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6. On peut observer qu’une des causes des succès de Photius, a été la falsification des pièces au moyen de la traduction. Ceci ne serait point arrivé si l'Eglise grecque eût parlé la même langue que l'Eglise latine, nouvelle preuve en faveur de l'unité de langage que l'Eglise romaine conserve pour sa liturgie, ses décrets, ses conciles, tous ses documents officiels.
LA PAPAUTE AU 10e SIÈCLE
Les papes des trois premiers siècles ont tous été tellement distingués par leurs vertus qu'ils sont honorés comme des saints. Depuis Constantin, la papauté, en se développant, ne fit que briller d’un plus bel éclat. Elle exerçait une puissante influence morale: elle était sous plusieurs rapports l'âme du monde chrétien : le très grand nombre des souverains pontifes, qui ont paru depuis le 4e jusqu’au 10e siècle, sont des hommes recommandables par leurs vertus et leurs brillantes qualités. Au 10e siècle, la papauté semble s'“clipser. On a dit qu'elle avait été complètement avilie, et que pendant longtemps elle ne fut exercée que par des hommes méprisables et vicieux, et de là, on a attaqué son institution divine. Il faut examiner 1° pourquoi il y a eu de mauvais papes, 2° combien: il y en a eu, 3° quelle conséquence on en peut tirer.
1” La papauté était devenue la première position du monde, et elle était élective ; l'enfant du pâtre comme le fils des rois pouvait monter sur le St Siège ; ce devenait un objet pour l'ambition. Les familles puissantes et les maisons princières durent faire de grands efforts pour qu'un des leurs fût revètu de cette charge brillante. De là les moyens violents, les intrigues à l’aide desquelles on cherchait à monter sur le trône pontifical. De plus, au 10e siècle, divers concurrents se disputaient la dignité impériale, mais c'était au pape seul à la conférer. Il importait donc aux ambitieux d’avoir un pape dans leurs intérêts : de là encore les efforts des princes pour faire parvenir au St Siège, non le plus digne, mais l’homme qui favoriserait le plus leur ambition. —Il y eut donc des papes peu dignes de leur fonction, quand les élections ne furent plus libres, quand l'Eglise n’eut plus à agir seule dans le choix de ses
pontifes, quand ceux-ci en un mot furent imposés par la puissance laïque.
2°. Pendant une grande partie du 10e siècle, il n'y eut pas sur le siège de St Pierre d’honfmes éminents, parce que le manque de sources d'instruction et la rapidité des révolutions ne donnaient pas aux hommes les moyens et le temps de se former. — Il y eut un certain nombre de papes vertueux, et qui ont travaillé, quoique sans éclat, pour le bien de l'Eglise. Il y en a eu plusieurs dont on a dit ni bien ni mal, parce qu'ils occupèrent très peu de temps la chaire de St Pierre (1): mais le nombre des mauvais papes, c'est-à-dire des papes à mœurs dissolues, est extrèmement restreint. Les assertions de la généralité des historiens sur les papes du 10e siècle n’ont aucun fondement. Elles reposent sur le témoignage de Luitprand, évêque de Crémone. Mais ce prélat était tout dévoué au parti allemand, et l’on sait combien l'animosité de parti peut faire inventer ou répandre d’accusations contre ses adversaires.—Cet historien a montré dans ses divers écrits un esprit vain, extrêmement léger, rempli de fiel contre ses ennemis. Fleury lui reproche de manquer de jugement. [l est si inexact qu'il confond l’ordre des papes. I fait succéder Serguis III à Formose, bien qu'il y ait huit papes qui les séparent. S. Léon IV, Benoit [II, S. Nicolas I, Adrien IT, Jean VIII, Martin II, S. Adrien IIT et Etienne V qui règnent de 847 à 891. Enfin plusieurstraits de ses livres montrent qu'il était un homme sans pudeur, aimant à raconter des choses obscènes. — Voilà l'écrivain sur le témoignage duquel s'appuient tous les historiens qui ont parlé en mal des papes du 10e siècle. On peut lui opposer Flodoard, chanoine de Reims, écrivain plus rapproché des évènements que Luitprand, et qui est représenté par les contemporains comme un prêtre recommandable par ses vertus. Il a publié une vie des papes où les souverains pontifes paraissent bien différents que dans l'ouvrage de Luitprand. Flodoard n'était attaché à aucun des deux partis qui déchiraient l'Italie. Son témoignage est donc plus croyable que celui de Luitprand. (Rohrbacher, XII, 438 et suiv.).
Flodoard ne dit aucun mal de Christophe, que Luit-
(1) I y a eu 26 papes de ce roème siècle 900 à 1003.
prand ne mentionne même pas, et qu’on ne trouve présenté comme un ambitieux et un fourbe que par Vincent de Beauvais, qui écrivait trois siècles après.
Sergius III est un des papes les plus calomniés. Il avait été compétiteur de Jean IX, mais il fut obligé de sortir de Rome et de se réfugier en Toscane. Le peuple l'appela à la mort de Jean IX. Flodoard, le diacre Jean, auteur contemporain de Flodoard, dans son livre sur l'Eglise de Latran, et l'épitaphe de Sergius parlent de lui dans les termes les plus honorables. L’accusation d’immoralité qui pèse sur sa mémoire n'a été portée que par Luitprand. (Rohrbacher, 508).
