TOME I
avec l'inclinaison naturelle du terrain. Son élévation est de 6 m environ du côté du midi; l'escarpement est partout vertical et soutenu par une forte muraille revêtue de pierre de taille du grain le plus dur et couronnée d'un bourrelet et d'un talus. A chaque angle s'élevait une échauguette de 3 m de diamètre hors œuvre posée en encorbellement. La face méridionale, parallèle au mur d'enceinte , en était séparée par un chemin de ronde qui faisait aussi le tour du reste de l'esplanade. Ainsi le roi pouvait en toute sécurité se livrer à ses rêveries, nageant dans l'air, planant sur la campagne, au milieu d'une sorte de prison, surveillé de toutes parts, sans même être distrait par la vue de ses gardiens.
Durant tout le règne de Louis XI, l'histoire architecturale d'Orléans se résume à peu près dans les actes du roi. En présence des faits qui viennent d'être retracés, la restauration de certaines églises passe inaperçue; nos historiens daignent à peine en faire mention. Voici , au surplus, les seuls faits que nous ayons pu recueillir :
En 1470, l'église de la Conception fut construite par les ordres de la duchesse Jeanne, fille de Louis XI.
En 1473, le corps des marchands fréquentant la rivière de Loire érigea dans l'église des Jacobins une chapelle en l'honneur deNotre-Dame-de-Pitié.
En 1475, Marie de Bretagne, abbesse de Fontevrault, qui commençait à réformer son ordre, fit bâtir le couvent de la Madeleine.
Suivant une tradition généralement reçue, un grand nombre de Bourguignons vinrent la même année à Orléans pour y chercher un refuge contre une épidémie qui désolait leur province. Les habitants furent victimes de leur hospitalité : la contagion se répandit dans la ville, la mortalité devint générale et les cimetières ordinaires ne purent plus suffire aux inhumations. On jugea donc indispensable d'établir un nouveau lieu de sépulture destiné, dans les cas exceptionnels, à toutes les paroisses. A cet effet, un assez grand espace de terrain situé près Saint-Vincent-des- Vignes fut consacré par l'évêque François de Brilhac; on le nommait alors le Champ-Carré : maintenant c'est le cimetière Saint-Vincent. Il a déjà reçu du côté de l'ouest une accrue assez considérable, et on vient tout dernièrement de l'agrandir encore au septentrion. Une ligne inachevée de chapelles sépulcrales indique de ce côté ses anciennes limites.
Les derniers évêques s'étaient plus occupés des décorations intérieures de Sainte-Croix que de l'achèvement de l'édifice. Tandis que de belles tapisseries ornaient le chœur, tandis qu'un buffet d'orgues nouvellement posé ajoutait à la pompe des offices divins , une grande partie de la nef restait encore a faire. François de Brilhac comprit mieux sa mission que ses prédécesseurs ; il chercha, en 1478, à donner un nouvel élan aux travaux languissants, mais il ne put y parvenir.
Vers la même époque, la nation d'Allemagne (i } de l'école de droit fit poser sur le maître autel de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle une table de pierre de 5 pieds de long sur 4 de large, représentant l'adoration des Mages. Si l'expression sur dont se servent les historiens doit être prise à la lettre, cette pierre servait de tablette a l'autel. Dès lors les figures, au lieu d'être sculptées en relief, durent être gravées en creux, comme sur les dalles tumulaires. Ce serait un fait rare et curieux; mais il est plus rationnel de suppléer aux mots par le sens. Le bas-relief en question aurait été appliqué à l'autel soit sur le devant, soit comme faisant partie du retable.
C'est ici le lieu de donner la cause probable d'une erreur qui a occasionné de longues discussions parmi les archéologues de notre ville.
On voit dans les armoiries de la ville d'Orléans trois pièces nommées, suivant les auteurs et les époques, cœurs de lys, cayeux ou cailloux. Les lettres-patentes du 4 novembre 1815 qui restituent a Orléans ses armoiries les indiquent sous la dénomination de cayeux de (leurs de lys.
