TOME i
le premier, à partir de l'affleurement du mur, est rempli d'une rangée de perles; le second est une moulure en talon; dans le dernier serpente une guirlande de feuillages, les mêmes ornements se prolongeant sous le plafond.
Au-dessus du premier, s'élèvent deux lucarnes h pignon de pierre, divisées chacune en deux ouvertures cintrées, (luettes et séparées uniquement par un meneau carré ; ces lucarnes sont le premier indice de style renaissance que nous ayons jusqu'ici reconnu : nous en rencontrerons souvent à l'avenir.
La maison dite du BoiirPasteur , rue Vieille- Peignerie,n° 9, est identique de dessin et d'exé-. cution avec celle qui précède ; seulement il faut avoir soin d'en distraire la porte , qui s'ouvre à gauche du spectateur, et toute la partie de la façade a l'aplomb. Cette annexe évidemment postérieure au reste de la façade, n'est qu'une imitation inintelligente et maladroite.
Mais la perfection du style de transition se fait surtout admirer dans la façade de la maison dite d'Agnès Sorel, rue du Tabourg, n os 13 et 15. A la grâce des détails, a la pureté des lignes, on y trouve réuni une régularité, un grandiose que l'on chercherait en vain dans les exemples déjà cités. Ces deux mots doivent suffire ici : une description détaillée trouvera mieux sa place dans un article monographique spécial.
Jusqu'ici nous avons pu suivre pas à pas les progrès de l'art architectural appliqué aux mai-
sons particulières; nous avons pu rapporter toutes ses variations h un type unique que nous avons vu se transformer par des transitions presque insensibles; maintenant nous entrons en pleine révolution; toutes les innovations vont se montrer hardiment : les lignes grecques se mélangeront pèle-mèle avec le produit des imaginalions modernes. De tout cela sortiront des beautés de premier ordre et des disparates choquantes. Beautés de détails, disparates d'ensemble, tel est, selon nous, le caractère spécial du style renaissance. L'appréciation particulière de tout ce qu'il a produit nous entraînerait maintenant dans de très-longs détails : plusieurs monographies seront consacrées a cet examen.
On trouve à la date de 1513 une ordonnance qui défend a quiconque veut construire une maison de faire aucune saillie sur la voie publique; si cette prescription ne doit pas être appliquée aux saillies faites par le plan des maisons sur l'alignement des rues , il est difficile d'en comprendre l'utilité . Les façades des maisons de bois étaient généralement verticales, ou du moins les encorbellements des étages supérieurs étaient si peu sensibles qu'il n'y avait pas lieu de s'en occuper, sous le rapport de la police et de la voirie. Quelquefois, il est vrai, on appliquait aux murs de très-petits cabinets posés sur encorbellements ; mais ces faits étaient exceptionnels. Peut-être l'ordonnance avait-elle pour but d'arrêter à cet égard une mode naissante qui pouvait
plus tard compromettre la sécurité des habitants.
La prospérité publique avait pris, sous le règne du Père du peuple, les plus heureux développements. Les Orléanais, riches et tranquilles, ne rêvaient que plaisirs; ils n'employaient qu'à inventer chaque jour de nouveaux divertissements , cette piquante vivacité d'esprit qui leur avait alors mérité le surnom de Guépins. Les échevins (on nommait ainsi, depuis 1504, les administrateurs de la commune), le clergé même secondaient merveilleusement cette tendance; les fêtes civiles, les entrées solennelles des princes et des prélats, rivalisaient de splendeur avec les processions. Les représentations scéniques, qui se faisaient parfois aux frais de la ville, attiraient un nombre prodigieux de spectateurs. Le mystère de V Homme pécheur coûta des sommes énormes pour sa mise en scène ; il fut joué pendant plusieurs mois avec un succès soutenu : les échevins y avaient des places réservées. Non contente de présider aux plaisirs, l'administration favorisait également le goût des arts. Elle orna la façade de l'Hôtel-de- Ville des statues de Louis XI, de Louis XII et de plusieurs autres rois.
