‹ Histoire architecturale de la ville d'OrléansChapitre 8 sur 29 · TOME I er · texte numérisé non relu

TOME I er

sur notre droite l'église de Saint-Jean-le-Blauc et un château gothique , plus près de nous le couvent des Auguslins, et nous nous ferons une idée à peu près complète des lieux maintenant occupés par les portereaux et la route d'Olivet.

Devant nous , le fort des Tourelles s'élève à la tête du pont; il semble s'être détaché de la ville pour défier Vennemi. Un boulevart de terre de forme carrée protège ses approches. Derrière les Tourelles, le pont, aux arches étroites et inégales, se traîne lourdement, comme écrasé sous le poids des maisons et des tours de défense qu'il supporte. Aux deux tiers de son parcours, il traverse un ilot allongé nommé en amont la Motte- Saint-Antoine, en aval la Motle-des-Poissonniers, et dérobe ainsi a nos regards ses dernières arches. En cet endroit, quelques maisons se groupent autour de l'église de l'hospice Saint-Antoine, et la verdure des arbres se marie à la teinte dorée des sables. C'est une touche gracieuse jetée sur un tableau sévère, car au-delà des mottes l'œil ne trouve que la ligne des murailles. Jadis , les blanches voiles qui sillonnaient le fleuve se détachaient gaîment sur ce fond obscur, et de nombreux moulins sur bateaux animaient continuellement la scène. Maintenant le bruit des armes a chassé le commerce, et si les moulins existent encore, ils vont bientôt couler à fond sous le canon de l'ennemi.

Il ne reste donc plus que la ville de guerre avec son aspect menaçant. Son front occupe l'espace

compris entre les rues actuelles de TÉcu-d'Or et de la Tour-Neuve. Des tours, de formes et de grandeurs différentes , les unes basses et terrassées comme des bastions, les autres plus élevées et couvertes d'un toit conique, flanquent la ligne des murailles, de laquelle se détachent vigoureusement le Châtelet, aux fenêtres ogivales, à la crête dorée, et la Tour-Neuve , masse colossale qui commande la Loire. Plusieurs entrées s'ouvrent dans cette ligne : la porte Jacquin ou du Pont, la poterne Chesneau et quelques guichets de moindres dimensions.

Derrière cette sombre enveloppe , les maisons s'échelonnent sur la pente du coteau. Les sommets prismatiques des tourelles féodales s'élancent ça et là au-dessus des lignes horizontales des toits roturiers, nivelés comme la condition de ceux qu'ils abritent; mais ils sont eux-mêmes dominés par les clochers des églises , et surtout par la masse imposante de la cathédrale, près de laquelle tout édifice semble s'anéantir.

Si nos yeux s'égarent de la cité sur le paysage qui l'entoure, quel contraste! que de grâces dans l'ondulation des coteaux ! quelle richesse dans la végétation qui les couvre! avec quelle majesté les églises de Saint-Euverte et de Saint-Aignan dominent les grands arbres qui se balancent autour d'elles ! avec quel charme le temple plus modeste dédié à Saint-Laurent-des-Orgerils couronne, du côté opposé, le monticule chargé de céréales dont il tire son nom !

Après ce regard rapidement jeté sur l'ensemble, cherchons à reconnaître certains détails. Du côté du midi, l'enceinte suit les contours peu prononcés de la rive, sans autre moyen de débarquement que quelques glacis de peu d'étendue. A partir de la Tour-Neuve, elle remonte à angle droit vers le nord, présentant un front rectiligne protégé par des tours rondes qui saillent des deux tiers de leur circonférence. Ces tours, d'origine romaine, ou tout au moins construites sur les fondements romains, sont pour la plupart couvertes de toits à un ou deux égouts. Plusieurs portent une ou deux grandes lucarnes assises sur des encorbellements de mâchicoulis , les autres ont pour toutes ouvertures des archères, meurtrières verticales, longues et étroites, adaptées à l'usage des traits. La porte Bourgogne est la seule de celte ligne; elle est flanquée de deux tours de médiocres dimensions. A partir de la tour d'angle située dans un emplacement maintenant occupé par les communs du palais épiscopal, la muraille se brise d'équerre et continue dans la direction de la rue actuelle de l'Évêché jusqu'à la tour de Saint-Samson, dont une partie se retrouve encore dans les dépendances du collège , a l'angle des rues Saint-Pierre et Barillerie. Le front septentrional de l'enceinte est flanqué de tours semblables à celles du côté oriental; il n'a qu'une entrée, la porte Parisie, dont la place a déjà été indiquée.

