‹ Histoire architecturale de la ville d'OrléansChapitre 11 sur 29 · TOME l · texte numérisé non relu

TOME l

XUk PREMIÈRE PARTIE,

assez d'élévation; des fenêtres d'un galbe ogival incertain y répandent une lumière suffisante ; du reste il est sans grâce et sans style. Les piliers de la grande nef ne sont ni ronds, ni carrés, ni prismatiques; ils n'ont ni bases ni tailloirs; on ne sait si les arcs qu'ils soutiennent sont une ogive qui tourne au plein-cintre ou un plein-cintre qui regrette l'ogive. Les voûtes, toutes en bois(l), sont à simples croisées d'ogives; leurs cintres , en désaccord avec la direction de l'encorbellement de pierre qui forme le pied des nervures, se sont affaissés dans plusieurs parties. Deux chapelles ouvraient dans l'aile septentrionale.

Telle était intérieurement l'église du xvi e siècle; maintenant elle possède, en outre, un second bas-côté méridional, étroit et écrasé, un retable pseudo-grec coupé et tourmenté à la manière du xviii 6 siècle, par Weirbreicht (2), une grille aussi riche que maniérée, style Louis-Quinze, une chaire peinte comme l'enseigne d'un vitrier, et enfin, dans les nefs, des autels avec des retables dont les colonnes semblent écrasées sous le volume de leurs chapiteaux et de leurs entablements. Les écrivains du siècle dernier admiraient aussi le tombeau du maitre-autel, orné d'un médaillon représentant une tète de Christ, le tout

(1) Ces voûles ont été plafonnées depuis quelques années.

(2) Werbreck, Weirbreck, Werbreictb, Werbreicht, Wcrbeck, même Werbrecy, le tout tantôt par un double , tantôt par un simple V. Il est peu d'hommes dont le nom ait été aussi cruellement estropié. Nous avons suivi l'orthographe choisie par les meilleurs auteurs.

sculpté par le Lorrain, élève de Girardon, et dans l'une des chapelles un autre autel relevé d'ornements en bronze exécutés dans le même genre et par le même artiste.

A l'extérieur, Saint-Pierre est de la plus grande nudité; point d'arcs-boutants , point d'archivoltes aux fenêtres, point d'entablement, point de galeries a la naissance du toit : seulement entre chaque fenêtre une aiguille appliquée, sans style, sans saillie. La façade n'est guère plus riche que le pourtour : c'est une immense pignon dont le rampant, bordé par la tranche du toit, descend du sommet de la grande nef jusqu'au bas de la couverture des collatéraux (1). Quatre piliers buttants, fort massifs , s'avancent aux deux extrémités de ce pignon et dans les axes des arcades de la nef. Ces derniers sont ornés chacun d'une niche creusée dans leur tranche et accompagnée d'un cul-de-lampe et d'un dais pyramidal , en saillie, assez légèrement découpé. La porte, à cintre ogival, est encadrée de nervures prismatiques en retrait. Deux bases gothiques joignant ses pieds-droits supportent des pinacles appliqués qui s'élèvent à la hauteur de la pointe de l'ogive. Entre cette pointe et les pinacles, deux écussons renferment des clés croisées eu sautoir, symbole du saint patron de l'édifice.

Saint-Paterne, construit au commencement du xvi e siècle sur les ruines de Saint-Pouair, pour-

(l) Collatéraux ou bas-côtés, basses nefs parallèles à la nef principale.

rait donner encore plus de prise à la critique que Saint-Pierre-Ensentetée. Les arcs, plein-cintre, en anse de panier, ogivaux, tronqués, en lancette ou autres, s'y mêlent dans la plus étrange confusion. Peut-être ce désordre doit-il être attribué aux reconstructions partielles nécessitées par les ravages que les protestants exercèrent à la fin du xvi c siècle. Glissons donc rapidement sur ce point et prenons note des efforts tentés depuis quelques années pour cacher tant de disparates sous les splendeurs d'un luxe tout moderne.

