‹ Histoire architecturale de la ville d'OrléansChapitre 5 sur 29 · TOME l ,r · texte numérisé non relu

TOME l ,r

feuillure qui les encadrait. Les croisées de la grande nef étaient plein-cintre et d'une assez grande dimension , les piliers accolés de quatre grosses colonnes peu engagées et surmontées de chapiteaux historiés très-saillants. La porte d'entrée ordinaire, ouvrant dans le bas-côté sud, était de style roman. Ce vénérable édifice a été démoli il y a près de quinze ans. On voit maintenant à sa place une lourde et informe rotonde de plâtre qui sert de temple aux protestants.

Nous croyons devoir mentionner ici, mais sous toutes réserves, les arcades que la tradition présente comme ayant appartenu a l'ancienne église de Saint-Étienne. On les voit dans la maison de la rue du Cloîlre-Saint-Élienne qui porte le n° 6. Elles ont 2 m 25 e d'ouverture et se composent d'arcs plein-cintre soutenus sur des piliers octogones de l m 80 e de diamètre. Le profil de l'intrados (1) des arcs est un gros tore entre deux filets. Ces moulures sortent des piliers par pénétration à la naissance de Tare. L'appareil se compose de pierres dures de grande dimension; l'ensemble a cet aspect rude et solide qui est un des caractères les plus infaillibles de nos anciennes constructions. Mais la porte d'entrée de la maison, que quelques-uns supposent avoir appartenu à la première cathédrale, n'est pas d'une date postérieure à celle des bâtiments dont elle fait partie. Elle n'a guère que la dimen-

(1) Intrados , surface concave (Tune voûte ou d'un arc.

HISTOIRE GÉNÉRALE. >i<>

sion de nos pories cochères ; son arc est ogival et encadré dans des moulures qui s'élèvent à la clef en contre-courbe. Évidemment ici la tradition se trompe; la porte et la maison sont du xiv* ou du xv c siècle. La rue du Cloître-Saint- Étienne servait spécialement de demeure aux chanoines : peut-être avons-nous sous les yeux la résidence de l'un des principaux dignitaires du chapitre.

L'incendie de 999 avait été pour les habitants une terrible mais utile leçon. Autant leurs maisons étaient au x c siècle inflammables et mal établies, autant cherchèrent-ils dans le xi e à les rendre solides et impénétrables aux flammes.

Mais l'art de la taille des pierres s'était peu à peu perdu dans nos provinces; les ouvriers étrangers suffisaient à peine à la réédification des églises, et peu de particuliers purent s'en procurer. Ce fait résulte évidemment du petit nombre de maisons de pierre du xi e et du commencement du xn c siècle que possède notre ville, rapproché de l'état parfait de leur conservation. Ces constructions, à l'aspect brut et commun, n'ont jusqu'ici attiré l'attention d'aucun archéologue; elles n'en sont pas moins dignes d'intérêt sous le rapport de l'histoire de l'art; elles forment un groupe isolé , distinct , qui n'a aucun précédent et ne se rattache par aucune transition à l'architecture ornée des siècles suivants. On dirait qu'après elles les arts ont fait une invasion subite dans la cité ; à moins que pendant un siècle ou deux ils

n'aient continué a préférer le bois comme offrant moins de résistance au ciseau du sculpteur. 11 convient donc de les décrire avec quelques détails. Peut-être le désir de réunir en un seul faisceau tout ce qui se rattache à cette matière nous fera-t-il un peu anticiper sur les dates ; mais on nous pardonnera celte excursion dans le domaine du siècle suivant en faveur des facilités qu'elle fournira à l'étude comparée.