Le naturel Orléanais devait singulièrement plaire au galant et chevaleresque François 1 er . Orléans devint une de ses villes favorites ; il y fit de fréquents séjours ; il y éleva de petits palais pour ses maîtresses. La splendeur de la cour, les habitudes galantes des seigneurs se reflétèrent
facilement autour du monarque; les arts, la volupté, les spectacles, les exercices du corps furent la principale affaire des habitants ; quarante jeux de paumeétaient journellement occupés (1). C'était a chaque instant quelque féte nouvelle. Le culte divin était devenu une représentation mon^ daine ; le son des cloches , transformé en gais carrillons, ne conviait nobles ou bourgeois qu'à étaler dans les lieux saints la richesse de leurs parures. Jamais le luxe des vêtements n'avait été porté à une plus folle exagération ; on en jugera par ce qui suit.
En 1530, François 1 er fit son entrée avec sa nouvelle épouse, Éléonore, sœur de Charles- Quint. Les échevins étaient revêtus de robes de satin tanné, doublées de velours, avec des sayons de velours ou des pourpoints de satin; tous les corps de métiers étaient précédés de leurs bannières ou de leurs étendards. La reine marchait sous un dais de drap d'or que les échevins portaient sur leurs épaules. Les rues étaient tendues de tapisseries; sur de nombreux théâtres ornés d'écussons et de devises, des musiciens faisaient entendre de beaux concerts pour réjouir le cœur du peuple. Le valet qui portait l'étendard de la ville avait un pourpoint de satin de Bruges, jaune et rouge, doublé de rouge, une toque rouge,
(l) La plupart de ces jeux de paume sont ou complètement détruits ou défigurés par des distributions intérieures. Un seul s'est conservé intact ; il se trouve dans la rue d'Escures et fait pailie des maisons portant le n* 6.
ornée d'une plume blanche, et des chausses de drap rouge (1.
L'entrée solennelle de Charles-Quint , qui eut lieu en 1539, surpassa en magnificence tout ce qu'on avait imaginé jusqu'alors. Le 3 décembre, les échevins apprenant que François I er descendait la Loire pour recevoir l'empereur à Orléans, envoyèrent a sa rencontre dix ou douze bateaux tout couverts de satin blanc, dans lesquels on avait disposé des salons, des chambres à cheminées et des cabarets : celui qui était spécialement destiné au roi renfermait quatre chambres, un jeu de paume etdes galeries. François I" arriva le 5 h Orléans ; il coucha dans la maison royale du cloître Saint-Aignan : le lendemain il reçut les autorités de la ville, leur recommanda de se préparer à bien accueillir l'empereur son frère et s'embarqua de nouveau pour aller à sa rencontre.
Les ordres du roi furent exécutés avec un zèle qui tenait du prodige. Un nombre infini de charpentiers , de menuisiers , de peintres, d'artistes de toutes sortes rivalisèrent d'ardeur et d'industrie. Cinq arcs de triomphe de ce style que l'on nommait alors antique, parce que les produits de l'imagination exhubérante des architectes s'y
(1) Tous les ans, le 8 mai, Orléans célèbre sa délivrance par «ne procession solennelle. Sous la restauration, on y voyait figurer un enfant officiellement désigné sous la dénomination de représentant de Jeanne d'Arc, et vulgairement appelé le Puceau. Son costume était, sauf de très-légères différences, celui du porte-étendard de la ville au \vi e siècle.
trouvent entremêlés de quelques imitations du style grec , s'élevèrent et se couvrirent de peintures, d'emblèmes, d ecussons ; il y en avait un sur le pont, un autre à la porte Bannie r, un troisième près l'Hôtel-Dieu; le quatrième était à la porte Bourgogne, et le cinquième à Saint-Aignan. Le pourtour intérieur du cloître Saint-Aignan était tendu d'une toile peinte de deux aunes et demie de hauteur , sur laquelle étaient représentées toutes les villes que baigne la Loire. Ce précieux morceau , long-temps conservé a Blois , a été brûlé par accident. Un berceau composé de branches de lierre, de genièvre, de houx et de divers arbres verts formait dans le cloître un carré concentrique à celui des galeries. Au-dessus de cette masse de verdure qui semblait défier les rigueurs de la saison, flottaient de grands drapeaux sur lesquels s'agitaient l'aigle de l'empire, les lis de la France, ou la salamandre du roi.
