‹ Histoire architecturale de la ville d'OrléansChapitre 4 sur 29 · TOME I er . s · texte numérisé non relu

TOME I er . s

un escalier de dix marches de construction moderne, ainsi que la porte. Tout le reste est dans un état de conservation qui laisse peu de chose à désirer.

Le vaisseau est orienté du nord-nord-est au sud-sud-ouest; il a dans œuvre (l) à peine 7 m de long, 3 de large et 5 de hauteur sous clef. Il est impossible de connaître l'épaisseur des murs. On y dislingue trois travées : celle du fond et l'intermédiaire sont à voûtes d'arêtes (2) plein-cintre; la première, qui occupe l'extrémité méridionale, est divisée en deux compartiments par un mur de refend ; d'un côté se trouve l'escalier dont les marches sont prises sur le sol même de la crypte ; l'autre division forme une espèce de sanctuaire voûté en berceau, éclairé par une baie moderne ou du moins défigurée qui perce le mur de la terrasse ; elle ouvre de toute sa largeur sur le reste de la crypte par un arc-doubleau ogival de 50 e d'épaisseur, a profil rectangulaire. La travée intermédiaire a 2 m , la dernière 2 m 1/2 de longueur; elles sont séparées et assurées par un arc-doubleau à profil rectangulaire. Cet arc et les arêtes des voûtes prennent naissance dans le plan du mur, par pénétration, sans la moindre saillie aux retombées.

Outre la baie du sanctuaire déjà décrite, la lu-

(1) Dans couvre, non compris l'épaisseur des murailles ; hors enivre , y compris celte épaisseur.

(2) Les voûtes d'aréte se composent de deux voûtes en berceau qui se croisent et se pénètrent.

mière pénétrait dans la crypte par trois abatjours carrés de 80 e sur chaque face à leur ébrasement(l) intérieur, et ouverts, savoir : deux dans le côté oriental des deuxième et troisième travées et le troisième dans le mur du fond. Ces jours étant maintenant murés, on ne peut reconnaître ni l'angle de leur ébrasement ni leur ouverture extérieure.

Aucun arrachement, aucun replâtrage n'indiquent l'existence d'une autre porte d'entrée que celle qui existe actuellement; son apparence moderne vient probablement des changements qu'on lui a fait subir pour l'adapter aux besoins domestiques. L'appareil est presque romain, quoique sous le rapport de la régularité il laisse beaucoup à désirer. Il se compose de moellons piqués à peu près cubiques > disposés par assises dont l'épaisseur varie de 15 à 30 e . Les pierres qui forment les arêtes de l'intersection des voûtes sont beaucoup plus longues que larges; elles ont leur grand côté alternativement posé de droite et de gauche pour commencer les liaisons des pierres de chaque assise. Les joints sont épais, comme dans les constructions romaines. Les murs étaient généralement recouverts d'un crépi de quelques centimètres d'épaisseur qui s'est conservé dans plusieurs endroits. Le sol n'offre aucune trace de carrelis. Rien ne révèle la place de l'autel; cependant il est permis de croire qu'il

(t) Ébrasement, biais des parois d'une ouverture plus large d'une extrémité que de Paulre.

se trouvait dans le petit compartiment méridional que nous avons nommé le sanctuaire.

A l'angle nord-ouest, c'est-à-dire à l'extrémité du côté gauche en entrant, une seconde porte qui a évidemment été élargie pour l'approprier a de nouveaux usages, ouvre dans un second souterrain posé h l'équerre de la crypte ; celui-ci est ventilé du coté opposé à son entrée par un trèslarge soupirail : sa longueur est de 5 m 90% sa largeur de 3 m 20 e ; il est voûté en berceau et d'une élévation bien supérieure à ce qu'exigent les usages auxquels les caves sont ordinairement destinées. Du reste, il nous a semblé dénué de tout caractère archéologique.

Le souterrain communique par une porte peu élevée à un escalier qui lui est parallèle ; le palier, qui est carré, a l m 50 e sur chaque face. On y remarque, en face de l'entrée , une niche pratiquée a hauteur d'appui et dont rien n'indique la destination. L'escalier , composé de vingt marches, a l m 20 e de largeur, 4 m de contre-bas de la première à la dernière marche et 5 m 50 e de projection horizontale. A gauche, en descendant, se trouvent deux niches peu profondes; leurs voûtes forment des ogives dont les arcs s'infléchissent pour se coordonner au rampant de l'escalier.

Quoique ce galbe semble accuser une date postérieure, l'examen le plus scrupuleux n'y découvre aucun signe matériel qui puisse venir a l'appui de ce soupçon.

Parvenu au bas de l'escalier, on se trouve

dans une espèce de labyrinthe composé de galeries qui se coupent à angles droits. La largeur de ces galeries varie de 1 M 30 e à 2°' , leur hauteur moyenne est de 2 m . Leurs murs sont d'un appareil assez semblable à celui de la crypte , mais moins régulier. Leurs voûtes, toutes en berceau, sont, les unes creusées dans le tuf, sans maçonnerie , les autres composées de moellons bruts noyés dans un bain de mortier ; des arcs-doubleaux plein-cintre, à profil rectangulaire et construits en pierres dures assez bien appareillées, les soutiennent de distance en distance; quelquefois leur retombis repose sur un rudiment d'encorbellement (1) a peine dégrossi. L'examen attentif des voûtes révèle un fait intéressant : les formes sur lesquelles elles ont été construites étaient couvertes et régularisées avec des copeaux de bois fendu de 1 5 à 25 e de largeur sur une longueur un peu plus considérable; ces copeaux étaient tantôt juxta-posés , tantôt imbriqués et toujours disposés de manière à ne pas laisser échapper la moindre parcelle du bain de mortier dans lequel on noyait les moellons. Leur épaisseur, leurs contours et jusqu'à la saillie de leurs fibres exactement reproduits sur la voûte , ne laissent aucun doute à cet égard.

