TOME I
grande masse, que de légers piliers buttants, couronnés d'arcatures à jour, semblent à peine toucher de l'extrémité de leurs longs bras. Entre la nef et le chœur s'avance le pignon du transsept, avec sa riche voussure, sa belle rose, ses niches, ses statuettes, ses pinacles, ses broderies et ses aiguilles, qui s'élèvent au-dessus des combles. A ses pieds sont humblement alignés, trois d'un côté, trois de l'autre , les cinq pignons semblables des chapelles du bas-côté et celui de la porte des chanoines. La petitesse de leurs dimensions contraste avec l'élévation du chœur; il semble, à leur aspect , voir le peuple qui se prosterne humblement devant la superbe autorité du chapitre. Les cinq chapelles du chevet, avec leurs apsides a pans coupés, se groupent et se détachent à la fois autour de la croupe de la nef, comme des poussins à demi-cachés sous l'aile de leur mère.
Après ce coup d'oeil jeté sur l'ensemble, examinons les détails.
La tour, qui est carrée, est inscrite dans Taire même de l'édiûce dont elle occupe l'angle nord-ouest. Elle se compose de cinq étages : les quatre premiers diminuent de hauteur respective, à mesure qu'ils s'éloignent du sol , le quatrième ayant à peine en élévation le tiers de celui du rez-de-chaussée. Dans chaque étage s'ouvre une fenêtre ogivale, dont les dimensions s'amoindrissent dans la même proportion; elles sont toutes couronnées d'une contre-courbe saillante
à pinacle. On remarque sur les contre-forts quatre lignes de larmiers et deux seulement sur le corps de la tour. Ces lignes ne sont en rapport ni entre elles ni avec aucune des autres parties de l'édifice.
A Saint-Aignan, comme au beffroi de l'Hôtelde-Ville, la tour est presque tout entière d'une extrême simplicité, pour faire mieux ressortir la richesse de l'étage supérieur. Ici un luxe inouï succède tout à coup a une complète nudité : les huit contre-forts se transforment chacun en deux pinacles de hauteurs diverses, accolés et tout parsemés de petits crochets; les abat-sons forment sur chaque face trois arcades ogivales , à voussures con Ire-cou rbées, armées d'aiguilles et de pinacles; le tout est couronné d'une élégante galerie de pierre, aux angles de laquelle s'élèvent quatre petits obélisques à crochets. Un toit à double égout, du style le plus vulgaire, défigure la plate-forme de la tour (1).
La corniche de la grande nef est riche et simple. De loin l'œil n'y distingue qu'un quart de rond ciselé entre deux filets ; mais en approchant, on voit cette simple moulure se transformer en une guirlande de palmes, de fleurs, de feuillages divers, au milieu desquels se jouent parfois des figures d'hommes ou d'animaux. .
(1) Dans le plan d'Orléans, assez exact du reste, qui se voit dans la Cosmographie universelle de Belleforét, imprimée en 1575, le clocher de l'église paraît crénelé ; c'est évidemment une erreur du graveur, puisqu'on travaillait en même temps à construire l'église et la nouvelle enceinte qui devait la protéger.
m DEUXIÈME PARTIE,
L'archivolte des croisées se compose d'une seule moulure prismatique, riche et bien détachée, qui se brise horizontalement à la naissance de l'ogive. Les contre-forts, élancés, méplats, ne s'élèvent pas tout-îi-fait à la hauteur de la corniche ; ils ont pour amortissement deux pinacles à crochets, unis par une arcature à jour, composée de trois arcs subtrilobés; leur tranche externe est ornée d'une niche du même style , creusée un peu au-dessous de l'arcature. Cette décoration est d'un dessin pur et plein de grâce.