Avant la réunion d'Avenum, la muraille, fai-

sant un nouvel angle étroit, à partir de la tour de Saint-Samson , descendait jusqu'au Châtelet, en suivant à peu près le côté oriental des rues actuelles de l'Aiguillerie et des Hôtelleries. Trois portes s'ouvraient dans cette ligne : la poterne Saint-Samson, à l'angle nord-est des rues Jeanned'Arc et de PAiguillerie , la porte Dunoise, à l'intersection des rues Faverie et des Hôtelleries, et la porte Saint-Jacques, près la chapelle du même nom.

Mais en agrandissant la ville d'une manière notable, la seconde enceinte a gâté sa régularité primitive. De la tour de Saint-Samson, elle s'avance au nord-ouest suivant un angle très-obtus, jusqu'à la porte Bernier, dont l'emplacement se retrouve actuellement dans la partie centrale du Marlroi; de là elle tourne au sud-ouest, vers la porte Renard, située près du marché du même nom, à l'extrémité de la rue du Tabourg , puis elle se courbe vers la Loire, dont elle atteint la rive après avoir passé par un point sur lequel s'est élevé plus tard le sanctuaire de l'église de Recouvrance; enfin elle se brise dans la direction de l'est et va rejoindre la porte du pont.

A l'époque où la deuxième enceinte fut construite, des armes d'une grande portée , comme l'arbalète et le ribaudequin, étaient devenues d'un usage général; il avait fallu proportionner les moyens de défense à ceux de l'attaque. Les tours avaient été tracées à des distances moins rapprochées que celles de l'enceinte romaine ;

mais leurs murailles et celles de la ceinture avaient reçu plus d'épaisseur.

Maintenant pénétrons dans la ville. Nous voici sous la voûte de la porte Jacquin. A travers ce cadre noirâtre nous voyons les lignes sinueuses de la rue des Hôtelleries s'enfoncer au cœur de la cité. Malgré son peu de largeur et son obscurité, cette rue mérite toute notre attention. Ses maisons, construites en pierre de taille, en briques ou en bois sculpté, n'ont pas moins de deux h trois étages. Leurs rez-de-chaussées , ouverts à tous venants, se composent d'arcades plein cintre fermées la nuit seulement par des devantures mobiles. Ce sont des boutiques garnies de tout ce qui peut satisfaire soit le luxe, soit les premiers besoins de la vie. Au milieu de ce long bazar, de jolies bourgeoises vont aux emplettes , de sales paysans conduisent des chariots, des seigneurs chevauchent fièrement, et devant eux la crainte prend les formes du respect , des mendiants chantent des cantiques, des commères caquettent, des bourgeois dissertent sur les affaires publiques; une croix passe, chacun se tait et s'incline. Toute la vie du moyen-âge se retrouve là avec son activité, ses joies bruyantes, sa dévotion et ses misères.

La rue des Hôtelleries occupe l'emplacement des fossés de la première enceinte. A gauche est Avenum, le quartier des nobles et des riches bourgeois; adroite, la cité gauloise et romaine. Avenum porte l'empreinte du moyen - âge ;

l'absence de prévoyance el d'autorité s'y fait sentir à chaque pas, au milieu des produits d'une imagination qui s'élance vers les objets nouveaux. Les maisons sont gracieuses et ornées, mais disposées suivant le caprice des constructeurs; les rues sont passablement larges, mais elles s'embranchent mal et forment des courbes sans motif. Dans Genabum c'est tout le contraire : si les rues sont étroites, si les maisons obscures , excessivement basses de plancher, se pressent, s'étouffent les unes contre les autres, on retrouve encore la pensée romaine planant sur le tout et débrouillant le chaos. Deux voies principales, se coupant d'équerre, divisent en quatre parties presque égales le grand carré de la ville ; des rues généralement alignées débouchent dans celles-ci a angles droits. Le plan est bien conçu; l'espace seul a manqué aux Romains.

