‹ Histoire architecturale de la ville d'OrléansChapitre 25 sur 29 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

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deur. Cependant l'un d'eux s'avance : le blasphème à la bouche, il brandit son javelot contre le terrible adversaire. Le trait part et va toucher son but, lorsque la Vierge , faisant un mouvement, le reçoit dans le genou. Les assiégés poussent des cris de joie et d'actions de grâces. Les ennemis, n'osant plus lutter contre un pouvoir surnaturel, prennent la fuite et la ville est sauvée.

Dès lors, la vénération du peuple pour Notre- Dame-des-Miracles n'eut plus de bornes. Quatre fois par an, tous les habitants, tous les ordres religieux, le clergé de toutes les paroisses, précédés de toutes les reliques portées par cent quatre hommes, se rendaient processionnellement à ses pieds pour implorer des saisons favorables aux biens de la terre. Il ne se passait pas un événement important pour le royaume ou pour la ville, sans que les supplications ou les actions de grâces ne fussent adressées à Nolre- Dame-des-Miracles. Dans l'esprit des Orléanais , elle avait complètement usurpé la place de Dieu le Père.

Cependant les troubles religieux envahirent la cité. Le parti protestant triompha. Trois soldats logés chez un boucher demandèrent à sa femme du bois pour faire cuire un quartier de mouton. C'était un vendredi : l'hôtesse refusa. Les soldats prirent la statue vénérée et s'en servirent pour préparer leur repas.

Habitués à se prosterner devant la Vierge miraculeuse, les habitants ne lardèrent pas a s'en

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tailler une seconde. Cependant, et la chose est cligne de remarque, celle-ci ne fut pas semblable à la première. La pierre, plus capable de résister aux flammes, fut substituée au bois, et pour ajouter encore à la solidité de l'œuvre, les corps et les membres des deux figures furent remplacés par une gaine, ou, pour mieux dire, par un bloc carre duquel le sculpteur ne dégagea que les têles de la mère el de l'enfant posées comme dans le groupe primitif.

La nouvelle image a traversé la révolution de 89 el c'est elle qui maintenant encore est exposée à la vénération des fidèles. Les têtes, colorées en brun foncé, présentent une particularité remarquable. On dirait que le sculpteur a cherché a caractériser dans leurs traits la race africaine autant qu'il pouvait le faire sans blesser des yeux européens. Cette intention ne peut avoir eu de cause probable que dans la nécessité de donner au peuple une copie fidèle des figures primitives. Dès lors le style de ces types devient précieux pour l'archéologue. Sans présenter ici l'analyse de tout ce qui a été écrit sur les Vierges noires , sans vouloir les rapprocher de certaines idoles de l'Inde et les rattacher au symbole général de la fécondité qui, chez la plupart des peuples, s'est confondu avec celui de la divinité, nous signalerons la Vierge de Saint-Paul comme pouvant fournir des documents précieux aux hommes spéciaux qui voudront traiter de nouveau celle matière.

Une espèce de chappe, ou plutôt un tablier d'une étoffe épaisse et sans plis est attaché au col de la Vierge et descend jusqu'à terre, dissimulant ainsi l'absence du corps et des membres ; un tablier de moindre dimension est suspendu au col de l'enfant Jésus. Ces vêtements varient de richesse et de couleur, suivant les saisons et les solennités ; il en est de même des couronnes qui ornent les têtes de la mère et du fils.

Autrefois l'église de Saint-Paul possédait des statues peintes de couleurs naturelles; elle eut aussi des orgues à une époque où ces instruments étaient encore assez rares, car, dès l'année 1520, on trouvait déjà les premières hors de service et on les vendait pour les remplacer par de nouvelles.

L'extérieur de Saint-Paul, pris dans son ensemble, est misérable et disgracieux. On y découvre cependant quelques traces d'une splendeur éclipsée. On remarque à la petite porte du bas-côté septentrional des pinacles supportant des couronnements en consoles polygonales et surmontés de dais d'un travail délicat, et le porche méridional est orné avec toute la profusion qui signala la dernière époque du style ogival. Les deux piliers qui flanquent son entrée se composent de cinq étages tout couverts d'ornements. Des filets prismatiques qui naissent du soubassement et s'entrelacent à leurs sommets en arcatures ogivales forment l'étage inférieur. Audessus s'ouvre sur chaque face une niche du

même style, couronnée d'un pinacle à crochets en gouttes de suif. Les deux ordres supérieurs sont chargés de filets qui se terminent en réseaux. Ils étaient amortis par une aiguille tellement fruste maintenant qu'il est impossible d'en reconnaître la forme. Les parois intérieures du porche sont garnies de deux étages de niches à consoles et à dais polygonaux ornés de ûlets , de colonnettes prismatiques et de découpures délicates. L'ancienne voûte n'existe plus; elle a été remplacée par un berceau en pierre tendre. La porte du bas-côté ouvrant sous le porche se compose de deux baies plein-cintre, accolées, de l'époque de la renaissance. Entre le porche et le chevet, on voit deux grandes fenêtres ogivales surmontées de contre-courbes d'un style brut et lourd.

