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pelet de coquilles sculpté dans un cavet qui lui sert de corniche. La statue qui la surmonte domine la pointe du pignon , dont les rampants sont complètement lisses.
Il est bien difficile de se rendre compte au premier aspect des dimensions de ce portail.
L'œil, trompé par la multiplicité et le fini des détails , s'exagère sa grandeur, et il faut s'armer d'une mesure pour se convaincre qu'il n'a que it m 60 e de façade, sur environ 20 m de hauteur.
On remarque dans le côté qui donne sur la rue Saint-Jacques quelques restes d'un mur qui paraît fort ancien , et une corniche enrichie, comme celles du grand comble de Saint-Aignan , de branches de divers végétaux, entre lesquelles s'ébattent des figures animées. Le reste n'offre rien à l'archéologue ni à l'artiste.
Les architectes de la renaissance se contentaient en général des apparences de la régularité; bien plus, ils affectaient souvent d'introduire des différences sensibles dans les parties correspondantes d'un édifice. Ils croyaient faire par cela même preuve de fécondité, de richesse d'imagination : peut-être aussi obéissaient-ils tout simplement au caprice du siècle qui voulait de la variété. Cette remarque s'applique parfaitement à la chapelle de Saint-Jacques et devient une preuve de plus de l'influence sous laquelle elle a été conçue. On a vu que les deux portails, que les trois niches ne sont ni complètement semblables, ni parfaitement symétriques; une infrac-
lion plus capitale aux lois générales de l'architecture se remarque clans le plan même de l'édifice. Le terrain disponible était un trapèze dont les angles droits se trouvaient compris entre la façade et les deux côtés engagés. La diagonale longeait la rue Saint- Jacques et donnait 2 m 40 e de plus au côté oriental qu'à celui du portail (1). La rectification de ce tracé était d'autant plus facile qu'elle eût en partie corrigé l'évasement que la rue présente en cet endroit. L'architecte ne prit pas ce soin; le désir de ne pas perdre un pouce de terrain l'engagea dans la combinaison la plus étrange. Il devait diviser l'intérieur en deux nefs; il eût pu construire un parallélogramme et un trapèze, mais ce dernier compartiment eût eu quelque chose de choquant. Il préféra partager, comme on dit, le différent par la moitié ; il biaisa la ligne séparative , et au lieu d'une nef irrégulière , il en fit deux.
L'aire intégrale de la chapelle se divise donc en deux nefs de longueurs semblables et de largeurs inégales. Chaque nef a deux travées et un sanctuaire de l m 1/2 de profondeur. Un pilier central, placé à l'intersection des lignes séparatives des nefs et des travées, supporte les retombées des ogives des quatre voûtes adjacentes. L'extrémité opposée des nervures s'appuie, dans les angles, sur des piliers prismatiques peu enga
(1) Voici les dimensions du plan actuel de la chapelle , prises hors œuvre : côté sud, engagé, adjacent aux deux angles droits, 12-; côté est, engagé, 16"; côté ouest, portail, il* 60 e .
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gés ; au fond, sur celui qui sépare les sanctuaires ; à l'ouest, sur la saillie que fait a l'intérieur la tourelle du pignon, et dans les murs latéraux, sur deux culs-de-lampe.
Le jour pénètre par quatre fenêtres ogivales de galbes divers, ouvertes sans symétrie sous les formerets des murs latéraux. On remarque, dans l'angle à droite en entrant, une tourelle cylindrique posée en encorbellement sur une base carrée; elle renferme un escalier en limaçon; on y monte de la chapelle par une porte pratiquée dans la base. Deux autres portes, percées à une certaine hauteur, ouvrent, Tune sur le balcon formé par la balustrade du portail, l'autre sur une tribune appliquée au mur latéral droit. Les deux sanctuaires , extérieurement construits en appentis , sont de la même largeur que les nefs , mais leurs voûtes ont a peu près 2/5" de moins en élévation sous clef.
L'ornementation intérieure est évidemment du même style et de la même époque que celle du portail. Ici, comme sur la façade, l'artiste, évitant avec soin de diviser l'attention , a porté au plus haut point l'effet des contrastes. 11 a rassemblé sur une seule partie toute la richesse de son ornementation, laissant le reste dans une nudité presque complète. Aussi l'aspect que présente le fond de la chapelle produit-il une impression vraiment magique. Ces contre-arcatures riches et délicates , ces niches , ces pinacles , ces contrecourbes, ces statuettes, ces portiques appliqués
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de dimensions si réduites, et cependant d'un effet si saisissant, ces peintures murales, riches et vigoureuses, se mêlant aux reflets variés des vitraux, tout cela fascine le regard, étonne la pensée et ne laisse a la description que des expressions glacées par le désespoir d'atteindre à la réalité.
