‹ Histoire architecturale de la ville d'OrléansChapitre 9 sur 29 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

accompagnent des lignes droites et des ouvertures rectangulaires; mais dans tout ce qui tient aux décorations intérieures, à l'ameublement, l'artiste règne en maître et avec lui F ogive, la colonnelte, l'arc trilobé et tout ce qui caractérise l'ornementation architecturale des églises de l'époque. 11 affecte môme de donner à toutes ses compositions un aspect monumental. Parmi une foule d'exemples que l'on pourrait citer de celte tendance , il suffira d'indiquer le précieux bahut donné par Louis XI au chapitre de Saint-Aignan, et qui se voit maintenant au Musée. Augmentons les proportions de ce meuble, plaçons a ses angles des pilastres, découpons a jour la galerie qui couronne son arcature, et nous aurons l'étage supérieur d'un monument de la fin du xv e siècle, avec toutes les parties qui doivent le constituer, avec l'élégante profusion d'ornements qui caractérise cette époque.

Nous ne dirons rien de plus, quant à présent, sur cet objet précieux, ni sur les autres meubles du même temps que l'on rencontre en grand nombre, soit dans notre Musée, soit chez des particuliers qui souvent n'en connaissent pas la valeur. Ce sujet spécial deviendra l'objet d'un article monographique; mais il ne sera pas sans intérêt de jeter un coup d'œil sur l'état général des arts à Orléans au xv e siècle.

Maintenant que les besoins factices du luxe se sont répandus dans toutes lesclassesde la société, il faut produire beaucoup, bien et à bon marché;

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les ouvriers sont jusqu'à un certain point devenus artistes: alors, au contraire, l'artiste, homme spécial, rare, qui ne travaillait que par inspiration, par amour, se faisait souvent ouvrier; car l'artisan proprement dit ne pouvait le comprendre.

Souvent il forgeait lui-même le morceau de métal qu'il devait couvrir de ciselures; il épannelait la pierre qu'il devait refouiller avec une admirable délicatesse. On doit cependant reconnaître que les sculpteurs sur bois , plus occupés que les autres artistes, eurent ordinairement recours à de simples artisans pour assembler et dégrossir. Cette remarque est frappante pour quiconque comparera la décoration admirable des meubles du xv e siècle avec la grossièreté de leur exécution comme menuiserie.

Sous les sculptures qui révèlent autant de mordant dans le ciseau que de légèreté dans la main, on reconnaît des coupes fausses, des joints mal taillés, des tranches mâchées, des surfaces raboteuses accusant également et l'imperfection de l'outil et l'ignorance de celui qui s'en est servi : il n'y avait donc pas d'intermédiaire entre l'art et le métier , ni sous le rapport intellectuel, ni sous celui des moyens d'exécution.

Les bois employés par les ouvriers et les artistes étaient exclusivement le noyer, le chêne et quelques bois fruitiers. La peinture n'apparaissait que comme exception, le vernis était complètement inconnu , le polissage l'était également; car alors on préférait au brillant de

la surface les hardiesses d'exécution du sculpteur.

L'érection d'un monument en l'honneur de Jeanne d'Arc révéla dans un artiste Orléanais un talent alors fort rare en France, celui du modeleur et du fondeur en bronze. L'art de l'orfèvrerie, qui s'est conservé florissant à Orléans jusqu'à la fin du siècle précédent, s'était, au commencement du xv% élevé à un haut point de perfection, puisqu'en 1427 la ville payait à Gilot Saiget 252 livres 1 1 sols parisis, pour deux flacons, une coupe couverte et une aiguière d'argent, pesant ensemble vingt-quatre marcs, offerts au connétable de France; cependant il descendit bientôt à la simple fabrication des objets usuels, et dès l'année 1557 on achetait a Paris l'argenterie que l'on offrait aux princes à leur passage.