Cependant le portail et le clocher doivent fixer un instant notre attention. Le plan du clocher fait partie de l'aire du bas-côté septentrional. Sa face antérieure affleure le portail. C'est une masse de briques carrée, lourde, écrasée, flanquée aux angles de huit contre-forts en pierre de taille. Le sommet, qui est en plate-forme , est accompagné de quatre petits obélisques et de huit gargouilles placés aux angles, et amorti d'une calotte d'un pauvre effet. Cette construction mérite certainement peu d'éloges; cependant, vue de Pextrémité de la rue Bannier, elle ne laisse pas que d'avoir quelque chose d'imposant.

Le portail, comme a Saint-Pierre, n'est autre chose que le pignon commun à la grande nef et aux deux bas-côtés; il est percé de trois portes correspondant à chacune des trois nefs. L'entrée du milieu ressemble à celle de Saint-Aignau comme le clinquant ressemble à l'or, l'affectation à la grâce naturelle. Un pignon dessiné

par des nervures découpées à jour surmonte Tare ogival de la baie. H est tranché au-dessus de la pointe de l'ogive par une corniche horizontale qui le pénètre , disposition singulière qui se retrouve dans presque tous les monuments de la dernière époque ogivale. Plusieurs pinacles, quelques niches, le tout composé de faisceaux, de filets prismatiques, complètent la décoration delà porte du milieu; les deux autres sont accompagnées de pilastres surmontés d'un fronton dorique d'un goût assez pur. Leur style, inexplicable au commencement du xvi c siècle, pourrait les faire attribuer aux restaurations qui eurent lieu après les guerres du protestantisme ; cependant on ne trouve dans la muraille aucun arrachement, aucun raccordement qui vienne à l'appui de cette opinion.

En 1588, Balzac, qui tenait pour Henri 111, s'élant retiré dans la porte Baunier, alors devenue une citadelle, le duc de Mayenne, chef du parti protestant et maître de la ville, voulut le forcer à se rendre; il enleva la couverture de Saint- Paterne, terrassa l'intérieur des nefs, crénela les murs, y plaça des canons et transforma le temple en forteresse. 11 est bien à regretter que cette disposition n'ait pas été respectée par nos ancêtres : les paroissiens de 1 église enterrée n'eussent pas manqué d'en faire construire une autre plus en harmonie avec le quartier de la ville le plus riche et le mieux habité.

Toutes les églises encore inachevées durent se

terminer dans les premières années du xvi e siècle; cependant les annalistes n'entrent dans aucun détail à cet égard, et nous ne trouvons de spécialement désignée que la chapelle de l'hospice Saint- Antoine, située sur la motte du même

nom.

Les essais tentés au commencement du xvi e siècle ne furent pas également tous malheureux.

Les règles du nouveau style étaient à peine arrêtées, qu'Orléans voyait déjà s'élever une église qui en résumait les beautés sans en avoir les défauts. Commencée en 1517 et terminée dans l'espace de deux ans, Notre-Dame-de-Recouvrance fut une œuvre complète dont maintenant encore nous pouvons admirer la noble élégance.

A part une étincelle de l'art ogival expirant qui éclata sur l'une des portes d'entrée, le pleincintre, la ligne horizontale, la sobriété des ornements en font un type tout spécial et nettement tranché. L'article monographique consacré a Notre-Dame-de-Recouvrance nous dispensera d'entrer, quant à présent, dans de plus longs détails.

Tandis que l'architecture religieuse se divisait en deux écoles, lune cherchant à sauvegarder les vieilles traditions par l'exagération des défauts qui les avaient viciées, l'autre reniant le passé , tranchant dans le vif, se présentant avec des doctrines entièrement nouvelles et travaillant à opérer une révolution prompte et radicale, l'art civil, procédant par une voie toute diverse,

s'était déjà avancé, par degrés insensibles, dans la voie de la régénération. Dès la fin du xv e siècle, une multitude de jolis petits hôtels attestaient ce mouvement artistique qui n'osait pas encore se dessiner sur la face des grands monuments. Peu a peu et successivement , les tourelles féodales furent abandonnées; des sculptures de plus en plus riches ornèrent les façades; des pilastres, des frontons encadrèrent les croisées; des portiques à colonnes, des bas-reliefs d'une grande perfection y imprimèrent le sceau du luxe et de l'extrême élégance; mais ces changements s'opérèrent à l'aide de transitions si douces que l'on peut à peine les saisir.