Les maisons du style que nous nommerons ogival primitif se distinguent facilement de toutes les autres par leur solidité , jointe à l'apparence d'une extrême grossièreté d'exécution, et par plusieurs autres caractères tranchés et invariables. Leur appareil se compose , sans exception , d'assises inégales de pierres de taille de 15 à 30% jointes par des lits de mortier d'une médiocre épaisseur. Ces pierres, d'un grain dur et cassant, sont simplement piquées et par conséquent pleines de petites aspérités, quoique assez exactement dressées (1). Les murs sont plans. Les ornements en saillie ne s'y trouvent que par exception; seulement la corniche , à proûl carré ou chanfreiné, est soutenue par des modillons, ou, pour mieux dire , par des corbeaux cubiques dont

(1) Ces pierres sont de la même nature que celles qui forment les arcs-doubleaux des galeries souterraines déjà décrites et paraissent provenir des carrières de Saint-Fiacre, village peu distant de Cléry. Ces carrières, autrefois très-abondantes, ont fourni pendant plusieurs siècles les matériaux employés à la construction de nos monuments ; maintenant elles commencent à s'épuiser.

l'angle saillant est remplacé par un cavet (1). L'intérieur de ces maisons ne peut donner lieu à aucune observation : point de sculpture sur les planchers ni sur les portes ; point de pilastres de pierre aux manteaux de cheminées; les boiseries de toutes leurs fenêtres sont récentes; la disposition de leurs jours varie, mais toutes leurs portes d'entrée paraissent avoir été taillées sur le même modèle; elles ont généralement de 2 à 3 m d'ouverture; elles se composent d'un arc ogival tronqué qui repose sur des pieds-droits peu élevés. L'arc principal est renforcé par un arc-doubleau moins épais de moitié et formant feuillure des deux côtés; celui-ci prend naissance dans le pied-droit par pénétration. Les angles des arcs principal et doubleau sont abattus en chanfrein sur une largeur d'un décimètre environ.

Ces caractères sont d'autant plus précieux qu'ils nous fourniront par analogie l'âge approximatif des maisons dans lesquelles ils se rencontrent. Le grand bâtiment qui sert encore de palais de justice et de halle a la ville de Blois possède au rez-de-chaussée plusieurs portes extérieures identiques avec les nôtres, tant pour la forme que pour la nature des matériaux; mais on y remarque aussi intérieurement des ouvertures dont les pieds-droits sont ornés de colonnes a demiengagées. Les proportions de ces colonnes sont

(1) Cavet, moulure creuse dont le profil est un arc de cercle.

b'2 PREMIÈRE PARTIE ,

complètement romanes , tandis que leurs chapiteaux sont ornés de crochets épais et rud inventaires. Leur classification ne peut donc être douteuse; c'est la transition du roman à l'ogival, c'est-à-dire la fin du xi c ou le commencement du xn e siècles.

Éclairons cette description générale par quelques exemples.

La première maison qui se présente en rang d'ancienneté était située rue de l'Aiguillerie , n° 27 ; elle ne s'étendait que du n° 29 à la statuette de moine qui saille du n° 25. Maintenant réunie avec cette dernière maison , elle est complètement méconnaissable. Elle avait, comme aujourd'hui, deux étages qui étaient éclairés chacun par une petite fenêtre presque aussi large que haute et sans croisillons. Un très-petit jour carré s'ouvrait près la partie supérieure de la fenêtre du premier étage, dont il n'était séparé que par une espèce de meneau; c'était le premier exemple de ces jours d'estude dont il sera plusieurs fois question au cours de cette histoire ; l'encadrement de toutes les ouvertures était chanfreiné; au rezde-chaussée devait être une large porte pleincintre, comme dans les n° 9 29 et 31 ,

La maison n° 29 présente les mêmes caractères sous un aspect un peu plus moderne; l'état parfait de sa conservation la rendra précieuse à ceux qui voudront étudier ce lype.