D'après ce qui nous reste des meubles et des ornements fixes du xv e siècle, d'après surtout les collections de certains amateurs, on se figurera peut-être que les appartements de tous les gentilshommes, de toutes les honnêtes marchandes étaient lambrissés de ces riches boiseries, meublés de ces bahuts, de ces chaises relevées de hautes sculptures, de ces lits monumentaux aux pentes de soie, qui font encore l'admiration des véritables amis de l'art; ce serait se tromper étrangement. Nous l'avons dit, les artistes étaient des hommes à part et fort recherchés; leurs œuvres n'étaient pas à la portée de tous; d'ailleurs les soieries et les tapisseries reve-

naienl a un prix excessif, tant à cause de leur richesse intrinsèque que parce que l'imperfection des moyens rendait leur fabrication très-difficile. 11 faut donc le reconnaître, le luxe dont certaines imaginations ont entouré les châtelaines du moyen-âge , est plus poétique que réel : pour une noble dame nageant dans For et dans la soie, s' entourant des chefs-d'œuvre d'artistes renommés, combien en verrions -nous assises sur un simple escaheau, dans une chambre nue et noircie par la fumée qui s'égarait souvent hors du trop vaste manteau de la cheminée!

Nous rencontrons a tout moment des chaises a bras a fond de bois , des bahuts sans sculptures, des tables massives, des lits à quenouilles à peine dégrossis, qui ne donnent pas une haute idée de l'ameublement ordinaire du commencement du xv e siècle.

Un renseignement précieux vient à l'appui de ce qui précède. Deux procureurs de la ville se tenaient constamment, et à tour de rôle, dans le donjon de la Tour-Neuve, pour veiller à la sûreté publique : c'étaient des hommes d'une certaine importance ; ils avaient dans la tour leur logement spécial : or, l'ameublement de la chambre qui leur était destinée consistait en une table de 9 pieds soutenue sur deux tréteaux, deux selles engoussées (chaises rembourrées) et deux lits laits en forme de coffres, sans couvercles, garnis chacun d'une coësle, d'un coessin de deux lez, d'une couverture de drap vermeil et d'une

courte-pointe , le loul posé sur une couche de paille. La ville devait aussi fournir de la paille pour joncher le plancher. Cette obligation, le rembourrage des sièges et la couleur de la couverture révèlent une sorte de luxe : quelle différence cependant, sous le rapport de l'élégance et du confortable, entre cet ameublement et celui que se rêve maintenant un simple ouvrier !

Si des maisons particulières nous passons aux boutiques des marchands, nous ne les trouverons ni plus recherchées ni plus commodes. Elles consistaient généralement en une seule pièce plus profonde que large, ouvrant sur la rue par un arc plein-cintre. De devanture il n'en existait point. Une grande porte qui se repliait sur elle-même à l'heure de la vente donnait tout h la fois accès aux chalands, au vent et à la pluie. La marchandise n'était donc pas étalée comme nous le voyons de nos jours; elle cherchait au fond du magasin un abri contre l'intempérie des saisons. Après les véritables boutiques venaient les échoppes; celles-ci appartenaient h la ville qui les baillait à loyer. Telles étaient celles des merciers. Les bouchers, les bourreliers, les fourreurs, les drapiers avaient des halles spéciales à chaque profession et qui leur étaient également louées par la ville.

Voici donc autour d'un très-petit nombre de familles se livrant aux plaisirs du luxe et au culte des arts, un peuple qui commence à connaître ce dont il ne peut pas encore jouir.