Dans les descriptions qui vont suivre , nous n'avons pas rassemblé tout ce que possède notre ville , cela nous eût entraîné trop loin : nous avons cru suffisant de produire des types. L'archéologue qui voudra faire des applications plus nombreuses en trouvera souvent l'occasion en parcourant les rues des deux premières enceintes; mais il devra se préparer à de profonds , à de fréquents regrets. Depuis un demi-siècle surtout, la manie des regrattages, mise à la mode parles maçons, s'est emparée de nos concitoyens. Les propriétaires veulent du neuf, et les locataires surtout. Que leur importe les fines sculptures qui couvrent les murailles ! Les murailles sont noires, cela est hideux; et le maçon arrive et son ciseau fait voler en éclats les détails des chapiteaux, les guirlandes qui encadrent les croisées, les mé-

daillonsles couronnements de chambranles; puis chacun admire avec quelle facilité tout cela a été moderne. Et voila comment nous faisons preuve de notre goût! On aurait peine à concevoir le nombre prodigieux de destructions de ce genre qui se sont accomplies sous nos yeux. S'il nous était donné de remettre pour un instant les lieux dans leur premier état, la surprise de l'étranger qui parcourt nos anciens quartiers surpasserait encore son admiration. Il se demanderait comment un demi-siècle put enfanter tant de choses , comment une ville de province put avoir assez de ressources pour exécuter tant de merveilles ! Et maintenant encore , malgré d'innombrables mutilations, on rencontre à chaque pas , dans quelques fragments échappés à l'outil du restaurarateur, la preuve de l'ancienne splendeur des quartiers les plus oubliés. Mais c'est assez déplorer nos pertes : hâtons-nous d'étudier ce qui nous reste, car le vandalisme va vite, et bientôt peut-être tout aura disparu.

L'hôtel de la Prévôté, situé Marché-à-la-Volaille, n° 5, paraît, au premier abord, peu digne de fixer l'attention. Selon toutes probabilités, il n'est pas le plus ancien du groupe; cependant il sera décrit le premier, parce que son origine et par conséquent sa date sont certaines. D'ailleurs on y trouve quelques-uns de ces détails qui sont souvent plus caractéristiques que l'aspect général pour la classification des monuments.

Sa construction date du règne de Louis Xll ;

son nom indique sa destination. 11 forme un angle sortant dans une place irrégulière et détache son pignon et l'un des côtés adjacents des maisons qui lui sont contiguës. Son ensemble est presque mesquin; il n'a ni tourelles ni autres décorations d'un grand effet. Ses gros murs sont en moellons crépis : on voit qu'il a été construit simplement pour l'usage ; cependant l'amour de l'art, le besoin d'ornementation s'y font aussi sentir. Quelques crochets ornent le pignon, à la base duquel on voit encore les restes de deux acrotères (1), et les croisées (2) diffèrent de toutes celles qui avaient été construites jusqu'alors. Au rez-de-chaussée, comme au premier étage, leurs appuis sont tracés sur une même ligne, mais leurs linteaux ne sont pas tous d'une égale élévation. Quant a la forme et a l'ornementation, elles ne présentent aucune différence. Elles sont toutes rectangulaires et divisées par un meneau croisé aux deux tiers ou aux trois cinquièmes de sa hauteur. L'arètc du chambranle, des meneaux et de

(1) Acrotères t sorte de piédestaux dont sont garnies certaines balustrades et qui se voient aussi, comme ici , ù la naissance ou au sommet des gables ou pignons. Leur hauteur relative est ordinairement proportionnée à la rapidité des rampants. Ainsi ils sont presque aussi larges que hauts dans les monuments grecs ; dans les constructions ogivales, au contraire, leur forme est excessivement élancée.

(2) Nous nous sommes servi du mot fenêtre pour indiquer toutes les ouvertures destinées au passage de la lumière ; nous emploierons spécialement celui de croisée pour spécifier une fenêtre di- \iséc par un meneau à croisillon.

