ÉGLISE DE SAINT-PAUL
Antérieurement au xiv e siècle, Avenum était un bourg ou plutôt une véritable ville complètement indépendante d'Orléans. Il avait son administration , ses privilèges, son enceinte particulière; il avait aussi ses églises, si Ton peut donner ce nom aux vulgaires édicules dans lesquels les Avignonais célébraient le culte catholique. La principale était dédiée à saint Paul. Quoique plusieurs fois complètement reconstruite, elle n'a changé ni d'emplacement ni de patron. Une autre était sous l'invocation de saint Jean; celle-ci occupait une partie du jardin actuel de la maison curiale : elle fut démolie vers la fin du xvn e siècle. Enfin , la troisième renfermait une statue miraculeuse de la Vierge, et se nommait, pour celte raison, Nolre-Dame-des- Miracles. Son origine se perdait dans la nuit des temps. Quoiqu'elle fût presque con ligue à Saint- Paul, elle en demeura long-temps matériellement séparée; cependant, vers la fin du xn e siècle,
elle y fut incorporée, comme édifice, tout en conservant son titre et ses prérogatives d'église paroissiale. De là naquirent bien des troubles et bien des scandales. On vit, dans la même église , deux curés se disputant les âmes et jusqu'à l'autel. L'évêque crut les mettre d'accord en attribuant alternativement à chacun des pouvoirs hebdomadaires. Son autorité fut méconnue; celle du pape lui-même échoua devant l'opiniâtreté des contendants. En 1237, Grégoire IX s'était réservé la connaissance de l'affaire; il avait voulu établir un seul titulaire; mais il se vit obligé de renoncer à son projet. Ces désordres durèrent jusqu'à la fin du xvi c siècle.
Quelques auteurs ont attribué à Raoul, seigneur d'Orléans, la fondation de la chapelle de Notre-Dame-des-Miracles, qui n'aurait eu lieu, selon eux, qu'en 1297. Leur opinion est complètement erronée, puisqu'alors la réunion était déjà opérée depuis long-temps. Raoul a pu faire à la chapelle d'importantes restaurations, il a pu même la reconstruire à neuf, mais il n'en fut certainement pas le fondateur.
Quoique l'existence de Saint - Paul comme paroisse remonte à une assez haute antiquité, nous n'avons que des notions incomplètes sur les premiers siècles de son histoire architecturale. La première date un peu certaine qu'il nous ait été permis de recueillir n'est pas antérieure à la fin du xv c siècle. A cette époque, l'église aurait été rebâtie à peu près telle que nous la
voyons aujourd'hui. Cependant un simple coup d'œil suffit pour empêcher d'accepter cette donnée sans de nombreuses restrictions. Quelques fragments qui se remarquent à l'angle sudouest de l'édifice et la plus grande partie du porche méridional accusent évidemment la On du xiv e siècle; la voûte du collatéral adjacent à ce porche parait encore plus ancienne ; enfin, si le portail de l'ouest et quelques autres fragments peuvent se rapporter au siècle de la renaissance, on sait que les voûtes de la grande nef, le clocher et la chapelle de Notre-Damedes-Miracles sont postérieurs.
La conservation parfaite du bas-côté méridional et son analogie complète avec le plan actuel du reste de l'édifice permettent de croire qu'au xiv e siècle, comme aujourd'hui, Saint-Paul se composait seulement d'une grande nef et de deux bas-côtés égaux, sans transsepts. L'apside du chœur était polygonal et ceux des bas-côtés à pans coupés; mais alors une tour carrée s'élevait à l'angle septentrional de la façade. On la voit distinctement tracée dans la Vue d'Orléans de la Cosmographie universelle de Belleforest. Elle paraît un peu plus haute que l'église et elle est surmontée d'un toit très-aigu, orné à sa base de quatre clochetons de même forme. Nous ferons observer que l'église était alors beaucoup moins spacieuse qu'à présent. A l'époque de sa reconstruction, c' est-a-dire en 1482, on ajouta deux travées a la nef et aux collatéraux.
