dont la cour était pleine et qui corrompäient la jeunesse, dégoûtaient l'enfance même des études sérieuses, et enfin arrachaient par leurs poésies lassives, la pudeur des jeunes cœurs. On s'était épris, pour les auteurs païens et leur doctrine, d’une admiration portée jusqu'au délire et qui avait préparé les esprits à n'avoir que du mépris pour tout ce qu'avait inspiré le Christianisme.

Le cardinal Rosario (Page 195): ‘‘Croyez-moi, considérez que l'avenir jugera Platon et Aristote comme deux hommes de la plus haute sagesse ; suivez-les pas à pas,

prenez-les pour vos guides, méditez-les.”

Cornélius à

Lapide : ‘‘Aristote, le chef des péripatéticiens, a réduit la morale en science méthodique.”

Dans les livres de morale, il explique si parfaitement la raison des choses, qu'à s’en tenir à l’ordre purement naturel, vous n'avez besoin ni des Clément d'Alexandrie, ni des Arnobe et pour tout dire d’un seul mot, en physique, Aristote est un homme pour ses disciples, en morale, il est un dieu.” En Angleterre,quiconque se permet

même, dans les disputes particulières, d’opposer une objec-

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tion à l’antorité d’Aristote, est puni sans rémission d’une forte amende.

En France, on demande le supplice du feu contre Basmus qui avait attaqué Aristote ; et François I défendit, en 1540, d’attaquer les doctrines d’Aristote, sous peine de confiscation et de punition corporelle. En 1654,le parlement de Paris fait défense à toutes personnes, sous peine de la vie, d'enseigner aucune maxime contraire aux anciens auteurs. L’enthousiasme pour Platon avait égale celui que l’on a eu pour Aristote. Marcile Fécien, chanoine de Florence, enseignait que Platon était monté au ciel avec J.-C. Il dit, en parlant de Côme de Médécis : ‘‘Il avait sur sa table le buste de Platon devant lequel était suspendue une lampe nuit et jour allumée.”

Il approuvait tout ce qu’il y avait de plus immoral dans les ouvrages de Platon. Il disait: ‘‘Ce philosophe est le médiateur entre Dieu et l’homme, homme pour Dieu et dieu pour les hommes.” Thomas Morus, disciple de Erasme, séduit par l’enseignement platonique, publia dans son utopie les rêves socialistes de Platon, éclipse d’une belle intelligence et d’un noble cœur. Le philosophe Patin, disait au souverain pontife (Pape 221): ‘‘Ordonnez que dans tous les collèges, dans vos monastères, on explique quelques-uns des livres de Platon.” Si ces principes n'ont pas produit partout le protestantisme comme en Italie, c'est grâce à la présence et à l’action de la papauté, et parce que là, le mouvement renaissant fut plus littéraire que philosophique ; comme en France, c'est grâce à la foi de la nation, très vive chez le peuple et bien pénétrée de l'esprit du moyen-âge. On peut dire que Dieu a permis ces exceptions, par une protection spéciale ; mais que de mauvais principes en philosophie, en politique, quel affaiblissement du sens religieux, et quel grand nombre, en Italie et en France,ont été l'effet de la Renaissance ! L'’Espagne, beaucoup moins classique que les autres pays, est restée bien plus catholique.

Dire qu'il n'y a pas de danger à l’étude exclusive des auteurs païens pour la foi et les mœurs, parce que beaucoup de ceux qui ont reçu l’éducation païenne classique, sont restés vertueux, c'est dire que la guerre n’est pas meurtrière, parce qu’un grand nombre en reviennent sains et saufs. Mgr Gaume a dit: ‘‘Pour avoir un véritable sujet

d’expérimentation, il faut prendre les jeunes gens placés dans les conditions ordinaires de la vie, et qui n’ont pas reçu d'autre éducation que l'éducation classique. Si, depuis trois siècles, ces générations laïques ont été dans leur ensemble, si elles sont encore des générations vraiment chrétiennes de mœurs et de croyance, vous aurez prouvé victorieusement que les études Païennes sont inoffensives, ou du moins que l'influence désastreuse qu'on leur impute, n'est pas appréciable, Si, de plus, vous démontrez que ces générations furent et sont chrétiennes, non pas quoique, mais Parce que, c'est-à-dire qu’eiles doivent en tout ou en partie à leur commerce avec les Païens la pureté de leurs mœurs, l'intégrité de leur foi, la validité de leur jugement, l'élévation de leur raison, la fermeté de leur bon sens, leur esprit naturel, leur respect à l’autorité, leur amour de l'ordre, leur intelligence de la vie réelle, vous aurez à Jamais con-

fondu l’auteur et les partisans du ‘Ver Rongeur”, Si non, non,

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