L'entrée des galeries était fermée par une porte dont on voit les feuillures au bas de l'escalier; on y remarque un seul soupirail d'une assez grande

(1) On nomme encorbellement tout ce qui fait saillie sur le plan du mur.

ouverture. Au reste, point de traces d'autel ni de tombes, point d'inscriptions, point de sculptures, a moins qu'on ne veuille décorer de ce nom les irrégularités d'une sorte de cul-de-lampe qui ne présentent aucune forme arrêtée et sont même au-dessous de l'enfance de l'art ; rien, en un mot, qui puisse positivement attester leur destination première.

Les galeries de Saint-Sergius sont certainement les plus anciennes que nous ayons découvertes jusqu'à ce jour; mais on en trouve un grand nombre d'autres sous les maisons comprises dans l'enceinte romaine. Nous ne décrirons ici que celles qui semblent appartenir aux premiers siècles de l'ère chrétienne.

La plus remarquable est maintenant divisée en deux parties, à l'usage des maisons rue du Tabourg, n° 35, etrueVieille-Foulerie, n° 9; elle se trouve à environ 15 m en contre-bas, sous deux étages de caves ordinaires et d'une construction plus récente. Sans parler de plusieurs escaliers modernes facilement inconnaissables, on y descend par un puits vertical de l m 50 e de diamètre et par un escalier en vis construit en pierres dures parfaitement appareillées, mais si étroit qu'un homme un peu fort peut à peine y passer. La galerie, dans son ensemble, a la forme d'une équerre dont les côtés peuvent avoir 18 m de longueur; sa largeur varie de 2 à 4 m , sa hauteur, sous clef, de 2 a 3. Les parois sont partout recouvertes d'un crépi qui en cache l'appareil.

Les voûtes, comme celles des galeries de Saint- Sergius, sont en berceau, tantôt creusées dans le tuf, tantôt construites en blocage coulé sur des formes revêtues de copeaux ; mais elles en différent par le soin extrême apporté à leur consolidation : non-seulement des arcs-doubleaux en pierres dures de 40 à 50 e d'épaisseur et chanfreinés les divisent en travées de 2 à 4 m , mais encore le berceau de chaque travée s'appuie sur deux sortes de nervures également chanfreinées qui partent des angles et se croisent au centre comme dans les voûtes d'ogives. Le plan des travées ne donne pas toujours un parallélogramme rectangle; il en résulte que les nervures se croisent suivant des angles variables.

Parmi plusieurs enfoncements ou niches de 1 à 2 01 de profondeur qui s'ouvrent dans les galeries, un réduit pratiqué dans la partie correspondant à la maison de la rue de la Vieille- Foulerie a spécialement attiré notre attention : celui-ci a environ 3 ra de long sur l m de largeur; une forte muraille le sépare du reste de la galerie; son ouverture, qui a les dimensions d'une petite porte, n'offre aucune trace de gonds ni de serrure; mais on voit au-dessus du linteau deux grosses pattes de fer scellées dans la muraille et recourbées vers la terre, comme pour retenir des traverses verticales, et a l'aplomb de celles-ci des trous de 10 e de diamètre sur plus de 50 e de profondeur pratiqués dans la pierre du seuil. Évidemment cette porte a été

scellée extérieurement : la fermeture était solide, mais très -apparente; ce ne pouvait donc pas être celle d'une cachette renfermant des trésors ; elle semblait plus puissante contre les efforts du dedans que contre ceux du dehors.

Qu'était-ce donc? une cage de reclus, un cachot, une oubliette? On frémit d'y penser.

La maison dans laquelle ouvre le puits et le petit escalier est celle où se trouve le cabinet dit de Jeanne d'Arc; elle se nomme l'Annonciade.

Une pierre que l'on voyait autrefois au-dessus de la porte d'entrée représentait l'Annonciation de la Vierge. Tout porte a croire que très-anciennement c'était un couvent.

On trouve rue de la Clouterie, n° 1 er , des galeries peu différentes de celles de Y Annonciade, quoique d'une construction moins régulière.

Même profondeur, mêmes dimensions, mêmes arcs-doubleaux , mêmes nervures se croisant en diagonales. Les travées, maintenant accessibles, semblent n'être qu'une faible partie d'un système de souterrains d'une grande étendue. Leur position donne lieu de croire qu'elles ont autrefois dépendu du cloître ou de l'église de Saint-Pierre- Emponl.

Enfin, sous la maison située rue Cloître-Saintfttienne, n u 6, qui conserve encore des traces de l'ancienne cathédrale dédiée à saint Étienne, il existe un caveau presque rond dont la voûte est soutenue sur deux nervures croisées à chanfreins parfaitement semblables a celles déjà dé-

crites. Les annalistes rapportent qu'au ix e siècle on transféra, dans un asile secret dépendant de l'église de Saint-Étienne , le corps de saint Euverte pour le mettre à l'abri de la fureur des Normands. D'un autre côté, la tradition indique ce lieu comme ayant servi de sépulture a un évêque. Enûn une excavation récemment pratiquée dans une des parois a fait découvrir un petit caveau d'environ t m 1/2 de largeur sur 2™ de profondeur dans un des côtés duquel on reconnaît une petite porte très-basse , fermée par une muraille qui paraît remonter à l'époque la plus reculée. La coïncidence de ces diverses données est digne de fixer l'attention des savants. Des recherches faites avec discernement auraient probablement pour résultat des découvertes d'un haut intérêt.

On voit que ces souterrains, identiques quant au type, paraissent aussi avoir eu une destination semblable. Ils se présentent tous comme des annexes d'églises ou de monastères. On ne pouvait même pénétrer dans celui de Saint-Sergius qu'en passant par la crypte. Mais quel était spécialement leur usage? Peut-être des fouilles habilement dirigées pourraient-elles nous l'apprendre; jusqu'ici rien ne l'indique, et l'imagination peut choisir entre des catacombes, des lieux de prière , des refuges pour les vivants ou des cachettes dans lesquelles les moines mettaient leurs provisions et leurs trésors à l'abri de l'invasion des barbares.

