‹ Histoire architecturale de la ville d'OrléansChapitre 3 sur 29 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

xvui NOTE PRÉLIMINAIRE.

qui ne cherche même dans la lecture des livres sérieux que d'agréables délassements.

Ainsi nous avons achevé, nous n'osons pas dire accompli, notre tâche. Semblable aux pionniers de l'Amérique, nous avons ouvert une voie nouvelle dans une contrée riche , mais jusqu'alors peu pratiquée. Bien des obstacles ont dû être déplacés, bien des arbres majestueux détruits , bien des épines arrachées ; mais le passage est fait. Désormais l'accès sera facile aux hommes de savoir; ceux-ci pourront rectifier ce qu'un premier tracé avait de défectueux : c'est tout notre désir.

DE

Lorsque les Romains firent la conquête de la partie des Gaules qui forma depuis la quatrième province Lyonnaise , c'est-à-dire soixante ans environ avant la naissance de Jésus-Christ, Orléans était déjà une ville importante et susceptible d'une certaine résistance.

Chez un peuple à demi-barbare, amoureux de la liberté , de la solitude et du silence des bois , comme Tétaient les Gaulois , on peut s'étonner, au premier coup d'œil, de rétablissement des villes fermées. 11 semble que dans ces conditions le besoin instinctif qui réunit les familles doit

êlre puissamment combattu par la soif de l'air et du jour, par l'impatience du voisinage. Dès lors se formeraient de grands villages aux habitations disséminées , transition naturelle entre le dangereux isolement de l'homme primitif et les froissements souvent gênants d'une population agglomérée !

H n'en fut pas ainsi dans les Gaules. Étrangers aux joies sociales , essentiellement fiers et irascibles, infatigables et pleins de courage, ces peuples ne vivaient que de combats; ils ne se réunissaient que pour attaquer ou se défendre; chez eux l'instinct du guerrier avait triomphé de celui du sauvage; leurs villes étaient des places de guerre ; il fallait les entourer des meilleurs ouvrages et y accumuler le plus de défenseurs dans le moindre espace possible.

Voici comment Jules César décrit la construction de leurs remparts.

« On pose horizontalement sur le sol des poutres équarries dans toute leur longueur ; ces poulres sont placées à deux pieds l'une de l'autre, à angle droit avec le parement du rempart; du eôlé de la ville elles sont liées à l'aide des terres extraites du fossé; a l'extérieur, de grandes pierres remplissent l'intervalle qui les sépare; sur cette première assise on en établit une seconde construite dans le même système, mais tellement disposée que les poutres, au lieu d'être superposées, soient alternées en échiquier avec les pierres. On continue ainsi jusqu'à ce que l'ouvrage ait atteint la

hauteur voulue. Ce genre de construction n'est pas désagréable a l'œil , mais il a surtout l'avantage d'être parfaitement approprié à la défense des places; car les pierres protègent le bois contre l'incendie , et le bélier n'a pas de prise sur ces poutres qui s'enfoncent quelquefois de quarante pieds dans le terrassement (ij. »

Ainsi la ceinture des villes ne se composait que d'un fossé et d'un boulevarl construits avec les terres qui en étaient sorties. 11 parait que le pied du boulevart était, en outre, protégé par une palissade construite à la partie supérieure de l'escarpe.

Telles étaient, selon toute apparence, les fortifications gauloises de Genabum. Jules César, dans ses Commentaires, ne donne aucune description de cette ville ; il nous apprend seulement qu'elle possédait un pont sur la Loire. On peut affirmer que ce pont était construit en bois, comme tous les édifices gaulois antérieurs à l'époque romaine; mais sa position a suscité plusieurs discussions parmi les savants. Nous pensons et nous démontrerons plus tard qu'il s'appuyait sur la partie de la rive où débouche maintenant la rue de la Po-

(1) La traduction libre que nous donnons du texte latin n'est pas conforme à la plupart de celles qui ont paru jusqu'à ce jour. Les traducteurs semblent avoir compris que les poutres étaient placées dans le sens de la ligne des remparts, affleurant le mur dans toute leur longueur; cette disposition eût complètement manqué de solidité : notre interprétation , au contraire , est conforme à la raison, à l'ensemble de la description et aux expressions même dont se sert Jules César.

