TOME
A l'époque où parut celte ordonnance, la Ligue existait depuis plusieurs années et comptait déjà à Orléans des partisans nombreux et déterminés. En 1585, elle était maîtresse de la ville; quatre ans plus tard , elle plantait son drapeau sur la porte Bannier, qui jusqu'alors avait tenu pour le roi. Alors les ouvrages qui constituaient cette citadelle furent détruits; les portes Saint-Jean et Bannier furent rendues à leur destination primitive, et celle de l'Évangile condamnée. Les ligueurs, maîtres absolus de la place, n'oublièrent rien pour la rendre susceptible d'une vigoureuse résistance. Le ravelin de Saint-Laurent fut complété et le couvent des Augustins fut détruit, pour dégager et fortifier les approches du pont.
Henri IV, devenu roi , chercha à vaincre les Orléanais par les bienfaits, plutôt que par les armes. Il octroya a Fougeu Descures, abbé de Saint-Eu verte, quelques fonds pour l'aider à réparer son église : la somme fut appliquée a sa destination, mais l'esprit de la ville resta le même, car les catholiques ne se croyaient point obligés pour les dons reçus d'une main protestante.
Cependant l'abjuration du roi changea complètement la face des choses. Orléans n'avait repoussé que l'hérétique; elle se soumit saus arrière-pensée au prince converti. En 1594, Henri IV fit son entrée solennelle, avec une grande magnificence, au milieu des démonstrations d'une joie sincère. Dès lors les faveurs royales inondèrent la ville; des travaux importants fortifièrent les
levées de la Loire, qui p'en furent pas moins emportées après le rigoureux hiver de 1608; on établit sur le boulevart situé entre les portes Bannier et Saint-Vincent un jeu de mail dont il a tiré son nom et on y planta des ormes qui subsistent encore pour la plupart. Un porche construit en avant du pignon de Saint-Eu verte, réunit, par un heureux anachronisme, aux lignes du style ogival flamboyant des figurines aussi délicatement touchées qu'au plus beau temps de la renaissance. Enfin , la grande œuvre de Sainte- Croix, si long-temps interrompue, fut reprise avec ardeur : la première pierre de la réédification fut posée par le roi en 1601 .
La munificence royale fut puissamment aidée dans cette grande entreprise par les faveurs de la cour de Rome. Un jubilé spécialement accordé aux fidèles qui visiteraient la cathédrale d'Orléans produisit des sommes considérables; les travaux commencèrent avec une grande activité, et bientôt le chœur se releva tel que nous le voyons aujourd'hui.
L'architecte h qui fut confiée la reconstruction de la cathédrale ne comprit pas le caractère spé- ' cial de sa mission ; il gâta par de mauvais détails ce que sa pensée première avait de grand et de majestueux ; forcé de construire sur les anciennes fondations, il observa bien les dimensions relatives de l'édifice; il donna aux voûtes de l'élévation et de la noblesse, aux piliers toute la légèreté compatible avec la solidité de l'ensem-
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ble; il choisit un galbe pur pour les arcs ogivaux; il ouvrit les fenêtres dans de belles proportions et orna convenablement au-dessous de leurs appuis la nudité de la muraille a l'aide d'une galerie a arcs trilobés; mais il lui fallut payer le tribut a l'esprit de son siècle. Au lieu de ces gracieuses colonnettes couronnées de corbeilles de feuillages, dont il trouvait dans les chapelles du rond-point un si heureux modèle , il cacha la forme des piliers sous d'innombrables nervures tranchantes qui, prenant naissance dans un socle commun, s'élevèrent d'un sel jet jusqu'aux clefs des voûtes. Il crut ainsi donner à l'édifice plus de légèreté et d'élévation, et ne réussit qu'à lui enlever le caractère de grandeur qui devait naturellement résulter de la belle proportion de ses parties. Les réseaux des tympans des fenêtres participèrent du même défaut. Ils furent garnis de verrières assez communes, représentant des armoiries, des attributs et divers ornements.
A cette époque, le verre et surtout le cristal étaient encore une matière assez rare. La chambre de Monseigneur de la Châtre, gouverneur d'Orléans, n'était éclairée que par des châssis tendus de papier imprégné d'essence de térébenthine, et la ville ayant offert a Henri IV un festin en 1599, à l'occasion de son passage, on remarqua, comme une grande somptuosité , que les quarante-huit convives burent tous dans des verres de cristal.
A partir du xvn e siècle , un nouveau change-
ment s'opère dans Orléans. Cette ville, si brillante, si luxueuse, si animée, se calme tout à coup, se plonge dans le silence du sépulcre, s'enveloppe de la bure des moines. Les Minimes, les Oratoriens, les Jésuites, les Chartreux, les dames Carmélites, les Visitandines, les Ursulines, font à la fois irruption dans ses murs; les monastères qu'elle possédait déjà se restaurent et se développent. 11 serait impossible de faire marcher chronologiquement de front tous les faits partiels de celte immense métamorphose sans s'ex poser à une grande confusion. Nous les rassemblerons donc en faisceaux qui se rattacheront à chacun des ordres religieux dont nous avons à nous occuper.
Les Grands-Carmes. — L'ancien monastère des Carmes, situé près de Saint-Laurent, avait été, comme on l'a vu, ruiné de fond en comble k l'époque du siège. Dès ce moment, les religieux avaient résolu de se rapprocher des murs; ils avaient choisi le long du chemin qui est devenu, sous le nom de rue des Carmes, l'une des voies les plus belles et les plus spacieuses de la ville, un emplacement maintenant occupé par les maisons numérotées de 37 à 49. Les travaux marchèrent d'abord avec assez de lenteur; cependant les bâtiments étaient complets , et l'église même allait être achevée, lorsque les protestants s'en emparèrent et y établirent un prêche. A peine la tranquillité commença-t-elle h renaître , que les Carmes se remirent a l'œuvre. Le produit de I4
venle des terrains de leur ancien monastère leur permit de reprendre les travaux dès 1568; plus tard les dons de Henri IV vinrent a leur aide, et en 1601, ils purent s'installer dans leur nouveau couvent. La ville voulut aussi leur offrir un gage de sa sympathie; elle chargea François Toutain, peintre et vitrier Orléanais , de faire pour la fenêtre du maître-autel une verrière qui fut fort admirée dans le temps, et qui coûta 150 liv. pour la peinture et le verre, et 168 livres 8 sols pour F armature. On voyait au milieu un christ de grandeur naturelle; au-dessus des bras de la croix, deux anges soutenus sur des nuages d'azur, et au bas, Henri IV et Marie de Médicis , revêtus d'habits royaux , affrontés et agenouillés. Il ne reste aucun document précis sur la structure de l'église; on sait seulement qu'elle était richement décorée. Pérelle père, artiste Orléanais, avait peint les fresques du plafond , Michel Corneille Un tableau représentant l'Enfant Jésus dans les bras de saint Joseph; Hubert, sculpteur Orléanais, dont le nom reviendra souvent sous notre plume, avait aussi déployé dans cette circonstance sa prodigieuse fécondité : deux Sain tes- Vierges et une troisième Vierge groupée avec sainte Anne, une Marie- Madeleine, que l'on regardait comme un chefd'œuvre, Élie et Élisée, un Christ en croix, deux enfants posés sur un fronton d'autel, eussent exigé d'un artiste ordinaire de longs et pénibles travauj; pour Hubert, ce fut l'affaire d'un instant. Cette excessive rapidité d'exécu-
lion donne tout lieu de croire que la plupart de ses œuvres furent exécutées en bois ou en terre cuite. On doit également en conclure qu'elles furent peu soignées, et ce qui nous en reste vient à l'appui de cette opinion. La pensée artistique de Hubert est vulgaire, son dessein inhabile, son exécution trop rapide; il se fit cependant une grande réputation, de son vivant, et bon nombre d'écrivains l'ont loué outre mesure sur la foi de ses contemporains.
Le cloître du couvent fut terminé en 1614.
Les Minimes. — Les religieux de l'ordre des Minimes parurent pour la première fois à Orléans en 1612. L'année suivante, la ville leur donna le terrain qui avait jusqu'alors appartenu à la corporation des arquebusiers. Bientôt , sur cet emplacement, s'éleva le monastère ; il forma dans son ensemble trois côtés d'un carré; l'église compléta le quatrième. Les galeries du cloître furent prises dans l'épaisseur des bâtiments; ses arcades plein-cintre reposèrent sur des piliers carrés; elles existent encore dans leur état primitif. L'église, qui sert maintenant aux réunions de la bourse de commerce , est assez bien conservée : elle se compose d'une nef principale et de deux collatéraux sans transsepts; l'ogive surbaissée et le cintre s'y montrent côte à côte en assez bonne harmonie. L'arc des arcades séparatives des nefs est ogival ; il repose sur des piliers carrés , pourvus de bases et de chapiteaux a moulures simplement profilées ; l'ogive se des-
sine encore aux fenêtres de la nef et à celle qui occupe une partie du pignon occidental : dans le reseau de celle-ci se dessine une fleur de lis. Les voûtes, construites en bois , sont en berceau , à arc surbaissé; elles sont richement peintes et divisées en petits caissons représentant des rosaces et des pointes de diamant alternées en damier. Le portail s'ouvre dans le pignon occidental; il consiste dans une porte à arc plein-cintre, accolée de deux pilastres et surmontée d'un fronton à rampants arrondis et coupés. 11 était orné d'une statue en pierre, sculptée par Hubert, et représentant saint François de Paule. L'autel, qui n'existe plus , était construit sur les dessins de Claude Godart et orné de sculptures du même artiste. Hallé père avait aussi concouru à la décoration intérieure ; on lui devait plusieurs statues et le tableau du maître-autel, représentant la descente du Saint-Esprit.