En comparant les dimensions des églises dont l'époque esl authentique, nous les voyons s'augmenter depuis le x e jusqu'au xv e siècle. H est très-probable que cette progression était la suite d'un mouvement antérieur, de sorte qu'en rétrogradant suivant la même loi jusqu'au V ou au vi e on descend à des dimensions excessivement resserrées. L'exiguité de la crypte de Saint- Sergius, loin d'être une exception aux usages des premiers siècles, en est donc au contraire une preuve. On a déjà indiqué quelques-uns des motifs qui s'opposaient alors à la construction des grands édifices; ajoutons que les hommes se convertissent plus facilement à une foi nouvelle qu'à de nouvelles habitudes. Accoutumés à voir les divinités de Rome logées dans des temples qui ne donnaient accès qu'aux prêtres, et celles des druides adorées sur un autel isolé , il n'est pas étonnant que les chrétiens des Gaules n'aient compris que peu à peu le besoin de se réunir à couvert pour se livrer à l'exercice de leur culte. Plus tard leur nombre s'accrut et les persécutions cessèrent; mais les architectes étaient ignorants et la misère des temps s'opposait à de grandes entreprises : alors s'élevèrent des édifices en bois dont la forme est depuis long-temps effacée de la mémoire des hommes.

Telles furent, selon toute apparence, les plus anciennes des églises mentionnées par nos historiens : Sain t-É tienne, qui fut la première cathédrale; le baptistère des hommes ( Sanclus Petrus

Viroruni'i, nommé depuis Saint-Pierre-Empont ; le baptistère des femmes (Sanctus Pelrus Puellarum), maintenant Saint-Pierre-le-Puellier; Sainte- Croix, fondée par saint Euverle; Notre-Damedu-Mont, où les Orléanais déposèrent le corps de leur évêque Eu verte, vers l'année 330 ; l'église dédiée d'abord a saint Maurice , puis à saint Éloi, et hors des limites de l'enceinte romaine , Saint- Marc, se cachant à l'ombre des grands bois qui depuis ont fait place à un faubourg populeux; Saint-Pierre-aux-Bœufs, sur le penchant du coteau maintenant nivelé et formant la place Saint- Aignan, et Saint-Laurent-des-Orgerils [de orgenw), ainsi nommé des beaux champs d'orge cultivés dans les environs.

A défaut de dates certaines , nous avons dû grouper ensemble ces divers monuments. Désormais notre marche sera plus sûre et nous pourrons, dans l'exposé des faits, suivre l'ordre chronologique.

En 347 , l'évèque Diopet fit établir près de Saint-Pierre-aux-Bœufs le premier cimetière chrétien dont il soit fait mention dans les chroniques orléanaises. S' appuyant sur ce fait, quelques archéologues lui ont attribué la construction du caveau sépulcral du cloître Saint-Aignan.

Cette opinion nous semble hasardée. A la vérité on a trouvé dans le cloître un grand nombre de tombes en pierres coquillières dont l'existence peut bien avoir remonté au iv e siècle , mais le caveau en question était complètement romain.

Sa forme , son appareil n'ont laissé aucun doute à cet égard ; on y a trouvé des médailles romaines ainsi que dans tout le reste du cimetière. Ici donc , comme dans beaucoup d'autres cas , le christianisme a sanctifié les usages des païens ; le cimetière existait, Diopet s'est contenté de le bénir.

Le v e siècle fut pour le christianisme une époque de souffrances et de gloire. Les Francs , sous la conduite de Pharamond, avaient fait invasion dans les Gaules. Ennemis déclarés des chrétiens, ils les persécutèrent avec acharnement. Au milieu des tribulations, ceux-ci croissaient en nombre et en vertus. Saint Aignan, saint Prosper, saint Moniteur , saint Flou, tous quatre évêques d'Orléans, donnèrent aux fidèles des exemples qui portèrent leurs fruits; mais leur zèle ne pouvait se signaler par l'érection des temples, et l'on est presque étonné de voir saint Aignan construire une chapelle pour illustrer le lieu où il avait eu l'honneur de recevoir saint Germain, évêque d'Auxerre, à son passage par Orléans (1).

En revanche, le triomphe temporel du christianisme éclata par la conversion de Clovis. A l'ardeur des fidèles trop long-temps comprimée se joignit l'autorité de la manifestation royale. Les courtisans, les ambitieux se déclarèrent tous chrétiens, et la force armée devint protectrice, de persécutrice qu'elle avait été jusqu'alors. Le

(1) La chapelle de Saint-Germain était située au midi de Sainte-Croix, près la ruelle à laquelle elle donna son nom.

concours de toute ces circonstances ne dut exercer nulle part plus d'empire qu'à Orléans. Clovis avait réuni celte ville à son domaine; il y avait séjourné quelque temps. 11 témoignait le plus profond respect pour les saints dont les vertus l'avaient illustrée au siècle précédent. Saint Aignan surtout recevait ses hommages; il fit reconstruire en son honneur l'église de Saint- Pierre-aux-Bœufs , qui dès lors fut placée sous l'invocation du saint évèque; il visita pieusement ses reliques et les enrichit des dons les plus précieux. La munificence royale ne manqua pas d'imitateurs. Le plus riche et le plus généreux fut un certain Agylus, dont les pieux chroniqueurs ne peuvent se lasser de louer les vertus. Après celui-ci se place l' évèque Félix, qui fit bâtir en l'honneur du saint un couvent près de Sainl- Pierre-aux-Bœufs .

Les successeurs du premier monarque chrétien ne devaient pas renier ses exemples. En 542 , Childebert fonda , ou du moins fit reconstruire une chapelle en l'honneur de saint Avit, ermite vénéré des environs de Châteaudun. Ce petit édifice, alors situé hors des murs, fut démoli après plus de dix siècles d'existence pour agrandir le jardin actuel du grand séminaire ; il était dédié à saint Avit et à saint Georges. En 588 , Gontran érigea, vers l'angle nord-ouest de l'enceinte, dans les murs, une chapelle sous l'invocation de saint Symphorien; enfin saint Liphard étant mort à Orléans en 539 et ayant été canonisé, on éleva

en son honneur, vers la lin du même siècle, un oratoire sur le lieu même de sa naissance.