En fait, soit que les armes de la ville lui aient été concédées par Charles VII ou par Louis IX, elles étaient dans l'origine de gueules à trois
(1) L'école de droit d'Orléans, à laquelle affluaient des étudiants de tous les pays, se divisait en plusieurs nations ou sections qui avaient chacune leur régime et leurs privilèges particuliers. La nation allemande fut toujours une des plus nombreuses et des plus riches. Par la suite, ces distinctions devinrent purement nominales.
HISTOIRE GÉNÉRALE. i3i
cœurs de lis d'argent, au chef cousu d'azur, chargées de trois fleurs de lis d'or ou de France.
A une époque impossible h préciser, mais certainement circonscrite dans la dernière moitié du xv e siècle, on fit des réparations importantes au fort des Tourelles. Alors, pour figurer la partie essentielle des armes de la ville, on incrusta dans la muraille et on disposa par trois, triangulairement, comme le sont les stigmates des lis, neuf boulets de pierre lancés, h l'époque du siège, par les bombardes anglaises. Les habitants voyant les cœurs de lis représentés par des pierres ou cailloux , leur donnèrent un nom conforme à leur apparence. Bientôt l'erreur passa jusque dans la forme : des peintres , des sculpteurs ignorants représentèrent les cœurs de lis sous la forme de cailloux presque ronds , juxla-posés et laissant entre eux l'espace triangulaire qui se trouve entre les circonférences de trois cercles contigus. 11 est h désirer que ce quiproquo ne se reproduise plus h l'avenir. 11 faut rendre aux pièces des armes de la ville non-seulement leur dénomination, mais aussi leur forme première, et les cœurs ou stigmates de lis devront, comme dans la nature, se composer de trois lobes ovales rayonnants et complètement joints ensemble par une de leurs . extrémités.
Un fait d'une haute importance signale pour Orléans le règne insignifiant de Charles VIII. Une nouvelle enceinte réunit à la ville un espace au moins aussi considérable que celui qu'elle cou-
vrait déjà. Quoique rétablissement de la troisième accrue ne date que de 148i, elle eut sa cause daus les événements qui remontent au règne de Louis XI.
Tandis que les habitants laissaient, par esprit d'opposition, les étrangers seuls peupler le nouveau quartier établi par ce prince, resserrés euxmêmes outre mesure entre leurs vieilles murailles, ils étaient obligés de déborder dans les seules directions qui leur restassent ouvertes, c'est-à-dire au nord et à l'ouest. Les faubourgs populeux de la porte Dernier et de la porte Renard étendirent leurs rameaux dans la banlieue. Une partie de la ville se posa en dehors d'ellemême. L'ensemble de la population intérieure et extérieure était alors de 26 à 28,000 âmes, le nombre des maisons de 2,500 environ.
Cependant le roi d'Angleterre , ligué avec le duc d'Orléans, avait déclaré la guerre à la France. Les horreurs récentes du siège de Beauvais, le souvenir des maux qu'ils avaient eux-mêmes soufferts ûrent sentir aux Orléanais le besoin de se mettre à l'abri de la fureur de l'ennemi. Les habitants des faubourgs faisaient partie intégrante de la cité. Une requête fut présentée au roi pour le prier de prolonger tout autour de la ville la nouvelle enceinte qui n'y avait annexé • que le faubourg Bourgogne. Cette demande avait été gracieusement accueillie et l'on allait se mettre à l'œuvre, lorsque la trêve de sept ans vint rendre la sécurité aux Orléanais. Les travaux
n'étaient pas même commencés , le projet fut complètement oublié.