Impatient de sensations nouvelles , il s'assemble, il s'anime , il cherche dans les modes exagérées (1) et dans les joies extérieures ce qui lui manque dans sa maison; il lui faut des fêtes, des spectacles ; les princes , les magistrats de la cité s'emparent de ce mouvement : en le favorisant, ils le feront tourner au profit de la religion catholique et du pouvoir royal ; les processions, les entrées triomphales des princes se multiplient et déploient une magnificence jusqu'alors inconnue. En voici quelques exemples :

L'an 1440, Charles, duc d'Orléans, venait de sortir des prisons d'Angleterre : il voulut, en réjouissance de sa délivrance, faire une entrée solennelle dans la ville principale de son apanage. Les Orléanais n'épargnèrent rien en cette circonstance pour lui témoigner leur affection ; des fontaines décorées par le peintre Gauchier s'élevèrent dans les rues et versèrent du lait et du vin; douze échafauds également couverts de peintures furent dressés dans divers quartiers ; sur les uns on joua des personnages (2) et des moralités, sur d'autres six hauts ménestrels mandés exprès de Saint- Benoît, d'Yenville et de Cléry exécutèrent des morceaux de musique; des tables furent servies dans les carrefours pour le peuple; quatre cents petits enfants por-

(1) En 1463 on publia des règlements proscrivant, sous des peines sévères, les poulaines et autres parures mondaines.

(2) Dans le style du xv' siècle, le mot personnage indique la pièce et non l'acteur qui la représente.

tant chacun un panonceau servirent d'escorte au prince, qui fut reçu sous un ciel de drap d'or, orné de six aunes de franges de soie teinte de sandal et soutenu sur des bâtons peints en or fin.

Au récit de celle pompeuse réception, on devrait croire que dix années avaient suffi à la ville pour réparer tous les désastres du siège : une circonstance en apparence assez puérile vient démentir cette supposition. Orléans, pour recevoir son prince, faisait des sacrifices au-dessus de ses forces; à des apparences de largesses et de grandeur, elle se vil obligée d'allier une certaine parcimonie : les fontaines d'où coulaient le lait et le vin n'en répandirent pas au-delà de trois cents pintes.

Pour ne pas scinder notre récit, nous allons réunir ici les principales entrées qui eurent lieu pendant le xv c siècle.

CellequefitLouisXl en 1460 fut des plus remarquables. Le dais destiné au roi était de drap d'or; il était orné de pentes parsemées de fleurs de lis peintes, et pour la confection desquelles on avait employé six aunes de thiercelin, onze aunes de franges de soie blanche et vermeille et deux livres d'or clinquant. La doublure du ciel se composait de deux aunes de toile vermeille. Comme le roi vint la nuit, vingt flambeaux et six torches éclairèrent le cortège. En dehors de la porte Bannier s'élevait un grand échafaud décoré de trois pièces de bougran pers et de toile perse; les enfants de chœur de Saint-Euverle, qui y avaient trans-

porté l'orgue de celle église, exécutèrent des morceaux de musique; trois grandes fleurs de lis dorées d'or On décoraient le portail de la porte Bannier; sur un échafaud près de Saint- Pierre-Empont se faisaient entendre Estienne Chapeau et Marie Verdet, hauts ménestrels ; enfin, deux autres échafauds avaient été préparés au coin Maugars et à la porte Dunoise ; mais les personnages que Ton devait représenter ne purent avoir lieu a cause de la nuit; ainsi restèrent sans emploi deux étoiles de fer-blanc dorées, un diadème avec une croix dorés d'or fin, six paires d'ailes d'anges de plumes de paon , pour les enfants, six chefs d'anges , six d'hommes et quatre barbes : ce détail peut donner une idée de la nature du spectacle projeté.

L'entrée solennelle de Louis XII en 1496, à l'occasion de la réunion du duché d'Orléans a la couronne, fut d'une magnificence vraiment royale ; cependant elle fut encore éclipsée par la réception faite en 1499 à la reine Anne de Bretagne : les échevins étaient vêtus de robes d'écarlate et de cornettes de velours , et on orna de tentures de taffetas plusieurs échafauds, sur lesquels de belles jeunes filles habillées de taffetas blanc et vert, et coiffées de chapeaux d'argent à coquilles, récitèrent des vers a la louange de la reine.

