TOME I er
Charles IX, après la mort de François II; ils n'eurent d'autre résultat que d'avoir mis en présence des ennemis irréconciliables , et ces résultats se firent plus tristement sentir a Orléans que partout ailleurs. Les protestants, appuyés par les chefs nombreux qui avaient assisté aux états, avaient appris à connaître leur force. C'étaient à chaque instant de nouvelles tentatives de réunions, de nouveaux efforts de prosélytisme. Dans l'origine, les catholiques, assurés de la protection des lois, parvenaient sans peine à s'opposer à leurs efforts; mais le nombre des religionnaires et leur influence s'accrurent si rapidement, qu'en 1561 ils osèrent s'emparer du couvent des Carmes récemment reconstruit et y établir un prêche public. Dès lors leur puissance fut irrésistible, et bientôt elle se signala par des scènes de réaction et de violence.
Ce triste épisode de l'histoire d'Orléans restera toujours enveloppé de quelques voiles. Les actes de vandalisme commis par les protestants sont constants; mais jusqu'à quel point avaient-ils été provoqués par les vexations des catholiques, et où s' arrêtèrent-ils? Ici le doute commence, et l'historien ne sait où puiser ses autorités.
Les chroniqueurs qui donnent des détails sur ces faits sont lous catholiques : peut-on s'attendre de leur part à une entière impartialité ? Si l'on prend a la lettre leurs relations, on doit, croire à la destruction complète de certaines églises , dans lesquelles cependant il est facile encore de
reconnaître un style antérieur au xvi e siècle. D'un autre côté, leurs dates sont précises, leurs relations concordantes, et presque partout où ils signalent une dévastation on voit encore des débris ou des restaurations postérieures. On ne peut donc pas raisonnablement admettre qu'ils aient trompé sur le fond des faits, dont la gravité reste seule soumise aune appréciation incertaine. A cet égard, l'examen des édifices outragés est la meilleure indication que l'on puisse suivre. 11 nous a souvent servi à rectifier les exagérations des écrivains qui nous ont précédé.
En 1562, la faction protestante est complètement maîtresse de la ville; les religieux Augustins sont dispersés par la force; leur couvent pillé devient une citadelle; les églises de Saint- Avit, de Saint-Étienne , de Saint-Germain , de Saiut-Hilaire , de Saint-Liphard , de Saint-Marc , de Saint-Michel, de Saint-Sulpice, de Bonne-Nouvelle, le couvent des Récollels, la chapelle de Saint-Antoine, située sur la motte du même nom, sont démolis, les unes complètement, les autres en partie; les délicieux portails, construits depuis un demi-siècle à peine, aux pignons occidentaux de Saint-Paul et de Notre-Dame-de-Recouvrance, sont mutilés , ainsi que la plupart des légères sculptures qui ornaient les chapelles du Grand- Cimetière; les statues et les ornements des portails de Saint-Aignan et de Sainte-Croix ont le même sort; l'abbaye de Saint-Euverte, le couvent des Carmélites, sont saccagés, ainsi que les
églises de Saint-Benoît-du-Retour, de Saint-Flou, de Sainte-Marie , de Saint- Hilaire , de Saint-Sulpice, de Sainl-Pierre-le-Puellier, de Saint-Donatien; les trésors de Saint-Aignan , de Saint- Paul et les objets précieux que renfermaient les lieux déjà cités sont pillés. Le couvent des Cordeliers se change en arsenal. Tandis que de nombreux ouvriers y fondent des canons et des boulets et y fabriquent des affûts, les soldats s'amusent h détruire les tombeaux. La Tour-Neuve, qui était alors une véritable forteresse, devient le réceptacle du butin; son toit fait place à une plateforme hérissée de canons.
La réforme religieuse se présentait aussi comme réforme politique : les rois étaient odieux comme le pape; leurs images ne furent pas épargnées. Les bustes de Louis XI et de Louis XII , qui ornaient la façade de THolel-de-Ville , furent abattus et traînés dans la boue. Le beffroi même éprouva la fureur des démolisseurs : la statue de Saint-Michel, qui dominait le sommet, fut renversée et F horloge fut mise hors de service ; enfin pour sauver, la cathédrale d'une mine totale , le prince de Condé se vit obligé de la transformer en un magasin militaire.