L'intérieur du vaisseau est vaste, sans majesté; la lumière y est mal distribuée; les bas-côtés* sont écrasés par les voûtes. Le type général est celui du commencement de la renaissance : arcs de la grande nef et des fenêtres pleincintre; piliers octogones, sans chapiteaux, sans nervures; murailles nues en simples moellons. Le bas-côté méridional se distingue de cet ensemble par un aspect plus antique; ses voûtes sont en pierres à croisées d'ogives, leurs arêtes s'appuient sur un filet qui descend le long des piliers jusqu'à terre. La voûte de la grande nef, également croisée d'ogives, est en bois; elle porte la date de 1652; celle du collatéral du nord est évidemment de la même époque.
Les détails de l'ornementation appartenant à plusieurs siècles ne peuvent manquer de présenter de nombreuses disparates. Le style grec, balafré à la moderne de peintures qui n'imitent pas le marbre, domine dans le sanctuaire. L'autel est isolé. Derrière l'autel, les artistes remarqueront, dans une niche, une statue de la Vierge maladroitement barbouillée de couleur blanchâtre, et certainement digne d'un meilleur sort. Marie, largement et noblement drapée, est debout; elfe tient, sur sa main, Jésus qui bénit. Ces deux figures sont d'un style qui sort du type vulgaire et d'une belle exécution. Marie n'est pas ici une mère mondaine qui cajole son fils et le montre au peuple pour le faire admirer, comme on ne le voit que trop souvent dans nos
églises. Le poids de Jésus ne l'accable pas ; elle ne hanche pas pour le porter. L'enfant, qui déjà paraît Dieu , pose à peine sur les doigts de la Vierge; on dirait qu'il se soulève par une vertu surnaturelle. Ce groupe exprime la pensée byzantine avec la perfection de l'art moderne.
Les auteurs Orléanais ont beaucoup vanté la grille qui entourait le chœur; celle que l'on voit maintenant est toute récente et d'assez bon goût. Les stalles, extrêmement simples, datent du milieu du siècle dernier.
La chaire et le banc-d'œuvre, dus au ciseau de Weirbreicht, sont un des meilleurs morceaux de ce sculpteur. Quoique leur style soit plutôt théâtral que chrétien , on ne peut s'empêcher d'en admirer l'élégance. Les pentes, les festons, les guirlandes de fleurs et de fruits se déploient et s'entrelacent avec grâce et légèreté dans leurs formes contournées. Deux anges aux poses souples , mais un peu maniérées, supportent l'abatvoix. Par un caprice singulier, l'artiste leur a attaché de grandes ailes au bas des reins ; mais celte bizarrerie n'est point disgracieuse. Les quatre piliers du chœur les plus près de la nef sont couverts de panneaux ornés dans le même style et du même auteur. Les autres piliers ont été lambrissés depuis peu d'années; on a eu le bon esprit d'épargner la peinture à toutes ces boiseries.
La tribune des orgues, également en bois naturel, est d'un dessin tout différent; les lignes
droites y dominent. Elle fut construite vers
Les bas-côtés se terminent par un autel étriqué, près duquel s'ouvre une arcade nue communiquant, par un passage biais, aux portes latérales du chœur.