La ligne extérieure des chapelles , prise dans son ensemble, produit l'effet d'un soubassement destiné seulement a faire valoir le reste de l'édifice. Malgré les niches qui ornent la tranche de leurs contre-forts et les acrotères en aiguilles qui s'élèvent de leurs bases, ces pignons contigus ont un aspect rampant et disgracieux. On doit en dire autant des chapelles rayonnantes; Içs aiguilles de leurs piliers butants ne peuvent dissimuler ce que leur forme a de lourd et de prosaïque.
La porte des chanoines correspond a la seconde travée du chœur; elle consiste en deux ouvertures ogivales, séparées par un mince pilier et ornées d'archivoltes à contre-courbes et d'aiguilles; chaque baie est surmontée d'un écusson : on distingue encore sur celui de droite la croix qui caractérisait les armes du chapitre ; mais que portait le second? Il est impossible maintenant de le reconnaître, et cela est regrettable , car
celte double entrée n'avait pas été pratiquée sans dessein , et Ton se demande quelle était celte autorité, inférieure à celle des chanoines, et assez notable cependant pour poser son écussou auprès du leur.
Il résulte de la pente naturelle du terrain que le sol de l'église, qui, du côté du nord, est à peu près au niveau de celui du cloître , se trouve au raidi relativement exhaussé de 4 m et plus. Sous les transsepts et la nef, cette différence est rachetée par un terrassement; sous le sanctuaire et sous son collatéral , la crypte a servi de base à l'édifice supérieur; mais les chapelles rayonnantes se trouvant au dehors du tracé de la crypte, l'architecte a assis celles du chevet et du côté méridional sur des caveaux qu'il ne faut pas confondre avec les constructions du xi e siècle. Ces caveaux sont au nombre de trois : ils sont éclairés chacun par trois ouvertures carrées , maintenant murées, que l'on reconnaît facilement à l'extérieur. On pénètre dans celui de la chapelle de la Vierge par une déchirure pratiquée au chevet de la chapelle terminale de la crypte. Le second, qui lui est conligu, a servi de prison au chapitre : on y entre par l'un des jours changé en porte et encore garni de ses verroux. Le troisième , voisin de la sacristie, est aujourd'hui divisé en deux pièces et éclairé par des croisées récemment ouvertes.
Maintenant portons les yeux sur le transsept , et malgré l'espèce d'éblouissement que nous
cause l'extrême richesse et la multiplicité de ses détails , cherchons a analyser les parties qui le composent. On peut le diviser en trois étages : le portail proprement dit, le milieu ou la rose, et le pignon. Les contre-forts sont au nombre de quatre , deux a chaque angle; ils s'élèvent jusqu'aux combles, contre lesquels ils buttent par un talus dont le pied est orné d'une aiguille quadrangulaire. Ceux qui se présentent de profil n'ont qu'une médiocre saillie et ne concourent point h la décoration du portail ; les autres, au contraire, s'avancent des deux côtés de la porte au moyen de deux ressauts en talus fort prononcés et forment une sorte de porche découvert richement décoré.
Le portail prend un tiers de la hauteur totale. Sa face antérieure s'avance de toute l'épaisseur de la voussure sur le plan du second étage ; cette différence est rachetée par une corniche semblable à celle des combles, déjà décrite, supportant une balustrade découpée a jour et composée de quatre-feuilles inscrits dans des anneaux eontre-courbés a leur partie supérieure et surmontés de tiges épanouies.