Cependant le duc de Guise s'approche d'Orléans; trente-trois gros canons braqués sur la rive gauche augmentent les ruines; un premier avantage signale la présence des troupes royales. Condé, Montmorency, les autres chefs renfermés dans la ville commencent à désirer la paix ;
F assassinat du duc de Guise en facilite les négociations, et elle est signée en 1563.
Les catholiques triomphent; ils rentrent dans tous les emplois civils dont leurs adversaires les avaient expulsés ; les prêtres osent reparaître; ils reprennent possession des églises et célèbrent le culte au milieu des ruines.
L'œuvre des reconstructions et des restaurations commence aussitôt. Charles IX prend à cœur les travaux de Saint-Aignan ; Pévêque de la Saussaye active ceux de Sainte-Croix ; l'abbé de Saint-Euverte rétablit la couverture de son église et confie b Langelar le soin de relever l'étage supérieur du clocher; la chapelle de Sainte- Catherine reçoit des accroissements; tous les édifices chrétiens voient leurs plaies se fermer avec une merveilleuse rapidité.
L'ardeur des habitants ne s'arrête pas aux objets destinés au culte catholique. Des plantations d'ormes, essence alors fort recherchée, embellissent la motte Saint-Antoine et plusieurs boulevarts. De grands travaux d'utilité publique sont entrepris. On améliore la navigation de la Loire. La destruction de l'île Charlemagne , située en face de Saint-Laurent, facilitait déjà les approches de la ville; mais les minces filets d'eau que le fleuve conservait pendant Tété se perdaient au milieu des sables qui encombraient son lit. On les rassemble entre la ville et la motte Saint- Antoine par l'établissement d'une digue descendant diagonalement de la rive gauche à la noir»^
de celte île. Cet ouvrage subsiste encore; on le nomme le duit (duclus). Il a été dernièrement prolongé de plus d'un kilomètre en aval du pont.
Les magistrats de la cité veillent avec une égale sollicitude à la prospérité du commerce et à la salubrité publique. Des maladies contagieuses se répandaient alors d'une manière effrayante. Des règlements sévères prescrivent le nettoyage des rues et la destruction des auvents , dont la saillie nuisait à la circulation de l'air.
Enfin , Charles IX , qui venait d'ordonner la démolition des fortifications de la ville protestante, fait promptemenl mettre en état de défense cette même cité, devenue son appui. Les portes Bannier et Saint-Jean, les plus importantes et les plus solidement construites de la nouvelle enceinte, attirent surtout son attention. Reliées l'une à l'autre par un chemin couvert, protégées par des ouvrages extérieurs, elles deviennent , avec les bastions intermédiaires , une citadelle complète, où les troupes du roi tiennent constamment garnison. Par suite de ces dispositions, le passage de la porte Bannier se trouva supprimé ; on le remplaça par la porte dite de l'Évangile, ouverte dans le mur d'enceinte , en face Saint- Paterne. Pendant quatre ans, ces travaux marchèrent sans entraves; mais bientôt la guerre civile se ralluma. En 1567, les protestants s'armèrent de nouveau; leurs troupes, favorisées par les sectaires de l'intérieur, s'emparèrent d'Orléans, sous la conduite du capitaine De-
lanoue, et le vandalisme signala encore leur triomphe.