Les Augustins. — Le couvent des Augustins s'avançait primitivement, au nord, jusqu'à la petite place où se voit maintenant la croix de la Pucelle; il n'était séparé du fort des Tourelles que par un chemin de 40 pieds de largeur. Détruit par les Anglais a l'époque du siège, ravagé par les protestants à la fin du siècle suivant, toujours exposé aux inondations de la Loire par le peu d'élévation de son sol, il fut enfin reconstruit à neuf et placé dans un lieu plus convenable. En 1613, Louis XJI1 acheta des deniers de son épargne et donna aux moines un vaste terrain
HISTOIRE GÉNÉRALE. m
situé au midi de celui qu'ils avaient jusqu'alors occupé. Cet emplacement, facile a reconnaître, s'étendait, au couchant de la rue Saint-Marceau, sur toute la superficie composant maintenant les dépendances d'une briqueterie et deux grands jardins adjacents. Le monastère n'a jamais eu rien de remarquable ; le peu qui en reste forme la maison n° 46 de la rue Saint-Marceau. L'église fut bénie en 1629; elle était ornée de belles menuiseries et de stalles du dessin et de la main de Bonnaire , sculpteur lorrain ; on y avait posé des fragments de vitraux représentant la prise des Tourelles ; enfin on y voyait un Christ de Hubert, que l'on disait être d'une fort belle exécution (1), Les Oratoriens. — Les pères de l'Oratoire, dont l'ordre n'était fondé que depuis deux ans , achetèrent, en 1614, un emplacement nommé le port Morand ou le Grand-Jardin , et situé entre le Mail et la rue de la Bretonnerie. Les ressources pécuniaires de leur ordre suffirent pour y construire le monastère et la chapelle. On retrouve encore une partie des bâtiments claustraux dans la caserne actuelle de la gendarmerie. La chapelle, qui était fort belle, a été démolie pour faire place a l'avant-corps oriental du palais de justice. Construite dans le style grec, sur les dessins réduits de l'église du même ordre, à Paris, elle était
(1) Quelques auteurs ont assuré que ce Christ est celui que Ton voit encore au rond-point de Sainte-Croix, en face de la chapelle de la Sainte- Vierge : c'est une erreur ; le Christ de Suinte- Croix est dû au ciseau de Tuby.
ornée d'un dôme couvrant le sanctuaire, de galeries intérieures et de fresques : on y remarquait aussi quelques verrières.
Les Jacobins. — Les Jacobins s'occupèrent à la même époque delà restauration complète de leur couvent. Tandis que Fougeu Descures, maire d'Orléans (1), faisait relever une partie du cloître, ils ornaient leur église de deux statues et d'un bas-relief de Hubert et d'un tableau de Pérelle. Il paraît cependant qu'ils ne purent alors se donner toutes les commodités désirables; car, en 1777, ils firent reconstruire en totalité leur maison d'habitation. Le vaste emplacement qui leur appartenait, maintenant réuni à celui du couvent des Carmélites, forme, depuis 1806, une caserne d'infanterie. Une partie des anciens bâtiments et le corps de la chapelle subsistent encore; ce sont des constructions vulgaires dont la simplicité se refuse h toute description.
Les Visitandines. — Les religieuses de la Visitation achetèrent, en 1621, l'ancien hospice des Aveugles , dont la chapelle de Saint-Mathurin faisait partie, et plusieurs autres maisons adjacentes. Elles s'établirent dès lors dans ce vaste emplacement qui s'étendait dans tout l'espace limité par les rues du Bœuf-Saint-Paterne et Bannier, depuis et y compris le n° 65 jusqu'au n° 75 de cette dernière rue.
Les Carmélites. — L'année suivante, les reli-
(1) Il ne faut pas confondre Fougen, maire d'Orléans, avec l'abbé de Saint-Euverte, du même nom.
gieuses Carmélites prirent possession du nouveau couvent qu'elles venaient de faire construire dans la rue des Anglaises. Il formait un parallélogramme dont la chapelle occupait le côté septentrional; il a été remplacé depuis quelques années par un grand corps-de-logis qui fait partie de la caserne des Jacobins.
Les Ursulines. — Suivant l'autorisation qu'elles avaient reçue par lettres-patentes, en 1621, les religieuses Ursulines s'installèrent à Orléans en 1623. La modicité de leurs ressources ne leur permit d'abord de donner à l'établissement que de très-petites dimensions. Cependant la réputation de leur sainteté leur valut bientôt la sympathie des habitants : les secours pécuniaires affluèrent; enûn, en 1675, aidées par un don de 35,000 livres que leur fit la veuve de Réné Bidaut, sieur de Riom , elles commencèrent et terminèrent dans l'espace de cinq années les vastes constructions qui servent maintenant de prison. Le bâtiment principal se compose de trois étages, outre le rez-de-chaussée et les mansardes. Avant que l'un de ses pignons n'eût été abattu , pour faire place à un chemin de ronde, il avait vingt-trois croisées de face. Les gros murs sont en moellons; des filets régnent à la hauteur des planchers ; des plates-bandes en pierre de taille encadrent les fenêtres ; trois frontons , percés chacun de trois fenêtres, se détachent des mansardes : celui du milieu est cintré; les rampants des deux autres sont rectilignes. Du reste, dénué
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de tout ornement , le couvent des Ursulines n'est remarquable que par ses belles proportions.
Les Jésuites. — L'établissement des Jésuites à Orléans donna lieu à des difficultés dont les détails sont étrangers à Y Histoire architecturale de la ville. Repoussés par la majorité des habitants, mais hautement favorisés par Henri IV d'abord, puis par Louis XIII et par quelques amis riches et puissants, ils parvinrent à triompher de tous les obstacles. En 1616, ils étaient modestement logés dans une maison particulière; en 1617, ils furent munis de lettres-patentes autorisant leur établissement; en 1619, ils reçurent du roi le terrain de l'église de Saint-Samson, qui avait été détruite par les protestants ; les habitants furent, en outre, obligés de leur fournir, pendant six ans , une rente de 2,380 livres, autrefois appliquée à la solde d'un lieutenant des gardes de la prévôté et de ses archers. Aux faveurs royales se joignirent des dons particuliers. Les sieurs Lhuillier , docteur régent de l'université , et Gazille se signalèrent par leur générosité. Bientôt les constructions commencèrent. Elles couvrirent non-seulement le sol de l'ancienne église, mais la plus grande partie d'une allée d'ormes que l'on nommait alors la rue des Arbalétriers, et qui était plantée sur l'emplacement des fossés de l'enceinte romaine.
L'église fut consacrée en 1623. Elle subsiste encore; mais elle va être démolie en 1848 pour faire place aux bâtiments du collège qui forme-
ront façade sur la rue Jeanne-d'Arc. Elle se compose d'une grande nef et de deux bas-côtés parfaitement réguliers. Les arcades plein-cintre de la nef reposent sur des piliers carrés ; les gros murs sont en moellons. Les voûles, construites en bois, sont peintes de grands arabesques dans lesquels le ton brun domine. 11 y avait primitivement au-dessus de la porte ouvrant sur le cloître Saint-Samson des fresques attribuées a Coypel; quelques tableaux de Vouet et de Vignon ornaient Taule!.
La façade, qui est en pierre de taille, ne fait pas honneur au frère Martel-Ange, jésuite, qui en a conçu le dessin : c'est un mélange inconcevable d'ornements de style grec et de forme moderne plaqués sans goût sur un pignon qu'ils écrasent. Le portail se compose d'une ouverture plein-cintre, de deux colonnes adjacentes, détachées, posées sur piédestaux, et d'un fronton à rampants cintrés, interrompus et contre-profilés en retrait (1) à l'aplomb des corniches des colonnes; au-dessus, deux larges fenêtres pleincintre, accolées, sont coiffées d'une seule corniche un peu convexe. L'œuvre se couronne par un fronton écrasé dont les extrémités s'appuient sur deux étages de pilastres superposés aux angles du pignon. Des sculptures lourdes et de mauvais goût brochent sur le tout. Une petite porte îaté-
(1) Une moulure contre-profilée est celle qui, se présentant de face sur un membre d'architecture saillant, continue de se profiler tant sur ses côtés que sur les parois adjacentes de la muraille.