Les monuments religieux occupent presque seuls l'histoire de cette époque; cependant, en 511, Clodomir, devenu par la mort de Clovis roi d'Orléans, jetait sur les bords de- la Loire les premiers fondements du Châtelet , citadelle royale ou palais fortifié qui devait, dans ses formes brutes et sévères , révéler le caractère sauvage et la puissance incertaine des rois de la première race. Le Châtelet devint bientôt, par sa force et son étendue, digne d'héberger des tètes couronnées. Gontran , possesseur du royaume d'Orléans, dont il supprima le litre en l'annexant à celui de Bourgogne , donna dans le Châtelet une fête magnifique, pompeusement décrite dans les chroniques.

A celte époque, les juifs possédaient à Orléans une synagogue qui depuis devint l'église Saint- Sauveur.

Les annalistes Orléanais signalent un terrible incendie vers la fin du vi e siècle. Si leur récit n'a rien d'exagéré , il paraît du moins que le feu épargna les églises , car dans tout le cours du vn c siècle ils ne mentionnent la reconstruction d'aucun édifice religieux. Quant aux fondations nouvelles elles se réduisent à deux : une chapelle située près Saint-Aignan et dédiée h saint Mesmin par l'évêque Sigebert, et l'oratoire de Bonne- Nouvelle, fondé par Jean de Fleury, au lieu où fut depuis le couvent du même nom.

On ignore quel était au vn c siècle l'état des fortifications d'Orléans; l'histoire nous apprend seulement que Protade , l'un des amants de Brunehaul, sut s'y maintenir, en 603 et 605, contre les attaques de Landry, maire du palais.

Au milieu des troubles et des guerres intérieures qui accompagnèrent le changement de dynastie , les constructions religieuses furent nécessairement fort négligées ; mais il semble qu'elles auraient dû prendre un développement extraordinaire sous le glorieux successeur du chef de la seconde race. Père de l'église, politique profond , artiste et guerrier , Charlemagne avait placé sur le trône les sciences et les arts auprès de la croix et de l'épée. Son génie universel embrassait à la fois l'ensemble et les détails. Nos provinces avaient particulièrement été l'objet de ses sollicitudes; la Loire lui doit l'établissement des turcies et 4evées qui la rendirent presque constamment navigable ; dans Orléans môme il avait fait reconstruire à ses frais l'église déjà dédiée à saint Aignan, et annexé à celle de Notre- Dame-de-Bonne-Nouvelle un monastère de fdles qui se livraient à l'éducation. Ce couvent et l'église prirent alors le nom de Sainte-Marie-des- Filles (Sancla Maria Puellarum). Cependant, durant le règne de Charlemagne, nous ne trouvons qu'un renseignement douteux sur la première fondation de l'église de Saint-Benoît-du-Retour.

On comprend mieux l'état déplorable de l'architecture chrétienne sous ses successeurs ; les

princes se disputaient l'empire tes armes à la main; non-seulement la force faisait la loi, mais aussi la barbarie et la trahison. Au milieu du désordre général, en l'absence de toute action régulière de gouvernement, les populations effrayées se fractionnaient, et mues par un sentiment d'égoïsme qui n'était qu'un patriotisme vicié par la force des circonstances, cherchaient isolément a se défendre contre quiconque viendrait les attaquer. Ainsi le repos n'était nulle part et les hommes paisibles n'obtenaient quelque sécurité que les armes à la main. Les évèques eux-mêmes, la plus grande, la seule véritable puissance de Tépoque , les évèques pouvaient a peine suffire aux querelles intestines des puissants. Au milieu de cette misère , de cette détresse générale , la croix apparaissait souvent comme le refuge de l'opprimé, comme le signe de la réconciliation; mais elle ne brillait plus de cette splendeur triomphale qui se révèle par les pompes extérieures.

A tant de maux venaient encore se joindre les incursions des hommes du Nord, qui, sur leurs légers navires , remontaient les grands fleuves, pillant, ravageant tout sur leur passage. Orléans fut plus d'une fois exposé à leurs fureurs. Ses murailles démantelées ne le protégeaient plus du côté de la Loire; les hordes barbares avaient rompu le pont qui présentait un obstacle à leurs flottes; elles avaient pillé la ville à plusieurs reprises, et , vers le milieu du ix e siècle , elles y avaient allumé un incendie général et achevé de

ruiner par le 1er les églises que le feu avait épargnées ; Sainte-Croix seule avait trouvé grâce devant eux . é

Au milieu de tous ces désastres, les rois oubliaient ce qu'ils doivent à leurs peuples. Charlesle-Chauve, couronné a Sainte-Croix, avait donné h cette église celle de Notre-Dame-des-Forges ; il avait fait relever Saint- Aignan de ses ruines, et l'abbaye de Sainl-Euverte avait élé comblée de ses dons. Mais, quitte envers Dieu, que lui importait le sort de ses sujets! Orléans resta a la merci de l'étranger.

Cependant , ce que les rois ne faisaient pas, un évêque entreprit de l'exécuter. Vers 880 , Gaultier fit rétablir le pont et réparer les murailles. Pour arrêter les flottes ennemies, il éleva à l'angle sud-est de l'enceinte une forteresse qui commandait le fleuve. Le donjon de ce château subsistait encore il y a moins d'un siècle; on le nommait la Tour-Neuve.

La Bretagne , par sa position géographique , était surtout exposée aux incursions des Normands. Les habitants effrayés fuyaient vers l'intérieur, emportant avec eux les reliques de leurs saints. Quelques émigrants s'arrêtèrent à Orléans et déposèrent celles de saint Samson dans l'église de Saint-Symphorien, qui dès lors fut placée sous l'invocation du patron dont elle possédait les précieux restes; d'autres apportèrent le corps de saint Maclou , et les fidèles élevèrent en l'honneur de leur nouvel hôte, vers l'angle nord-

TOMK 1 er . k

ouest des murailles, une église qui reçut son nom.