Les trois piliers entre lesquels s'ouvrent les arcades des sanctuaires sont presque détachés du mur de fond. Leur forme polygonale disparaît sous quatre étages d'ornements du style le plus léger, de l'exécution la plus délicate. D'abord un soubassement sur lequel s'appliquent de nombreux filets verticaux ; puis une rangée de niches très-élancées, séparées par des colonnettes prodigieusement effilées et couronnées par un dais unique, dont les pentes retombent en dentelle de pierre, et dont le ciel sert de socle à l'étage supérieur ; en troisième ordre, un second étage de niches plus profondes , moins nombreuses , ayant chacune ses pieds-droits à colonnettes, sa calotte sphérique et sa contre-courbe à panaches, abritant chacune sa statue; enfin des faisceaux de nervures, qui tantôt s'élèvent verticales, tantôt s'entrelacent au gré de l'artiste et finissent toutes par s'incorporer plusieurs ensemble pour former les ogives des voûtes.
Entre ces trois piliers s'ouvrent les arcades des sanctuaires. Leurs pieds-droits se composent de faisceaux de colonnettes à chapiteaux corinthiens; leurs arcs, en ogive surbaissée, ne s'élè-
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veut qu'à la hauteur de la naissance des voûtes de la nef; ils sont encadrés de trois nervures profondément séparées et frangées à l'intrados d'une élégante contre-arcature découpée à jour. La nervure extérieure se dédouble à quelque distance du sommet et forme une contre-courbe ornée de panaches végétaux et amortie par une console polygonale. A la hauteur de la pointe de l'ogive, un double larmier qui pénètre les contrecourbes règne dans tout le mur du fond , détachant des pignons ogivaux des nefs les tympans des arcades des sanctuaires. Ces derniers sont brodés d'un réseau de cœurs allongés.
Les pignons des nefs méritent un examen spécial. Le sommet de la contre-courbe de Tare du sanctuaire s'élève au milieu de leur tympan. De chaque côté, trois colonneltes prismatiques, posées d'aréle , supportent deux arcs ogivaux conlre-courbés, surmontés, ainsi que les colonnettes, de pinacles à panaches de formes symétriquement variées. Sept petites consoles polygonales, richement ciselées, posées sur le larmier, une dans le triangle de la contre-courbe, quatre sous les arcatures et deux en dehors, supportent autant de statuettes. Tous ces ornements se reproduisent identiquement dans les deux tympans; le reste varie. Dans celui de gauche, la pointe de la contre-courbe supporte une large console polygonale qu'accompagnent deux autres consoles semblables, mais un peu moindres, posées sur le surhaussement des pilastres adja-
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cents de l'arcature. Trois statuettes se dressent sur ces élégants piédestaux. Au tympan de droite, on voit Jésus-Christ crucifié entre les deux larrons ; sa croix s'élève du sommet de la contrecourbe; il y est attaché les pieds juxta-posés, les bras étendus à angles droits. Deux anges suspendus dans les airs reçoivent dans des coupes le sang qui coule de ses mains , un troi-, sième celui de ses pieds, un quatrième celui de son côté. Ce dernier est beaucoup plus grand que les autres , probablement pour marquer que ses fonctions sont plus augustes. Les larrons, moins élevés et de moindres dimensions que le Christ, sont posés entre les pinacles de l'arcature. Us sont entièrement nus; leurs jambes, croisées, s'appuient sur les chapiteaux de deux des colonnetles. Leurs croix semblent faites de bois brut; elles ont des bras très-courts et pas de chef. Les bras des patients paraissent avoir été disloqués; ils sont relevés verticalement auprès de la tête , Tavant-bras retombant derrière la croix, de sorte que la main touche a l'épaule. Toutes ces figures, énergiquement taillées, révèlent une certaine connaissance du modelé et ne sont pas sans mérite.