Le couvent des Jacobins, les églises de Saint- Aignan, de Saint-Êloi, de Sainl-Pierre-Ensentelée, de Saint-Samson, de Saint-Maclou, de Sainte- Catherine, de Saint-Paterne, de Saint-Michel, rue Bourgogne (1), de Saint-Pierre-Lentin, de Saint- Victor, de l'Alleu-Saint-Mesmin , de Saint-Marceau, de Saint-Vincent, de Saint-Marc, de Saint- Jean-le-Blanc , subissent de nouveaux outrages ; les beaux vitreaux de Notre -Dame-des-Forges et de la partie de Saint-Éloi, dédiée à Saint-Maurice, volent en éclals ; la charmante tourelle de la chapelle Saint-Jacques, la statue du saint en plomb doré qui lui sert d'amortissement, presque toutes ses sculptures intérieures et une partie de celles qui décoraient sa façade, tombent sous le marteau des protestants. Le cadran est arquebusé comme point de mire. On y voit encore maintenant la trace des balles. Le monument élevé a la gloire de Jeanne d'Arc portait en lui-même une double cause de ruine , les images de la Vierge et du Christ s'y voyaient à côté de celle d'un roi de France; il est brisé. Enfin, une explosion détruit de l'église des Cordeliers, tranformée en magasin à poudre.
Sainte Croix restait encore. Le prince de Condé n'avait pas cessé de protéger ce monument. Pour le soustraire plus facilement au marteau des dé-
(1) Cette église ne doit pas être confondue avec celle qui existait sur la place de l'Etape sous le même vocable.
molisseurs, il en avait fait murer les portes : soins inutiles! Dans la nuit du 23 au 24 février 1568(1), Théodore de Bèze et une troupe de ses plus furieux sectaires pénètrent dans l'église par une fenêtre, sapent les quatre gros piliers de la croisée (2) qui soutiennent le clocher et remplacent les pierres enlevées par des poteaux auxquels ils mettent le feu. En un instant, le clocher s'abîme et avec lui toute l'église, sauf les chapelles du rond-point.
Un mois après ce déplorable événement, un nouveau traité de paix désarma les deux partis, mais il ne put éteindre le désir de la vengeance. Los catholiques, assurés cette fois d'un triomphe durable, ne craignirent pas d'user de représailles. Ils firent moins de ruines, parce que moins d'édifices s'offraient à leurs coups. Trois prêches, situés rue des Carmes, au Chàtelet et près des Halles, furent détruits, et la dévastation s'étendit a toutes les maisons particulières soupçonnées d'avoir servi à des réunions protestantes.
En même temps les reconstructions commencèrent. Les églises des Carmes et de Notre- Dame-de-Bonne-Nouvelle furent restaurées les premières , et bientôt l'office divin s'y célébra
(1) Tous les annalistes ne sont pas d'accord sur la date de cette catastrophe: quelques-uns la placent dans le mois de mars. Nous avons suivi l'opinion du savant abbé Dubois.
(2) L'expression de croisée, appliquée au plan d'une église, indique spécialement l'espace carré résultant de l'intersection de la grande nef et des transsepts, et se trouvant ainsi entre le chœur et la grande nef.
régulièrement. Les Bénédictins relevèrent leur monastère; ils découvrirent, en fouillant les fondements, un grand nombre d'antiquités romaines. Le roi fit rétablir le chœur de Saint-Aignan, ainsi que celui de Sainte-Croix; mais ces derniers travaux furent si mal exécutés, qu'il fallut presque immédiatement les détruire.
Les habitants, jaloux de venger l'honneur de Jeanne d'Arc, confièrent à Jean-Hector Lescot , dit Jacquinot, le soin de relever le monument.
Enfin, l'œuvre des fortifications se perfectionna. Les murs d'enceinte, beaucoup plus élevés en quelques endroits que les terrassements qui les appuyaient, présentaient trop de prise au canon et devenaient dès lors d'une défense plus difficile; ils furent mis à hauteur d'appui par rapport aux remparts, tandis que les tours restèrent dans leur état primitif. Un ravelin, ouvrage h cornes en forme de cœur, fut établi en terrassements, en avant de la porte Saint-Laurent, la plus faible de l'enceinte.