En 1 484, nous le voyons mis de nouveau sur le tapis, réadopté et exécuté avec une ardeur dont il est difficile de se rendre raison. Charles VIII , encore enfant, venait de monter sur le trône; sa sœur gouvernait sous le modeste nom de Madame de Beaujeu; le duc d'Orléans, amoureux du pouvoir, se livrait déjà à des intrigues qui ne pouvaient rester secrètes , puisque cette même année elles enfantèrent la guerre civile. Comment se figurer que, dans de telles circonstances, le gouvernement royal ait espéré trouver quelque force dans les murs de la ville capitale de son principal adversaire? N'était-il pas à craindre qu'Orléans ne se livrât bientôt lui-même entre les mains de l'ennemi, d'autant plus redoutable alors que Ton aurait plus travaillé pour le mettre en état de lui résister ? H n'est donc pas probable que le roi ait pris l'initiative dans cette circonstance. Supposera-t-on, au contraire, que le duc d'Orléans, dissimulant adroitement ses desseins , ait, dès l'avènement du jeune roi, sollicité la reprise d'un projet dont on ne sentait pas encore les conséquences ? On conçoit que dans ces premiers moments il ait pu surprendre la justice du roi ; mais bientôt les événements devaient parler. Cependant nous voyons les travaux poussés avec la plus grande activité pendant tout le règne de Charles VIII, sous les yeux et, pour ainsi dire* sous l'inspection du prince entre les*mains de
m PREMIÈRE PARTIE,
qui ils pouvaient devenir si redoutables. A la vérité, le parti du duc était dispersé en 1486, lorsqu'il vint établir sa résidence à Orléans , et une apparente réconciliation lui avait rendu les bonnes grâes du roi. Mais, dans ces conjonctures mûmes , fortifier sa capitale n'était-ce pas l'engager à nouer de nouvelles intrigues?
Quoi qu'il en soit, le roi, par lettres patentes données en 1484, accorda, pour les travaux de la nouvelle enceinte, 5 deniers à prendre sur chaque minot de sel qui serait vendu dans toute Tétendue du royaume.
Les travaux commencèrent par la destruction des deux mottes des Arquebusiers joutant aux anciens fossés. Ces cavaliers , construits probablement dans l'origine pour la défense de la . ville, ne servaient plus alors qu'à l'exercice du tir de l'arquebuse. Situés l'un près la porte Renard , l'autre entre les portes Parisie et Saint- Samson, ils se trouvaient désormais a l'intérieur de la ville et prenaient une place inutile.
Le tracé de celte quatrième et dernière enceinte s'est conservé jusqu'à nous sans le moindre changement. Les murs des boulevarts extérieurs actuels sont les restes de ceux qui furent construits à celte époque. On y voit encore la place des bastions, et si les ouvrages des portes ont été détruits, les entrées n'ont pas changé de place. Nous décrirons en détail, dans la monographie des fortifications , tout ce qui a rapport à ce sujet. 11 suffira donc, quant à présent,
de quelques dates et d'une succinte appréciation.
En 1490, la porte Sainl-Pouair ou nouvelle porte Bannier (1) commençai s'élever, avec ses deux fortes tours demi-circulaires , au lieu où sont maintenant les pavillons provisoires des employés de l'octroi. Pendant le reste du règne de Charles VIIÏ, les travaux continuèrent avec une grande activité. Ils ne se ralentirent pas sous celui de Charles XII. Dès l'année 1501, la porte Saint-Jean était construite et les remparts adjacents laissaient peu de chose a désirer. En 1514, la porte Bannier était complètement en état de défense, et il est probable que l'ensemble de l'enceinte était dès lors à peu près terminé , car, dès Tannée 1513, Louis XII faisait établir, en avant de la porte Bourgogne , un ravelin, ouvrage a corne protégé par un pont-levis. Cet accessoire ne dut être entrepris qu'après l'achèvement des travaux principaux.
La démolitioif des vieilles fortifications marchait de front avec la construction des nouvelles : en 1501, la porte Renard fut détruite, les autres durent l'être vers la même époque.