k PREMIÈRE PARTIE ,

lerne. Là durent se former les commencements de la ville. Ce quartier a traversé près de vingt siècles sans perdre complètement sa physionomie primitive : c'est un labyrinthe de ruelles tortueuses et tellement étroites qu'elles sont à peine praticables pour des bêtes de somme ; mais à mesure que Ton s'éloigne de ce point , à mesure surtout que Ton s'élève sur le coteau qui domine la Loire, les voies se dressent , s'élargissent , se coupent à angle droit; l'influence romaine se fait de plus en plus sentir, et dans la partie supérieure de l'enceinte, il semble déjà que ce ne soit plus la même cité. Ces caractères sont frappants, et l'on peut, sans trop de témérité , en tirer la conclusion que voici : a l'époque de l'occupation romaine, Genabum ne couvrait pas beaucoup plus de la moitié de l'espace qui fut circonscrit par la première enceinte. Presque aussi long mais beaucoup moins large que ne le fut la ville d'Aurélien, il ne s'étendait pas au nord au-delà de la ligne tracée par les rues de l'Ormerie, Saint-Sauveur et Saint-Liphard .

Le nom de Genabum que portait Orléans à l'époque de la conquête lui a été vivement contesté par la ville de Gien. Celle-ci, pour colorer son usurpation, alléguait la conformité de son propre nom et de sa rue de Génàbie avec la dénomination employée par Jules César. Orléans appuyait son droit sur ses nombreuses antiquités romaines et sur sa situation en rapport exact avec les relations de César et l'itinéraire d'Antonin (1).

(1) Dans Yltinéraire Orléans est nommé Ccnabum.

La cause fut vivement, doctement débattue de part et d'autre. Plusieurs savants, et l'abbé Lebœuf à leur tête, opinaient pour Gien ; un plus grand nombre, parmi lesquels on distinguait Aimoin, moine de Saint-Benoit-sur-Loire, qui vivait aux x e et xi e siècles, Joseph Scaliger, Hadrien de Valois, Lancelot et Danville, se rangeaient du côté d'Orléans. Ceux-ci restèrent avec les honneurs de la guerre. La discussion se rouvrit au commencement de ce siècle. Le lieutenant-colonel Paultre , dans une dissertation insérée au tome 24 des Annales des voyages de Malte- Brun, et M. Mangon-de-la-Lande, dans un mémoire qui fait partie de ceux de la Société des Antiquaires de France, reprirent l'opinion de l'abbé Lebœuf. Ils trouvèrent de nouveaux adversaires dans plusieurs archéologues Orléanais et surtout dans M. Jollois , auteur de l'excellent Mémoire sur les Antiquités du département du Loiret. Cette fois encore la palme resta aux champions d'Orléans. L'analyse de ces discussions nous entraînerait loin de notre sujet et cela inutilement, car la question paraît maintenant jugée sans appel; il a dû nous suffire de mettre les savants à portée de compulser les pièces du procès.

Au ni* siècle, Genabum devint une des villes les plus importantes de la quatrième province Lyonnaise. Sous la protection spéciale de l'empereur Aurélien, son enceinte s'accrut et se fortifia d'ouvrages excellents. Elle put dès lors, sans crainte de surprises, se livrer aux transactions commer-

tiales que favorisait le cours du fleuve; la richesse et la vie affluèrent dans ses murs; la reconnaissance effaça dans le cœur des habitants le sentiment delà nationalité; le Genabum gaulois devint la cité des Auréliens, civitas Àurelianorum ou Âurelianum. De ce nom on fil plus tard Orliens , puis Orléans.

Agréablement située sur la pente douce et uniforme du coteau, la cité d'Aurélien s'étendait carrément au milieu des prairies de la rive et des grands bois qui couronnaient les collines voisines. Son tracé suivait : 1° le côté oriental des rues des Hôtelleries et de l'Aiguillerie; 2° une ligne passant par la porte du collège et la cour de l'évêché ; 3° le côté occidental des rues du Bourdon-Blanc et de la Tour-Neuve. Deux artères principales se coupant a angle droit la divisaient en quatre parties a peu près égales et conduisaient au pont et à trois portes fortifiées. Ces voies se retrouvent encore de Test à l'ouest dans les rues Saint-Sauveur, Saint-Liphard et de l'Ormerie, et du nord au sud dans celles de Saint-Martin-de-la- Mine et de la Poterne. Le pont, dont il ne reste plus de vestiges, était, selon toute apparence, formé d'un grand nombre d'arches plein-cintre. L'enceinte se composait d'un mur de deux mètres d'épaisseur, construit, suivant l'usage romain , de trois assises de grandes briques, alternées avec trois autres assises de moellons carrés d'environ un décimètre sur chaque face; de distance en dislance , des tours rondes de médiocre dimen-

sion saillaient à l'extérieur d'un peu plus de la moitié de leur diamètre; les portes étaient flanquées de deux tours semblables.