La porte est plus spacieuse que celles du xn c siècle; mais elle n'a pas les dimensions exagérées qui furent généralement adoptées dans le xv e ; son galbe, en ogive tiers -point, est d'une pureté remarquable ; elle s'ouvre au fond d'une riche voussure composée de neuf filets plus ou moins prismatiques, d'une ceinture de
statues et de trois guirlandes de chardons ou d'autres feuillages légèrement découpés; le tout disposé dans l'ordre suivant : premier filet trèsmince bordant le tympan ; première guirlande très-légère dans un cavet; deuxième filet trèsmince ; un cavet vide ; troisième filet ; deuxième guirlande dans un cavet; quatrième filet; un large cavet vide ; cinquième filet plus fort que les précédents ; ceinture de statuettes dans un trèsgrand cavet; sixième et septième filets accouplés; troisième guirlande plus volumineuse que les premières; huitième filet semblable au cinquième; un anglet (1); neuvième filet très- fortement prononcé. Toutes les guirlandes descendent jusqu'au soubassement , ainsi que les cinquième et sixième filets qui accompagnent la ceinture de statuettes; les premier, deuxième, troisième, quatrième, septième et huitième , s'appuient à la hauteur de la naissance de Tare sur autant de colonnettes excessivement grêles, couronnées de chapiteaux à feuillage épanoui. Pour le neuvième, la colonnette est remplacée par un pilastre grêle , carré , présentant l'un de ses angles en saillie . Celle des joues de ce pilastre, qui est située dans le sens de l'ébrasemenl du porche , est ornée de six petites niches trilobées superposées , renfermant chacune une statuette. Quant aux figures de la zone principale , voici leur disposition : de chaque côté s'élève du soubasse-
(1) Anglet, petite moulure dont le profil donne un parallélogramme rectangle saillant sur trois faces.
ment commun un grand piédestal hexagone à demi-engagé, composé de six colonnettes et couronné d'un socle orné d'aiguilles, de pignons et d'arcs trilobés du travail le plus délicat ; il supporte une statue de grandeur naturelle , dont la tête atteint la naissance de l'arc. Au-dessus de celle-ci, six consoles d'un dessin non moins léger servent à la fois de socle et de dais à un nombre égal de statuettes; a la pointe de l'ogive un dais double abrite les deux figures adjacentes.
Une colonnetle sépare en deux l'ouverture du portail; elle soutient un tympan plein, décoré d'une très-grande fleur de lis.
Un pignon très-aigu domine la voussure et traverse la balustrade dont il cache une partie; il est couvert de nervures flamboyantes en cœurs allongés , et sur ses rampants s'étayent des crochets de choux frisés d'une grande richesse. Des deux côtés, à l'aplomb de l'angle extérieur des pieds -droits de la voussure, s'élèvent deux grandes aiguilles quadrangulaires , ornées de trois étages d'arcatures et de pinacles. Deux autres aiguilles semblables , mais un peu moindres, occupent les angles rentrants formés par le retour d'équerre des contre-forts. Entre les grandes et les petites aiguilles , une niche trèsélancée , surmontée d'un pignon à crochets , et divisée dans sa hauteur par un dais en pinacle polygonal, reçoit, sur une console délicieusement ciselée en feuilles naturelles, une statue un peu moins grande que nature. Une console continue,
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et sept statuettes , couronnées d'un dais à sept compartiments , ornent à la même hauteur la joue interne du con Ire-fort, sur la tranche duquel la décoration se prolonge par une niche avec sa console et sa figurine abritée d'un pignon aigu à crochets. Les mêmes ornements se reproduisent symétriquement des deux côtés.
La ligne formée par toutes ces consoles est à un peu plus de 2 m du sol. Au dessous, et précisément à la hauteur de l'œil, se développe de chaque côté, depuis les pieds-droits de l'archivolte jusques et y compris les tranches des contre-forts , une arcature en miniature, composée de vingtquatre festons subtrilobés et divisée en plusieurs compartiments. Dans ces cadres élégants se voient des bas-reliefs représentant des scènes de Y Ancien et du Nouveau Testament , avec des légendes explicatives (1).
