OBJECTIONS CONTRE LES ORDRES RELIGIEUX
1. Le vœu tient le religieux dans une obéissance servile contraire à la dignité de l’homme et à la liberté naturelle.
Rép.—L'obéissance passive est la soumission involontaire à un ordre que la raison n’approuve pas. Or ceci
ne se trouve pas dans la vie religieuse. Deux moyens ennoblissent l'obéissance, l'élection et la loi. Or les religieux chéissent à un supérieur qu’ils élisent, et ils croient cette élection le résultat d'une volonté divine. Et puis il existe une loi, une constitution que le supérieur doit suivre, sous peine de déposition : dans cette loi, tous les offices sont prescrits à l'avance avec détail. Quand ils obéissent au supérieur, les religieux obéissent à une loi qu'ils ont trouvée raisonnable, qu’ils ont acceptée de plein gré. Ils obéissent donc volontairement à un ordre juste. En mème temps, les idées de la foi leur font voir la volonté ce Dieu dans le commandement du supérieur. Ceia élève l’obéissance au plus haut degré de dignité. Il n'y a donc, dans la soumission des reiigieux, rien qui ressemble à l'obéissance passive. D'ailleurs, cette loi que suit le rc:igieux, c'est lui qui l’a faite en se l’imposant ; et il ne lui obéit qu'antant qu'il le veut. Sa conscience seule le retient ; mais elle ne le retient que parce qu'il croit la soumission juste et voulue de Dieu. Or faire la lei, lui obéir volontairement, c'est la plus haute expression de la liberté. (Voir Mémoire de Lacordaire pour les Frères Prêcheurs, chap. ler, et de l'Institut des Jésuites, par Ravignan,chap. de l’obéissance.)
L'obéissance du religieux est moins servile et incompaïablement plus douce que celle du militaire. 2°. Le vœu perpétuel est une tyrannie d’un moment sur tout l'avenir : l’homme doit regretter souvent la liberté qu'il a engagée.
Rép.—Les objections contre le vœu sont les mêmes que contre l'indissolubilité du mariage. Encore celle-ci est maintenue par la force sociale ; pour le religieux, sa volonté seule le retient.
Le vœu doit être perpétuel: autrement on verrait sans cesse la folie du siècle entrer par caprice dans les couvents, et en sortir par caprice. Il y aurait un flux et reflux de passions, de vœux tour à tour rompus et formés, qui banniraient des monastères la paix, la subordination, la décence. Au reste,ceux qui entreraient dans le monde,après quelques années, trouveraient tout changé, et ne seraient pas heureux.
Le vœu, par sa fixité,contribue au bonheur de l’homme en lui interdisant de penser à mille choses qui agitent