Luitprand dit de Jean X que c'était un clerc de Ravenne, qui, envoyé par l'archevêque de cette ville à Rome, eut une liaison criminelle avec Théodora, femme influente de la ville, et que celle-ci le fit nommer d’abord évêque de Ravenne, et très peu detemps après, pape. Luitprand tire ce fait d’une vie anecdotique de Théodora, mère de Marozie, intrigante et passionnée comme sa fille ; or, cette vie était une espèce de libelle qui parut dans le peuple au moment où la famille de Théodora fut abattue par le parti contraire. —— Mais Rubeus, dans son histoire de Ravenne prouve que Jean fut évêque de cette ville pendant neuf ans avant d’être fait pape. Flodoard fait un éloge complet de ce pontife, et un autre écrivain contemporain dit que ce fut un pontife rempli de sagesse et de vertu.—Au reste, le règne de ce pape fut très glorieux. On voit que pendant les 14 ans de son pontificat, il fut obéi et respecté. 11 chassa les Sarrasins de l'Italie. On lui a reproché d’avoir commandé lui-mème l’armée qui les combattit, mais on peut répondre que dans ce moment de crise, c'était un acte propre à animer les troupes, et à imprimer unité, énergie et promptitude à leurs mouvements : il y avait longtemps que les efforts contre les Sarrasins étaient inutiles. (Rohrbacher, XII, 1. 59, p. 520).
Jean XI—il n'avait que 25 ans lors de son avènement. — D'après les historiens contemporains,était fils du patrice Albéric, père du prince Albéric, frère utérin de Jean XI et de Marozie : il ne succéda pas immédiatement à Jean X, qui probablement fut mis à mort par Guy de Toxane, père de Jean XI, second époux de Marozie. Il y eut entre Jean X ct Jean XI les papes Léon VI et Etienne VIII. Quant
au Caractère et à la vie du pape Jean XI, aucun ancien n'en dit du mal; un de ses plus illustres contemporains, Rathice, évêque de Vérone, l'appelle pontife d'un glorieux caractère. —Flodoard dit qu'il fut uniquement occupé du ministère sacré. Son père Albéric lui ayant enlevé le gouvernement de Rome, il y eut au reste beaucoup de troubles civils sous son pontificat, causés par les dissensions d’Albéric et de ’lughes, roi de Lombardie, qui épousa, en troisièmes noces, Marozie, mère de Jean XI, femme intrigante et ambitieuse.
Léon VIT, Agapit IT furent des pontifes vertueux. A la mort de celui-ci, les Romains élevèrent sur le trône patriarcal, Octavien, fils du prince Albéric, et qui lui avait succédé dans sa dignité : il prit le nom de Jean XIT; il n'avait que 18 ans. Il est incontestable que ce pape se déshonorât par ses mauvaises mœurs, mais il est à croire qu'il yaeu beaucoup d'exagération dans les reproches qu'on lui adressa, à cause des animosités de parti. Rome en effet fut déchirée par de graves dissensions. Le pape avait invité Othon, roi de Germanie, à venir à Rome, et l'avait couronné empereur. Ensuite il se brouilla avec lui pour des causes diversement expliquées ; il appela contre lui Adalbert, son ennemi. Othon accourt à Rome, assemble un concile où les plus affreuses accusations sont portées contre le pape, et celui-ci ayant refusé de se justifier, le concile le dépose et met à sa place un laïque qui prend le nom de Léon VIII. De l’aveu de tous, l'acte du concile fut illégitime. Au reste, aussitôt que l'empereur fut parti de Rome, le pape rentra dans la ville sans éprouver la moindre opposition de la part du peuple, ce qui indiquerait qu'il n’était pas si décrié pour sa conduite que ne le dirent ses accusateurs au concile rassemblé par Othon. Il mourut deux ans après. Luitprand, un des évêques du concile, dit qu'il fut frappé par le démon.
Benoit V, Jean XIII, Benoit “1, Donus II, Benoit VII, Jean XIV furent des pontifes de mérite. Le pontificat des deux derniers fut agité par l'antipape Francon (1), homme cruel et sanguinaire, mais qui n’est pas compté parmi les papes légitimes.—Jean XV fut un pape plein de
(1) Francon, un des meurtriers de Benoit VI et de Jean XIV, prit le nom de Boniface VII,
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sagesse et de zèle, Grégoire V mérita l'estime générale. Son pontificat fut troublé par l'antipape Philagathe et l'ambitieux Crescentius.
À Grégoire V, succéda le plus savant homme de son siècle, Gerbert, sous le nom de Sylvestre II. Le premier des papes, il eut l’idée des croisades. Ses st curs Jean XVII et Sergius IV n'ont laissé aucune mauvaise renommée. Benoit VIII, de la famille des princes de Tusculum, fut un pape vertueux. Ileut pour successeur son frère Jean XIX. Il est douteux qu'il ait été élu d'une manière simoniaque, quoiqu'il ne fût que laïque. Quoiqu'il en soit, il eut quelques remords sur son élection, et il voulut abdiquer, mais le clergé le maintint sur le siège pontifical, en lui conférant par là, au besoin, un titre légitime.
Benoit IX, de la famille des princes de Tusculum, fut mis sur la chaire de St-Pierre à l'âge de 12 ans. Le scandale d'un tel choix s’augmenta de la vie immorale du nouveau sujet. Après 12 ans de pontificat, il y eut contre lui un soulèvement à Rome. On élut un antipane. Benoit
reprit le dessus et abdiqua ensuite en faveur Grégoire VI. Il y eut une espèce de contrat simoniat Grégoire
agit pourtant avec pureté d'intention ; ce fut un vertueux pontife ; mais au bout de 20 mois, ayant des remords sur la légitimité de son élection, il résigna dans un concile. Clément IT fut élu à sa place ; il donnait des espérances ; il mourut bientôt. Benoit IX voulut reprendre la papauté, mais il fut forcé d'y renoncer, et ensuite il alla expier les infamies de sa conduite dans un monastère, où il fit une sincère pénitence.
Léon IX monta sur le trône pontifical, et la gloire de la papauté devint plus éclatante que jamais.