Orléans était évidemment une ville centrale et par conséquent d'une haute importance; on peut en juger par le nombre des routes qui y aboutissaient. De ses quatre portes principales partaient quatre voies qui , bientôt se divisant en plusieurs rameaux, conduisaient à Lutetia(Paris),à Agendicum (Sens), à Augustochinum (Autun), à Nevirium (Nevers), à Avaricum (Bourges), à Gabris, dont maintenant on ignore la place , à Cœsarodunum (Tours), à Autricum (Chartres) et à un grand nombre d'autres villes moins considérables.

Respectable par ses fortifications, riche de ses relations extérieures, Orléans ne le cédait en beautés architecturales à aucune autre ville de la Gaule centrale. Elle avait son amphithéâtre , ses cimetières, ses temples, ses palais; on jugera de sa splendeur par les détails suivants.

En 1741 , des fouilles faites dans l'emplacement maintenant occupé par le portail de la Préfecture firent découvrir, à 5 m de profondeur, des tronçons de colonnes cannelées de 1 m de diamètre . Leurs chapiteaux (1) représentaient des têtes de divinités grossièrement sculptées, un Bacchus portant pour chevelure des pampres et des grappes de raisin , un Apollon caractérisé par une lyre ciselée sur le côté droit du bloc, les cheveux

(1) Ces chapiteaux avaient 3 pieds 10 pouces dans leur plus grande largeur et un peu plus de 2 pieds de hauteur,

cordelés et le front ceint d'une bandelette, et une troisième lète portant une chevelure roulée par le bas en boudin et ne descendant qu'un peu audessous de la hauteur de la bouche. Ou trouva encore plusieurs figures de faunes et de satyres, des nudités seulement ébauchées et une grande quantité de fragments d'architecture de toutes sortes, bases, corniches, frises, architraves, pilastres, etc. Quelques corniches portaient des feuilles entablées (1) ou des denticules. Sur plusieurs pierres étaient sculptés des boucliers ; sur d'autres des fleurons de 66 e de diamètre; un piédestal dont on ne trouva qu'un fragment de l m de largeur, était orné d'un bas-relief représentant l'enlèvement d'Europe.

Il y avait donc en cet endroit un temple vaste , d'une architecture riche et variée et pourtant d'une exécution imparfaite. Cet édiûce était-il, comme l'ont prétendu quelques-uns, d'origine et d'exécution purement gauloise ? on aurait peine à le croire. 11 est fort douteux que les Gaulois aient pu, avant la domination romaine, élever en pierre de taille des constructions semblables à celles-ci. Les têtes des divinités principalement honorées des Gaulois , sculptées sur les chapiteaux des colonnes, loin de rien prouver en faveur de cette opinion, peuvent fournir un argument pour la combattre. Comprend-on, en effet,

(1) On nomme feuilles entablées celles qui, tout en conservant leur profll, suivent le contour de la moulure sur laquelle elles s'appliquent.

qu'au lieu de placer le dieu sur un aulel , on lui donne à porter le temple qui lui est consacré ? D'ailleurs ces grandes colonnes cannelées , ces bas-reliefs, ces ornements répandus à profusion, offrent évidemment le type romain, modifié seulement par l'influence gauloise et par cette habile condescendance que les vainqueurs du monde conservèrent toujours pour les divinités des vaincus. Ainsi l'architecte romain élève un temple à l'un des grands dieux de l'empire ; sa pensée est vaste et riche; mais l'instrument qui doit l'exécuter est gaulois , le travail est grossier , et le sculpteur, pour venger Apollon et Bacchus , ses dieux favoris , de n'avoir point de sanctuaire , veut au moins reproduire leur image sur les parties de l'édifice dont il peut disposer.

Une partie des murailles de l'enceinte romaine, située sur le bord de la Loire, vis-à-vis la rue des Bouchers, fut démolie il y a environ quinze ans par un particulier qui en était propriétaire. Les fouilles furent poussées jusqu'aux premiers fondements. On trouva au-dessous du sol des pierres d'une énorme dimension, appareillées sur toutes leurs faces et superposées à sec, des débris de colonnes canelées, des fragments de pierres sculptées, sur lesquelles on distinguait de riches enroulements, des rosaces , des moulures multiples, des médaillons de style romain, et au milieu de tout cela, quelques corniches, quelques chapiteaux dans le style égyptien.