La rose occupe au-dessus du portail presque toute la largeur du pignon. Elle se compose de meneaux rayonnants, comme on les dessinait au xii e siècle; cet étage n'a d'autre ornement que
(1) Malgré les mutilations dont ces bas-reliefs furent l'objet, on distingue encore sur la trancbe du contre-fort oriental Nol ; endormi. Au-dessous on lit ces mots, gravés en creux, en caractères de l'époque : // planta la vigne, puis de vin s'enivra ; Can de luise moqua. Le reste est indéchiffrable. Au-dessus du basrelief est une autre inscription complètement effacée. Deux puits, une maison, des moutons que Ton devine dans d'autres cadres , font soupçonner la rencontre de Jacob et de Rachel, d'Eliezcr et de Rebecca. Au côté droit on reconnaît des cavaliers. Partout sont des légendes complètement mutilées.
deux niches à pinacles apposées a la tranche des contre-forts .
Le pignon, considéré sous le rapportée l'ornementation, commence un peu au-dessous des combles et se compose par conséquent d'une partie verticale, outre les rampants. Il est accolé de deux grandes aiguilles qui naUsent du sommet des contre-forts; une troisième lui sert d'amortissement. Il est entièrement couvert d'un réseau, figurant deux grandes fenêtres surmontées d'une rose ; le tout de style flamboyant.
On vient de voir Saint-Aignan tel qu'il était au xvi e siècle; mais depuis cette époque, le temps et les hommes y ont imprimé leur passage. A l'ouest des transsepts , il ne reste plus rien : les aiguilles, les pinacles, les arcatures des piliers buttants sont tombés pour la plupart; la rose du transsept est bouchée par un ignoble mur en moellons ; de tout ce peuple de statues qui animait le portail il ne reste plus que quelques arrachements, et l'on reconnaît aux éclats des basreliefs attenant encore à la muraille qu'ils ont été brisés à grand effort de marteau.
Peu de mots suffiront maintenant pour compléter celte monographie, car il ne s'agira presque plus que de destructions. En 1562, les protestants s'emparèrent de la châsse de saint Aignan, qui était d'argent massif, et pesait 120 marcs, et de divers autres ornements ou reliquaires d'argent, pesant 334 marcs. Ces pillages furent accompagnés de dévastations. Quelques
travaux de restauration commençaient à s'exécuter par les ordres de Charles IX, lorsque éclatèrent les nouveaux troubles de 1567. Il n'y avait plus rien à prendre , le fanatisme voulut détruire. Les statues furent mises en pièces , les toitures et les voûtes de la nef démantelées. Le retour h l'ordre consacra pour jamais ces actes de vandalisme, car le chapitre, loin de chercher à rétablir les parties détruites, les sépara, en 1570, du reste du vaisseau par la muraille qui clôt de l'un à l'autre transsept l'ouverture de la nef.
De prétendus embellissements, qu'il nous suffira d'indiquer, ont eu lieu depuis cette époque. En 1730 , une nouvelle châsse reçut les reliques du saint. On y employa 150 marcs d'argent et elle coûta 3,000 livres de main-d'œuvre. Elle avait 5 pieds de haut, 4 1/2 de long et 2 1/2 de large. Sa forme était celle d'un tombeau antique à fronton cintré ; on voyait au-dessus deux chérubins entrelaçant leurs ailes et soutenant une croix; elle était ornée de bas-reliefs et de trophées, parmi lesquels on remarquait les armes de Pévèque et celles du chapitre. On la regardait comme une belle pièce d'orfèvrerie , et elle fit beaucoup d'honneur à Jusle-Aurèle Meissonier , qui l'avait exécutée; cependant elle ne put échapper au mauvais goût de l'époque : les festons et les guirlandes de fleurs dont elle était surchargée rappelaient plutôt les fêtes de Versailles que les augustes mystères du christianisme.
Ce fut en 1760 , époque de la démolition du
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fort des Tourelles, que le chapitre devint possesseur de la statue de la Vierge, de Hubert, qui se voyait au portail. Cet objet lui parut si précieux, que, pour lui préparer uu digne sanctuaire, il ne crut pas trop faire en transformant en une ignoble calotte méplate les nervures de la chapelle apsidale du rond-point.