À la fin du xv c siècle, l'usage de l'artillerie avait singulièrement modifié le système de la défense des places. Des bastions presque massifs , peu élevés, construits à d'assez grands intervalles,
(t) C'est à peu près à partir de cette époque que, par corruption, le mot Bannier fut substitué à celui de Bernier. Les étymologistes se sont trompés en voulant le faire dériver de Bannière,
avaient remplacé les tours circulaires, élancées , presque détachées du mur des deux premières enceintes. Au lieu des archères étroites, des créneaux multiples, des mâchicoulis couronnant les murs, on ouvrait des embrasures larges et peu nombreuses destinées à Y usage des canons et de la mousqueterie. Les fossés furent plus larges et plus profonds, les terres qui en furent extraites, formèrent des remparts de i 5 à 25 m d'épaisseur. Les moyens d'attaque devenant plus puissants, les ouvrages dont le système ne fut pas radicalement changé prirent du moins des développements proportionnés aux efforts qu'ils avaient à supporter. Telles furent les nouvelles portes; on y retrouvait, comme dans les siècles précédents, mais sur de bien plus grandes proportions, la porte Chartière, ouvrant sur le pontlevis et défendue par une herse et par des battants à pivols, et les deux tours adjacentes; seulement on ajouta un guichet et une passerelle pour Tusage des piétons, et les machiedtilis furent remplacés par des trappes intérieures. Souvent une niche ménagée au-dessus du portail reçut l'image de la Vierge ou du saint protecteur.
Tandis que les dehors des nouveaux quartiers s'entouraient ainsi d'ouvrages respectables, MM. d'illiers et Descurcs, commissaires du roi, se livraient au tracé des rues. L'état de la législation de l'époque , combiné avec l'esprit de justice et de loyauté qui dirigea cette opération, la rendirent complètement défectueuse. Les commis-
saires pouvaient au nom du roi s'emparer des terrains destinés à la voie publique, sans que les propriétaires eussent droit à aucune indemnité pour le terrain cédé. On crut devoir suppléer par des considérations d'équité à la rigueur de la loi. Pour détruire le moins de propriétés possible, plusieurs rues remplacèrent d'anciens chemins dont elles suivirent les sinuosités ; d'autres s'étaient déjà formées lors de l'établissement des faubourgs, celles-ci furent conservées avec toutes leurs irrégularités; d'autres enfin furent tracées, mais leurs lignes s'infléchirent de manière a ne traverser que des terrains non bâtis , ou du moins a n'aLtaquer que des masures. De tous ces ménagements résulta l'ensemble décousu que nous voyons aujourd'hui: rues étroites, Rajustant mal , complètement sinueuses ou ne présentant qu'une apparence d'alignement , sans parler d'un assez grand nombre de ruelles ou d'impasses qui ont été successivement supprimées.
Malgré les avantages immenses que présentaient les nouveaux quartiers, ils ne furent pendant long-temps peuplés que d'artisans. Plusieurs rues reçurent des noms analogues aux professions de leurs habitants. Ainsi, tandis que la noblesse et le haut commerce, fidèles a leurs us et coutumes, ornaient d'une multitude de charmants petits hôtels les rues sombres et tortueuses de l'antique cité, les voies aérées et plus spacieuses de la nouvelle ville ne se garnissaient que de constructions dépourvues d'élégance et
de solidité. A peine si l'on trouve dans toute l'étendue de la dernière enceinte trois ou quatre maisons un peu remarquables appartenant à la lin du xv e siècle.
Le séjour forcé que fit dans la capitale de son apanage le duc d'Orléans, qui depuis régna sous le nom de Louis XII, y attira un grand nombre de seigneurs : le luxe et l'abondance s'y répandirent autour du prince; le goût des arts se développa avec plus d'ardeur que jamais , le luxe architectural fit des progrès rapides. La plupart des délicieuses maisons qui furent construites alors n'ayant pas de date certaine, nous les décrirons en parlant de celles du commencement du xvi c siècle.