La chapelle de Nolre-Dame-des-Miracles, dont la reconstruction date de 1667, est plutôt une annexe qu'une partie constituante de l'édifice. La saillie qu'elle forme sur le plan général est complètement hors d'oeuvre et fort disgracieuse à l'œil. Elle ouvre dans le bas-côté méridional par deux arcades plein-cintre, se trouvant ainsi orientée au midi. Elle se compose d'une travée et d'un sanctuaire polygonal. Un soubassement, des pilastres juxta-posés aux angles et un entablement forment sa décoration extérieure. On remarque au mur du fond de l'apside une petite tourelle appliquée, posée sur trompe, de construction toute récente : c'est la niche qui renferme la statue de la Vierge. Deux fenêtres plein-cintre, sans meneaux, garnies de vitrages modernes, ouvrent dans les pans coupés. Deux autres, maintenant murées, éclairaient la travée. Cellesci se composent chacune de quatre baies effilées, plein-cintre, surmontées d'autres jours de même forme, le tout sans moulures et comme enlevé à l'emporte-pièce dans une table de pierre.
Quoique cet ensemble soit complètement dans le style renaissance, l'architecte avait eu le bon esprit de s'inspirer, quant à la décoration inlé-
rieure, des traditions du passé. Les voûtes étaient à nervures ogivales : une figure sculptée ornait leur clef ; une arcature trilobée régnait dans le pourtour. La chapelle n'avait pas d'autres ornements, et ce style sévère ajoutait au respect qu'inspirait aux fidèles la statue miraculeuse (1). Mais au xix c siècle tout ceci n'a plus semblé digne de la majesté du lieu , et voici comment la chapelle a été ce qu'on appelle embellie : On a d'abord logé dans l'épaisseur des murs latéraux quatre confessionnaux dont les lambris affectent l'inconcevable prétention de former arcature ; puis on a dallé le fond du sanctuaire de grands panneaux de marbre blanc, et entre deux çolonnes détachées et surmontées d'entablements contre-profilés, on a ouvert la niche plein-cintre que nous avons vu saillir extérieurement sous la forme de tourelle. Dans cette niche prétentieusement éclairée par le haut et tapissée de marbre blanc, comme tout le reste, on a déposé la Vierge miraculeuse qui se trouve ainsi inondée de lumière.
On ne peut nier que ce sanctuaire grec, tout de marbre, ne soit par lui-même d'un fort bel effet; mais à la place qu'il occupe, au milieu d'une
(1) Le contraste qui se fait remarquer entre les styles de l'intérieur et de l'extérieur de cette chapelle peut faire supposer que la reconstruction du xvn« siècle n'a été que partielle. La voûte et les gros murs , qui présentaient une solidité suffisante, auraient été conservés ; les fenêtres , probablement fort étroites dans l'origine, auraient été élargies , et les pilastres ajoutés extérieurement, comme simple décoration.
chapelle ogivale , destiné a recueillir une statue aussi bizarre dans ses formes que vénérable par ses souvenirs, c'est un impardonnable contresens.
L'image de Notre-Dame-des-Mi racles , dont le nom brille en lettres d'or au-dessus de l'autel , est une de ces Vierges noires qui sont si communes dans toutes les parties de la chrétienté. Elle a été de toute antiquité en vénération parmi les Orléanais. Le peuple l'appelle sainte Marie Égyptienne et raconte naïvement que la Vierge s'est ainsi noirci le teint sous le soleil égyptien, lorsqu'elle fuyait pour sauver son fils. 11 y aurait de curieux rapprochements à faire entre ce nom populaire, la couleur, les traits de cette statue et l'ancien culte des divinités égyptiennes. Quoi qu'il en soit, la célébrité de Notre-Dame-des- Mi racles remonte à des faits qui ne se rattachent en rien aux traditions payennes, et parmi lesquels le suivant a eu un grand retentissement.
Au ix c siècle , disent tous nos chroniqueurs , Avenum, vivement pressé par les troupes ennemies, était sur le point de se rendre. Les habitants, après s'être vainement prosternés aux pieds de la Vierge qu'ils nommaient déjà miraculeuse, imaginèrent, comme dernière ressource , de la transporter sur la partie des murailles la plus exposée à la fureur des assaillants. Abrité derrière ce nouveau rempart, un Avignonais lançait des traits toujours mortels. Les assiégeants étonnés sentaient se refroidir leur ar-