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SCHISME DE PHOTIUS

Le schisme de Photius prépara la séparation complète des Grecs d'avec l'Eglise romaine : il importe de connaître par quelle voie commença à s'opérer cette défection ; il en sortira une grande leçon, qui tournera à la gloire de l'Eglise catholique.

Michel ITI, surnommé l'Ivrogne, monta sur le trône de Constantinople en 842. {l'avait pour tuteur son oncle le César Bardas. Celui-ci, homme plein de vices, répudia sa femme pour satisfaire sa passion incestueuse pour l'épouse de son fils. Ignace, patriarche de Constantinople, lui refusa la communion. Bardas, irrité, fit accuser le patriarche d'une conspiration : l’empereur l'envova en exil. Bardas offrit le siège à Photins, premier secrétaire de l’empire. C'était l'homme le plus savant et le plus habile écrivain de l’époque, et l'esprit le plus fourbe dont l'histoire fasse mention.—Celui-ci voulut obtenir d'Ignace une résignation à son siège, mais le patriarche la refusa. Certains évèques se prononcèrent en faveur d'Ignace. Bardas promit à chacun d'eux, s'ils voulaient se désister de toute opposition à ses vues,de les élever sur letrône patriarcal; cet expédient réussit, mais les évêques furent joués, et Photius

fut installé sur le siège de Constantinople. En six jours on lui fit monter tous les degrés de l'échelle hiérarchique. Alors il tient un concile contre Ignace et ses partisans, les excommunie et commence à faire souffrir à Ignace une longue suite d'humiliations et de tortures, qui,pourtant,ne parviennent pas à l'ébranler. En même temps, il écrit au pape pour lui apprendre qu'Ignace a résigné, et qu'il a été mis à sa place, malgré une opiniâtre résistance. Le siège de Rome était occupé par l’un des plus habiles papes qui aient régné, St Nicholas I. Celui-ci, surpris de ne pas recevoir de lettres d’Ignace, envoie deux légats à Constantinople pour examiner l'affaire. Ils avaient ordre de ne pas reconnaître Photius, jusqu'à ce qu'il eût été prouvé que son élection était canonique. À leur arrivée, on les séquestra, on tâcha de leur persuader la validité de l'élection de Photius, et on leur fit les menaces les plus terribles pour les empêcher de condamner celui-ci. Ils furent pervertis. Photius assemble un concile en présence des légats : il y appelle Ignace, qui se défend d'une manière admirable ; mais tout le monde avait été gagné par l’intrus.—Soixantedouze témoins subornés vinrent déposer contre le patriarche ; celui-ci en appela au pape: mais les évêques du concile, au nombre d'environ 300, le condamnèrent.

Photius écrivit une nouvelle lettre au pape pour justifier son élection. C’est un chef-d'œuvre littéraire et un chef-d'œuvre d'hypocrisie. Mais Nicolas avait été prévenu par un moine, partisan d’Ignace, de ce qui s'était passe. — Il désavoua ses légats, reconnut [Ignace comme patriarche de Constantinople, ordonna de déposer Photius, et réfuta, dans une magnifique lettre,tous les avancés de ce dernier. Photius, plein de rage, voulut faire périr Ignace, et lui fit subir d'abord les plus horribles tortures ; des bourreaux furent envoyés pour lui couper les mains et lui arracher les veux, mais il s'échappa de sa prison dans ce moment même. Bientôt arriva un horrible tremblement de terre à Constantinople. Le peuple effrayé attribue ce fléau à la colère céleste armée pour venger Ignace, et l’empereur est obligé de donner un édit qui proclame l'innocence de celui-ci, et lui fait rendre la liberté.

Photius, pour détruire l'impression des lettres du pape, suborna un nommé Eustrate, qui, en pleine assemblée, se dit arrivant de Rome avec une lettre du pape en

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faveur de Photius, et une autre d’Ignace au pape, que celui-ci n’avait pas voulu accepter, parce qu’elle était pleine d'’injures contre l’empereur.—Michel, irrité, fit de nouveau mettre Ignace aux fers. Cependant la supercherie fut bientôt découverte. On s'attendait à voir punir Photius ; mais il se fit à un tel point l’approbateur des plus vils excès de l'empereur et de Bardas, que ceux-ci le maintinrent sur le siège patriarcal. (Université catholique, XVI, 434.)

L'excommunication du pape contre Photius et ses adhérents était parvenue à Constantinople. Bardas en fut effrayé; il se sentit menacé du ciel. Quelques jours après,un nouveau favori de l’empereur, Basile le Macédonien, persuada à Michel que le César en voulait à ses jours, et de son consentement, il l’assassina de sa propre main. — Peu de temps auparavant Michel et Basile avaient signé à l'Eglise en présence de la croix et avec une plume trempée dans le sang de J.-C., qu'ils n'avaient aucun mauvais dessein contre Bardas : et le meurtre était résolu alors.

Basile fut associé à l'empire. Photius commença à maudire la mémoire de Bardas, et à se faire en tout l’adulateur du nouvel empereur. Cependant il avait formé le plus audacieux projet qu'il soit possible d'imaginer. Avant de le mettre à exécution, il travailla à établir sa popularité, disposant de la faveur des princes, et distribuant les places, les honneurs, les dignités. Il ouvre dans son palais une école, où il réunit l'élite de la jeunesse qu'il fascine par ses talents et ses connaissances. Il en vient à prendre un tel ascendant qu il fait prêter à ses jeunes gens le serment de n'avoir jamais d'autre volonté que la sienne. (U. C. XVI, 438).