Cependant, dans les limites même de l'enceinte romaine, on retrouve les caractères distinctifs de diverses époques. Sur les rives du fleuve, les maisons semblent jetées au hasard ; elles ne laissent entre elles que des ruelles tortueuses et étroites : c'est encore la ville gauloise avec son aspect misérable et barbare. A mi-côte, un grand nombre d'églises petites et mal construites rappellent et la ferveur et la pénurie des chrétiens des premiers siècles. Enfin, dans la partie supérieure, la cathédrale s'élève au milieu d'un quartier plus régulier, accompagnée de plusieurs autres églises dont le style et les dimensions révèlent les pro-

grès de l'art et la richesse publique. Ainsi on voit la population s'étendre et gravir lentement le coteau, déposant sa lie dans les parties inférieures et se classant par zones qui portent l'empreinte d'une civilisation de plus en plus avancée.

Déjà même elle a débordé la nouvelle enceinte. Des commencements de faubourgs s'étendent dans trois directions : à l'est, jusques et y compris Saint-Aignan; au nord, jusqu'à Saint-Pouair ; au couchant, jusqu'à la Croix-Morin. Des églises, des monastères s'élèvent çà et là , édifices destinés à une ruine prochaine , quoique n'ayant eu pour la plupart qu'une très-courte existence.

Car l'Anglais approche et les Orléanais ne comptent pour rien les sacrifices dès qu'il s'agit de sauver leur pays du joug de l'étranger. Les faubourgs peuvent favoriser les attaques des assiégeants, ils seront rasés; les églises leur offriraient des citadelles et des magasins , elles s'écrouleront également. Celles qui se trouvent le plus près des murs tombent les premières : Saint- Michel, dont la place est maintenant occupée par la salle de spectacle, Saint-Victor, qui en est tout proche; la chapelle Saint-Lazare du Martroiau-Corps, située dans les dépendances actuelles de la halle aux grains , celle de Saint-Mathurin , l'hospice de Saint-Pouair et sa chapelle, les églises et les couvents des Cordeliers, des Carmes et des Augustins, l'abbaye de Saint-^Avit, enfin l'église Saint-Aignan, à peine reconstruite.

Mais c'est peu de ces ruines ; les Orléanais crai-

gnent encore de n'avoir pas assez complètement déblayé les alentours et la place. Le cercle de destruction s'étend : Saint-Pierre-Ensentelée, qui d'abord avait trouvé grâce , Saint-Loup , Saint-Marc, la chapelle de Saint-Oervais ou de Sainl-Phallier, Saint-Vincent, la maladrerie de Saint - Lazare , celle de la Madeleine, Saint- Euverte, Saint-Pouair, la petite chapelle de Saint- Aignan, Saint-Laurent, tombent sous les coups des héroïques démolisseurs, et la ville reste seule au milieu d'une plaine dévastée.

Nous ne dirons rien ici du siège d'Orléans:

assez d'historiens ont raconté la valeur de nos concitoyens et les prodiges de Jeanne d'Arc. Les opérations stratégiques sont en dehors de notre sujet, et nous traiterons dans un article monographique des particularités qui se rattachent à l'état matériel des fortifications. Passons donc de suite a l'époque de bonheur et de paix qui succéda à ces temps de désastres et de misère.

L'art architectural, concentré jusqu'à ce moment dans les édifices religieux, commença dès lors a déborder de toutes parts sur les maisons particulières. Le goût des ornements de sculpture devint général ; mais le grain dur et cassant de la pierre jusqu'alors employée se refusait h l'exécution des ornements de détail ; et si le bois présentait au ciseau une matière facile, il devenait non moins facilement la proie de la pourriture et des vers. Son usage pour les ornements extérieurs fut donc bientôt abandonné par les

artistes désireux de léguer leur nom à la postérité, et les architectes se mirent à la recherche d'une pierre dont le grain fin, homogène et suffisamment dur pût à la fois se prêter à la taille et résister aux outrages des temps. La pierre d'Apremont leur parut posséder toutes les qualités désirables, et sa découverte opéra dans l'architecture civile une véritable révolution. Cependant, soit qu'elle fût plus rare dans les commencements, soit que les architectes aient suivi en cela une inspiration artistique, ils remployèrent rarement seule ; ils la réservèrent pour les chambranles de toutes les ouvertures , pour les corniches, pour tous les détails d'ornementation , et construisirent en briques le plan des murailles, tressant sur ce fond de teinte orangée de grands losanges bruns, formés de briques vitrifiées.