En 1792, l'architecte Lebrun se rendit adjudicataire de Saint-Aignan. En 1804, il fit abattre la tout* et ce qui subsistait encore des arceaux de la grande nef. Le reste avait été rendu au culte à Tépoque de la réouverture générale des églises.
On s'aperçut, en 1820, que les murs du côté méridional poussaient au vide; on les assura par de nouveaux contre-forts. Maintenant la solidité de ce qui nous reste du noble édifice paraît assurée : que pouvons nous désirer de plus? Tandis que le commerce et les arts industriels se disputent les centimes, il y aurait folie a solliciter plusieurs centaines de mille francs pour lui rendre sa beauté originelle. Dans l'état actuel des choses, nous n'avons qu'un vœu à former, c'est que les catholiques n'aillent pas , par un zèle mal entendu , mettre le comble aux profanations des protestants. Consolider toujours, restaurer sobrement, n'embellir jamais nos vieux monuments, telle est la devise adoptée par les hommes de goût et de savoir, et qu'il faut proclamer sans cesse, jusqu'à ce qu'elle soit devenue celle des masses.
SAUTPIERRE-LE-PlIELLIEIt.
Suivant la plupart des annalistes Orléanais, deux églises furent dédiées à saint Pierre en l'année 346. L'une était destinée au baptême des hommes, d'où lui vint le nom de Sanctus Petrus Yirorum (1); Vautre à celui des femmes : ce fut Saint-Pierre-le-Puellier, Sanctus Petrus Puellarum. Cette assertion a trouvé quelques incrédules parmi les savants modernes. On a dit que ces deux édifices ne pouvaient être des baptistères, puisque, jusqu'à l'époque du moyen-âge, les baptistères étaient des constructions spéciales complètement séparées du corps des églises. Mais d'abord, est-il bien certain que, même dans les premiers siècles, ils fussent tous isolés, et ne pourrait-on pas être admis à faire la preuve contraire? Ensuite le baptistère, quelle que fût sa place, ne pouvait- il pas faire spirituellement partie d'une basilique et porter le même nom? La
(1) Celte église fut nommée depuis Saint-Picrre-Empont.
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solution de ces questions est pour le moins fort douteuse, et, dans l'incertitude des théories, le plus sûr est de s'appuyer sur les faits. Or, nous allons prouver que si l'opinion des historiens n'est pas incontestable , du moins elle coïncide avec des faits d'une certaine autorité.
Le rez-de-chaussée de la tour est certainement une des plus anciennes parties de l'édifice. Jl forme la première travée du bas-côté méridional. Sa voûte, qui fait partie de celle de ce collatéral et constitue le premier étage de la tour, est solidement construite en pierres et recouverte d'une épaisse couche de terre pulvérulente dans laquelle on a souvent trouvé des ossements d'enfants du premier âge. La tradition, d'accord avec les faits, a conservé a ce lieu le nom de limbes et nous apprend qu'il était destiné à la sépulture des enfants morts sans baptême.
Il est nécessaire d'ajouter que l'opinion populaire se trompe lorsqu'elle regarde comme de petits sépulcres certains creux que l'on remarque dans la muraille à l'intérieur du clocher. De ces excavations, les unes pénètrent toute l'épaisseur de la maçonnerie et sont disposées en plusieurs étages avec une certaine régularité : ce sont tout simplement des trous destinés à la pose des échafaudages; les autres, plus larges et moins profondes , n'ont aucune forme précise et ne paraissent produites que par l'extraction de quelques moellons. 11 semble impossible d'établir d'une manière précise l'origine ou la destina-
lion de celles-ci ; cependant nous ferons observer qu'on n'y trouve aucun indice de sépulture.