Avant d'abandonner le xv% nous avons deux mots à dire sur une petite église dédiée à Notre- Dame-de-la-Conception, ou h Saint-Flou. Quelques historiens font honneur de sa fondation à Charlotte de Savoie, seconde femme de Louis XI, d'autres l'attribuent a Jeanne, fille de ce prince. Il règne au moins autant d'incertitude sur l'identité de l'édifice, et il paraît qu'il faut distinguer Saint-Flou ou No tre-Dame-d' en lre-1 es-Murs de Notre-Dame-de-la-Conception , qui n'en était pas très-éloignée. Ces questions nous paraissant oiseuses, nous ne nous arrêterons pas a les discuter; mais il est utile de prémunir les archéologues peu expérimentés contre une erreur assez généralement accréditée. Dans une maison située rue de la Tour-Neuve, n° 27, on voit trois
voûtes contiguës servant maintenant aux usages domestiques : ces voûtes ont été prises pour des restes de la chapelle de Saint-Flou. Il est vrai qu'elles occupent, ou à peu près, l'emplacement de FédiOce en question, et qu'elles s'appuient sur un vieux pan de mur qui peut bien en avoir fait partie; mais les compartiments proprement dits, qui forment maintenant trois remises, sont de construction toute récente, et lors même que l'on ne connaîtrait pas leur âge par la tradition des propriétaires de la maison , leur appareil, leur style, leurs dimensions suffiraient pleinement pour le révéler.
Louis XII venait de monter sur le trône; la sagesse du roi avait déjà fait oublier les torts du duc d'Orléans. Un des premiers soins du monarque avait été la réforme de la magistrature ; l'étude des lois devait donc avoir une grande importance a ses yeux. L'école d'Orléans, l'une des plus célèbres de l'Europe à cette époque, attira surtout son attention. La salle de la rue des Gobelets ne pouvait suffire à l'affluence des étudiants ; les cours furent multipliés et une nouvelle salle appelée les Grandes-Écoles, fut construite par ordre du monarque en 1498, dans une rue à laquelle elle a donné son nom. On se figurera peut-être que ce nouveau bâtiment devait surpasser de beaucoup le premier en élégance et en commodités intérieures, il n'en fut pas ainsi. On était alors à une époque de luxe extérieur ; les dehors furent décorés avec une richesse su-
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perflue, tandis que la partie essentielle, les salles destinées au cours, fut complètement négligée.
La façade de l'édifice, qui présentait le pignon sur la rue, était empreint d'un caractère h la fois religieux et civil , parfaitement en rapport avec sa destination ; elle se composait d'un soubassement fort simple, d'environ 2 m de hauteur, et de deux étages d'une médiocre élévation, éclairés chacun par quatre fenêtres percées avec une parfaite régularité, qualité très-rare a cette époque. La même symétrie régnait dans l'ornementation que dans le tracé des ouvertures. Les fenêtres du rez-de-chaussée, de forme et de style ogival, étaient de dimensions médiocres; leurs tableaux , très-profonds et largement ébrasés , disparaissaient sous de nombreux filets prismatiques; elles étaient divisées par une colonnette surmontée d'un quatre-feuilles et de quelques nervures , remplissant le tympan de l'arc ogival. Les fenêtres du premier étage, ogivales comme les premières, mais plus larges et surtout plus élevées, n'étaient séparées que par de minces piliers de forme carrée. A chacun de ces piliers était appliqué un pinacle de style prismatique. Une archivolte à contre-courbe, amortie d'une aiguille ornée de crochets de feuilles naturelles, s'appuyait sur le fût du pinacle et encadrait l'ogive des fenêtres. A l'une des extrémités de la façade, un cul- de-lampe richement brodé supportait une statuette surmontée d'un petit dais ; du côté opposé s'avançait une gargouille. L'en-
semble de ces ornements , qui se multiplient à mesure qu'ils s'élèvent, donne lieu de croire que le pignon était somptueusement décoré; mais, au commencement de ce siècle, époque a laquelle remonte cette description, il était tellement fruste qu'on ne pouvait plus reconnaître son état primitif.