Le 16 décembre, on vit arriver quatre cent cinquante-quatre gentilshommes du duché d'Orléans, sous le commandement du gouverneur : la richesse de leur équipement fit l'admiration générale.
Le 17, les habitants de la province qui avaient reçu l'ordre de prendre les armes firent leur montre sur l'Étape et dans les couvents des Jacobins et des Cordeliers. On constata la présence de trente-cinq mille six cent trente-deux hommes, savoir : quatorze mille sept cent soixantehuit piquiers, neuf mille trois cent quarante hal-
lebardiers, et onze mille cinq cent vingt-quatre haquebutiers; les haquebutiers ordinaires d'Orléans, qui furent au-devant de Charles-Quint, étaient au nombre de deux mille trois cent quatre-vingt-douze.
Le même jour, on détruisit tous les étaux et tous les auvents faisant saillie dans les rues par lesquelles les souverains devaient passer.
Le 20, de grand matin, le cortège s'avança audevant de l'empereur dans l'ordre suivant.
Quatre cent cinquante gentilshommes de l'Orléanais, richement accoutrés, sous les ordres du gouverneur d'Orléans.
Quatre-vingt-douze enfants des marchands de la ville, montés sur de beaux chevaux et l'arquebuse à l'arçon de la selle. Ils portaient une casaque de velours noir sur un pourpoint de satin blanc à boutons d'or; des éperons d'or brillaient à leurs bottines de maroquin blanc déchiquetées ; leur bonnet de velours était couvert d'ornements d'orfèvrerie et de pierreries: l'un de ces bonnets était évalué à 2,000 écus, somme énorme pour ce temps, et il n'y avait pas un enfant de la troupe qui n'eût au moins pour 2,000 francs de joyaux. Ils suivaient une enseigne sur laquelle étaient peintes les armes de la ville et un chapeau de triomphe avec cette devise : Prenez en gré.
Les deux cent cinquante soldats du guet armés de hallebardes - } ils avaient l'habit bleu à revers rouges, la culotte et les guêtres blanches , et le chapeau à trois cornes.
Les mariniers, les tanneurs et tondeurs portant barbe, la plupart revêtus d'une cotle-demailles, les autres armés a blanc, la pique sur Tépaule. On lisait sur leur enseigne : Vigilantibus et non dormientibus jura subveniunt. « Les droits servent à ceux qui veillent et non à ceux qui dorment. »
Les clercs du Chàtelet, au nombre de cent vingt, tous vêtus de satin cramoisi : leur capitaine se faisait remarquer par un collet orné de broderies et de boutons d'or. Leur enseigne représentait un aigle avec ces mots : Sub protectione alarum tuarum. « Sous la protection de vos ailes. »
L'université, corps important, nombreux et divisé en un grand nombre de fractions, savoir :
Douze jeunes garçons babilles de velours et armés de dards.
Deux cent soixante écoliers formés en cinq bandes ou nations, à la tête desquelles s'avançait leur capitaine général ; celui-ci portait un hautde-chausses de velours incarnat déchiqueté, avec bouffants de taffetas d'argent et pourpoint pareil, orné d'un collet de drap d'argent. Les bagues et les pierreries qui enrichissaient cette parure étaient estimées 2,000 écus.