Tandis que le roi faisait exécuter ces travaux, un simple particulier, Jacques Alleaume, construisait, à ses frais, un gros bastion commandant a la fois la navigation de la Loire et flanquant les murailles de la ville. Le fort Alleaume existait encore il y a quarante ans ; il était situé au droit de la rue des Quatre-Fils-Aimond. «
Le commerce et les manufactures prirent de nouveaux développements. De nombreuses fabriques de chapeaux de feutre fournirent des
m PREMIÈRE PARTIE,
coiffures plus élégantes et plus saines que les bonnets de laine généralement employés jusqu'alors. Jean Brachet, premier maire de la ville, attribuant une partie des maladies qui désolaient le peuple à l'usage de ne porter que des étoffes de laine, fit venir des tisserands de Flandre, dotant ainsi la ville d'une industrie qui devint florissante et mettant à la portée des habitants des tissus plus sains.
L'activité architecturale ne se ralentit pas sous le règne de Henri III. Le roi fit faire à Sainte- Croix les réparations les plus urgentes ; Vévêque se chargea de la restauration des chapelles. L'abesse de Saint-Loup, Marie-Philippe de 1 Hôpital, construisit une église beaucoup plus vaste que la première et l'enrichit de marbres, de peintures et de vases en argent doré. Jacques Alleaume, non content d'avoir contribué de sa propre bourse à la défense de la ville, fit rebâtir l'église, le réfectoire et une partie du dortoir du couvent des Jacobins, ainsi que l'église de Saint-Samson. Les réparations les plus urgentes de la chapelle Saint- Jacques furent exécutées aux frais de la confrérie qui reconnaissait ce saint pour patron. La première église du couvent des Capucins fut terminée et consacrée au culte.
Les plantations des boulevarts, la plupart des travaux, d'embellissement et de salubrité furent mis à chef. L'ancienne porte Parisie, alors située presque au centre de la ville, disparut. L'administration municipale confia a Jean Buret, habile
fondeur, le soin de réintégrer sur le pont la belle croix érigée en 1407 par Pierre de Sainl-Mesmin, et détruite par les protestants.
Le nombre toujours croissant des indigents atteints de maladies contagieuses rendait insuffisant l'hôpital du Sanitas, situé dans la rue qui porte encore ce nom. Un second hospice, nommé le Grand-Sanitas, s'éleva sur l'un des coteaux qui dominent, à l'ouest de la ville, les bords de la Loire.
Malgré cette activité, ou plutôt à cause de cette activité même, la fin du xvi e siècle fut plutôt le règne des maçons que celui des architectes. On faisait trop pour bien faire. A quelques exceptions près, parmi lesquelles il convient surtout de classer la continuation des arcades du Grand- Cimetière, l'architecture monumentale dégénérait rapidement. Le portail central de Notre-Damede-Recouvrance , les portes latérales de Saint- Paterne n'ont déjà plus l'originalité de dessin, la linesse d'exécution qui caractérisent la première moitié du même siècle. On ne peut rien voir de plus prétentieux et de plus lourd que l'étage supérieur du clocher de Saint-Eu verte. Le couvent des Bénédictins, maintenant l'hôtel de la Préfecture, n'est qu'une bâtisse des plus communes. Nous pourrions citer une foule d'autres exemples. Cependant quelques architectes faisaient encore preuve de goût dans la construction des maisons particulières : les uns, fidèles aux errements de la renaissance, les décoraient de portiques plein-
cintre, de colonnes a chapiteaux fantastiques, de médaillons et de rinceaux; les autres, Audrouel Ducerceau a leur tète, inauguraient un style nouveau, remplaçant par une excessive sévérité de formes, ou par une ornementation un peu trop monumentale, le laisser-aller plein de grâce, mais souvent incorrect de leurs devanciers.
La supériorité momentanée de la petite architecture sur la grande trouve son explication dans les mœurs de l'époque. Avec le luxe et l'amour des plaisirs, l'égoïsme s'était répandu dans toutes les classes de la société; les fortunes particulières, quelque considérables qu'elles fussent, pouvaient à peine suffire aux besoins factices de leurs possesseurs. Si le prix des vêtements, si les dépenses de la table n'avaient pas épuisé toutes les ressources, on se hâtait de faire construire un petit palais , car c'était encore une manière de briller. L'ostentation des particuliers avait passé dans les choses publiques. Les corporations, les couvents, la cité sacrifiaient tout aux pompes extérieures. Au milieu des discordes civiles suscitées sous prétexte de religion, des horreurs de la Saint-Barthélemi, des fureurs de la Ligue, ce n'étaient que divertissements, que spectacles publics : jamais les entrées ne furent plus nombreuses et plus magnifiques.