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raie ouverte dans la nef méridionale est ornée de deux pilastres corinthiens cannelés et surmontés d'une frise et d'un fronton d'un style un peu meilleur.
Les Capucins. — Le couvent des Capucins était bien digne d'un ordre de mendiants. Vers 1640, ces moines obtinrent l'ancienne église de Saint- Jean-le-Blanc. La misérable chapelle qu'ils bâtirent en cet endroit subsiste encore. Elle consiste en une simple nef construite en moellons, éclairée par un œil-de-bœuf percé dans chaque pignon et par plusieurs fenêtres plein-cintre. 11 paraît que l'intérieur était aussi misérable que les dehors. On y voyait cependant une assez bonne Annonciation de Lanfranc, qui plus tard fut gâtée par des draperies jetées sur la Vierge, et plusieurs tableaux attribués à Snelle et à La Hire. Le cloître, construit dans les formes les plus simples, formait un grand carré au nord de la chapelle.
Le Calvaire. — Le couvent du Calvaire date de la même époque et ne fut guère plus somptueux. Il ne posséda jamais qu'une chapelle provisoire dont une Descente de Croix de Boulanger aîné ornait l'autel. Son emplacement est maintenant compris dans l'enceinte du nouvel Hôtel- Dieu.
Les Chartreux. — Dès 1622, Louis XII avait donné à cette congrégation la léproserie de Saint- Lazare, située dans le faubourg Bannier. En 1633, Gaston, duc d'Orléans, posa la première pierre du couvent, et dix ans plus tard les constructions
étaient presque entièrement terminées. Le principal bâtiment se voit encore maintenant au fond d'une vaste cour. Il ne manque pas d'une certaine noblesse, quoiqu'il n'ait pour toute décoration que des chambranles et quelques filets en pierre de taille. Deux porlails assez mesquins donnent accès dans la cour. La chapelle, qui est très-petite, ouvre sur la rue. C'est maintenant un atelier de charron. Elle était intérieurement ornée avec une grande magnificence. Le chœur était revêtu de boiseries représentant des trophées pieux , des cartouches, des arabesques, des têtes de chérubins largement taillées et d'un bel ensemble; au-dessus de l'autel, se voyait le Christ au jardin des Oliviers, un des meilleurs tableaux de Vignon (1). Une niche pratiquée au-dessus de la porte d'entrée renfermait une statue de saint Bruno, de Hubert, et l'on montrait un christ en ivoire attribué à Jaillat et que l'on trouvait d'une grande beauté.
Les Ursulines de Saint-Charles. — La juste réputation de sainteté dont jouissaient les religieuses Ursulines menaçait leur couvent d'une ruine infaillible, le nombre des femmes qui se présentaient pour en embrasser la règle étant hors de proportion avec les revenus de l'établissement. On crut obvier à cet inconvénient en
(1) Ce tableau, qui ne porte pas de signature, est attribué par quelques-uns à Jouvenet. 11 est maintenant placé à Sainte-Croix, au milieu de Parcade terminale du sanctuaire qu'il aveugle d'une manière fort disgracieuse.
dédoublant le monastère. On créa une maison secondaire sous le patronage spécial de saint Charles Boromée. Cet expédient n'obtint pas le succès que Ton s'était promis ; les Ursulines de Saint-Charles n'eurent jamais qu'une existence précaire. En 1772, elles furent supprimées. Leur maison , d'abord appropriée h l'établissement d'un dépôt de mendicité , a été transformée en caserne à la révolution de 1789. Les bâtiments du monastère n'avaient aucune distinction; mais la chapelle possédait un tableau précieux , le beau Saint Charles Boromée, de Philippe de Champagne, maintenant déposé au Musée.
L'architecture avait singulièrement dégénéré. Pauvres ou riches, les chapelles des couvents ne reproduisaient plus le type chrétien. Les bâtiments claustraux, établis avec une sévère économie, étaient pour la plupart d'un triste aspect. On végétait alors à l'une de ces époques incertaines où l'on se dégoûte du passé sans rien trouver dans le présent que l'on puisse mettre a la place. Les maçons, les tailleurs de pierre abondaient; les architectes, les sculpteurs étaient rares. Les particuliers, soit apathie, soit manque de fonds, soit plutôt dégénérescence de l'art, ne se bâtissaient plus que des maisons vulgaires. On faisait bien encore quelques corniches, on enfilait autour des croisées quelques lourds bossages dans des tringles de pierre; mais peut-on nommer cela de l'architecture? Un seul hôtel un peu digne de ce
nom parut à cette époque; on le doit à Fougeu Descures, élu maire de la ville en 1613. Il se compose de quatre pavillons construits en briques dessinés avec une certaine élégance. Il comprend, dans la rue d'Escures, toute l'île qui s'étend de la place de l'Étape a la rue des Récollets.
On voit au Musée d'Orléans, comme échantillon de la sculpture orléanaise au xvn e siècle, le basrelief qui servait d'amortissement à la tourelle de pierre du puits de Jacob, situé dans le marché de la Porte-Renard (1). Il représente Rachel puisant de l'eau et en offrant a Jacob. L'état fruste de ce morceau n'empêche pas de reconnaître l'ignorance de l'artiste.
Les travaux exécutés aux églises paroissiales se ressentirent de la décadence générale. L'église de Saint-Jean-le-Blanc , alors intégralement reconstruite, la tour et le portail de Saint-Laurent, terminés vers 1626, ne sont que d'ignobles bâtisses ; la chapelle Saint-Antoine, sur la motte du même nom, fut restaurée dans un goût analogue; frère Martel-Ange orna le portail de Saint-Maclou de tous les défauts que l'on remarquait dans celui du collège des Jésuites. Les tables de marbre noir encadrées de pierres blanches, dont la comtesse de Saint-Pol fit revêtir, en 1622, la chapelle de la Sainte-Vierge , à Sainte-Croix, sont le plus sanglant outrage qui ait jamais été fait à un monument de style ogival. L'église de Notre-Dame-
(1) Ce puits est maintenant remplacé par une pompe publique.
du-Chemin ne vaut pas mieux que tout le reste; mais elle renferme quelques détails qu'il est utile d'indiquer.
Les annalistes rapportent que la chapelle de Notre-Dame-du-Chemin fut démolie en 1562 par les protestants. Cette fois il est permis de prendre leurs expressions à la lettre. L'édifice, qui n'a pas subi de notables dégradations, paraît entièrement postérieur à celte époque. On sait d'ailleurs que la nef du sud fut construite vers 1605, et elle offre beaucoup d'analogie avec le reste du vaisseau.
11 n'existe plus rien de la pelite chapelle primitive de Saint- Aignan, dont Notre-Dame-du- Chemin avait pris la place. La nouvelle église , entièrement construite en moellons, sauf les cadres des couvertures, n'avait pour tout ornement extérieur qu'une petite niche pratiquée dans un des pilliers buttants du pignon occidental et un fronton de mauvais goût qui coiffait la porte, très-resserrée, ouverte dans le bas côté septentrional. Ce fronton a disparu en 1825; le clocher, construit en bois, a été détruit en 1824, parce qu'il menaçait ruine.
L'intérieur se compose d'une grande nef assez spacieuse et de deux collatéraux de même longueur: l'un, celui du midi, presque aussi large que la nef; l'autre, au contraire, excessivement étroit. Ce dernier, transformé en échoppes, est maintenant séparé du reste du vaisseau. La nef principale et celle du sud sont toutes deux voûtées en planches, celle-ci en berceau , à cintre sur-
baissé, l'autre a nervures croisées d'ogives. Les nervures ogivales retombent sur des culs-delampe en pyramides renversées , composées de trois plinthes superposées en encorbellement. Les arcades séparatives des nefs sont plein-cintre; elles reposent sur des piliers octogones portant pour tout ornement un gros filet a la naissance de Tare. Les voûtes sont complètement couvertes de grands rinceaux jaunes , relevés de rouge, courant dans tous les sens sur un fond gris ; le tout peint à la détrempe et parfaitement conservé. Ces ornements, qui sont identiques dans les deux nefs, sont évidemment de l'époque de la construction du collatéral.
Tandis que des couvents surgissaient de tous côtés, plusieurs églises paroissiales manquaient des plus urgentes réparations, d'autres étaient supprimées par mesure administrative. H ne pouvait en être autrement : leur nombre était si multiplié que plusieurs ne comptaient pas cent paroissiens et se voyaient par conséquent dans l'impossibilité de subvenir aux frais du culte les plus indispensables.
Au milieu de la décadence générale, il se trouvait cependant encore quelques hommes de goût : ceux-ci, trop timides pour créer, se retranchèrent dans une grande pureté de lignes, dans une excessive simplicité. Tel fut l'architecte à qui on doit le clocher de Saint-Paul. Cet édifice, complètement irréprochable, est froid et sévère; son principal mérite est l'absence de tout défaut.