La voûte des limbes communique de plain-pied avec celles des travées suivantes. Les reins de ces dernières sont remplis de blocages qui forment un sol uni. Celte disposition n'est pas sans exemples; mais voici quelque chose de remarquable : Une sorte de tranchée, d'environ l m 1/2 de largeur sur autant de profondeur s'ouvre dans l'épaisseur du massif, près du mur extérieur, sur la longueur de deux travées à partir du clocher. Cette espèce de fosse est remplie de terre comme les limbes et on y a trouvé une grande quantité d'ossements humains. Nous pensons que ces cimetières suspendus ont été rarement observés.
Un dernier fait vient h l'appui de notre opinion sur le baptistère des filles.
On voit dans l'église un bas-relief en bois dont
on peut attribuer le travail au xm e siècle. Il se compose de dix compartiments entourés d'un cadre commun et séparés par des colonnettes qui soutiennent des arcs surbaissés. Les neuf premières divisions renferment divers épisodes de la Passion. Dans le dixième, on voit trois âmes représentées par des figures nues , s' échappant de la gueule béante d'un dragon, symbole de l'enfer. Le démon , suspendu sur la tête du monstre, cherche en vain a les retenir et fait de hideuses contorsions à la vue d'un personnage qui s'avance vers elles, un bâton à la main ,
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comme pour les recevoir et les faire marcher à sa suite. Ce personnage n'est autre que le Sauveur, et l'absence du nimbe ne peut suggérer aucun doute sur son caractère, car il n'est pas nimbé dans les scènes de la Passion. 11 est impossible de ne pas reconnaître dans cette curieuse sculpture le symbole du baptême qui arrache les âmes aux tourments de l'enfer par les mérites de la Passion de Jésus-Christ.
De tout ce qui précède, on peut conclure que si Saint-Pierre-le-Puellier n'était pas un baptistère dans le sens rigoureux du mot , du moins, à une époque très-reculée, il fut spécialement destiné à l'administration du baptême. Du reste son histoire architecturale est fort incomplète, et depuis le iv" siècle jusqu'au xi e , les chroniqueurs ne nous transmettent aucun fait précis. Seulement, à cette dernière époque, nous retrouvons des preuves de son existence dans les présents dont l'enrichit Robert-le-Pieux. C'était alors une église collégiale. Plus lard Philippe H se montra aussi zélé et non moins magnifique que Robert. L'incertitude résultant de la pénurie des documents écrits peut donc jusqu'à un certain point se dissiper devant les dates du commencement du xi e et du milieu du xn c siècles, époques qui coïncident parfaitement, comme on va le voir, avec certaines parties encore subsistantes. Cependant, dans l'examen du monument, nous procéderons du connu à l'inconnu, décrivant exactement les formes, et, quant à l'âge, nous bornanf aux conjectures.
Le plan offre une ressemblance frappante avec ceux des anciennes basiliques. Une grande nef de cinq travées et deux bas-côtés de même longueur se terminent au couchant par trois apsides circulaires. 11 n'y a jamais eu de transsepts. Les murs de la nef n'ont pour appui que des contre- forts peu saillants, terminés à leur sommet par un plan incliné qui se raccorde à la corniche. Le seul arc-boutant que Ton remarque à peu de distance du clocher est évidemment d'une date assez récente : il a probablement été construit dans le XV e siècle, lorsqu'on a réparé les désastres causés par le siège.
L'appareil du rez-de-chaussée de la tour, qui se retrouve également dans quelques pans de mur, est presque romain. Il se compose de pierres dures, dont les parements carrés ont de 15 à 20 e de côtés. On peut, sans trop d'invraisserablance, faire remonter ces restes à l'époque de la première fondation.
On trouve dans les bas-côtés plusieurs fragments de corniches ornés de dents-de-loup et de modillons, les uns rudimentaires ou grossièrement taillés en consoles, les autres formés de tètes ou de figures grimaçantes qui tiennent, soit de l'homme, soit de l'animal. On y remarque un homme nu, tournant le dos au spectateur et passant sa tête entre ses jambes : pose gymnastique plus originale que décente, et dont les partisans déterminés du symbolisme auraient peut-être bien de la peine à trouver l'expression morale.