Les voûtes des sanctuaires suivent la courbe de leurs arcades; elles sont ornées plutôt que renforcées par des nervures qui s'élèvent deux à deux de chaque angle, divergent et forment par leurs croisements quatre losanges réunis en un seul. Dans le sanctuaire du calvaire ou de droite,
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les compartiments sont remplis de fleurons; dans celui de gauche, au contraire, ils sont vides, mais toutes les intersections des nervures sont ornées de médaillons couverts de sculptures. Le médaillon central renferme un bas-relief remarquable. La figure principale paraît être h genoux; elle a les mains jointes et lève les yeux au ciel ; elle est revêtue d'une robe flottante à manches demi-larges; sa poitrine est couverte d'une pièce triangulaire. Elle est svelte et sa taille révèle une femme , quoique ses formes ne soient pas accusées. Elle porte sur le bras un pan d'étoffe qui descend à gros plis jusqu'à terre. Deux anges, posés de droite et de gauche, la soulèvent, quoique la touchant à peine. Derrière eux, deux personnages, revêtus de robes à larges manches, que recouvrent en partie des chappes d'une étoffe moelleuse, lui posent sur la tête une couronne dentelée. Une ligne sinueuse est sculptée sous les figures, une auréole flamboyante les entoure , un arc les domine : symboles non équivoques de la terre qu'elles abandonnent, de l'air dans lequel elles s'élèvent et du ciel où elles tendent. Les autres médaillons représentent des anges formant un divin concert. Parmi leurs instruments on distingue une guitare et un psaltérion. Ces dernières figures sont toutes appliquées sur un bouclier ou gloire ovale. Il est facile de reconnaître dans tout ceci une apothéose; peut-être est-ce celle de la Vierge.
Le retable du même sanctuaire a pour tout
ornement une niche très-élancée entre deux autres plus larges et moins hautes, toutes trois terminées en contre-courbes éubtrilobées et surmontées d'aiguilles et de pinacles à bouquets.
Mais le fond du sanctuaire de droite surpasse tout ce que renferme la chapelle par la délicatesse et le fini de son ornementation. Aux côtés de l'autel, deux pilastres méplats, couverts de détails microscopiques, s'élèvent jusqu'à la voûte; au-dessus, une niche surmontée d'une tourelle aussi finement traitée, reçoit une statue qui doit être celle de saint Jacques. Le reste du mur présente, sur une surface plane, un réseau de nervures dans lequel les colonnettes, les aiguilles, les arcatures horizontales ou rampantes, en un mot, toutes les ressources de l'architecture ogivale, réduites a leur plus petite expression, se pressent sans fatigue, 's'entremêlent sans confusion. La piscine, située du côté de l'évangile, est surmontée de deux arcs subtrilobés.
Telle était la chapelle de Saint-Jacques au commencement du xvi e siècle ; mais le vandalisme religieux ne lui laissa pas une longue splendeur. Le marteau des protestants avait beau jeu sur ces fines ciselures. Le mousquet se dressa aussi contre l'édifice, et l'on voit encore la trace des balles dirigées sur l'écusson du cadran.
Plus tard l'incurie et d'ignobles usages augmentèrent les dévastations du fanatisme, et maintenant l'œuvre première est devenue presque méconnaissable. A l'extérieur, plus de tourelle,
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plus de balustrade, plus de gargouilles, plus de statuettes; intérieurement plus de voûtes audessus des nefs, plus de contre-arcatures aux arcades des sanctuaires , plus de tribune , plus de vitraux, mais des niches désertes, des sculptures mutilées ou hachées, et pour mettre le comble à la profanation , un râtelier à la place des autels et un plancher couvert de sordides chiffons tranchant les lignes des pilastres. Tel est aujourd'hui un monument qui brilla jadis parmi tous ceux de son époque.
Nous n'avons pas cherché à ressusciter les formes des parties complètement détruites; ce travail pénible nous eût tout au plus conduit à des probabilités. Les voûtes ont pu être construites en pierre, quoique l'absence de tout arrachement semble plutôt indiquer qu'elles aient été faites en bois. On doit appliquer la même remarque à la tribune qui était peut-être simplement juxta-posée. On observera qu'elle ne prenait pas toute la longueur de la chapelle, caria porte de l'escalier qui y conduisait prouve qu elle était comprise dans le plan primitif, et son prolongement, masquant une partie du sanctuaire, eût offusqué les regards d'une manière intolérable.
On voit dans le mur, sous la place de la tribune, deux arceaux dont il est difficile d'établir la destination. Celui qui correspond à la première travée paraît simplement figuré; le second, au contraire, est un cintre véritable qui traverse la maçonnerie. L'absence de tout ornement et sa
forme excessivement surbaissée, prouvent qu'il n'ouvrait pas sur une chapelle; tandis que sa largeur se refuse à Vidée d'un simple passage conduisant à rintérieur du Châtelet; mais on peut admettre sans invraissemblance qu'il y avait en cet endroit une petite construction en appentis, en manière de porche fermé, servant à la fois d'enceinte réservée aux habitants ordinaires du Châtelet et de passage pour les hôtes plus illustres à qui la tribune était réservée.