Le même caractère, mais poussé jusqu'à ses dernières limites, se retrouvait dans la grande galerie de l'Hôtel-Dieu , qui longeait la rue de FÊvêché. La construction de ce bâtiment avait précédé de quelques années celle de la principale porte d'entrée terminée en 1625. Ses belles proportions lui donnaient une majesté naturelle, mais l'art n'avait rien fait pour l'orner : c'était, du côté de la rue, un long pan de pierre de taille posé sur un soubassement, appuyé de piliers buttants peu saillants, percé d'un petit nombre de croisées de grandes dimensions et couronné d'un toit rapide. Vers le milieu de la façade, une espèce de tribune, ou plutôt une de ces estudes que nous signalerons souvent dans les monographies, s'avançait sur un encorbellement à hauteur du premier étage. La galerie formait équerre à l'angle interne des chaussées actuelles de l'Institut et de la rue de l'Évêché. A cet endroit, s'élevait un gros pavillon carré tout plan, sauf plusieurs piliers buttants. Le portail s'ouvrait en face de l'entrée actuelle de l'Institut musical; il consistait en une porte plein-cintre accompagnée de deux colonnes plates cannelées et surmontée d'un fronton : le tout d'un dessin assez pur.
Cependant le grand style, qui devait se dessiner nettement sous Louis XIV, commença bientôt à se révéler dans la construction du palais épiscopal.
Au xm e siècle, les évêques d'Orléans possédaient déjà un hôtel spécial. Les annalistes, qui le
décorent du nom de palais, ne l'ont pas décrit. Ses dépendances étaient vastes : au nord et au midi, elles avaient pour limites l'enceinte de la ville; à l'ouest, elles s'étendaient jusqu'à la cathédrale. L'évêché, complètement délruit à l'époque des troubles du protestantisme, resta longtemps à l'état de ruines. En 1617, Louis XIII affecta 14,000 livres à sa reconstruction. Cette somme, bien insuffisante, demeura d'abord sans emploi; enfin, Nicolas de Nelz, nommé à Pévêché d'Orléans , mais non encore installé , fit commencer, en 1631, le nouvel édifice. Pour en dégager les approches, il démolit plusieurs tours de l'enceinte , recula au nord le mur de clôture, a l'alignement de la rue de l'Évêché, et s'empara, malgré les chanoines, d'un jardin à eux appartenant, qui s'avançait jusqu'au chevet de la cathédrale. Une partie de ce jardin a depuis fait place à un passage public.
Les travaux étaient fort avancés en 1651 ; cependant, en 1707, ils n'étaient pas encore complètement terminés, car, cette même année, Louis XIV accorda 12,000 livres pour l'achèvement du dernier pavillon du côté du jardin et des deux ailes donnant sur la cour.
Le palais épiscopal est d'une noble simplicité; ses proportions et son style sont parfaitement appropriés à sa destination. Le bâtiment principal se compose d'une façade à deux étages, flanquée de deux pavillons très-avancés, dont les angles saillants internes sont remplacés par deux
courbes rentrantes; une belle galerie occupe tout un étage de la façade; le reste est largement distribué.
On voyait dans les appartements de Févèché deux statues païennes de Hubert, converties au christianisme par l'addition de quelques signes caractéristiques, comme cela ne se rencontre que trop souvent dans nos églises ; la Vérité était devenue sainte Hélène; un philosophe grec avait été transformé en saint Pierre à l'aide d'un trousseau de vraies clefs attaché à son bras. La Vérité n'existe plus; le philosophe saint Pierre est maintenant placé au repos du grand escalier. Il est d'un style et d'un ciseau fort communs. On assure, pour l'honneur de l'artiste, qu'il a été restauré, c'est-à-dire défiguré ; mais la pose , les proportions, la pensée première sont indestructibles, et ici elles prouvent surabondamment que les contemporains de Hubert lui ont fait une réputation bien supérieure à son talent.
Le portail mérite une mention spéciale, car il parait avoir servi de modèle à tous ceux qui, vers la même époque, décorèrent les maisons particulières. Ses pieds-droits sont ornés de chaque côté de deux pilastres doriques juxla-posés; ils servent d'appui à un fronton a rampants rectilignes, dontlabase, trop étroite, laisse à découvert la moitié des entablements des pilastres; l'échine (1) des chapiteaux, très -développée, est
(1) Échine, moulure eu quart de rond que Pou voit aux chapiteaux de certains ordres.
chargée d'oves; entre les pieds-droits s'enfonce une niche à parois curvilignes voûtée en coquille; les lignes de celle-ci sont, pour la forme et pour la hauteur, en désaccord complet avec les pilastres et le fronton. La porte est à plates-bandes (1) et ne s'harmonise pas mieux avec la niche dont elle occupe le milieu. On voit que cet ensemble pèche essentiellement par le goût , et Ton conçoit difficilement les éloges qu'il valut a l'architecte Weirbreicht.
L'œuvre de Sainte-Croix se poursuivait sans interruption. Louis XIII avait donné, en 1612, cent arpents de futaie pour la construction de la charpente; en 162S, on fondait le transsept septentrional sur remplacement d'une ancienne forteresse dont la construction fut attribuée aux Romains. Le style précédemment adopté pour le chœur fut exactement copié dans tout ce qui se fit alors; les pignons des transsepts ne datent que du siècle suivant.
L'action municipale ne s'éclipsait pas complètement derrière le nouveau monument religieux. Fougeu Descures fut un des meilleurs administrateurs que la ville ait jamais possédés. Comme intendant des turcies et levées, il fit exécuter aux digues de la Loire des travaux d'une grande importance; on lui doit le port et le quai de Recouvrance, tels qu'ils existaient avant le raccorde-
(1) Plate-bande, arc de porte ou de fenêtre dont l'intrados est horizontal ; ce mot s'applique aussi aux moulures plates, horizontalcs ou formant archivolte.
>Ui PRKMIÈRK PAHT1K ,
ment en talus qui les unit à la tète du nouveau pont; il lit également relever des deniers publics l'hôpital de Saint-Paterne, qui tombait en ruine, et construire les cloîtres des Carmes et des Jacobins.
Ses successeurs ne renièrent pas ses exemples; en 1624, les maladies contagieuses que l'on nommait alors la peste, avaient pris un caractère endémique; elles sévissaient contre Orléans avec une fureur sans cesse renaissante. L'ancien et le nouveau Sanitas étant devenus insuffisants, la ville reprit, en 1632, la construction de ce dernier et lui donna de grands développements. Quelques années plus lard, elle accorda aux apothicaires une assez grande étendue de terrain dans lequel ils établirent un jardin destiné à l'étude et a la culture des plantes médicinales. L'emplacement du Jardin-des-Apothicaires est maintenant occupé par l'Entrepôt.
L'établissement des boucheries, comme moyen de salubrité, ne fut pas non plus négligé. La ville en eut quatre : celle du grand marché , près l'église de Sainl-Hilaire , qui a été reconstruite vers le commencement de ce siècle, puis abandonnée; celle de la porte Renard, ouvrant sur la placé du marché moderne du même nom ; celle de Saint-Germain , rue Saint-Sauveur , servant maintenant d'atelier ou de magasin ; la quatrième avait pris le nom du faubourg du Portereau, où elle était située.
Un grand nombre de constructions publiques
inutiles ou gênant la circulation furent détruites, telles que plusieurs églises déjà supprimées, la porte Jacquin-Rousselet, qui obstruait les abords du pont, du côté de la rue de Sainte-Catherine, et quelques autres restes des premières enceintes. On ferma un grand nombre de passages ou de ruelles, entre autres celle qui conduisait de la rue des Gobelets au cloître Saint- Étienne , la petite rue des Trois- Voisins, située entre le mail et le couvent des Ursulines, auquel elle fut réunie, et la petite rue Julie, qui allait de la porte Madeleine au couvent des Buttes : celle-ci fut annexée au Calvaire, dont elle longeait les dépendances. 11 semble que , dans l'intérêt de la voirie et de la salubrité publique, la ville eût beaucoup mieux fait d'élargir les rues trop étroites et de donner une issue aux impasses; mais elle ne s'occupa nullement de ce soin, ou du moins nous ne trouvons aucun document à cet égard.
La fureur des entrées et des spectacles extérieurs était, comme on l'a vu, singulièrement amortie. Cependant, en 1612, le jeu de paume de la rued'Escures s'était transformé en salle de spectacle, et des comédiens français et italiens y donnaient une représentation en l'honneur de l'ambassadeur d'Espagne qui venaient ménager le mariage du roi avec l'infante, et en 1616, on faisait à Louis XUI et à Anne d'Autriche, son épouse, une entrée splendide pour laquelle deux grands tableaux à l'huile représentant des al-
légories furent commandés à un peintre Orléanais.
Le jeu de mail était alors fort à la mode, mais il n'était permis qu'aux prêtres, aux nobles et aux bourgeois. La ville, en affermant, en 1622, celui qui était établi sur le boulevart entre les portes Bannier et Saint-Vincent, défendit expressément d'y laisser pénétrer les manants.