La construction la plus importante du groupe ogival primitif est celle de la même rue qui porte

le n° 25 : elle se nomme le Cheval-Blanc. Elle servait d'auberge en 1366, époque à laquelle elle fut donnée à l'abbaye de Bonneval par un bourgeois d'Orléans nommé Jean Christianisali. Depuis le xiv e siècle elle a subi bien des changements, et dernièrement elle vient d'être remise à neuf, c'est-à-dire complètement défigurée. Avant cette dernière transformation elle renfermait dans ses vastes dépendances plusieurs corps de de logis de styles et d'âges différents; mais sa façade n'avait pas encore entièrement perdu son caractère original. Malgré ses grandes croisées toutes modernes et certains jours cintrés, déjà murés, qui devaient être du xvi e siècle , elle était toute empreinte de la physionomie du xn\ Maintenant il n'en reste plus que les pierres du parement , les modillons de la corniche et l'ouverture de la porte cochère. Les battants de celte porte parfaitement conservés et d'un dessin fort élégant, paraissent être du xiv* siècle. On peut en dire autant d'une figure de moine posée sur un cul-de-lampe a la partie supérieure du bâtiment. H y a tout lieu de croire qu'elle est postérieure au don fait à l'abbaye.

Au coin des rues du Puits-de-Linières et de l'Éperon on voit les restes d'un bâtiment qui doit avoir eu jadis assez d'importance. L'ancienne porte ogivale est maintenant condamnée et une partie des murs a été reprise h neuf; mais le reste est demeuré intact. On y remarque quatre larmiers, ce qui indique une origine un peu plus récente que les exemples déjà cités. Au rez-de-

chaussée, l'angle est tranché sur une largeur de l m 50 e et racheté par quatre grosses moulures, en talon renversé (1), posées en encorbellement, et séparées par des plans verticaux de hauteurs inégales. Le pan coupé est occupé par un puits public construit en pierres de taille et qui paraît de la même époque.

Les dépendances de la maison du Cheval-Blanc donnaient autrefois sur la rue Neuve. A la place des n° 9 8 el 10, on voyait encore, en 1846 , un bâtiment qui en faisait partie. Son appareil et sa porte ogivale rentraient dans le type général. Au rez-de-chaussée s'ouvraient deux jours carrés d'environ 80 e , dont le linteau horizontal était déchargé par un arc surbaissé. Un larmier régnant dans toute la façade, a hauteur du premier étage, servait d'appui à trois grandes fenêtres à croisillons; toutes les ouvertures avaient leurs arêtes coupées en chanfrein. Près l'angle gauche on remarquait un cul-de-lampe surmonté d'un dais et supportant jadis une statuette, et une baie de 80 e de hauteur sur 20 de largeur , a cintre ogival tiers-point, ornée d'une découpure trilobée.

En suivant l'ordre chronologique apparent, nous arrivons a une petite maison située rue de la Vieille-Foulerie, n° 8. Celle-ci, sur une façade très-restreinle , a quatre ouvertures au rez-dechaussée. La principale , à cintre ogival , était

(1) Talon, moulure formée d'un quart de rond et d'un cavet (quart de rond en creux). Quand le quart de rond esta la partie supérieure, c'est comme ici un talon renversé.

probablement une devanlure de boutique; les trois autres sont des portes à linteau horizontal d'une seule pièce, surmontée d'arcs de décharge; elles sont disposées une à droite , deux à gauche de l'ogive; ces dernières ne sont séparées que par un mince pilier. On comprend difficilement la destination d'un plein-pied percé d'un si grand nombre d'ouvertures. Ici, comme dans l'exemple précédent, le goût de l'ornementation commence a lutter contre la dureté des matériaux, et la pensée de l'artiste se fait jour malgré l'imperfection des outils. Les jambages des petites portes se terminent par une moulure en talon renversé que l'on pourrait prendre pour un rudiment de chapiteau. La fenêtre du premier étage est divisée par un croisillon , ët la saillie de son appui exhibe déjà le germe de ces sculptures qui, dans les siècles suivants, atteindront le degré de la perfection.

Les portes h ogives tronquées du xi e siècle ne sont pas rares dans notre ville; on les trouve principalement dans le quartier de la cathédrale. Mais le n° il du cloître Sainte-Croix en possède une d'un type particulier, fort étroite, terminée en lancette, construite en simples moellons dans une muraille d'une grande épaisseur. Suivant certains archéologues, l'ogive n'est autre chose que le plein-cintre resserré par défaut d'espace, et dès lors elle a pu exister de toute antiquité. Un examen attentif de cette ouverture peut, jusqu'à un certain point, venir à l'appui de leur opinion.