Jusqu'ici nous ne nous sommes occupé que de la partie matérielle du monument ; disons quelques mots de son histoire, si l'on peut nommer histoire les documents fort incomplets que nous avons pu découvrir.
Pour éviter toutes causes d'erreur, il est nécessaire d'établir trois faits.
En 1663 , une petite église dédiée à saint Jacques fut réduite en cendres. Reconstruite presque immédiatement, elle prit depuis le nom de Saint-Jacques-le-Brûlé et le transmit à la rue dans laquelle elle était située. Son emplacement est maintenant compris dans les dépendances de l'Hôtel-Dieu.
L'église paroissiale du Châtelet se nommait Saint-Hilaire. Elle est en partie détruite , en partie transformée en un passage conduisant de la place du Grand -Marché à la halle au vieux linge.
Le Châtelet possédait originairement, en outre, une chapelle spéciale dédiée a saint Louis. La
fondation de celle-ci est attribuée au roi Robert. Son chevet se voit encore dans la rue au Lin.
Ainsi notre chapelle, bien distincte de Saint- Jacques-le-Brûlé, n'était ni la paroisse, ni la chapelle primitive du Châtelet. Cependant il parait certain qu'elle y communiquait intérieurement et tout porte à croire qu'au xvi e siècle elle fut substituée à Saint-Louis.
La date de sa première fondation est incertaine. En 1154 ou 1155, Louis VII, dit le Jeune, qui venait d'épouser la fille du roi de Castille, partit, avec la reine et toute la cour, du Châtelet, où il faisait alors sa résidence , pour entreprendre un pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle. Il marqua ses principales stations par l'érection de plusieurs chapelles, et l'on doit penser qu'il n'oublia pas son point de départ. Cette circonstance expliquerait et l'adjonction d'une nouvelle chapelle au Châtelet qui n'en avait pas besoin et le choix du patron sous l'invocation duquel elle fut placée. Aussi la plupart des historiens s'en sont emparés pour transformer en certitude ce qui n'est après tout qu'une probabilité. D'autres ont assigné à la fondation de la chapelle la date de 1301. Ceux-ci n'appuient leur opinion sur aucun document. La plus ancienne des dates certaines ne remonte pas au-delà de 1359. A celte époque, Saint-Pierre-Ensentelée ayant été détruit, les paroissiens de cette église choisirent celle de Saint-Jacques pour y célébrer Folficc divin ; mais, sous le rapport de l'apprécia-
lion du monument actuel, celle date est encore inutile, car il suffit d'y jeter un coup d'œil pour rester convaincu qu'il ne peut appartenir au xiv* siècle.
A défaut de preuves, on s'est donc rattaché à des probabilités ; on s'est rappelé Louis XI, grand adorateur de la Vierge et de monsieur saint Jacques, et particulièrement attaché au sol Orléanais, et on lui a fait honneur, non de la fondalion, mais de la réédificalion de la chapelle. Nous adopterons volontiers cette supposition. Les deux sanctuaires auraient été dédiés , l'un à saint Jacques, l'autre à la Vierge; le bas-relief que nous avons décrit représenterait l'Assomption , et l'écusson du cadran qui servit de point de mire aux arquebuses protestantes aurait été celui du roi. Du reste le style de l'édifice se rattache précisément à ces données, comme on a pu le voir par tout ce qui précède.
Il serait superflu de discuter l'opinion qui attribue la construction de Saint-Jacques à la confrérie du même nom et lui assigne l'année 1588. Évidemment il ne s'agit ici que de quelques réparations nécessitées par les désastres de l'année 1567. Les ressources des confrères n'eussent probablement pas suffi à l'exécution complète d'un monument dont les sculptures durent être si dispendieuses. D'ailleurs ses mutilations sont évidemment le fait de la volonté humaine ; on ne peut les attribuer qu'à une grande crise sociale, et l'histoire ne leur fournirait aucun
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prétexte, puisqu'elles sont antérieures à 1789; enfin, en 15S8, la forme ogivale était généralement abandonnée et la renaissance même commençait déjà a se corrompre.
Avec le secours des restaurations très-imparfaites opérées par la confrérie , la chapelle put rester consacrée au culte divin jusqu'à la révolution de 1789, et en 1768 elle possédait encore des vitraux assez remarquables.