Le siècle de Louis XIV sut créer; mais il dédaigna de se plier aux exigences du passé. Tous ses achèvements, toutes les restaurations, tous les embellissements qu'il voulut ajouter aux édifices préexistants, présentèrent des disparates choquantes. L'œuvre capitale de l'époque, la construction complète des transsepts de Sainte- Croix, est un des plus remarquables monuments de mauvais goût que Ton puisse imaginer. A l'extérieur, l'ogive se mêle au plein-cintre et à l'arc surbaissé, Tordre corinthien aux meneaux flamboyants, les larges feuillages rosacés de la renaissance aux trilobés du xiv c siècle. C'est un recueil complet de tout ce que l'anachronisme, l'ignorance et la soif d'innovation peuvent inventer de plus bizarre. A l'intérieur, l'architecte, enchaîné par le style des parties déjà construites, n'avait pas été complètement libre de donner carrière à son imagination. 11 s'était vu à regret forcé de suivre, pour les côtés des transsepts et leurs collatéraux, le plan déjà tracé ; mais les pignons des portails latéraux lui offrirent un champ disponible et il se donna bien de garde de ne pas en profiter.
Au milieu des voûtes ogivales , des galeries à arcatures trilobées, des nervures multiples et tranchantes, il plaqua un portique grec avec colonnes cannelées, corniche, frontons, etc., etc. Voilà comment alors on comprenait l'archéologie! Et remarquons bien que tout ceci ne se fit pas pendant la minorité de Louis XIV ; ce fut en 1676, à l'époque où la gloire du monarque était à son apogée , que les voûtes des transsepls furent terminées. Ces grands travaux et leurs accessoires marchèrent avec rapidité. En 1642, un petit clocher s'élevait, comme par enchantement, au-dessus de la croisée; en 1662, on démolissait la salle du chapitre, construction ogivale qui s'étendait depuis le presbytère actuel jusqu'aux travées des bas-côtés les plus voisines du transsept méridional. A peine les pointes des pignons étaient-elles terminées que Levieil père et son fils ornaient leurs roses des vitraux que l'on voit encore maintenant. Bientôt on s'aperçut que la durée du clocher se ressentirait de la rapidité de sa construction; il fut démoli pour éviter de graves accidents et remplacé par celui qui existe encore maintenant.
Une fois le vaiseau terminé , on s'occupa sans délai des embellissements intérieurs. Dès 1685, la nef et les collatéraux furent pavés en dales, alternées en damier, de pierre blanche de Briare et de lave noire d'Auvergne. L'an 1690, on posa la première pierre du jubé. Cet édicule, dessiné par Mansard, était complètement de style
Louis XIV; des colonnes d'ordre grec se mêlaient a des statues et à divers détails d'un goût tout moderne. Un habile sculpteur, nommé Tuby, fut chargé de l'exécution des statues et de tout ce qui tenait à Y ornementation. En 1705, les chapelles furent fermées par des grilles; l'année suivante , Jean Dugoulon décora les stalles de ces admirables hauts-dossiers que possède maintenant la chapelle du Grand-Séminaire. En même temps on abattait les maisons qui devaient faire place aux nouvelles tours , et les anciennes , qui occupaient l'avant-dernière travée de la nef et des collatéraux actuels , tombaient sous le marteau des démolisseurs : acte de vandalisme, dont on ne sentait pas alors la gravité !
La cathédrale ne fut pas seule exposée aux attentats des décorateurs. A Saint-Euverle , un baldaquin aux formes contournées, et surchargé d'ornements théâtraux, s'éleva au-dessus de l'autel, parmi les pures et sévères colonnettes du xm e siècle, et une tribune, destinée à l'orgue, couvrit ses tympans de rosaces feuillues et montra les têtes souriantes de ses chérubins au milieu des plantes larges et grasses des chapiteaux gothiques.
Saint-Pierre-Empont, l'un de nos plus vieux, de nos plus respectables monuments , ne fut pas davantage respecté. Les Bénédictins de Bonne- Nouvelle s'étaient vus forcés de recevoir les paroissiens de la petite église de la Madeleine. Ils désiraient vivement se délivrer de ces nouveaux
venus. Saint- Pierre -Empont consentit à les prendre, à la charge par les Bénédictins d'effacer les dernières traces des dévastations commises par les protestants. Dès lors les travestissements commencèrent; les arceaux romans furent replâtrés à la moderne , et un nouvel autel s'éleva, surmonté d'un arc de triomphe, autour duquel posaient saint Pierre, saint Paul et quelques groupes d'anges, assez médiocrement exécutés par Sébastien Leclerc (1).
C'est à cette même époque que l'on doit faire honneur du singulier baldaquin qui surmonte l'autel de Saint-Pierre-le-Puellier.
Le maître -autel de Saint-Pierre -Ensentelée s'orna aussi d'un retable dessiné par Weirbreicht, l'un des morceaux les moins tourmentés qui soient sortis du cerveau de cet artiste. Quatre colonnes de marbre noir, d'ordre corinthien, avec piédestaux et entablements complets , s'avancent obliquement sur les deux côtés du contre-retable ; leurs entablements contre-profilés se détachent du plan d'ensemble et s'amortissent de quatre vases d'où sortent des flammes. Trois bons tableaux, de Reslout, ornent le milieu du retable et les deux côtés adjacents ; le tout est arrivé jusqu'à nous exempt de mutilations.
Cette recherche de style ne se reproduisit que rarement à l'extérieur des constructions élevées de fond en comble sous le règne de Louis XIV.
(1) Ce Leclerc était fils d'un célèbre graveur et frère d'un peintre portant tous le même nom.
Le nouveau couvent des Bénédictins (1) , terminé en 1685 , fut , à peu de choses près, la copie de celui des Ursulines. Les étages supérieurs du clocher de Saint-Donatien n'eurent pour ornements que des pilastres sans couronnement et de lourdes cassolettes cylindriques, vomissant des parfums de pierre; l'aile ajoutée a l'église de Saint-Marc et l'hospice du Petit-Saint-Loup , construit par les religieuses de Saint-Loup , à l'angle des rues Rose et Saint-Euverte , furent des ouvrages de . maçons.
Mais un établissement d'une grande importance fut conçu et en partie exécuté à la fui du xvn c siècle. Jusqu'en 1672, les hospices avaient été au nombre de six : l'Hôtel -Dieu, ou Maison- Dieu^ comme on disait alors, était spécialement destiné aux malades; l'hospice Saint- Antoine, situé près le pont, dans l'île de ce nom, admettait pour une seule nuit les mendiants étrangers, même valides, à la condition expresse de poursuivre leur route le lendemain matin, sous peine de la hart. Celle singulière disposition remontait à une époque où l'insolence et la multitude des mendiants forçait l'administration des villes h prendre contre eux les mesures les plus sévères. Les hospices Saint-Pouair et Saint-Paul, que l'on nommait aussi, le premier, l'Aumône-des-Filles, l'autre, l'Aumône-des-Garçons, étaient consacrés non-seulement a l'éducation matérielle des enfants, mais aussi à leur instruction religieuse et
(1) Aujourd'hui l'hôtel <le la Préfecture.
intellectuelle. Enfin, les deux hospices du Grand et du Petit-Sanitas étaient affectés au traitement des maladies contagieuses.
L'existence de six maisons formant quatre établissements séparés, avec leurs revenus, leurs administrations, leurs règlements distincts, donnaient souvent lieu a certains conflits et toujours à un excès de dépense. Pour parer à cet inconvénient, le Grand et le Petit-Sanitas furent réunis à T Hôtel-Dieu, qui fut destiné au traitement de toutes les maladies. Les trois autres hospices furent supprimés et remplacés par un établissement unique, destiné à l'enfance et à la vieillesse. Ce dernier avait été institué par lettres-patentes du roi de 1652 et 1655. En 1666, d'autres lettres-patentes , données par le duc d'Orléans, avaient fondu en un seul tous les hôpitaux du bailliage d'Orléans; enfin l'Hôpital- Général fut complètement organisé par lettres-patentes du roi, datées de 1672, et trois ans plus tard on commença les travaux. L'emplacement choisi fut celui de l'ancien arsenal : c'est pour cela que fut placée sur la porte d'entrée celte inscription que Ton y voit encore :
Pauperibus tuta est qucB fuit Etna domus.
« Cet ancien volcan est devenu l'asile du pauvre. »
L'architecte chargé de la construction de l'hôpital se montra judicieusement avare des res^ sources du pauvre. 11 n'eut point la prétention
de créer un monument et sut faire taire la vanité de l'artiste devant les devoirs qui imposaient au philanthrope une sévère économie. 11 rejeta tout ornement et n'admit comme élément de beauté que la simplicité des lignes et la grandeur des dimensions. Suivant ses plans, qui ne furent jamais exécutés, trois grands corps-de-logis, posés d'équerre , devaient former trois côtés d'un carré ouvrant sur la rue. Le bâtiment du fond a seul été terminé, et on n'a cherché plus tard à suppléer à son insuffisance que par de misérables bâtisses jetées ça et là sans ordre et sans intelligence. Il en résulta un ensemble aussi désagréable à l'œil qu'incommode au service. On a cherché depuis quelques années à remplacer ces misérables bicoques par des constructions plus convenables et mieux disposées. La cour , qui longe la rue à l'est de l'église, a été dégagée et ornée d'une grille de fer : on doit opérer du côté de l'ouest les mêmes améliorations.