Un fragment fort curieux qui paraît de la même époque, quoique d'un style très-différent, se remarque dans la rue de la Folie, derrière le chevet de Saint-Pierre-le-Puellier. C'est une fenêtre à arc plein-ceinlre, supportée par des colonnettes à chapiteaux ornés de feuilles linguiformes ; elle est surmontée de quelques débris de corniche reposant sur des modillons à figures grimaçantes grossièrement sculptées.

Après avoir étudié les constructions apparentes des xi e et xu e siècles, descendons dans les entrailles de la terre; nous y découvrirons des choses inconnues jusqu'ici et cependant dignes de toute l'attention des savants.

Les galeries à voûtes croisées d'ogives se rencontrent fréquemment dans toute l'étendue de la première enceinte. Sauf la forme de Tare, elles sont complètement semblables à celles de l'époque romane : mêmes dispositions, même mode de construction , mêmes nervures a chanfrein , mêmes escaliers en hélice. Il en existe sous presque toutes les maisons de la rue Pomme-de-Pin. Nous citerons aussi celles des n os 18 et 20 de la rue des Petits-Souliers. Presque toutes ces galeries paraissent avoir été coupées par des murs de refend postérieurs à leur construction. Plus on les étudie et plus on se persuade que la ville apparente recouvrait un réseau de conduits cachés dont on cherche en vain à découvrir l'usage.

Si la ville souterraine avait ses rues, on va voir qu'elle avait aussi ses édifices. On trouve, dans un

précis publié en 1771 par les marguilliers de Saint- Laurent contre le prieur de la même paroisse, la preuve qu'il existait sous cette église une crypte et des caves sépulcrales. Le texte présentant quelque obscurité, nous le citerons textuellement : « L'ouverture avait environ 5 ou 6 pieds en carré: les pans étaient revêtus de maçonnerie en moellons et blocage. 11 y avait une espèce de pallier pavé en carreaux de pierre à 6 pieds de profondeur du rez-de-chaussée; sur ce pallier, au nord, on voyait une voûte maçonnée en pierres qui paraissait se terminer vers la fondation de la tour ; sous cette voûte était un escalier en pierres qui indiquait d'autres souterrains. Au couchant et au midi on voyait quelques arcades soutenues par des piliers en pierres de taille, des murs percés de distance en distance par des portes et des fenêtres en pierres de taille. Sous les arcades on remarquait des blocs de très-belles pierres de 6 à 8 pieds de longueur taillées en forme de cercueil. Au levant, une porte cintrée en pierres de taille paraissait terminer un corridor qui conduisait à ces édifices en entrant du côté du levant. »

Il résulte de ce passage que la crypte de Saint- Laurent avait beaucoup d'analogie avec celle de Saint-Sergius; mais on y trouve de plus la preuve que les galeries avaient servi de sépulcres, preuve d'autant plus précieuse que dans l'espèce c'est la seule indication qui puisse aider a ré soudre le problème.

Sous les maisons rue Pomme-de-Pin , n°" 21 et 23 , s'étend un souterrain composé de compartiments disposés irrégulièrement , mais d'équerre ; ses dimensions sont plus développées que celles des galeries; il est moins profondément enfoncé sous le sol; ses voûtes sont à croisées d'ogives ; leurs nervures descendent sur des tailloirs qui couronnent des piliers octogones engagés sur trois faces dans les parois. Il y a dans cet ensemble quelque chose de religieux et de monumental qui exclut F idée des usages domestiques.