La ville devint alors un lieu de refuge commun : la plupart des couvents situés dans la campagne s'y étaient ménagés une retraite : les moines de Bonne val dans la rue de l'Écrevisse , les Filles-de-Saint-Loup, dans la rue encore nommée le Pelit-Saint-Loup , l'abbaye de Saint-Mesmin, fondée par Louis-le-Débonnaire, au lieu où se voyait la chapelle de Saint-Mesmin, plus tard transformée en paroisse et connue sous le nom de l'Alleu-Saint-Mesmin. Ce n'est donc pas sans un certain étonnement que Ton voit les chanoines de Saint-Aignan construire une chapelle au milieu d'un cimetière qu'ils avaient obtenu la permission d'établir dans l'emplacement où subsiste encore l'église de Notre-Dame-du-Chemin (1). Ce lieu , assez rapproché des rives de la Loire et hors de la protection des murs de la première enceinte, devait être exposé à de fréquentes violations.

En dehors de la ville et près des rives du fleuve, existait dès lors une agglomération d'habitants qui plus tard fut renfermée dans l'enceinte commune. Bourg ou cité , elle se nommait alors Avenum, probablement parce qu'elle prit la place ordinairement occupée par des champs d'avoine ; ce mot s'est transformé en celui A' Avignon que lui donnent nos annalistes et que Tune de ses

(1) Cette chapelle fat dédiée à saint Aignan. Son nom la fait plus d'une fois confondre avec Feglise collégiale.

HISTOIRE (IÉNÉRALE. 33

rues porte encore maintenant. Son origine et son histoire jusqu'à l'époque de sa réunion ne reposent que sur des conjectures. Voici ce qu'il y a de plus probable à cet égard :

Dans des siècles où la campagne était incessamment parcourue par des hordes ennemies, où les troupes des rois et des seigneurs n'étaient guère moins a craindre que celles des Normands, où les armes défensives, d'une faible portée, ne pouvaient rien protéger en dehors des murailles, l'établissement d'un faubourg eût été une chose anormale. Alors, si la population, devenue plus nombreuse, se trouvait à l'étroit dans les constructions existantes, celles-ci se développaient en élévation , comme les cellules des abeilles dans l'enceinte de la ruche. On construisait dans tous les espaces restés jusqu'alors inoccupés, dans les jardins, dans les cours et jusque sur les places publiques; ainsi la place des Quatre-Coins, carrée de 20 m au plus sur chaque face, fut remplie par un bâtiment qui laissa à peine l'espace indispensable au passage.

Cependant, sous Charlemagne, la sécurité commença à renaître pour les villes de l'intérieur. Les armées étaient occupées au dehors et les Normands n'osaient plus franchir les frontières. Les populations, entassées dans les lieux fermés, osèrent déborder. Les Orléanais voulurent respirer en dehors de leurs ruelles étroites ; ils échelonnèrent de nouvelles demeures sur un coteau riant et fertile, tout inondé d'air et de soleil.

La beauté du lieu, la facilité d'y construire des demeures vastes et commodes , la liberté dont jouissaient les membres de cette nouvelle famille, tout en profitant des ressources que leur présentait la ville-mère, multiplièrent rapidement les émigrations, et bientôt Avignon acquit une assez grande importance.

Après la mort du grand empereur, les Avignonais s'effrayèrent de voir leurs demeures ouvertes aux premiers aventuriers qui voudraient s'en emparer; ils eussent pu alors se donner à la ville, qui, fière d'un tel accroissement, se fût chargée de leur défense; mais leur indépendance leur était chère, et quoique l'enceinte qu'ils allaient tracer touchât à celle d'Orléans, ils voulurent faire corps a part et s'enfermer dans leurs propres murailles.

Il serait impossible de déterminer d'une manière précise l'époque à laquelle ils purent réaliser ce projet; il est probable cependant que ce fut vers la fin du ix e siècle. Nous avons vu qu'à cette époque les murailles d'Orléans, reprises à neuf, avaient été mises sur le pied d'une bonne défense. Ces travaux, il est vrai, sont attribués par l'historien à l'évêque Gaultier; cependant il est certain qu'ils n'eussent pu être exécutés dans des temps de troubles et de calamités publiques. On doit donc présumer que le peuple eut alors quelque repos, et que les Avignonais purent en profiter aussi bien que leurs voisins.

Quoi qu'il en soit, on peut tracer l'enceinte d'Avenum sur le plan de la ville actuelle. A par-

tir de la chapelle de Nolre-Dame-des-Miracles-dc- Saint-Paul , lieu où se trouvait une petite église du même nom, elle descendait , au midi , par la rue de la Chèvre- qui-danse, la rue Musène, l'extrémité du Vieux-Marché, la rue du Puits- Saint-Christophe ou Haute-Vallée ; alors tournant à Test , elle suivait les rues du Héron et de la Pierre-Percée jusqu'à la rue de l'Écrevisse; de là elle remontait au nord , à angle droit, dans le sens de cette rue et de celle des Bahuliers. A partir de l'extrémité supérieure de la rue des Bahuliers, les murs venaient joindre, par une ligne plusieurs fois brisée, la tête de la rue Vieille- Poterie, traversaient la rue du Tabourg à la hauteur des maisons 22 ou 24, et allaient joindre la chapelle que nous avons prise pour point de départ. Deux portes seulement donnaient accès dans cette enceinte ; l'une ouvrait dans la rue de la Chèvre-qui-danse, l'autre dans celle des Bahuliers. Celle opinion est celle du savant abbé Dubois, dont les recherches sur Avenum ont singulièrement facilité notre travail.

Il ne reste rien des fortifications d' Avenum ; aucun historien ne les a décrites. Nous voyons seulement, par leur position topographique, que complètement indépendantes de celles d'Orléans, elles pouvaient cependant , du côté du levant, leur prêler et en recevoir un mutuel secours. Quel ennemi eût osé pénétrer entre deux lignes de murailles dont la distance était moindre que la portée du trait?