La première chapelle, qui sert maintenant de magasin, était d'une excessive simplicité. Dès les dernières années du xvn e siècle, on résolut de le remplacer par un édifice plus convenable.
Alors furent commencés l'église nouvelle et les trois bâtiments, qui, partant dé son chevet en forme de croix , la lient aux constructions adjacentes. Ceux-ci purent être achevés; mais les travaux de l'église furent interrompus en 171 i et n'ont jamais été repris. La consacration eut lieu en 1717. Suivant le plan primitif, la nef de-
vait avoir quatre travées, et son portail s'avançait à l'alignement de la rue. Dans l'état actuel , le vaisseau se compose d'un chœur communiquant directement à deux transsepts , et de la première travée de la nef, continuée par un misérable bâtiment provisoire construit en appentis. Le chœur est circulaire ; l'autel en occupe le milieu; il est surmonté d'une coupole sphérique, posée sur un entablement un peu lourd. On a récemment ouvert derrière l'autel deux espèces de croisées qui servent de tribune. Les transsepts sont pratiqués dans des corps-de-logis adjacents; ils ouvrent de toute leur largeur dans le sanctuaire auquel ils se raccordent , chacun par un arc surbaissé soutenu sur deux colonnes de belles proportions.
L'extérieur de l'église est correct, mais lourd ; la pierre de taille y a été prodiguée ; les arcsboulants qui soutiennent la coupole sont d'une grosseur disproportionnée au reste de l'édifice; la pauvreté de l'ensemble est bien digne d'un hôpital.
La sagesse et l'économie, jointes aux idées larges et justes qui avaient présidé à la construction de l'hôpital, tracèrent aussi le plan du grand séminaire, autorisé par ordonnance datée de 1669. Cet établissement comprit dans ses dépendances la rue Saint-Georges, dès lors supprimée, la petite chapelle de Saint-Avit et plusieurs maisons particulières. En 1707, il n'était pas encore terminé , car, cette année, le roi accorda 60,000 livres
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pour hâter les travaux. Les bâtiments sont d'une imposante simplicité; un seul corps -de -logis forme, au fond d'une vaste cour, trois côtés d'un parallélogramme; la beauté de ses dimensions est son seul ornement. Quant aux aménagements intérieurs, ils ne laissent rien à désirer. Transformé en caserne en 1810 , le séminaire fut rendu , dix-neuf ans plus lard , h sa première destination. La chapelle, nouvellement décorée, est lambrissée des hauts dossiers de stalles dus au ciseau de Dugoulon. Ces panneaux précieux ont été restaurés et arrangés avec un goût remarquable ; malheureusement des raisons insurmontables d'économie ont forcé à faire mouler en cuir la frise un peu lourde qui couronne l'ensemble des boiseries et quelques panneaux d'attributs nécessaires pour compléter la décoration du lieu.
Le couvent de la Visitation, terminé en 1684, n'était pas dénué d'une certaine élégance : les bâtiments claustraux étaient construits en pierre de taille. Les arceaux du cloître, qui en occupaient tout le rez-de-chaussée, étaient plein-cintre et sans moulures; ils reposaient sur des piliers carrés, garnis, ainsi que toutes les parties des façades, de tables saillantes et de bandeaux. Il n'y avait, du reste, aucun ornement de sculpture.
La chapelle, qui avait été commencée dès 1556, sur les dessins de dom Louis-Bernard, religieux Feuillant de la ville de Tours, ne fut consacrée qu'en 1727. C'était, au rapport des contemporains, une des plus recherchées de la ville. Elle
avait 100 pieds de long sur 28 de largeur; elle était contre-orientée, son portail ouvrant sur la rue Bannier. Sa forme était celle d'une croix latine, dont les deux croisillons formaient deux chapelles. La sacristie avait été ménagée derrière l'autel. A l'intérieur, douze niches renfermaient douze apôtres dus au ciseau de Hubert; saint Joseph et un Ange-Gardien dii même sculpteur se voyaient aux côtés de l'autel. Les auteurs qui ont le plus loué ces statues avouent pourtant qu'elles n'avaient pas été terminées, parce que les religieuses avaient refusé de donner à l'artiste la somme qu'il avait demandée. On lit dans une feuille imprimée qui relate la consécration, qu'au moment de celte solennité on voyait douze croix peintes sur les murailles. Il est probable qu'elles avaient simplement été exécutées pour la cérémonie. Si elles eussent fait partie d'un système général de peintures à fresque, les descriptions ne l'auraient pas passé sous silence. D'ailleurs le vaisseau renfermait plusieurs tableaux remarquables : une Présentation, par Bon Boulogne , une Visitation, par Mignard, au retable du maîtreautel; et à ceux des autels latéraux , un Saint- Augustin, de Bourdon, et un tableau de Chasles , dont nous n'avons pas pu découvrir le sujet.
Les Carmes-Déchaussés, ou Petits-Carmes, qui s'étaient établis à Orléans en 1646, s'installèrent, en 1654, dans leur nouveau couvent occupé aujourd'hui par les religieuses Carmélites. Vers le commencement du xviir siècle, ils firent bâtir,
d'après les plans et sous la direction de Lefevre , architecte Orléanais, une chapelle dont le portail, alors généralement admiré, était une copie réduite de celui de V église du noviciat des Jésuites, a Paris. Celle seule indication suffira pour donner une idée juste de son style et de son mérite. Le chœur ne fut jamais entièrement terminé ; mais le reste du vaisseau était fort riche. Élie , élève de Jouvenet, avait couvert de fresques la coupole qui en occupait le centre. Au-dessus du grand autel, un tableau peint par Huquier, d'Orléans, et faussement attribué a Vignon, représentait sainte Anne et saint Joachim.
Tandis que les couvents continuaient a se multiplier, les petites paroisses étaient fréquemment supprimées et incorporées à celles qui les avoisinaient. De ce nombre furent l'église de Sainte- Colombe , dont le vaisseau forme maintenant le pensionnat des religieuses du Calvaire, et la chapelle exiguë de Saint- Jean, adossée au mur de la maison de l'Annonciade et ouvrant sur le marché de la Porte -Renard. Quant a celle de Saint- Mesmin , située en face de la très-ancienne église du môme nom, et à celle de Saint-Martin, surnommée Cuisse-de- Vache, à cause des boucheries qui étaient jadis dans le voisinage, il y avait déjà quelque temps qu'elles avaient cessé d'exister. La chapelle de Saint-Jacques , près les Buttes , brûlée en 1663, ne fut pas reconstruite.
Notons ici la mort du trop fécond Hubert, ravi en 1670 à ses nombreux admirateurs. Si ce sculp-
leur n'eût obtenu, dès ses premiers débuts, que des éloges modérés, peut-être par la suite en eût-il mérité de plus complets; mais une faveur prématurée lui fit perdre l'amour de l'étude, et le nombre des œuvres qui lui furent commandées ne lui laissa pas même le temps de les finir.
A la fin du xvn e siècle, le mouvement des esprits tendait au bien-être général et particulier, au développement des arts utiles, de l'industrie et du commerce. Les troubles de la Fronde une fois apaisés, la ville reprit, mais sur une bien plus grande échelle, l'aspect animé qu'elle présentait au commencement du xvi e siècle. Au dire probablement exagéré des historiens, elle ne comptait pas alors moins de cent mille habitants. Cette masse s'agita sous l'impulsion des idées dominantes. Les transactions commerciales s'accrurent en nombre et en puissance. Les vins de tous les vignobles voisins vinrent s'entreposer dans la ville ou s'y transformer en eau-de-vie ou en vinaigre ; des flottes nombreuses y apportèrent des épiceries qu'elle distribua sur presque toute l'étendue du royaume. Les fabriques de bonneterie fournirent toutes les provinces voisines ; les raffineries de sucre, qui avaient commencé à s'établir dès 1650, se multiplièrent et couvrirent les quartiers voisins de la Loire de constructions vastes dans l'établissement desquelles domina surtout la question industrielle et économique. Un gentilhomme verrier, Bernard Perrot , sieur de Beauvais, chercha h ressusciter a Orléans l'art
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des émailleurs de Limoges. 11 savait appliquer rémail sur de grandes surfaces métalliques et se prétendait seul possesseur du secret de donner a la pâte du verre des vitraux cette belle teinte rouge que la science moderne n'a pas encore pu retrouver. H obtint un brevet exclusif de Philippe d'Orléans, frère du roi. Ses émaux eurent d'abord un grand succès, puis ils furent moins recherchés; enfin le sieur de Beauvais, pour tirer de son talent un parti vraiment utile, se résigna à fabriquer en verre des objets d'un usage commun. Cette usine prit de grands développements, et il compensa largement par le produit ce qu'il perdait en renommée.