Tandis que s'étalaient ces fêtes profanes, le clergé, de son côté, déployait toutes les pompes du catholicisme. A l'aide des solennités reli-

gieuses, l'évèque François de Brilhac modérait la turbulence des écoliers et faisait affluer dans la nouvelle enceinte les étrangers attirés soit par la piété, soit par l'amour du spectacle. C'était chaque jour une procession nouvelle, qui toujours surpassait en splendeur celles qui l'avaient précédée. Les châsses en faisaient le principal ornement : elles se multiplièrent a un tel point qu'il fallut jusqu'à cent quatre hommes pour les porter. Ainsi, tandis que l'éclat extérieur alimentait la curiosité publique, le motif rappelait les fidèles a leurs devoirs envers Dieu et aux sentiments d'une mutuelle harmonie.

Revenons maintenant sur nos pas et reprenons le fil de cette histoire.

Orléans était délivré, Charles VII sacré à Reims , l'Anglais dépossédé de ses conquêtes ; la confiance et la paix commençaient à renaître, et avec elles le commerce et la richesse ; mais la ville avait beaucoup souffert, les particuliers avaient épuisé leurs dernières ressources; il fallait du temps pour guérir tant de blessures. Pendant près de vingt années on put comparer l'état d'Orléans à celui d'un convalescent qui cherche à réparer complètement ses forces avant de se livrer à ses travaux habituels. Les habitants oublièrent leurs affections les plus chères dans l'intérêt de leur conservation; ils s'appliquèrent uniquement à augmenter leur bienêtre matériel, négligèrent de réparer les églises qu'ils avaient eux-mêmes démolies, et laissèrent

sans exécution une ordonnance de Charles VII qui leur permettait de prendre dans le produit d'un octroi spécial les fonds nécessaires à la réédification de Saint-Aignan.

Mais cet égoïsme forcé devait s'évanouir avec les circonstances qui l'avaient fait naître. L'amour éclairé des arts, seulement comprimé par les événements, reparut enfin plus vif, plus énergique que jamais. Le sentiment religieux put se traduire en nombreuses largesses. Le couvent de Saint-Loup fut reconstruit , la tour de Saint-Pierre-Empont, l'église de Saint-Pierrele-Puellier complètement réparées; les corporations des maçons et des couvreurs , qui avaient leurs confréries à la chapelle Saint-Michel , près Saint-Aignan, y ajoutèrent une aileii leurs frais. Un grand nombre de réparations dont les annalistes n'ont pas parlé durent avoir lieu à cette époque.

Polluche assigne à la reconstruction de l'église de Saint- Laurent la date 1446. H serait téméraire de contester sans preuve cette assertion ; on doit seulement observer que si le fait est vrai , l'édifice aurait subi depuis cette époque une nouvelle destruction. 11 n'est pas possible d'attribuer au milieu du xv* siècle des piliers carrés supportant des arcs plein-cintre, des croisées larges et plein-cintre, le tout sans moulures, sans ornements, d'un style lourd et écrasé : le Saiut-Laurent de nos jours est un édifice vulgaire de la fin du xvi e ou du xvn e siècle.

La réédificalion de Saint -Euverte se distingua de toutes celles qui furent commencées sous le règne de Charles Vil , non-seulement par son importance matérielle, mais surtout par la reproduction fidèle, au milieu du xv° siècle, du style noble et pur du xiii r . La monographie que nous consacrerons à Saint- Euverte nous dispense d'entrer dans de plus longs développements sur ce sujet.

Nous serons, par la même raison, très-bref à l'égard de deux faits qui occupent une place remarquable dans T histoire architecturale de la cité, Térection du premier monument élevé en l'honneur de Jeanne d'Arc et la construction d'un nouvel Hôtel-de-Ville. L'inauguration du monument de Jeanne d'Arc en 1458 fut pour les Orléanais et pour toute la France un grand événement, à cause des faits glorieux dont il retraçait le souvenir; mais au point de vue de l'art, elle fut peut-être encore d'une plus haute importance. Ce n'était point une chose vulgaire à cette époque que quatre personnages de grandeur naturelle, ou a peu près, coulés en bronze et réunis sur un même socle. Plus lard nous analyserons l'œuvre de l'artiste; nous y signalerons cette précieuse naïveté, ce faire un peu raide, mais si simple, qui caractérisent la statuaire du xv c siècle. 11 doit nous suffire maintenant d'avoir posé le fait dans son ordre chronologique.