L'inspection du tracé de ses rues prouve que la population d'Avenum cherchait déjà à respirer plus à Taise et commençait à comprendre ce qui fait la beauté et la salubrité (Tune ville. Dès lors, selon toute probabilité , l'intérieur des maisons offrit un espace et des commodités que Ton eût vainement cherchés dans celles du noyau de la ville gauloise.

Les malheurs du ix e siècle ne firent que s'accroître pendant le suivant. Un grand nombre d'églises s'écroulèrent; l'argent, le loisir, la sécurité manquèrent pour opérer leur reconstruction. Pendant tout le x e siècle, nos historiens ne font mention que d'une seule fondation, celle de Saint-Arnoult, détruite en 1300 et remplacée par la porte Dunoise.

Cependant aux faits historiques du x c siècle se trouve liée l'existence de plusieurs églises dont il n'avait pas été question jusqu'alors. Saint-Sulpice, entre les rues Neuve et de l'Aiguillerie ; Saint - Lée , maintenant Saint - Pierre - Ensenlelée (1); Saint-Michel, transformée en salle de spectacle; enfin une abbaye , sous l'invocation de saint Jean, située le long du chemin qui est devenu la rue de la Bretonnerie. Celle-ci fut remplacée par une petite église dédiée à saint Chéron, puis par le couvent des Récollets. (Maintenant l'emplacement de ce couvent est occupé par les

(1) Saint-Pierre et Sainl-Lée, par corruption, en-sente-lée. Les étymologistes, se trompant sur l'origine de ce nom, l'ont fait dériver de in scinilâ lalâ.

deux hôtels n°* 1 et 3 de la rue de la Bretonnerie. )

Une prophétie généralement répandue annonçait pour Tan 1000 la Gn du monde. En 999 les Orléanais purent croire qu'elle allait s'accomplir. La plus grande partie de la ville fut détruite par un incendie. Ces désastres étaient fréquenls au moyen-âge. Leur cause première existait sans doute dans l'incurie des habitants; leur propagation était nécessairement rapide, en l'absence de tout secours organisé; mais on doit aussi attribuer en grande partie leurs terribles effets h la nature des matériaux employés aux constructions. La pierre n'entrait que par exception dans celle des maisons particulières, et si l'on veut tirer une conclusion rigoureuse des expressions dont se servent les annalistes, on sera porté à croire que les églises étaient égalemen t construites en bois. Selon eux, elles auraient toutes et complètement été brûlées , à l'exception de Sainte- Croix. Cependant on doit observer que ces mêmes édifices reparaissent bientôt dans leurs récits, sans qu'il ait été question de leur reconstruction intégrale. Il est donc plus probable que le désastre a été exagéré. Les flammes auront dévoré le bois des voûtes et des combles et respecté la pierre des murs et des piliers. Tel fut le sort de Sainte-Croix : le vaisseau ne fut pas attaqué parce qu'il était en maçonnerie; mais toute la charpente fut détruite.

Mille ans s'étaient écoulés depuis la venue du

Messie; la seconde dynastie des rois de France venait de s'éclipser; un incendie général avait ravagé Orléans. Avec une nouvelle série de siècles, une nouvelle ville allait se former sous une dynastie nouvelle. Robert, surnommé le Saint, avait été, dès 988, sacré a Orléans, du vivant de Hugues Capet, son père, qui voulait par ce moyen lui assurer la couronne. Le souvenir de cette cérémonie resta toujours gravé dans le cœur du roi. Son affection pour les Orléanais, sa vénération pour les saints protecteurs de la ville se signalèrent dans maintes circonstances; sous ses auspices, à l'aide de ses libéralités, la gloire architecturale d'Orléans, si ternie depuis l'anéantissement de la puissance romaine, commença à briller d'un éclat qui ne fit qu'augmenter dans les siècles suivants.

A partir du xi c siècle, la tache de l'historien devient plus facile; les dates sont plus précises, les types encore existants plus nombreux ; tout se classe, se coordonne, et si les descriptions des objets détruits manquent encore trop souvent, on peut, jusqu'à un certain point, y suppléer par des inductions qui , réunies en faisceaux, acquièrent presque la force de preuves. Nous allons donc marcher d'un pas plus ferme , et l'appréciation artistique va de plus en plus animer les dates et les noms propres.

Un seul édiûce civil d'une certaine importance existe encore au commencement du xi e siècle , c'est le Châtelet. Son origine remonte à la pre-

mière race et il a peut-être déjà subi divers changements, mais il conserve encore sa physionomie primitive; plus tard il sera déshonoré par des annexes sans caractère , par des ornements disparates : c'est maintenant qu'il faut le décrire.

Le Châtelet (Castellum) était originairement, comme son nom l'indique, plutôt une forteresse qu'un palais. Dans les premiers siècles de la monarchie, l'autorité royale tirait moins de force de son droit que de ses hommes d'armes et de ses crénaux. Les rois qui construisirent le Châtelet éprouvaient surtout le besoin de se faire respecter; l'aspect de leur demeure devait être formidable, sa position toute militaire. Situé à l'angle nord-ouest de la ville, s'avançant jusque dans les flots de la Loire, le Châtelet commandait à la fois le fleuve, le passage du pont, la porte Saint-Jacques qui y conduisait et les murs d'enceinte de l'ouest et du midi. Du côté de l'eau il se présentait sous la forme d'un gros pavillon carré flanqué de deux tours rondes d'inégale grandeur. Deux étages d'une très-grande élévation le divisaient dans sa hauteur : au rez-de-chaussée étaient cinq ouvertures plein-cintre; au premier, un nombre égal de baies géminées. Les tours n'avaient que des jours fort étroits. Ces parties, qui semblaient dater de la première époque romaine, élaienl lourdes, sévères, dénuées de tout ornement. L'intérieur ne formait à chaque étage qu'une seule salle , vastes vaisseaux où les rois donnaient des fêtes et tenaient leur cour. Près de ce grand