Les travaux publics furent conduits avec intelligence et activité. On démolit le rempart et le cavalier de la porte Bourgogne; on abattit certaines parties des premières enceintes qui obstruaient l'intérieur de la ville. L'île Bernard , aussi nommée île aux Toiles , a cause de la blanchisserie qui y était établie, et File de la Madeleine, ou île aux Bœufs, gênaient la navigation de la Loire : elles furent détruites. La première, trèsrapprochée de la rive gauche et fort allongée , comme toutes celles de ce fleuve, commençait un peu au-dessous du couvent des Capucins et descendait presque jusqu'au pont. Ce fut sur sa rive qu'aborda Jeanne d'Arc pour aller attaquer les Anglais dans le fort des Auguslins. La seconde, également située près de la rive gauche, faisait face au couvent de la Madeleine. Les tra-
vaux du quai de Recouvrance, le premier qui ail été établi sur de belles proportions, se complétèrent à cette époque. Enfin, en 1698, la ville fut pour la première fois éclairée par des lanternes, lanternes s'il en fût jamais, garnies de toile d'abord, puis de corne, et éclairées a l'aide de chandelles.
En même temps de nouvelles maisons s'élevaient en grand nombre dans tous les -quartiers. Plus vastes, mieux aménagées à l'intérieur que celles qu'on avait construites jusqu'alors, elles n'avaient au dehors que la plus bourgeoise apparence. Le bel hôtel de la rue Gourville, qui porte maintenant le n° 4, parut seul vouloir briller de quelques avantages extérieurs. Il forme un carré long autour d'une vaste cour. Le bâtiment principal, situé entre cette cour et le jardin, a un premier étage ; ceux qui forment les deux côtés adjacents sont de simples rez-de-chaussée : les uns et les autres sont surmontés de mansardes. Les communs longent la rue; au milieu s'élève un portail d'un style assez pur. La régularité de cet hôtel en fait le principal ornement. Il n'a pour toute décoration que des plates-bandes et des niches hémisphériques renfermant des bustes.
Çïous avons vu jusqu'ici le nombre des constructions pieuses, églises ou couvents, s'accroître suivant une proportion de plus en plus rapide ; dans le xvm e siècle , ce mouvement s'arrête presque subitement ; il va suivre désormais une marche rétrograde. Déjà quelques paroisses près-
que dépourvues de paroissiens, quelques chapelles non desservies ont été détruites; bientôt des couvents vont être supprimés ; puis viendra la grande crise de 1789. 11 est donc opportun de faire ici l'inventaire des édifices religieux.
Hors les murs, mais à peu de distance, sont les paroisses de Saint-Vincent, de Saint- Marc, de Saint -Laurent, de Saint-Marceau et les couvents des Chartreux, des Capucins et des Augustins. Dans l'enceinte même de la ville, on compte vingt-cinq paroisses, outre l'église cathédrale, treize chapelles, huit couvents d'hommes, y compris Saint-Euverte , dont l'église était paroisse, et quatre couvents de femmes ; en tout cinquante édifices religieux, dont voici la nomenclature et la situation :
La cathédrale, les églises de Saint-Paul, de Recouvrance, de Saint-Paterne, de Saint-Pierre- Ensentelée, de Saint-Donatien, de Saint-Pierre-le- Puellier, toutes conservées à l'état de paroisses; Saint -Michel, autrefois Saint -Georges , transformé en salle de spectacle; Saint-Sulpice , dont l'emplacement, situé entre les rues Neuve et de l'Aiguillerie, est maintenant occupé par les maisons du côté nord delà rue Jeanne-d'Arc; Sainte- Catherine, dans la rue du même nom, au sud du Musée, détruite ; Saint-Maclou, entre les rues de la Vieille-Monnaie et des Petits-Souliers, près l'alignement de la rue Jeanne-d'Arc, côté du sud, détruit ; Saint-Hilaire, où depuis ont été établies les halles au vieux linge, près le Grand-Marché;
Saint-Germain, à Test de la petite venelle qui en porte le nom, détruit; Saint-Benoît-du-Relour, devenu un atelier de tannerie dans la rue du même nom ; Notre - Dame-de-Bonne-Nouvelle , dépendant du couvent des Bénédictins, à la place du portail actuel de la préfecture, détruite; Saint- Liphard , dans la rue Saint-Liphard , changé en maisons particulières portant les n° 8 37 à 41 ; Sainte-Colombe, entre cette dernière et la cathédrale, ouvrant sur un impasse du même nom, détruite; Saint-Pierre-Lentin, dont on voit encore quelques restes dans la maison rue Saint-Pierre- Lentin, n° 8; l'Aleu-Saint-Mesmin, au nord de l'alignement de la rue Jeanne-d' Arc , en face de celle des Pastoureaux, détruit; Saint- Éloi ou Saint-Maurice , maintenant atelier de charron , dans la rue Saint-Èloi ; Saint-Pierre-Empont, remplacé par le temple protestant; Saint-É tienne , dont on voit quelques vestiges dans la rue du même nom, n° 6; Saint-Flou ou la Conception , entre les rues Saint-Flou et de la Tour-Neuve , détruit; Saint- Victor , entre les rues des Pensées, Bourgogne et Saint-Victor, détruit; Notre- Dame-du-Chemin, qui subsiste encore, près la porte Bourgogne ; Saint-Euverte, encore entier.
Les chapelles du Saint-Esprit, de Saint-Hubert et de Sainte-Anne , dans le Grand-Cimetière; du Marlroi-au-Corps, près du même édifice, du côté de la cathédrale; de Saint-Jacques, près du Châtelet; de Saint-Louis, dans les jardins du Châtelet , aujourd'hui transformée en magasin; de la Tri-
m PREMIÈRE PARTIE,
nilé, de Saint-Michel, à Test de Saint- Victor , ouvrant sur la rue Bourgogne; de Saint-Sauveur, entre les rues du Bœuf-Sainte-Croix et du Battoir- Vert; de l'hôpital Saint-Antoine, sur la motte Saint- Antoine , près le pont; de l'Hôtel-Dieu, entre la cathédrale et le nouveau bâtiment de la bibliothèque ; de P Aumône-des-Filles , sur la paroisse de Saint-Paul, et de l'Aumône-des-Garçons, près de Saint-Paterne. Ces deux dernières avaient survécu aux hospices dont elles faisaient jadis partie. De tous ces petits édifices, il ne reste plus que Saint- Jacques et Saint-Louis.
Les chapelles du couvent des Récollets , sur l'emplacement duquel ont été . construites les maisons rue Bretonnerie, n°* 2 et 4; du couvent des Minimes, où se tient la bourse du commerce ; des Carmes, occupés par les maisons numérotées de 37 à 49 inclusivement, rue des Carmes; des Jacobins, devenue un des bâtiments de la caserne, près la place de l'Étape ; des Jésuites, qui va être détruite pour faire place aux nouveaux bâtiments du collège longeant la rue Jeanne-d'Arc ; de l'Oratoire et des Ursulines, formant actuellement, la première l'avant-corps de droite, la seconde celui de gauche du palais de justice ; des Carmélites , située rue des Anglaises , incorporée à la caserne de l'Étape; des Filles du Calvaire, rue Porte-Madeleine, détruite pour faire place au nouvel Hôtel-Dieu ; de la Visitation, rue Bannier, entre les rues de la Lionne et du Potde-Fer, détruite.
HISTOIRE GÉNÉRALE. 2f>3
11 parait que la population était toujours restée beaucoup plus agglomérée dans les anciens quartiers que dans les nouveaux. Les paroisses de Saint-Paterne, de Recouvrance et de Saint-Paul , celle-ci pour partie seulement, suffisaient aux besoins de tous les habitants compris dans la dernière enceinte, tandis qu'il y en avait vingt-trois pour la circonscription du xv e siècle, qui ne formait pas beaucoup plus de la moitié de la superficie de la ville. Les couvents , au contraire , avaient été chercher dans la dernière accrue les vastes emplacements dont ils avaient besoin?
ainsi que l'air et la lumière qui conviennent aux grands établissements.
L'ancien Orléans n'avait pas encore complètement changé de physionomie. Outre les églises qui viennent d'être citées, il avait conservé son vieux pont, son fort des Tourelles, une partie de l'enceinte bordant la Loire et plusieurs restes des fortifications du moyen-age englobées dans des maisons particulières. Les tours romanes de la cathédrale , les Grandes-Écoles, le Grand-Cimetière, le monument de Jeanne d'Arc existaient aussi dans leur état primitif, et dans toutes les rues se voyaient une multitude de maisons remarquables par leur architecture ou leur antiquité.