Tandis que l'architecte de Saint-Euverte reproduisait avec une courageuse fidélité un style

outrageusement abandonné, celui de l'Hôtel-de- Ville s'élançait franchement dans une voie toute nouvelle. Robin Gallier, décoré du simple litre de maçon, mariait sans efforts les dais, les festons de l'école empirante aux lignes horizontales, aux croisées à croisillons, aux pilastres historiés dont il fournit probablement un des premiers modèles. Pur et symétrique dans son ensemble, riche et varié dans ses détails, l'Hôtel-de- Ville est un de ces types que l'on rencontre rarement; c'est, quant h l'époque et quant à l'exécution, la transition, mais la transition originelle du style ogival à celui de la renaissance. Fondé en 1453, il fut terminé en 1498.

La révolution qui commençait ainsi a signaler ses succès , n'osait pas encore s'élever jusqu'au faîte des grands édifices. Près de l'hôtel nouveau se construisait en même temps un beffroi destiné à recevoir la cloche d'alarme et à donner retraite au guetteur de nuit : son sommet fut décoré d'ornements purement ogivaux. Il existe encore dans son état primitif, excepté sa toiture conique, remplacée maintenant par une ignoble baraque en colombage, qui fut toujours hideuse, et qui maintenant est, en outre, complètement inutile.

Lorsque Louis XI monta sur le trône , trente années s'étaient écoulées depuis la levée du siège ; le commerce avait pris à Orléans des développements considérables, l'état de la ville était plus florissant que jamais : les voyages, les séjours que

le roi y faisait fréquemment ajoutèrent à sa prospérité; car si ce prince, soupçonneux et cruel, était l'effroi des grands seigneurs, les effets de ses sombres caprices ne descendaient pas jusque sur le peuple. Dévot par lâcheté peut-être, mais enfin tout dévoué au culte de la Vierge et de quelques saints, il avait distingué dans ses hommages Notre-Dame de Cléry (1), Monseigneur saint Jacques et Monseigneur saint Aignan. Ce dernier lui paraissait particulièrement doué d'un pouvoir temporel des plus précieux : suivant les légendes, il avait mis en fuite les troupes d'Attila qui s'apprêtaient à piller la ville. En cas de guerre civile, sa protection pouvait être d'une grande utilité. Le roi, prêtant dans son paganisme chrétien ses propres passions aux saints dont il implorait le secours , voulut se rendre celui-ci favorable en le comblant de présents : il lui offrit un bahut remarquable par ses sculptures , une châsse et plusieurs autres objets d'orfèvrerie d'un grand prix : il voulut même se faire installer abbé; il revêtit le surplis et l'aumusse et reçut comme investiture une bourse renfermant cinq sols parisis. Il désirait vivement faire achever la construction de l'église qui marchait fort lentement; mais c'eût été une bien forte dépense pour un prince aussi parcimonieux : il crut pouvoir concilier ses projets avec les intérêts de sa cassette, en forçant les habitants à les exécuter au moyen de la concession d'une partie des impôts perçus sur les sels.

(I) Petite ville située à 16 kilomètres d'Orléans.

11 fit aussi complètement restaurer, mais celte fois de ses propres deniers, le prieuré de Bonne- Nouvelle, maintenant l'hôtel de la Préfecture, et l'église de Saint-Donatien, que les bombardes anglaises avaient furieusement endommagée ; enfin sa dévotion bien connue pour saint Jacques lui a fait attribuer par quelques-uns la construction de la chapelle située en face de la rue de la Pierre-Percée. Nous examinerons cette question dans l'article monographique destiné à ce délicieux édicule; il nous suffira, quant à présent, de faire observer que la richesse de son ornementation, la légèreté de ses détails, la finesse de ses sculptures le rattachent évidemment à la dernière période du style ogival. Après avoir exagéré à un tel point les beautés du genre , il ne restait plus qu'à en changer.