Ce caractère se prononce plus nettement encore dans le souterrain de la maison n° 7, rue de l'Aiguillerie. Supprimons par la pensée un mur de refend et une tourelle de puits évidemment très-moderne, et nous pourrons nous croire dans une église. L'orientation est exactement observée. Trois travées à voûtes ogivales, croisées de nervures poligonales, forment une nef de 5 m 50 e de largeur sur 12 m de longueur et 6 m de hauteur sous clef. Ces nervures , à partir de la naissance de la voûte, se réunissent et descendent jusqu'à terre sous la forme d'un seul pilier poligonal. L'escalier est spacieux et à rampe droite ; il occupe la moitié delà travée orientale, dont le reste, comme dans la crypte de Saint-Sergius, paraît avoir été destiné au sanctuaire. Peut-être originairement s'avançait-il moins dans le plan de la nef : la nécessité de reculer la façade de la maison dont il fait partie a dû forcer, sinon a déplacer

tout l'emmarchement, du moins à lui donner une pente plus rapide. Le sommet des voûtes monte à l'affleurement du sol ; cependant on ne trouve intérieurement l'indice d'aucun abat-jour; un seul soupirail s'élève de la travée du milieu.

Un second escalier de quinze marches rapides conduit à plusieurs caveaux disposés irrégulièrement mais d'équerre. De fortes nervures pleinceintre, à chanfrein, soutiennent des voûtes construites suivant le même système que celles des galeries de Saint-Sergius. Un seul compartiment présente des arcs ogivaux.

On voit qu'entre l'ensemble de ces constructions et celles de Saint-Sergius il n'y a d'autre différence que les modifications apportées au style architectural par une espace de plusieurs siècles.

La forme des deux édifices qu'il nous reste à décrire se rapproche de plus en plus de celle des temples chrétiens.

Le premier est situé sous les maisons rue Pomme-de-Pin, n° 18, et rue des Trois-Maries, n° 5. Sa véritable entrée donne dans cette dernière. Il est orienté du nord au sud et se compose d'une seule nef qui n'a pas dû avoir moins de quatre travées. Un mur de refend, de construction récente, le divise en deux parties : celle qui communique à la maison de la rue Pomme-de- Pin n'a qu'une demi-travée; des trois travées et demie qui forment l'autre compartiment, les deux premières ont 3 m 60 e de long, la troisième

3 œ 40 e ; la largeur est partout de 5 m 60 e et la hauteur sous clef de 5 m 75 e . Les voûtes sont à croisées d'ogives; leurs nervures, assez minces, quadrilatérales , chanfreinées, reposent à l m 20 e du sol sur des pilastres octogones , appliqués et dégagés sur sept faces , ayant 30 e de largeur sur 20 de saillie. Ici nous trouvons des tailloirs, mais rudimentaires et composés d'une simple tablette octogone, d'un décimètre d'épaisseur, dont l'angle inférieur est remplacé par un cavet.

L'escalier est large et commode ; sa projection horizontale donne 7 m de longueur ; il ouvre dans le pignon septentrional de l'édifice, et ses marches inférieures occupent , comme dans les exemples déjà cités, une partie de la largeur d'une travée; il est séparé du reste par un fort mur de refend que l'on reconnaît être de construction primitive à un cul-de-lampe sculpté, soutenant une des nervures de voûte. Voici donc encore un sanctuaire semblable à ceux que nous avons déjà observés plusieurs fois. Quelques rayons du jour pouvaient y pénétrer , tandis que le reste du vaisseau était plongé dans l'obscurité. On ne trouve, en effet, aucune trace d'ouverture, si ce n'est au-dessus du pignon sur lequel a dû s'appuyer l'autel. Quoique bouché en grande partie par une maçonnerie récente, la forme de cet unique abat-jour est facile à reconnaître. Divisé en deux baies par un meneau vertical quadrangulaire, uni et sans moulures , il a intérieurement dans son ensemble 2 m de largeur sur 3 m 25 e de hauteur

et descend à 2 m 50 e du sol; ses pieds droits sont d'équerre avec le plan du mur; mais l'inclinaison de F appui est telle que les baies ne devaient pas avoir à l'extérieur plus d'un mètre d'ouverture verticale; il occupe le milieu du pignon, se trouvant ainsi irrégulièrement placé par rapport au compartiment qui forme le sanctuaire.