10 1M!ËM1ÊR£ PARTIE ,

Vers la même époque on détruisit le côté occidental de la porte Parisie, situé dans l'emplacement actuel du pavillon de l'Institut ; le côté opposé a été fouillé il y a trois ans. Partout on a trouvé des débris de sculpture romaine, et des grandes pierres semblables à celles déjà décrites.

Lemaire rapporte qu'en 1628, lorsqu'on creusa les fondations du portail septentrional de la cathédrale, on trouva en cet endroit, à 10 pieds de profondeur, les restes d'un château romain. C'était une porte accompagnée de deux grosses demitours, le tout assis sur un massif construit en pierres de taille. On reconnut les feuillures des portes et les rainures du pont-levis. Si l'on doit ajouter une entière croyance au récit de Lemaire, il en résulterait qu'outre les fortifications de l'enceinle , les Romains avaient a Orléans une véritable citadelle; celle-ci aurait été complètement indépendante des murailles dont la ligne passait a environ 40 m au nord du portail de la cathédrale.

Orléans possédait aussi des arènes admirablement situées au bord de la Loire, sur l'amphithéâtre naturel d'un coteau. Elles furent découvertes en 1821, lorsque la ville fit niveler la promenade qui monte du quai du Roi à la porte Bourgogne. La construction romaine s'y manifesta de la manière la plus évidente par des assises composées alternativement de trois rangées de moellons presque cubiques, et de trois rangées de briques de 40 e de longueur sur 30 de largeur et 4 à 5 d'é-

HISTOIRE GÉNÉRALE. li

paisseur , appareil identique avec celui îles murs de l'enceinte reconstruite par Aurélien. La partie de l'édifice alors découverte fut détruite et ses matériaux employés à rétablissement du glacis du quai; le reste est demeuré enfoui sous le sol, maintenant bouleversé pour la deuxième fois par les terrassements du chemin de fer. Ainsi s'est accomplie une perte désormais irréparable, à l'instant même où se produisait un fait archéologique du plus haut intérêt.

La science doit également regretter la destruction d'un grand nombre de constructions sépulcrales; mais du moins il nous reste de celles-ci quelques descriptions qui peuvent jusqu'à un certain point nous les faire connaître.

La place du cloître de Saint-Aignan , qui au milieu du ix e siècle était encore un cimetière, servait à cet usage dès le temps des Romains. Des déblais faits en 1821 et 1822 mirent a découvert, outre un grand nombre de sarcophages en pierre coquillière, un caveau de construction romaine de 5 m de long sur 3 de largeur. Sa voûte, en berceau, avait sous clef 3 m de hauteur. Il était à Tintérieur entièrement revêtu d'un enduit épais d'un grain fin, recouvert d'un badigeon jaunâtre. Une bande noire régnait tout autour à peu de hauteur au-dessus du sol. A l'une des extrémités, deux niches cintrées s'enfonçaient dans l'épaisseur de la muraille; à l'autre, s'ouvrait la porte d'entrée, précédée d'un petit hémicycle couvert d'une voûte en cnl-de-four. On

descendait dans cette espèce de vestibule par un petit escalier appliqué au pignon du caveau.

L'emplacement, qui fut depuis occupé par l'abbaye de Saint-Euverte, était aussi, sous les Romains, un lieu de sépulture. Des fouilles faites en 1805 y firent reconnaître des constructions qui méritent une description spéciale.

De chaque côté d'un corridor découvert de 3 m 40 e de largeur s'alignaient six caveaux parfaitement semblables. Ces caveaux ouvraient sur le corridor par des portes plein-cintre de l m 60 c de hauteur et de 65 e de largeur; on y descendait par deux marches prises sur leur plan et rachetant une différence de 32 e en contre-bas; ils étaient voûtés en berceau et dallés de pierres polies posées sur un massif de moellons et de grandes briques ; leur longueur, dans le sens de la galerie, était de 3 m 24 e ; leur largeur de 2 m 90 e ; leur hauteur, sous clef, de 2 m 60 e . L'appareil se composait d'assises alternées par trois de briques et de moellons carrés, excepté pour le mur de façade des caveaux qui était construit en pierre de taille. Du côté de l'est, le couloir se terminait par un gros mur de même appareil; à l'ouest , au contraire, l'état de dégradation des caveaux donnait lieu de croire qu'il avait pu se prolonger plus avant. Il est digne de remarque qu'au droit de l'un des murs de refend on trouva, sous le sol même du couloir , une tombe recouverte d'une dalle et renfermant des ossements , des urnes et du charbon. Parmi les décombres

qui sortirent des fouilles, on recueillit des lampes, des urnes, des médailles et un grand nombre d'objets dont le détail serait trop long. Un fait caractéristique de l'époque à laquelle ces tombeaux cessèrent de servir, c'est qu'on n'y a rencontré aucune médaille postérieure à l'année 160 de notre ère.