L'entrée du bâtiment donnait sur une cour dont la porte s'ouvrait dans un mur adjacent h la façade. Cette porte, à cintre ogival, était ornée d'une forte moulure saillante à contre-courbe, encadrant l'arc et retombant un peu au-dessous de sa naissance sur des culs-de-lampe ornés de feuillages; la contre-courbe se terminait par une aiguille ornée de six touffes et coiffée d'un panache de chou frisé.
A l'intérieur du bâtiment, une salle unique occupait tout l'étendue de chaque étage; les murs étaient couverts d'un simple crépi, aucune sculpture n'ornait les planchers.
Ce dernier et curieux jet du style ogival , appliqué aux constructions civiles, n'existe plus. L'architecte chargé, il y a vingt-cinq ans environ, d'établir sur son emplacement des salles pour les écoles chrétiennes, n'a pas soupçonné qu'il pouvait, sans détruire la façade, l'approprier à sa nouvelle destination ; il a tout rasé pour construire sur le même emplacement un corps-delogis, triste et nu, qui certes ne vaut pas l'ancien.
Tandis que l'architecte des Grandes - Écoles savait encore jusqu'à un certain point se mainte-
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nir dans les règles du goût, la plupart de ses confrères s'abandonnaient au luxe d'ornementation le plus désordonné et le plus ridicule. Sur la porte et à l'intérieur du clocher de Recouvrance , dans le porche latéral de Saint-Paul et dans une multitude d'autres restaurations, ils s'évertuèrent a étouffer la pureté primitive du style ogival sous une multitude innombrable de filets, sous des voiles prétentieux de dentelles de pierre, sous des masses de feuillages d'une fécondité exhubérante. Incapable de faire mieux, chacun voulait faire plus que ses devanciers : l'art dégénéré augmentait son mal en s'efforçant de le guérir. Déjà suranné dans l'esprit du peuple, il avait le sort de certaines coquettes qui déplaisent d'autant plus qu'elles font plus d'efforts pour paraître agréables, et puis le moment allait arriver où la dépense de ce luxe effréné effraierait même les plus intrépides courages. Sans doute le goût et la saine raison eussent dû ramener Fart vers les types primitifs du xm e siècle. Mais quelle est l'époque qui ne se croit pas supérieure à toutes celles qui l'ont précédée? Le retour vers les choses du passé n'a jamais joui en France d'une grande popularité. Cette fois encore les jeunes intelligences eussent rougi de marcher sur les traces de leurs ancêtres. Au lieu de s'efforcer de rendre au style ogival sa première pureté , elles rompirent complètement avec lui et cherchèrent du nouveau. Nous allons voir ce que produisirent leurs premiers essais.
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11 parait que la charmante église de Saint- Pierre-Ensentelée, détruite h l'époque de l'invasion anglaise, ne s'était pas encore relevée de ses ruines, lorsqu'en 1501 un simple particulier, Pierre Bouchaut, sieur de Champremeault , entreprit de la reconstruire à ses frais. L'œuvre fut dès lors commencée, mais il fallut près d'un siècle pour l'accomplir, et la nouvelle église de Sainct Pierre en saincle Lée, comme la nomme un document de cette époque, ne fut consacrée au culte qu'en 1590.
Dans un temps de révolution, il n'est pas de pire défaut que l'incertitude et le désir de ménager tous les partis : ce principe, si vrai en politique, ne Test pas moins en architecture; il trouvera son aplication dans l'examen de Saint- Pierre-Ensentelée. Cet édifice a été conçu d'un seul jet et exécuté d'après le plan primitif; on n'y rencontre pas le contraste choquant de styles tranchés qui hurlent de se trouver ensemble; mais c'est le déplorable amalgame de l'ogive qui s'éteint et du plein-cintre qui ose h peine poindre : c'est un produit bâtard et décousu, provenant de croisements mal assortis.
L'appareil de Saint-Pierre est semblable à celui de la Vieille-Intendance : les briques pour le plein des murailles, la pierre de taille pour les piliers, les cintres, les ornements et l'encadrement de toutes les ouvertures. Le vaisseau se compose d'une grande nef entre deux bas-côtés régulièrement disposés; il a de la largeur et