Quelques évêques d'Occident avaient été condamnés et déposés à Rome pour avoir favorisé le divorce de Lothaire; ils s'adressèrent à Photius : celui-ci saisit cette occasion. Il met au jour, pour exciter les Occidentaux contre le pape, l'œuvre à laquelle il avait travaillé ; c'était un concile imaginaire dont il prétendit produire les actes. Les empereurs, les patriarches, la plupart des évèques d'Orient avaient assisté à ce concile : on voyait environ mille signatures ; on y avait entendu les plus accablantes accusations contre le pape. Photius s’en était déclaré le défenseur, mais les faits reprochés au pape étaient si frappants qu il fut déposé et excommunié, et l'on frappait d’excommunica-

tion tous ceux qui restaient attachés à sa communion. Il envoie ces actes à l’empereur Louis II,en lui donnant le titre d'empereur que les grecs avaient toujours donné à Charlemagne et à ses successeurs. Il excitait Louis à y employer la force pour chasser le pape. Il publia en même temps une autre pièce pour se plaindre des erreurs de l'Eglise romaine, notamment sur la procession du St Esprit, et enfin il en vient où il tendait depuis longtemps; il prend je titre de patriarche œcuménique, et alors il retuse de recevoir les légats du pape Nicolas, tant qu’ils n’auront pas anathématisé les erreurs de l'Eglise latine, et qu'ils n’auront pas reconnu sa suprématie sur toutes les églises, en recevant de lui leurs lettres canoniques.

Sur ces entrefaites, Michel veut faire périr Basile, son collègue. Celui-ci le prévient, et seul maître du trône, il chassa Photius du siège de Constantinople, et y fitremonter Ignace.

L'empereur écrit en même temps à Rome. Adrien II, successeur de St Nicolas, y tient un concile. On y brûle les actes du prétendu concile de Photius, trouvés dans ses papiers et envoyés par Basile. Et puis un concile œcuménique est convoqué à Constantinople. Ils'y ouvre le 5 octobre 869, c'est le 8e général. — On y renouvela l’anathème contre Photius et ses adhérents, et on y fit les règles les plus sages relativement à l'élection des évêques. On tâächa surtout de soustraire la nomination de ceux-ci à l’influence de la puissance laïque. Photius avait été forcé de paraître au concile. Il affecta la conduite de J.-C. devant ses juges.

Dans la retraite où il avait été relégué, il ne fut pas inactif; il avisa aux moyens de se rétablir.— Dans plusieurs lettres adressées à ses partisans et que ceux-ci devaient faire circuler, il faisait une peinture attendrissante, quoique avec l'expression de la résignation, des mauvais traitements auxquels il se prétendait condamné. Il s'adresse mème à la commisération de l’empereur : il n'oublie rien pour qu'on s'intéresse à son sort comme à un infortuné. Par ces moyens et beaucoup d’autres encore, il fit élever beaucoup de voix en sa faveur. L’empereur,cependant,restait inflexible. Photius étudie son caractère : il y découvre une extrême vanité et le désir de passer pour un homme d'une race royale. Il sait profiter de tout, lui qui disait :

‘ L'occasion a des cheveux longs au front, mais elle est chauve par derrière, quand elle est passée, on ne peut plus la saisir.” —Basile prétendait tirer son origine des anciens rois d'Arménie. Photius écrit en vieux caractères, sur un parchemin usé, un livre où se trouve cette généalogie, en forme de prophétie, où les glorieuses destinées de Basile étaient prédites. Le livre, comme trouvé par hasard dans la bibliothèque du palais, est montré à l'empereur. Personne ne peut l'expliquer. Un ami de Photius qui avait tout arrangé, dit que celui-ci seul était asse: savant pour donner l'interprétation désirée. Photius est mandé au palais : l'empereur l'entend: il est au comble de la joie. Photius devient pour lui un ami. (Université Catholique, XVI, 450).

Alors celui-ci renouvelle ses prétentions ; il reprend les fonctions épiscopales. — Sur ces entrefaites, Ignace meurt, peut-être par un nouveau crime de Photius, et trois jours après, celui-ci est replacé par l’empereur sur le trône patriarcal de Constantinople.

Photius s'abandonna alors à tous les excès de la vengeance : il sévit d’une manière si cruelle sur ses adversaires, qu'on a comparé cette persécution à celle des empereurs paiens.

Pour s'assurer davantage des dispositions de l’empereur à son égard, il canonisa le fils aîné de ce prince, qui mourut à cette époque, et à l’aide d’une de ses créatures, aussi fourbe que lui, Santabaren, il fascina tellement l’imagination de Basile, qu'au moyen de quelque artifice, il lui fit voir le fantôme de son bienheureux fils dans un état de gloire et de magnificence. (U. Cath. XVII, 32).

Cependant il songe à se faire reconnaître à Rome, :1l proteste encore que c'est malgré lui qu'il a été réinstallé, et s'appuie de la signature d’un grand nombre d'évèques, présente mème celle de plusieurs partisans d’Ignace ; il va jusqu'à fabriquer une lettre : Ignace aurait reconnu ses torts envers lui. Il fait les plus grandes protestations de soumission ; en même temps, l'empereur écrit et promet des secours à l'Italie ravagée par les Sarrasins. Jean VIII, c'était le nouveau pape, crut devoir céder, pour la paix de l'Eglise : il envoie des légats à Constantinople avec ordre de confiance à Photius, pourvu que celui-ci,dans un concile, demandât pardon du passé. Ses légats furent séduits

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