152 PREMIÈRE PAHTIE,

leurs croisillons est remplacée par un boudin ménagé dans un cavet. Ces boudins reposent sur des bases profilées en talon ; à leurs points de jonction , dans les angles, ils se croisent, se pénètrent et vont se perdre dans le plein des chambranles. Ce caractère est dislinctif. Les appuis sont saillants et ornés de feuillages naturels sculptés dans une grosse moulure profilée en doucine (1). Le linteau est coiffé d'un tore horizontal avec filets retombant d'équerre le long des piedsdroits a environ 20 e du plafond et reposant sur. des flgures fantastiques de feuillages, d'animaux ou d'hommes torturés. La clef de la plate-bande est ornée d'un écusson chargé de trois fleurs de lis effilées. Ces croisées, comme on le voit, différent de toutes celles construites jusqu'alors par leurs ornements et surtout par la saillie de leurs appuis et de leurs couronnements. Leur style va se reproduire avec de légères variations jusqu'à la pleine renaissance. Elles sont toutes, à l'exception de deux, dans un état parfait de conservation.

Dans la petite rue des Trois-Maillets, près du Marché-aux-Veaux, se trouve une des maisons les plus ignorées et cependant une des plus intéressantes d'Orléans. Elle semble un peu plus ancienne que la Prévôté, dont elle se rapproche beaucoup, quant au style. Elle est entièrement construite en pierre de taille. Elle n'a , au rez-

(1) Doucine, moulure dont le profil se compose d'un arc concave et d'un arc convexe disposés en S, l'arc concave étant le plus près de la terre ou de l'œil du spectateur.

de-chaussée, qu'une large ouverture plein-cintre et une porte basse dont Tare, surbaissé en anse de panier , est entouré d'un tore saillant qui retombe un peu au-dessous de la naissance du cintre sur des figures torturées. Le premier et le deuxième étages semblent calqués l'un sur l'autre. Au milieu, une grande croisée et une denii-crisée accolées; a droite, une autre demicroisée; à gauche, un très- petit jour d'estude carré. Toutes les croisées sont divisées par un meneau horizontal aux trois cinquièmes de leur hauteur; les grandes croisées le sont, en outre, par un meneau vertical. Tous les appuis sont tracés sur la même ligne; ils n'ont pas d'ornements en saillie. Du reste, ici comme à la Prévôté, les arêtes des chambranles sont remplacées par des boudins, et leurs plates-bandes sont ornées d'un couronnement dont les retombées s'appuient sur des culs-de-lampe sculptés; seulement la pierre est plus profondément fouillée, les sculptures des culs-de-lampe qui soutiennent les retombées sont plus nettement conçues, plus hardiment exprimées. Ces détails et les croisillons entiers sont dans un état parfait de conservation ; cependant quelques pierres paraissent ébranlées, leurs joints se lâchent ; le temps, qui a jusqu'à présent épargné celte précieuse relique, semble déjà la menacer de sa faux , et bientôt peut-être le propriétaire éprouvera, lui aussi, le besoin de la restaurer. Nous signalons spécialement celle maison à l'attention du comité pour la conserva-

tion des monuments. Son acquisition coûterait peu , sa consolidation encore moins, et Ton assurerait ainsi aux études architecturales un spécimen précieux du style du xv e siècle.

H y avait dans la maison de la rue des Trois- Maillets des cheminées à colonnettes qui n'existent plus. Les planchers n'ont pas d'autre sculpture qu'une poutre engoulée, genre d'ornementation que l'on remarque sur presque toutes les pièces de bois horizontales de cette époque. Les jambages de plusieurs portes sont ornés de pinacles peu saillants d'où partent des moulures prismatiques formant accolades au-dessus du linteau.