corps de logis se groupaient plusieurs au 1res constructions de style et d'époques postérieurs : un bâtiment couronné d'une crête dorée; un pavillon carré formant le portail même du pont et renfermant le treuil du pont-levis; une grosse tour construite par Robert, tenant lieu de l'ancienne porte; celle-ci fut remplacée en 1732 par un portail de style fleuri et contourné dont on voit encore quelques restes à l'entrée de la rue du Châtelet. De fortes murailles flanquées de tourelles enveloppaient le tout dans un carré irrégulier dont voici le tracé : Au midi, le parapet du quai actuel; a l'ouest, le côté septentrional de la rue des Hôtelleries; au nord la chapelle Saint- Jacques et une ligne tirée dans cette direction jusqu'à la rue au Lin, qui le bornait du côté de l'est. Près de la porte d'entrée était un très-petit jardin dont une chapelle occupait la plus grande partie. Cette chapelle, qui fut successivement dédiée à saint Étienne, à saint Louis et enfin à saint Vincent, n'est pas détruite; elle traverse la masse de maisons qui séparent la rue au Lin de la place du Châtelet. Du côté de la place elle a été complètement défigurée; mais son chevet paraît s'être conservé dans son état primitif : c'est un pignon construit en blocage de moellon de la manière la plus vulgaire; trois baies plein-cintre, passablement larges, s'ouvrent dans le carré; une croisée ogivale au-dessus de celle-ci, dans la pointe. Pas une colonnette, pas une seule moulure n'ornent ces ouvertures, seulement leur

cadre est largement chanfreiné (1) pour donner passage a la lumière.

Outre la chapelle Saint-Louis, il existe une précieuse relique de l'ancien Chàtelet. Dans la maison rue du Châtelel, n° 1, se trouve la tourelle qui protégeait l'angle nord-est de l'enceinte. Elle était engagée dans la ligne des murs d'environ un tiers de sa circonférence. Sa hauteur est de 12°, son diamètre hors œuvre de 6; ses murs ont i m d'épaisseur. Elle n'avait originairement qu'un seul plancher à partir duquel l'épaisseur des murailles se réduit de moitié par un redent intérieur. Les parois extérieures sont complètement verticales à partir du sol; la maçonnerie n'est qu'un simple blocage recrépi, sans autres parements que les pierres de taille qui bordent les ouvertures. Au rez-de-chaussée, quatre archères (2) s'ouvrent à 2 m au-dessus du sol ; leurs côtés sont ébrasés dans toute l'épaisseur de la muraille (3); leurs parois inférieure et supérieure sont horizontales : ainsi elles présentent intérieurement une ouverture carrée, extérieurement une fente verticale. Trois de ces archères sont dirigées vers l'extérieur de l'enceinte, la quatrième donne sur la cour. Plusieurs autres meurtrières s'ouvrent

(1) Lorsque l'angle formé par deux parements d'équerre est abattu, le biais qui en résulte se nomme chanfrein ou biseau.

(2) Meurtrières destinées à l'usage de l'arc.

(S) Une ouverture est ébrasée lorsque ses tableaux forment un biais avec le plan de la muraille et qu'elle a par conséquent plus île largeur d'un côté que de l'autre.

aussi au premier étage; celles-ci ont un trou rond au milieu d'une fente très-étroite. Le toit n'a qu'un seul égout penlé vers l'extérieur. Quelques changements ont été apportés a ces dispositions primitives : un plancher récent divise le rez-de-chaussée en deux étages, pour lesquels ont été pratiqués un jour et une véritable fenêtre; les portes sont également modernes. Rien n indique où était originairement la porte d'entrée.

Peu après l'incendie, on vil se relever de ses ruines la petite église dédiée h saint Martin , et surnommée de VËtel ou Cuisse de vache, parce qu'elle était située près d'une boucherie (t). Bientôt les réparations, les reconstructions même commencèrent. La crainte d'un nouveau sinistre engagea les architectes a n'employer le bois que pour les parties où il était indispensable. Le besoin de la pierre de taille se fit généralement sentir, et les constructions, si négligées depuis l'époque romaine, retrouvèrent une solidité telle que la plupart existeraient encore si l'homme, plus implacable que le temps, ne se fût chargé de leur destruction.

L'exemple et les largesses de Robert-le-Pieux entrèrent pour beaucoup dans cette résurrection architecturale. Par son ordre l'église de Bonne- Nouvelle commença, en 1022, à se relever de ses ruines, et quelques années plus tard celle de

(1) Son emplacement est maintenant occupé par la maison n° 2 «le la rue des Quatre- Degrés.

Saint -Aignan lut fondée dans remplacement qu'elle occupe maintenant.

Alors le style roman fleurissait dans l'Auvergne; les églises récemment construites de Sainte- Marie, de Saint-Agricol et de Saint- Vital de Clermont avaient acquis une juste célébrité aux architectes de ce pays. Le roi crut ne pouvoir mieux faire que de les prendre pour modèles, et le type roman commença à se montrer dans notre ville avec son plein-cintre, ses colonnettes ramassées, ses chapitaux historiés, son aspect imposant mais lourd, pur mais sévère. La crypte de Saint-Aignan, qui existe encore dans un parfait état de conservation, nous donne une idée à peu près complète dû reste de l'édifice. Nous y voyons la pensée de l'architecte prenant, non sans effort, son essor vers le ciel, et le ciseau du sculpteur dégrossissant h peine des figures impossibles. Mais si l'artiste ne fait que naître, nous trouvons dans le maçon une assurance, une précision qui indiquent l'habitude de travailler la pierre de taille, c'est-àdire une origine étrangère.