La bande armée, composée de cinquante écoliers armés de pied en cap. Leur enseigne portail pour devise : Non tantum legibus sed armis. « Non-seulement par les lois , mais aussi par les armes. »
Soixante écoliers de nation picarde , tous habillés de taffetas et de satin violet , et les écoliers de nation champenoise, qui ne se distinguaient de ceux-ci que par un collet déchiqueté de maroquin d'Espagne. La divise de leur enseigne était : Virlute duce. « Sous la conduite de la vertu. »
La bande des Français : ceux-ci étaient étaient couverts de velours noir et portaient une chaîne au col et des bagues d'un grand prix.
Les Parisiens et les enfants d'Orléans et de Normandie \ ils étaient au nombre de quarante, tous vêtus à la turque. On lisait sur leur bannière : Signum quœrend signum denegabilur.
« Un signe sera refusé à celui qui demande un signe. »
La nation de Touraine ; les jeunes gens qui en faisaient partie étaient habillés de taffetas orangé et coiffés de bonnets ronds sur lesquels flottaient des plumes blanches.
Les bedeaux à masse, portant des bonnets ronds et chevauchant malgré leurs robes longues, et les bedeaux à verge dans le même équipage.
Ceux-ci tenaient à la main la verge, bâton pçint et semé d'aigles et de fleurs de lis ; ils avaiept l'aigle impérial sur l'épaule.
Les maîtres d'école, les médecins, les officiers de l'université, les conseillers et les guépins , le receveur , le procureur-général et les procureurs les nations; enfin les dpcleurs tant en droit civil }u'en droit canon , montés sur des mules, vêtus l'une robe écarlate, avec un chaperon de velours
fourré d'hermine sur l'épaule, et escortés chacun de deux domestiques portant sur l'épaule la figure d'un aigle. Le recteur avait six domestiques et se faisait remarquer par un bonnet de velours surmonté d'une aigle d'or. Le corps des sergents à cheval, vêtus de casaques rouges, séparait le corps de l'université de Messieurs de la Justice.
Quinze hommes, les plus beaux que l'on pût voir, portant une cotte de maille, un collet de maroquin avec une chaîne d'or au col et armés de belles pertuisanes, précédaient le bailli, le prévôt, le lieutenant de la prévôté, les gens du roi et les avocats et praticiens, au nombre de cent cinquante. Les cinquanteniersde la ville venaient ensuite en bel ordre, puis les douze échevins avec leurs robes de velours fourrées d'hermine, les proviseurs du pont et des chaussées, en robes de taffetas et en pourpoints de satin, tous montés sur de beaux chevaux.
Le cortège était fermé par environ deux cents bourgeois et marchands des plus apparents de la ville.
11 paraît que les troupes qui avaient fait montre quelques jours auparavant furent disposées par masses le long des rues que suivit l'empereur pour se rendre à la maison royale où il passa la nuit. Les portes, la façade et tout l'intérieur de cet hôtel étaient décorés avec ce luxe un peu confus que l'on admirait a cette époque.
Après les détails de l'entrée de Charles-Quint, •I serait fastidieux de décrire celles de Henriette
d'Angleterre et de l'évéque Alphonse d'Elbene qui eurent lieu en 1544 et 1546. La première n'offrirait rien de nouveau; les usages singuliers qu'on remarquerait dans la seconde sont complètement en dehors de noire sujet. Nous dirons seulement quelques mots de l'arc de triomphe élevé en l'honneur du prélat.
Entre les deux tours de l'ancienne porte Bourgogne, deux piliers de 1 pied de diamètre et de 10 pieds de hauteur servaient à la fois de piédestaux aux statues de Saint-Euverte et de Saint- Aignan et de supports a un arc plein-cintre formé d'un bandeau a moulures de 7 pouces de largeur. Au-dessus de l'arc une corniche s'étendait d'une tour à l'autre. Les piliers étaient peints en jaspe et ornés de chapiteaux. Tout le reste était couvert de sentences et de devises. On avait attaché à la clef du cintre un christ de 6 pieds de hauteur, et au-dessous le portrait du nouvel évêque , ceux de plusieurs autres prélats et de la Pucelle et des écussons armoriés. Dans les tympans de l'arc étaient deux grands tableaux ronds chargés de vers et entourés d'une guirlande de lierre, de lauriers et de clinquant. Les partisans outrés de la renaissance seront ici forcés de convenir que toutes ses œuvres ne portèrent pas le cachet du goût le plus pur.