Pour mettre l'église de Sainl-Aignan à l'abri d'un désastre semblable à celui dont elle avait été victime à l'époque du siège , le roi résolut de l'enfermer dans une nouvelle enceinte. 11 assembla les habitants et voulut bien leur faire demander leur avis. La réunion eut lieu dans les halles, suivant l'usage. Le tracé proposé détruisait certaines propriétés appartenant aux chanoines de Sainte-Croix, de Saint-Aignan, de Saint- Pierre-Empont, de Saint-Pierre-le-Puellier; leurs abbés firent une opposition assez vive : il y avait bien aussi quelques emprises de terrains appartenant à des séculiers nobles ou vilains, mais ceux-ci n'osèrent ouvrir la bouche, et certes ils

firent prudemment. Le roi reçut sans colère les observations du clergé et passa outre. On se mit immédiatement a l'œuvre. Le nouveau quartier se peupla rapidement; les étrangers, attirés par les privilèges que leur accordait le roi, y arrivaient en foule. Les anciens habitants, jaloux des nouveaux venus se plaignirent , mais à voix basse, et continuèrent par des moyens détournés l'opposition que le clergé n'avait pas craint de faire ouvertement.

Commencée en 1466 et terminée en quatorze ans, la troisième enceinte ou deuxième accrue s'est en grande partie conservée jusqu'à nos jours. 11 n'en existe plus que quelques traces depuis la rue de la Tour-Neuve, au droit de laquelle était une porte fortifiée, jusqu'au grand bâtiment connu sous le nom de la Filature; mais à partir de ce point jusqu'à l'angle rentrant du boulevart de la Reine, les murs de Louis XI font encore la clôture de la ville. A cet angle était une tour dont un quart à peine est encore apparent. Une ligne droite la réunissait à celle qui formait l'angle nord-est de l'enceinte romaine, au coin des rues de fÉvèché et du Bourdon-Blanc. Les travaux de défense furent appropriés au progrès de l'art militaire. Des bastions demi-circulaires flanquèrent des courtines d'une grande étendue. On donna une grande épaisseur aux murailles , mais leur hauteur fut médiocre pour laisser moins de prise à l'artillerie.

La sollicitude de Louis XI pour Orléans ne se

borna pas à ce qu'on vient de lire : on lui doit, en outre, les premiers quais de la ville et l'exhaussement de la partie des levées qui avoisinent les Auguslins.

Il existe encore deux monuments du séjour de Louis XI à Orléans : la maison royale, dont il a déjà été question , et l'esplanade qui fait partie du nouveau couvent des dames Ursulines. Un passage souterrain conduisait de la maison royale à la crypte de Saint-Aignan. Les galeries de la crypte, dont on voit encore une grande partie , se prolongeaient, selon toute apparence, jusqu'à l'esplanade. C'est dans ce dernier lieu que le roi cherchait à chasser ses soucis par l'aspect des rives majestueuses de la Loire. A ses pieds coulait le grand fleuve, sillonné de blanches voiles, animé par les cris des mariniers; au-delà se 'groupaient des arbres séculaires, se déployaient de riantes prairies; à gauche une île verdoyante; à droite le vieux pont et le fort des Tourelles se détachaient en noir sur les teintes vaporeuses de l'horizon. En présence de cet admirable spectacle, la frayeur était encore le sentiment dominant du monarque ; ce lieu de plaisance fut une véritable citadelle.

L'esplanade, située à l'ouest de l'église, forme un carré presque parfait de 100 m environ sur chaque face; elle est complètement niveléé. Assise sur le penchant du coteau, elle se trouve, du côté du nord, au niveau du sol , et présente sur toutes les autres faces un escarpement en rapport

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