L'église se termine, à l'ouest, par un pignon arc-bouté de deux contre-forts, entre lesquels s'ouvre une énorme fenêtre plein-cintre, grillée de quatre meneaux et d'une demi-rose. Un grand œil-de-bœuf occupe le milieu de la pointe. Deux demi-pignons, percés chacun d'une fenêtre pleincintre, correspondent aux bas-côtés. Cette façade paraît, au premier coup d'œil, de la plus triste apparence; mais elle est évidemment de l'époque de la renaissance, et sa nudité doit être rachetée par quelques gracieux détails. Le portail, maintenant bien noir et tout mutilé, fut, en effet, une des compositions les plus pures et les plus délicates du commencement du xvi e siècle.

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Ses dimensions sont médiocres. C'est un portique dans le goût de celui de Recouvrance, déjà décrit, moins les étages supérieurs. Les colonnes, dont les fûts n'existent plus, étaient d'ordre dorique. Parmi les ciselures délicates qui couvrent les chapiteaux, l'entablement et l'archivolte, on remarque à la clef de Tare une délicieuse tête de chérubin pleurant, morceau aussi précieux que peu connu.

En 1623, le cimetière, qui se trouvait alors entre la rue Mâchecloux et le clocher, s'entourait d'arcades dessinées sur le modèle réduit de celles dont on venait de décorer le Grand-Cimetière. Ainsi la forme ogivale n'était pas encore complètement proscrite , et nos architectes ne craignaient pas de l'employer toutes les fois qu'ils y trouvaient quelque avantage. Il ne paraît pas cependant qu'ici ce mode de construction ait tourné au profit de la solidité de l'édifice. Les arcades, auxquelles on travaillait encore en 1651 , furent si mal établies, qu'en 1709 on fut obligé de mettre en adjudication les matériaux provenant de leur démolition.

Le clocher, qui subsiste encore dans toute son

intégrité, fut commencé en même temps que les

galeries du cimetière et terminé en 1627 (1). Il est construit en pierres dures, d'un bel appareil.

(1) Il parait qu'en 158A on avait pensé à construire un clocher sur un autre emplacement, car on trouve dans les comptes de la fabrique une somme payée aux ouvriers qui ont déterré les corps dans le cimetière pour creuser les fondements de la tour.

C'est un édifice simple et sévère , conçu dans de bonnes proportions. Sa largeur, à la base, est de 7 m , sa hauteur de 35 m environ. Il est carré et appuyé sur chaque face par deux contre-forts placés près des angles. Il se divise, non compris la coupole, en quatre étages de hauteurs a peu près égales. Les trois étages inférieurs , éclairés sur chaque face par une petite fenêtre pleincintre, entourée d'une simple plate-bande, sont séparés par un larmier qui se profile sur les contre-forts sous la forme de redent. Le parement du mur est, du reste, complètement plan. Les abat-sons s'ouvrent dans le quatrième étage; ils consistent en deux longues baies plein-cintre accolées, sans autre ornement que des petits pilastres taillés dans l'épaisseur même des piedsdroits et faisant ainsi retrait sur l'affleurement du mur. Cet étage se termine en plate-forme. 11 est couronné par une balustrade de pierre posée sur une corniche sans modifions. Les gargouilles, au nombre de quatre, sont disgracieusement placées au-dessus des abat-sons. Une coupole octogone domine la plate-forme. Elle est percée sur chaque face de deux petites baies plein-cintre accolées, inscrites dans une arcade de même dessin, comme on le voit souvent dans les édifices romans. Une lanterne également octogone et à baies plein-cintre lui sert d'amortissement.

Suivant la tradition, il existe sous le sol de l'église, près le pignon de l'ouest, un caveau sépulcral. On y descendrait par deux entrées si-

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tuées l'une près de la porte du presbytère actuel, l'autre sous la tribune de l'orgue : celle-ci serait indiquée par une pierre scellée dans le mur.

Nous n'avons pu recueillir sur cette construction souterraine aucun document positif.

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