Ici se présente une observation qui, loin d'aider à résoudre la question si souvent discutée de la naissance de l'ogive, va peut-être y ajouter une difficulté nouvelle. Le roi Robert, dans les premières années de son règne , fait construire la chapelle de Saint-Étienne du Châtelet; la grossièreté de l'œuvre révèle suffisamment le faire des maçons de la localité : l'ogive s'y montre dans les fenêtres au-dessus du plein-cintre. Plus tard

txk PREMIÈRE PARTIE,

le même prince fait commencer par des artistes auvergnats uu temple d'une bien plus grande importance; là le plein-cintre et le style roman y régnent sans le moindre alliage étranger. Voici donc l'ogive née dans la ville antérieurement à l'importation du plein-cintre. Pour que cette conclusion conserve toute sa force , il faut, à la vérité, que rien n'ait été changé dans le pignon de la chapelle; mais l'inspection la plus scrupuleuse ne laissera aucun doute à cet égard. L'ensemble de la construction, la nature et la taille des pierres sont identiques avec celle de la tour adjacente déjà décrite, dont l'époque ne peut être contestée; et d'ailleurs la croisée du pignon, longue et étroite comme les baies romanes, ne diffère de celles-ci que par l'angle en tiers-point qui la surmonte.

Tandis que Saint-Aignan s'élevait par la munificence royale, l'évêque Arnoult (Ârnulphus), qui monta sur le siège épiscopal au commencement du xi e siècle, consacrait son immense fortune à la reconstruction de la cathédrale. De si nobles exemples ne manquèrent pas d'imitateurs : une incroyable émulation s'empara du clergé et des fidèles; mais quelques dates prouveront qu'il fallut cent ans pour réparer les désastres d'un jour. L'église de Sainte -Colombe fut terminée en 1028, le prieuré de Saint-Gervais vers la même époque (1), Saint-Marceau en 1082, Saint-Laurent

(1) Il était dans la partie de la ville située au levant de la rue de la Tour-Neuve, qui se nommait alors le faubourg Bourgogne.

en 1091, à la fin du siècle la petite église supérieure des Saints Sergius et Bacchus et celle de Saint-Benoît-du-Retour. Saint-Benoît, maintenant transformée en halle de tanneur, se voit encore dans la rue qui porte son nom, près celle de la Poterne. C'est une simple nef, une bâtisse vulgaire en moellon, sans style, sans ornement.

La porte, dont l'arc est surbaissé en anse-depanier , est encadrée de deux tores juxta-posés qui suivent les contours de la baie et se relèvent en contre-courbe au-dessus du linteau. Elle est évidemment postérieure au xi e siècle et ne doit pas remonter plus haut que le xv e ou le xvi e ; le reste du vaisseau n'accuse pas une date plus ancienne.

Les églises qui viennent d'être nommées ont toutes été, à l'exception de la crypte de Saint- Aignan, ou détruites ou complètement refondues; mais il en est quelques-unes qui conservèrent plus long-temps leur style primitif.

Saint-Pierre-le-Puellier est encore une église romane dans son plan et dans plusieurs de ses parties ; trois absydes circulaires terminent la nef et les deux bas -côtés; ceux-ci servent seuls à conlre-butter la voûte de la nef , et leur poussée (1) n'est maintenue que par des contre-forts d'une faible saillie; le plein-cintre s'y montre presque partout; quelques murailles ont conservé

(1) On nomme poussée reffort que fait une voûte pour écarter, en ^affaissant sur elle-même, les murs ou les piliers qui la soutiennent.

/i6 PREMIÈRE PARTIE,

un revêtement en moellons piqués qui remonte à une époque peu éloignée des Romains ; enfin des modillons (1) en pierre dure, les uns rudimentaires, les autres à figures grimaçantes, soutiennent plusieurs parties des corniches extérieures; la porte latérale, quoique n'offrant pas le caractère d'une aussi haute antiquité, ne doit pas cependant être postérieure au xi c siècle; l'archivolte plein-cintre et la disposition des colonnettes qui la soutiennent est toute romane, seulement ce ne sont déjà plus des chapiteaux cubiques ou historiés, mais des corbeilles élancées, ornées de ces feuilles épaisses, longues et arrondies à l'extrémité, que nous nommerions lingui formes, s'il nous était permis de suppléer à une expression qui manque dans le langage archéologique.

Contemporaine de Saint-Pierre-le-Puellier, l'église de Saint-Pierre-Emponl avait également conservé plusieurs parties construites dans le style roman et quelques autres qui paraissaient plus antiques encore; le chevet était revêtu de petites pierres taillées en losange et symétriquement disposées, comme l'appareil que les Romains nommaient opus reliculalum. Une crypte s'ouvrait sous le sanctuaire; c'était un caveau voûté en berceau d'environ 3 m 50 e sur chaque face; on y trouva des débris de colonnes romanes. L'église avait dans son ensemble, suivant M. Vergnaud-Roma-

(1) Un modillon est un petit corbeau servant à soutenir une corniche.

HISTOIRE GÉNÉRALE. lu

gnési. à qui nous empruntons ces détails, 156 pieds de long hors œuvre , 55 pieds de large, y compris les bas-côtés, et 45 pieds sous clef (1) pour la grande nef; les fondations étaient épaisses de 9 ou 10 pieds. Une lithographie fort exacte, due au crayon de M. Pensée, représente l'église à demi -démolie; le clocher est encore intact: c'est une masse carrée élevée de 160 pieds, construite en grosse maçonnerie dans l'axe de la nef ; il est couvert d'un toit pyramidal. La base du clocher a dû servir de porche; elle s'ouvrait de presque toute sa largeur par un portique pleincintre soutenu par deux colonnes romanes. A l'époque de la démolition, elle était complètement murée, sauf une porte d'entrée de petite dimension. Un larmier soutenu sur des modillons grossièrement sculptés couronnait le portique et servait de base à une fenêtre également plein-cintre de 1 5 m de hauteur et d'une largeur considérable ; les pieds-droits de celle-ci étaient ornés de deux colonnes romanes. Dans le dessin que nous avons sous les yeux, nous la voyons murée comme la porte. Il y a tout lieu de croire que la trop grande portée de ces deux ouvertures ayant compromis la solidité de toute la tour, elles ont été bouchées peu après sa construction. Les abat-sons (2) consistaient, sur chaque face, en trois baies pleincintre fort étroites, sans autre ornement qu'une

(1) Sous clef, depuis le sol jusqu'à la clef de la voûte.

(2) Abat-sons, ouverture de la partie du clocher où se trouvent les cloches.

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