On pourrait croire d'après ce qui précède que le règne de François I er fut étranger aux choses sérieuses et utiles : ce serait se tromper étrangement. La construction complète de l'église de
Recouvrance, les ornements de la porte occidentale de Saint-Paul, l'admirable portail de Saint- Éloi, Tune des portes du Grand-Cimetière, le porche de Saint-Euverte, peuvent encore prouver qu'au point de vue de l'art le christianisme eut aussi sa gloire. En 1515, la croix du perron , entourée d'un grand emmarchement, s'éleva sur le milieu de la place du Martroi. On doit attribuer à la même époque la construction de la grande et magnifique salle Saint-Lazare dans l'ancien Hôtel- Dieu. Enfin le roi lui-même s'occupa activement du bien-être et deladéferfse de la ville. En 1545, il signa des lettres-patentes pour l'établissement de l'Hôpital-Général ; a diverses autres dates, il fit établir des boucheries dans le marché de la porte Renard ; il accorda plusieurs centaines de condamnés civils pour terminer les terrassements des fossés de l'enceinte, et par ses ordres les travaux de maçonnerie des fortifications furent presque achevés. Ainsi l'amour du plaisir ne faisait entièrement oublier ni la gloire, ni le culte divin, ni les intérêts de l'humanité.
Mais l'activité orléanaise se révéla surtout par la multitude de charmants hôtels que construisirent, sous les règnes de François 1 er et de Henri II, Adam, de Jargeau, François Marchand , né a Orléans en 1500, Jean Goujon, Jean Bullaut et plusieurs autres architectes qui furent dignes de marcher sur leurs traces (1). Malgré des dé-
(1) Nous ne parlons pas ici d'Androuet Duccrccau, noire compatriote, quoiqu'il appartienne au \vi c siècle : les deux seules
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molitions nombreuses, des mutilations plus nombreuses encore, on en retrouve à chaque pas , surtout dans les limites des premières enceintes, et maintenant encore les rues des Hôtelleries, du Tabou rg, de la Pierre-Percée, sont presque exclusivement bordées de maisons de style renaissance.
Les changements opérés dans l'architecture des maisons particulières est facile à saisir. Les façades, jusqu'alors presque nues, se couvrent de colonnes plates, superposées par étages , de cartouches, de bas-reliefs; le plein-cintre succède presque partout à la plate-bande; des frontons à pilastres ont pris la place des couronnements de croisées retombant sur culs-de-lampe et des cadres sculptés dans l'ébrasement des tableaux; des cariatides, des colonnes à chapiteaux historiés, des portiques, des galeries, des plafonds a caissons sculptés, des cheminées ornées de bas-reliefs, font de quelques-unes de ces maisons de véritables petits palais.
Des articles monographiques seront consacrés aux églises de Recouvrance, de Saint-Paul , de Sainl-Euverte , de Saint-Éloi, a l'Hôtel-Dieu , au Grand-Cimetière , aux maisons de la renaissance en général, à plusieurs de celles-ci prises en particulier, aux cheminées et aux meubles de cette époque. Une appréciation rapide a dû nous suffire : poursuivons.
maisons que la tradition lui attribue sont d'un style tout différent de celui de la renaissance.
Sans parler de l'ardeur remarquable qui continue a se manifester dans la construction des habitations particulières, un fait important signale le règne de Henri H. Les fortifications de la nouvelle enceinte sont terminées, à l'exception de la muraille du bord de l'eau. Quelques améliorations partielles sont également exécutées. Ainsi, la place du Martroi s'agrandit, du côté du midi, par la démolition des pâtés de maisons formées par les rues Barillet et Galiot, et la petite île de la Barre- Flambert, située en face de l'église de Recouvrance , est détruite, comme gênant le cours du lleuve et le déchargement des marchandises.