Le 1 er août 1551, Henri H, Diane de Poitiers et Catherine de Médicis arrivèrent â Orléans. Leur entrée fut brillante. Les vingt-deux corps de métiers de la ville formèrent la haie sur le pont,
chacun ayant en tète son drapeau nouvellement peint, sur lequel étaient représentés ses attributs et le saint protecteur de sa confrérie. Plusieurs sculpteurs d'Orléans furent employés a mouler les portraits des personnes royales; plusieurs peintres couvrirent d'emblèmes et d'écussons trente-sept draps et quatorze grandes nappes. Les dépenses de la fête montèrent à 9,200 livres, monnaie de l'époque. Jacques-Audrouet Ducerceau présida, avec Loys Martin et Loys Fromont, à la construction des arcs de triomphe et des échafauds qui s'élevèrent pour cette circonstance.
Lorsque François II, Marie Stuart, son épouse, et la reine-mère, Catherine de Médicis, se rendirent à Orléans pour la tenue des étals généraux, la pompe de leur réception fut jugée de si grande importance que la cour consentit à passer deux nuits a Artenay, en attendant que les préparatifs fussent entièrement terminés. L'entrée eut lieu le 18 octobre 1560. Une estrade de deux toises de hauteur, tendue de tapisseries, ornée d'écussons et de devises, avait été dressée en dehors de la ville ; le roi et la reine-mère seuls y prirent place, car Marie Stuart n'était pas encore arrivée.
Vers neuf heures, le cortège commença h sortir de la ville par la porte Saint-Jean, délila devant l'estrade et rentra par la porte Bannier.
La marche était ouverte par plus de quatre cents arquebusiers, précédés de leurs tambourins et de leurs fifres vêtus de noir, la plupart ayant
le morion en téte et l'écharpe violette et jaune au côté. Leur drapeau flottait dans leurs rangs.
A la suite des arquebusiers s'avançaient tous les corps de métiers armés de piques et de hallebardes, précédés de leurs capitaines, de leurs drapeaux et de leurs musiques, composées de fifres et de tambourins; c'est a savoir : les mariniers, au nombre de trois cent cinquante; les tonneliers et les vinotiers, trois cent cinquante; les chandeliers et les merciers , deux cent cinquante; les maçons, tailleurs de pierre, charpentiers et couvreurs, trois cent cinquante; les fouleurs et les tondeurs de drap, plus de quatre cents; les boulangers et les meuniers, deux cents; les fripiers et les pâtissiers, deux cents; les orfèvres, les potiers d'étain et les bouchers, deux cent cinquante; les cordonniers, tailleurs de chaussettes, deux cent cinquante; les tanneurs, les mégissiers et les corroyeurs , deux cent cinquante; les blottiers, plus de quatrevingts; les savetiers, quatre-vingts; les cardeurs et peigneurs, deux cent cinquante; les sergers (fabricants de serge), plus de deux cents; en total, plus de trois mille cinq cents hommes, marchant par trois enseignes et par quatre ou cinq hommes de front pour chaque enseigne.
Les cent archers de la ville avec leurs arcs et leurs trousses de flèches, les arbalétriers à cheval, sur deux de front, suivaient les corporations.
Les corps judiciaires paraissaient ensuite. Cent à cent vingt clercs duChâtelet vêtus de velours et
de satin gris et tanné (couleur fauve), avec l'écharpe jaune et violette, occupaient les premiers rangs, capitaines, étendard et musique en tête ; puis venaient les soldats du guet, dont les officiers étaient à cheval, les sergents du bailliage a cheval, les notaires, enquêteurs, procureurs, avocats, conseillers du bailliage et du siège présidial, le bailli, le prévôt et leurs lieutenants.