Mais, à partir du xvin 6 siècle, la transformation marche rapidement. Orléans devient une cité toute moderne, spacieuse, propre, claire, mais uniforme, sans monuments, sans poésie. Les
églises les plus vénérables sont détruites, comme ne pouvant plus suffire aux nouvelles exigences du culte ; les tours, les murailles romaines disparaissent, soit parce qu'elles gênent la circulation, soit parce que leurs matériaux se trouvent sous la main ; les rues obscures, tortueuses, se dressent et s'éclairent par la démolition des maisons les plus vieilles, c'est-à-dire les plus curieuses; les cimetières abandonnent les parvis des églises et s'exilent hors des murs; les tours romanes de la cathédrale tombent comme un obstacle à l'exécution des nouveaux plans; le fort des Tourelles est abattu, ainsi que les restes de l'ancien pont, qui ont échappé au désastre d'une récente débâcle. Cependant de nouvelles tours s'élèvent au-dessus du portail de Sainte-Croix; un nouveau pont traverse la Loire ; une belle chaussée plantée d'arbres lui trace une avenue à travers un sol jadis humide et souvent inondé ; une rue ouverte dans le même alignement pénètre jusqu'au cœur de la ville; des quais s'étendent, se nivellent, se couvrent de façades. Tout cela est régulier, irréprochable. Au premier coup d'œil on s'étonne, on admire; bientôt on reste froid devant ces lignes symétriques et compassées, car on n'y trouve ni détails pour le regard, ni souvenirs pour l'esprit, ni accidents imprévus pour la curiosité.
Reprenons tous ces faits avec quelques détails.
Les tours romanes de la cathédrale furent démolies en 1726. Placées dans l'aire même de la nef, dont il restait plusieurs travées à construire,
elles étaient depuis long-temps condamnées à la destruction; d'ailleurs leur style eût suffi pour motiver leur arrêt. Les architectes de ce temps professaient un souverain mépris pour les siècles précédents, et lorsque, placé devant les nouvelles tours, on réfléchit aux idées dont ils étaient généralement imbus , on se demande comment quelques-uns d'entre eux purent se résigner à faire ce qu'on nommait alors dérisoirement du gothique. A la vérité, ces messieurs l'arrangèrent à leur manière ; leur gothique fut plus original qu'ils ne le pensaient eux-mêmes, et comme il n'avait jamais eu de modèle, on peut croire qu'il n'aura jamais d'imitateurs.
Un premier projet conçu dans le style grec fut rejeté; le second, dû à l'architecte Gabriel, fut admis ; mais il reçut dans l'exécution des modifications importantes. Desroches surveilla les travaux jusqu'en 1766. A cette époque , Trouard prit la place de Gabriel et de Desroches. Les constructions sortaient à peine du sol ; il fit plusieurs changements aux dessins de son prédécesseur. On lui doit entr' autres choses la pensée première d'ajouter aux tours un troisième étage.
En 1773 , Trouard fut remplacé par Legrand.
Celui-ci eût trouvé indigne de lui d'exécuter servilement les plans de ses devanciers. 11 plaça dans les angles du premier étage des escaliers à jour, qu'il couronna de légers clochetons; mais bientôt il put s'apercevoir qu'avant d'enjoliver l'œuvre il fallait la consolider. Un tassement
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considérable s'était opéré dans les fondements, et ce mouvement, joint à la faiblesse des parties inférieures de l'édifice , avait occasionné des lézardes menaçantes. Dans l'impossibilité de refaire les fondements ou d'alléger les étages supérieurs, on chercha à lier l'ensemble de la bâtisse à l'aide d'une forte bande de fer formant ceinture au-dessus du portail. Paris succéda h Legrand. Fidèle aux usages de ses devanciers, il voulut aussi attacher son nom à quelque innovation : le troisième étage devait être carré , il le rendit circulaire et le transforma en une élégante couronne composée d'une colonnade à jour, consolidée seulement par quatre acrotères posés à l'aplomb des angles du second étage. Cette décoration, véritablement aérienne , portait dans sa légèreté d'inévitables causes de destruction , et bientôt il fallut l'assurer par des massifs qui l'ont complètement défigurée. Enfin on posa sur les acrotères huit anges colossaux et les tours furent complètement terminées en 1791 .
Le projet, si heureusement réalisé depuis quelques années, de réunir par une rue monumentale le portail de Sainte-Croix à la rue Royale, n'est pas nouveau. Dès 1769, long-temps avant l'achèvement des tours, l'évêque de Jarente avait obtenu l'autorisation d'appliquer à cet objet les sommes qui se trouveraient disponibles dans la caisse de l'économat. On ignore quelles circonstances s'opposèrent alors à l'exécution de son dessein.
Le nom de rue Royale rappelle la construction du pont qui la précéda de quelques années.
Le vieux pont, mille fois réparé, refait même à neuf dans certaines parties, était presque totalement hors de service, lorsque la débâcle de 1746 acheva de le démanteler. Le passage fut provisoirement rétabli sur chevalets, et la construction d'un nouveau pont fut définitivement arrêtée. Pitrou, inspecteur général des ponts-et-chaussées, proposa de lui donner seize arches et de le placer au-dessous de la motte Poissonnière, c'est-à-dire entre les rues du Vieux-Marché et du Puits-Saint- Christophe. Pitrou mourut. Hupeau, qui lui succéda, fut d'avis de le mettre en face de la rue de Recouvrance) mais il trouva parmi les habitants une opposition tellement prononcée qu'il dût renoncer à ce projet. Enfin, en 1748, il se transporta à Orléans , accompagné de Perronnet et de plusieurs ingénieurs des ponts-et-chaussées , et il fut arrêté que le pont serait construit au lieu où nous le voyons aujourd'hui. Bientôt les travaux commencèrent , d'après les plans de Hupeau cl sous la direction de Soyer. La première pierre fut posée en 1751. Quatre ans plus tard, les piles étaient prêtes à recevoir les cintres. Cependant un tassement d'un pied s'étant manifesté a la deuxième pile, du côté du midi; on l'évida à partir du cintre, ainsi que les massifs des arcs adjacents, et l'on établit sur voûtes le tablier. Cette précaution fut suffisante et aucun nouveau tassement ne se manifesta depuis celle époque. Les arches
furent fermées en 1758 , et deux ans après l'œuvre était accomplie. La dépense totale s'était élevée à 2,760,856 livres.
Le pont d'Orléans est un monument remarquable. Ses proportions sont parfaitement combinées; il réunit la grâce à une grande solidité. Son unique ornement consiste dans la beauté de ses formes. Il a 355 m 40 e de long, sur 15 m 65 e de largeur. 11 se compose de neqf arches , posées sur des piles d'égales hauteurs, mais diminuant de largeur à mesure qu'elles se rapprochent des rives. La courbe des arches est tracée de manière à donner aux eaux le plus de passage possible, aux époques de grande crue. Le tablier, légèrement arqué , sent encore un peu les vieilles traditions; mais cette inclinaison, bien préférable à la ligne horizontale, sous le rapport pittoresque, est, du reste, si peu sensible, qu'elle ne peut nuire en rien à la viabilité. Les deux extrémités du pont se relient au revêtement vertical des rives par des pans coupés, dont les parapets et les trottoirs suivent l'évasement. Les parapets se terminent, du côté de la ville, par deux larges socles qui devaient recevoir les statues de la Loire et du Loiret, et à l'autre extrémité, par deux pavillons , petits et d'une élégance douteuse. Un large écusson , placé au-dessus de l'arche centrale , était destiné à recevoir les armes de France. Suivant l'abbé Pataud, on avait le projet d'élever un obélisque au même endroit; mais, ni les plans, ni 1 état actuel du monument, ni la tradition, ne
viennent à l'appui de cette assertion. Le même savant ajoute que la demi-lune qui se déploie du côté de la campagne, à la tête du pont, devait être entourée d'une grille ornée de pilastres. A la place de Tunique entrée qui existe maintenant, trois portes eussent correspondu aux deux quais et à larueDauphine. Cette idée, renouvelée il y a peu de temps, avait de la noblesse ; mais le système adopté pour le péage des droits d'octroi la rend aujourd'hui complètement inexécutable.
Le nouveau pont à peine terminé, on établit à travers les bas-fonds du faubourg, dans le sens de son axe, une belle chaussée qui devait servir a la fois de route et de promenade : on la nomma la rue Dauphine. Les terres nécessaires a ces travaux furent prises dans les mottes Saint- Antoine et des Poissonniers, dont on débarrassa ainsi le lit de la Loire ; rétablissement des trottoirs de la rue Dauphine ne date que de quelques années.
Une digue submersible , nommée le duit , partant du couvent des Capucins, descendait obliquement vers la ville, puis suivait en aval une ligne parallèle a la rive et se liait à la tête de la motte Saint-Antoine. Après la destruction de cet îlot, elle fut continuée jusqu'aux fondements de l'une des piles du vieux pont. 11 y a environ trente ans, on la relia au pont nouveau ; son prolongement en aval de ce point est tout récent.
Tandis que l'on construisait le pont, la rue Royale s'ouvrait dans l'ancien bourg d'Avenum,