On voit encore, rue Guillaume, n° 8, une maison du même style, mais de moindres dimensions. Celle-ci n'a au rez-de-chaussée qu'une petite porte à linteau horizontal et trois petits jours carrés accolés, ouverts à environ 2 m du sol. Le premier étage est éclairé par une croisée entière et une demi -croisée accolées. Un seul couronnement coiffe les deux ouvertures ; il est très-saillant et formé de moulures grasses et moelleuses. Outre les deux retombées de ses extrémités, il en a une intermédiaire qui descend sur le pilier séparatif des croisées. Toutes les trois s'appuient sur des figures formant culs-de-lampe, savoir : deux lions et un marmouset (t) tenant un livre ouvert sur la

(l) On nomme marmousets de pctiles figures en ronde bosse appliquées aux murailles et servant ordinairement de culs-dclampe. Elles ont souvent la partie inférieure du corps cachée dans

poitrine. Les ornements des chambranles sont semblables à ceux des autres maisons qui viennent d'être décrites.

Des détails analogues se retrouvent dans ce qui reste d'une maison située rue Vieille-Poterie, n° 7, et désignée dans certains ouvrages imprimés sous le nom de maison de Marie Touchet. Les mutilations qu'elle a subies l'ont presque complètement défigurée, et nous l'eussions même passée sous silence si elle n'avait pas été l'objet d'une erreur qu'il est important de rectifier. Née en 1549, Marie Touchet n'eût pu faire construire sa demeure que vers la fin du xvi c siècle. Alors la révolution architecturale était depuis long-temps accomplie et le style renaissance commençait même déjà, comme nous le verrons plus tard, h perdre son caractère primitif. Ici, au contraire, nous avons évidemment sous les yeux l'œuvre de la fin du xv° siècle. Il ne nous est donc pas permis de l'attribuer à Marie Touchet; bien plus, rien ne prouve que la maîtresse de Charles IX ait jamais habité cet holel. Les titres de propriété remontent a 1652; les noms de Marie Touchet ni de Balzac d'Entraigues, devenu son mari en 1578, ne s'y trouvent raenlionnés"hulle part. En 1652 , la prétendue maison de Marie Touchet apparte-

la muraille, d'où elles s'avancent en encorbellement. Presque toujours elles tiennent sur leur poitrine un livre ouvert ou bien un phylactère (banderole destinée à recevoir une inscription). Malgré le nom ridicule que Ton est convenu de leur donner, ces figures représentent souvent des vieillards, des anges, des abbés, etc.

nait à Jehan de l'Escornay; en 1654, elle est désignée sous le nom des Trois-Barbeaux, qui lui avait élé donné à cause de trois médaillons incrustés dans la façade et représentant des têtes a longues barbes. Elle se composait alors de deux corps-de-logis réunis par une galerie, disposition que nous retrouverons souvent dans les constructions de la fin du xvi c siècle.

La maison dite du cardinal Briçonnet ne doit également sa célébrité qu'a une simple tradition ; mais ici, du moins, on peut croire sans tomber dans un anachronisme. La porte d'entrée, petite et écrasée, est cintrée en anse de panier et chargée d'un couronnement dont les retombées s'appuient sur des figures torturées. Les ornements des croisées sont semblables à tous ceux de la fin du xv c siècle. Nous avons déjà parlé d'une porte ogivale très-étroite qui paraît remonter à une assez haute antiquité. Un buste, que Ton dit être celui de Briçonnet, est placé dans une niche fort mal exécutée , mauvais mélange de plein-cintre et de pinacles gothiques que l'on peut attribuer aux années qui ont suivi la mort du cardinal, arrivée en 1514.

Le bâtiment qui forme le fond de la maison située cloître Saint-Étienne, n° 12, paraît un des plus récents du groupe; son ordonnance est complètement régulière. Au rez-de-chaussée, une petite porte s'ouvre entre deux croisées; trois lucarnes s'élèvent à l'aplomb. Les croisées et leurs croisillons sont bordés d'un tore , comme

dans les exemples déjà cités. Elles ont pour couronnement un gros filet retombant sur des marmousets d'anges, tenant sur leurs poitrines des livres ou des écussons; mais ce filet, au lieu de suivre horizontalement le linteau, se relève en contre-courbe par deux arcs très-peu cintrés , disposition dont nous ne connaissons pas d'autres exemples dans notre ville. Des écussons chargés de trois fleurs de lis effilées prouvent à la fois que cette demeure a reçu des hôtes illustres et qu'elle n'est pas postérieure au commencement du xv c siècle. Cependant quelques-unes de ces parties accusent des restaurations d'une date plus récente. La lucarne du milieu a pour appui une forte moulure en quart de rond, ornée d'oves(l) alternés avec des dards, et en démolissant un pan de mur on y a trouvé un chapiteau orné de sculptures du faire de la pleine renaissance et d'une grande délicatesse.