Depuis, elle a été livrée à des usages plus que profanes et sa dégradation complète est imminente. Cependant la fin du xv* siècle nous a laissé peu de reliques aussi précieuses et dont la perte soit plus déplorable. Si l'administration prend à cœur, comme il semble, de remettre sur pied les types architecturaux les plus remarquables de chaque époque, elle ne peut en trouver de plus complet, de mieux caractérisé que celui-ci. Nous osons donc le recommander spécialement à sa sollicitude. La restauration de la Sainte-Chapelle, à part les souvenirs historiques qu'elle retrace, a été accueillie avec un enthousiasme général , comme un des plus grands services que l'on pût rendre à l'étude de l'histoire des monuments. Il en serait de même de celle de Saint-Jacques, et notre ville, en admirant l'édifice de saint Louis, ne gémirait plus, par un triste retour sur elle-même, de l'abandon dans lequel la laisse la centralisation parisienne.
os-
NOTRE DAME DE RECOtIVRANCE.
Dès le xiv e siècle, une nouvelle enceinte avait réuni à la ville Avenum et les terrains qui s'étendaient entre ce bourg et la Loire. Ce tracé avait traversé le territoire de Saint-Laurent, dont une partie se trouvait ainsi renfermée dans les murs. Pendant les troubles du moyen-âge, les portes étaient souvent fermées. Les fidèles gémissaient de se voir alors privés des offices paroissiaux; ils résolurent, pour parer à cet inconvénient, de se construire une chapelle spéciale. Telle fut T origine de Notre-Dame-de-Recouvrance.
Plus tard, un quartier populeux s'éleva en dehors de la ville, à laquelle il fut enfin annexé. Saint-Laurent et sa succursale devinrent insuffisants à Taffiuence des fidèles , et une nouvelle église, en partie assise sur les fondements des forticalions qui venaient d'être détruites, succéda à la chapelle dont son sanctuaire prit la place. Sa dédicace eut lieu en 1519.
Trente années avaient suffi à sa complète exé-
< union. On pouvait donc s'attendre a trouver dans cet édifice une homogénéité parfaite; mais il n'en fut pas ainsi, du moins quand au portail. C'est qu'alors la révolution architecturale marchait vite. La lutte entre les deux écoles était vive et capitale , et tandis que le style ogival faisait un bouclier à sa vieillesse des clinquants dont il se couvrait tout entier, la renaissance, revêtue d'armes grecques quelque peu fantastiques, se posait fièrement devant lui et le forçait à chaque attaque à lui céder du terrain.
Le portail de Recouvrance est un exemple frappant de ce duel artistique. Il se divise en trois parties distinctes disposées sur un même plan : le pignon de la grande nef, celui du bas-côlé septentrional et le clocher qui occupe la première travée de l'autre bas-côté. Dans chacune de ces parties s'ouvre une porte ornée, ogivale à droite, plein-cintre a gauche, également pleincintre au milieu, mais d'un dessin qui trahit une main moins légère.
Le clocher est construit de pierres dures et grossièrement appareillées. Élevé sur l'emplacement et probablement sur les fondations d'une des tours de l'enceinte, il en a presque conservé la forme. C'est une masse carrée, nue, divisée dans sa hauteur en trois parties inégales , par deux larmiers peu saillants , et éclairée sur sa face antérieure par deux fenêtres ogivales. Ses contre - forts carrés , placés aux angles , deux sur chaque face, ont une assez forte saillie. Leur
retrait est presque nul, quoique Ton compte dans leur hauteur quatre redents en larmiers , y compris celui du socle , qui se trouve à un mètre du sol. Ils se terminent par un plan incliné. Le toit est carré et pyramidal ; il renferme les abat-sons qui s'étendent dans tout son périmètre, sous la forme de deux auvents superposés : une petite , lanterne à huit pans et à toit pointu lui sert d'amortissement.
Le portail du clocher consiste en une baie ogivale passablement large et fort élevée, divisée dans sa hauteur par un arc en anse-de-panier, et formant ainsi tout à la fois porte et fenêtre. Un pilier sépare les deux ventaux de la porte; dans la fenêtre s'élèvent quatre meneaux qui s'entrelacent à leurs sommets comme des langues de feu. Les pieds-droits et la voussure sont fort ébrasés et littéralement couverts de filets tranchants d'une finesse presque imperceptible. Il en est de même des meneaux. Cette multitude de tringlettes entre lesquelles se divise également le rayon visuel, fatigue l'œil au lieu de lui plaire, et en admirant l'habileté de l'exécution on plaint leciseau quis'est consacréà une œuvre si puérile.
Si l'on jugeait de l'âge des monuments exclusivement d'après la nature des matériaux, on devrait croire, chose inexplicable, ce portail postérieur au reste du clocher dans lequel il se trouve encadré. En effet, il est entièrement construit de pierres de Bourré, dont la teinte blanche et le grain tendre et fin tranchent sur l'aspect