Jean de Montmorency , évêque, construisit vers le même temps, en face de la rue de l'Oriflamme, sur l'emplacement de la croix de Saint-Michel, une petite chapelle du môme nom qui vient d'être remplacée depuis quelques années par la maison n° 22, rue Bourgogne.
Nous voici arrivés a une époque funeste. Le peuple, riche et matériellement heureux, éprouve ce malaise, cette inquiétude, qui naissent souvent de l'excès de la prospérité ; il cherche dans les arts , dans le luxe , dans la volupté un aliment à la surexcitation fiévreuse qui l'anime. Tout cela ne peut lui suffire : il lui faut aborder une sphère nouvelle ; il se jette dans le champ des spéculalions métaphysiques; il applique les idées de liberté, de réforme à toutes les questions politiques et religieuses. La fermentation se propage rapidement. Calvin, un des plus célèbres disciples
"de l'école d'Orléans, se met a la lète du mouvement; son éloquence s'attaque a l'autorité pontificale, sans épargner celle du roi. À la vue du péril qui les menace , ces deux grands pouvoirs , souvent divisés, font cause commune. La réforme et l'autorité arborent chacun leur étendard; le peuple se range dans Tun ou l'autre camp ; les esprits s'animent; déjà on dispute; bientôt on va * se battre ; de nombreuses alternatives vont tantôt affaiblir, tantôt relever les partis , funestes oscillations dans lesquelles la vengeance souillera toujours le triomphe! Les édifices et les objets consacrés au culte vaincu seront impitoyablement saccagés par le culte vainqueur, qui bientôt re prochera les mêmes actes de vandalisme a son ennemi triomphant , trop heureux si le fer n'eût frappé que des pierres ! Mais glissons sur d'affreux détails qui heureusement sortent de notre sujet.
Malgré les rigueurs déployées par Henri H contre le calvinisme naissant, Orléans était devenu, sous les auspices de Calvin, un foyer de réforme et par conséquent d'insurrection. Tout dévoué au parti protestant, c'est-à-dire aux ennemis du roi, il pouvait, par sa force et par sa proximité de la capitale, causer de graves embarras. François II, ou plutôt ceux qui gouvernaient au nom de ce faible prince, résolurent d'attaquer le mal dans sa racine, et, en 1560, les états généraux furent convoqués a Orléans.
Dès lors la ville prit un aspect tout nouveau.
Les hôtelleries regorgèrent d'illustres étrangers , et la plupart des maisons bourgeoises se transformèrent en hôtelleries. Dans les rues, sur les places publiques , l'épée et le panache brillaient entre la chausse brune du bourgeois et la robe noire du prêtre. Les groupes se formaient, discutaient sur les affaires du temps : on s'animait; souventdes voies de fait répondaient à des injures. Quelquefois, malgré la parole royale, les cachots se fermaient en silence sur des princes suspects. Cependant les tournois, les fêtes bruyantes se succédaient sans cesse, et les jeunes seigneurs traitaient de la même sorte la religion, la politique et la volupté.
L'aspect de la place de l'Étape eût suffi pour donner une idée complète des mœurs de cette singulière époque. L'hôtel du bailli Groslot (1), l'un des chefs du parti prolestant, hébergeait la cour. Devant la porte principale on organisait un tournoi dans lequel le prince de Bourbon devait perdre la vie; plus loin une vaste salle construite en charpente servait d'abri aux réunions des états généraux ; enfin une maison située à l'angle nord-est de la place se transformait en prison , et son toit terrassé se hérissait de canons qui enfilaient les rues adjacentes. C'est dans ce lieu que fut retenu le prince de Condé , venu aux états généraux sur la parole royale et arrêté par les ordres de Catherine de Médicis.
Les états généraux furent continués par
(1) Maintenant l'hôtel de la Mairie.