Un autre caveau peu différent de celui du cloître Saint- Aignan fut découvert en 1829, à l'est de l'église de Saint-Euverte , sur l'emplacement des boulevarts extérieurs; il renfermait une tombe en pierre d'Apremont. On sait que ces tombes ne furent en usage que dans le v e ou tout au plus dans le iv* siècle. Cette circonstance, rapprochée de la construction toute romaine du caveau , des parcelles de charbon et des débris de vases funéraires que l'on y a trouvé, conduit à penser que dans les iv e et v e siècles les chrétiens se servirent souvent des sépulcres romains pour y déposer leurs morts.

Tandis que la ville païenne, riche et parée, élevait son front ceint de fortes murailles, le christianisme, qui plus tard devait la revêtir d'un tout autre éclat, se ménageait dans les entrailles de la terre des retraites dont la position et les dimensions exiguës prouvaient et les frayeurs et le petit nombre de ses néophytes. Les premiers temples chrétiens n'avaient point accès dans les villes; ils se cachaient dans les bois ou dans les vallons. Quelquefois c'était une petite chapelle en bois osant à peine paraître au-

dessus du sol; quelquefois une crypte construite en maçonnerie : celles-ci, plus difficiles à établir, étaient aussi moins exposées aux outrages et aux dévastations des païens : aussi se multiplièrentelles avec une assez grande rapidité. Sans parler de diverses constructions souterraines que nous aurons plus tard occasion d'examiner, les églises de Saint- Pierre -Empont, de Sainl-Pierre-aux- Bœufs, de Saint-Laurent et plusieurs autres paraissent n'avoir été dans l'origine que de simples cryptes. Nous retrouverons à Saint-Aignan quelques parties qui peuvent remonter aux premiers siècles du christianisme ; de toutes les autres cryptes il n'en reste plus qu'une seule inconnue jusqu'ici, et dont nous devons la découverte aux indications de notre savant ami l'abbé de Torquat.

Les annalistes Orléanais racontent qu'en 1090 l'église de Saint-Sergius et de Saint-Bacchus, déjà fort ancienne, fut reconstruite et rendue au culte. Celte église, suivant eux, était située à peu de dislance de Saint-Aignan et tout proche de la principale porte du cloître. On sait que celte porte est celle dont on voit encore quelques arrachements dans la rue des Cinq-Marches. On l'avait nommée Porta païens, parce qu'on y lisait l'inscription suivante :

Porta patens esto nulli claudatcr honesto.

« Que cette porte soit toujours ouverte a la vertu. »

D'après une tradition généralement répandue,

l'église du xf siècle avait été détruite , mais la crypte existait encore et devait se trouver dans une des maisons voisines : c'en était assez pour nous mettre sur la voie. La maison n° 2 se nomme aussi Porta patens; cet indice était important. Un caveau ouvrant sur la rue, tout près de la porte en question, ne nous présenta rien d'intéressant; mais l'obligeance du propriétaire nous ayant mis à même d'explorer la maison entière, nous ne tardâmes pas à découvrir l'objet de nos recherches.

La crypte que nous allons décrire est évidemment celle qui fut primitivement dédiée aux saints Sergius et Bacchus. En effet, dans le xi* siècle on construisait encore des cryptes ; mais celles-ci, placées sous le sanctuaire dont elles reproduisaient le plan, portaient le cachet spécial de l'église supérieure, et si leur style était plus simple et plus sévère , leur appareil et toute la partie matérielle de leur construction n'en était pas moins identique avec le reste de l'édifice. Or, comme on va le voir , le plan de la crypte en question n'a rien de commun avec celui d'une église du xi* siècle.

La maison rue des Cinq-Marches, n° 2, et les jardins qui en dépendent occupent la partie moyenne d'un coteau dont la pente, assez rapide, est maintenant rachetée par plusieurs terrasses. La crypte se trouve sous l'une de ces terrasses ; son sol est à 2 m en contre-bas, par rapport à la cour sur laquelle elle ouvre; on y descend par

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