Le corps de l'université marchait ensuite dans l'appareil déjà décrit à l'occasion de l'entrée de Charles-Quint.
Environ cent cinquante enfants suivaient h cheval le corps de l'université; ils portaient un collet de velours noir, sur un pourpoint de satin jaune à crevées de taffetas violet parfilé d'or.
La suite du cortège se composait des cinquanteniers revêtus de leurs hocquetons partis de rouge et de jaune. Des proviseurs des ponts habillés de taffetas, de ceux des chaussées portant des pourpoints de damas, et d'un grand nombre de notables habitants tous à cheval; la marche était fermée par le gouverneur de la ville, les douze échevins vêtus de robes de velours noir, et les conseillers de la commune en robes écarlale.
Après le défilé, le roi suivit le cortège sous un dais de drap d'or. Un arc triomphal orné de basrelief et un obélisque s'élevaient sur le Martroi, et des chapeaux de triomphe avaient été suspendus en plusieurs endroits sur le passage du cortège : nous faisons grâce des harangues.
A Tentrée faite, en 1573, au duc d'Anjou, qui depuis régna sous le nom de Henri III , on dressa quatre arcs de triomphe de style grec , peints de diverses couleurs, surmontés de figures allégoriques, représentant des déesses et ornées d'inscriptions sacrées et profanes. Le cortège différa peu de ceux qui viennent d'être décrits. Les enfants d'honneur, au nombre de cent soixante, montés sur des chevaux turcs, barbes, genêts et roussins, étaient vêtus d'un paltol de velours vert, avec pourpoint de satin blanc doublé de loque d'or ou de satin jaune, et chausses provençales aussi de velours vert, le tout orné dépassements et de par (ilures d'argent. Les trente soldats du guet portaient, par-dessus une armure complète , une mantille violette , au milieu de laquelle était empreinte devant et derrière une étoile couleur orange ; plusieurs avaient des arquebuses et des morions dorés. L'uniforme des cinquanteniers était un hocqueton jaune-orange, sur le milieu duquel se voyaient les armes de la ville.
Les détails de l'entrée de Henri III qui eut lieu en 1576 ne seraient que la reproduction de ce qui précède.
Nous compléterons ce qui regarde le luxe des vêtements à la fin du x\T siècle en reproduisant textuellement quelques fragments d'un règlement rendu par le prévôt d'Orléans en 1584 :
« Défenses sont faictes a toutes personnes de mestiers ouvrant et besongnant de leurs mains
en cette ville, chastellenie d'Orléans, de ne porter velours, salin ne taffetas, soit en pourpoinct, chausses, jupes, doublures de collet, de manteaux, et chapeaux, ni passements de soie et bandes ou manteaux, pourpoinct, chausses, ni enquelqu'autre accoustrementque ce soit, a peine de confiscation desdits habillements et accoustrements qui en seront trouvés enrichis et d'amende arbitraire pour la première fois.
« El pareillement à tous moissonneurs, vignerons et journaliers de n'employer es habits qu'ils feront faire de neuf a l'advenir aucuns draps tains en couleur autre que bleu , sous pareilles peiues.
« Des serviteurs, s'ils ne sont gentils-hommes et les servantes, si elles ne sont damoiselles, ne porteront fraizes empesez, bas d'estame, mules, ny souliers à clicques, et quant aux autres serviteurs, servantes et chambrières à gages ordinaires et à tous mercenaires, leur sont faicles deffenses d'user d'empois , passements , draps de soye, en bords bourdés ne autrement, en quelque sorte que ce soit, si les maistres , maistresses ne sont privilégiés d'habits par l'ordonnance dernière sur ce fait, sans toutefois porter bas d'estame et mules, ne souliers à clicques , sous le prétexte susdit, à peine d'amende arbitraire exécutoire, tant contre lesdits serviteurs, servantes et chambrières que contre leursdits maistres et maistresses qui auront souffert ladite contravention. »