Si ces détails paraissaient insuffisants pour indiquer la destination de l'édifice , une particularité d'un haut intérêt pourra aider à lever les doutes. La retombée des nervures la plus rapprochée de Femmarchement a pour soutien un cul-de-lampe dont la partie supérieure consiste en une corbeille de chapiteau ornée de larges feuilles de lierre et surmontée d'un abaque entaillé d'un cavet profond. Sous la corbeille est un encorbellement ovoïde; au premier coup d'œil, c'est un bloc à peine dégrossi; cependant un examen attentif y fait reconnaître un de ces symboles de la Trinité déjà signalés dans le monde savant. Trois bouches et trois nez, disposés sur le milieu et sur les côtés du bloc , présentent à la fois une figure de face et deux de profil ; les yeux ne sont qu'au nombre de quatre, puisqu'il ne peut en tenir que deux entre les trois nez : c'est une tête à trois visages ou un seul Dieu en trois personnes.

L'exécution grossière de ce morceau , rapprochée de la forme de Farc des voûtes, pourrait conduire à penser que dès le xi e siècle l'ogive s'élançait déjà aux proportions du tiers-point. On objectera

peut-être que souvent d'anciens débris se retrouvent dans des constructions récentes; mais voici un autre fait qui corrobore le premier. Dans une grande salle construite sur les voûtes, des encorbellements en pierre très-larges et très-saillants soutiennent les poutres. Leur profil se compose de plusieurs tores et plusieurs cavets alternativement superposés en saillie et se termine inférieurement par un plan incliné orné de bas-reliefs, si on peut donner ce nom aux figures informes qui s'y remarquent. L'une de ces sculptures représente un homme monté sur un cheval qui traîne un chariot chargé , l'autre une figure vue de face, assise et appuyant les mains sur les genoux; quelques feuillages sont jetés sur le fond. Ce n'est certainement pas vieillir cet encorbellement que de l'attribuer au xi e siècle.

L'appareil n'a rien de remarquable ; les nervures, les pilastres, la tranche du mur qui s'avance entre les sanctuaire et l'escalier, les tableaux et le meneau de la baie sont en pierres dures; tout le reste est en moellons piqués, d'un appareil peu régulier, et recouverts d'un épais crépi.

La construction souterraine , dont il nous reste à parler, est la plus considérable du groupe; elle s'étend de l'est à l'ouest, sous des maisons nouvellement construites, depuis le presbytère de Sainte-Croix jusqu'à l'angle du prolongement de la rue de la Préfecture ; sa longueur est de 20™ 95 e , sa largeur de 8 m 90 e ; elle se divise en quatre

travées égales. Les voûtes sont k croisées d'ogives, leurs arcs-doubleaux un peu plus ouverts que le tiers-point. Les nervures, de profil carré chanfreiné , reposent , comme dans plusieurs des exemples déjà cités, sur des pilastres polygonaux méplats. Ici ces pilastres ont 3 m de hauteur. La clef de la plupart des voûtes est percée à son centre d'un trou cylindrique d'une certaine profondeur. Au milieu du pan septentrional de chaque travée, on voit une sorte d'abat-jour qui devait présenter à l'affleurement du sol une ouverture de i m carré et dont l'appui descend par un plan incliné à la hauteur des chapiteaux des pilastres. Des arrachements qui existent dans le pignon oriental indiquent un ancien conduit vertical saillant que l'on a pris pour une cheminée. La descente actuelle tracée dans le plan du souterrain, à l'angle sudouest , est de construction nouvelle. Originairement , on entrait du côté de l'est par un vestibule joutant au pignon et renfermant l'escalier : la moitié de cette pièce est maintenant séparée du reste par un mur de refend ; sa partie accessible comprenait les marches inférieures. Le propriétaire ayant, depuis quelques années, exhaussé partout le sol jusqu'à 50 e de la naissance des voûtes , elles ont disparu sous ce déplorable terrassement.

* A la suite et à l'ouest de cette première salle, il s'en trouve une seconde absolument du même style : celle-ci n'a que 9 m de long sur 6 m 75 e de

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