Les exemples qui précèdent sont tous pris dans les rues les moins apparentes de l'ancienne ville; nous n'en connaissons dans la nouvelle enceinte qu'un seul qui vaille la peine d'être cité, on le trouvera rue de Mes-Chevaux, n° 8.

Dans l'impossibilité d'assigner une date spéciale à chacune des maisons de ce groupe, nous avons dû les réunir et les placer à l'époque que l'ensemble du style paraissait accuser; peut-être plusieurs d'entre elles remontent-elles au com-

(1) Ovcs, détails d'ornementation qui ont la forme de la moitié d'un œuf coupé suivant sa longueur.

mencement du xv° siècle. Cependant quel que soit le point de départ, elles peuvent être classées par rang d'ancienneté, suivant deux caractères infaillibles.

Le premier consiste dans l'ornementation des pieds-droits des fenêtres : d'abord c'est un simple tore engagé dans un cavet profond ; plus tard ce tore est accompagné de filets de plus en plus nombreux, enfin il disparait complètement sous un faisceau de moulures prismatiques. Celles-ci, au lieu de se pénétrer, s'assemblent aux angles comme les moulures d'un cadre. Le profil des bases est en rapport avec celui des nervures qu'elles supportent, ainsi que cela se remarque dans les églises ogivales. Les croisées, à nervures prismatiques, se rencontrent encore à chaque pas; il suffira de citer , comme un des types les plus purs, celles qui se voient dans le bâtiment de la maison de l'Annoneiade, contigu au pavillon dit de Jean ne-d' Arc.

Le second caractère réside dans le nombre et la nature des ornements qui sortent de Talïleurement du mur. Les premières maisons de pierre nous ont présenté une surface nue, sans autre saillie que les grossiers modifions de la corniche. Bientôt quelques larmiers se sont profilés sur la façade; les couronnements de chambranle sont venus ensuite; les appuis sculptés des croisées ont été plus tard ajoutés a ces premiers ornements; en dernier lieu nous allons voir, en outre, des corniches , souvent enrichies de culs-de-

lampe, se profiler non-seulement sous les toits , mais encore aux divers étages.

L'apparition des corniches signale le style de transition qui a précédé la pleine renaissance. Orléans possède plusieurs exemples remarquables du faire de cette époque.

On voit, rue de l'Écrevisse, n° 15, une petite maison en pierre de taille , devant laquelle bien des gens ont passé sans y faire attention. Ses ornements, simples et légers, échappent aux premiers regards; mais il y a tant de grâce dans leur agencement, tant de délicatesse dans leur exécution, que celui qui s'arrête un instant à les examiner passe bientôt de l'indifférence à l'admiration.

La façade, au rez-de-chaussée, ne consiste qu'en un mur plan. On y remarque seulement une petite porte et plusieurs jours accolés , percés à 2 m environ du sol. Au premier étage, une corniche ornée de plusieurs culs-de-lampe et toute parsemée de légers feuillages règne dans toute la longueur du bâtiment ; elle sert d'appui aux ouvertures disposées, savoir : d'un côté une croisée et une demi-croisée accolées, de l'autre une croisée seule, au milieu un petit jour carré garni de forts barreaux de fer. Les croisées se rattachent

aux types antérieurs par leurs couronnements h retombées , mais elles en diffèrent par l'ornementation des tableaux. Ceux-ci sont plus ébrasés, plus profonds; leur profil forme trois redents (1) :

(1) Redents, ressauts présentant en profil la figure des marches d'un escalier. Les redents peuvent être horizontaux ou verticaux.

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