Les maisons de briques et pierres mi-parties, ont quelque chose de grandiose ; elles respirent encore la féodalité. Leurs escaliers se détachent du corps-de-logis, dans une tourelle qui rappelle le donjon du château ; leurs toits sont rapides, leurs murailles presque dénuées d'ornements en saillie, leurs ouvertures larges et leurs planchers élevés; mais ce que leur masse pourrait avoir de trop imposant se trouve harmonieusement racheté par l'effet mosaïque de l'ensemble. Rien de plus riche et de plus élégant que ce champ losangé rouge et brun, sur lequel se détachent en blanc les filets des cadres des portes et des fenêtres, les

sculptures des corniches, les édifices des cheminées, et parfois quelques pinacles légèrement jetés sur le fond.

Ce style ne conserva pas long-temps sa noblesse primitive, les petits ornements l'envahirent et lui enlevèrent bientôt ce qu'il avait de monumental ; cependant, il en reste à Orléans deux modèles précieux.

Le plus remarquable est l'hôtel située nie de la Bretonnerie, et maintenant divisé en deux maisons portant les n 08 28 et 30. On le nomme la Vieille-Intendance, parce qu'il a servi long-temps aux intendants de la province. H fut bâti en 1430(1), par François Brachet, intendant de la reine Isabelle d'Arragon, veuve de Louis d'Anjou, roi de Jérusalem; on le désignait alors sous le nom modeste de la Grande-Maison. Henri IV et Jacques II y descendirent, lorsqu'ils passèrent par Orléans.

Pour étudier avec fruit la Vieille-Intendance, il faut d'abord la réintégrer par la pensée dans son état primitif, abattre les misérables constructions qui séparent sa cour en deux parties, enlever les portails modernes ouvrant sur la rue, sup-* primer tout l'annexe formant le n° 26 , quoique au premier coup d'oeil il semble faire partie du grand corps-de-logis; rendre leurs formes natu-

(1) Nous adoptons cette date comme la plus probable, mais elle n'est pas authentique. Dom Gcron attribue la construction de Tlotendance à un chanoine nommé Charles Brachet , et en f«e l'époque à 15Vi. Le style de l'hôtel dément cette opinion.

relies à plusieurs ouvertures retaillées à la moderne, et supprimer toutes celles qui ont été récemment pratiquées, notamment les fenêtres carrées que Ton remarque au deuxième étage du côté du jardin.

Ainsi restaurée, l'Intendance s'élève entre une cour qui a sa façade pour largeur et un jardin de plus d'un hectare d'étendue. Du côté de la cour, elle se compose d'un grand corps-de-logis qui fait face à l'entrée, et d'un moindre bâtiment formant T avec celui-ci et avançant sur la gauche un pignon aigu orné de rares crochets : celui-ci n'a qu'un étage au-dessus du rez-de-chaussée; le corps principal, qui est élevé sur perron, possède, en outre, un second a grandes lucarnes en pierre, surmontées de pignons à crochets.

Deux tourelles quadrangulaires, de hauteurs et de largeurs inégales, renfermant les escaliers, sont appliquées aux extrémités de la façade; leurs toits, quadrangulaires et aigus, s'élèvent au-dessus du reste des bâtiments; leur étage supérieur forme une sorte de guette, à laquelle on monte par un très-petit escalier cylindrique, appliqué extérieurement a la tourelle du côté du corps-de-logis et coiffé d'un toit conique. Les toits des grandes et des petites tourelles, ainsi que ceux de la façade reposent sur une corniche formée d'un quart de rond entre filets, laquelle est tantôt en bois, tantôt en pierres, tantôt simplement profilée, tantôt fouillée de sculptures représentant des guirlandes de feuilles

et de fruits. Dans la partie du bâtiment qui donne sur la rue des Huguenots, cet ornement est remplacé par un gros cable noué en manière de cordelière, à des distances assez rapprochées pour former une série de modillons d'un style aussi original qu'élégant.

Du côté du jardin, le plan du parement n'est interrompu par aucune saillie. Sept grandes fenêtres de largeur et de hauteurs inégales s'ouvrent à chaque étage; il est impossible de découvrir mainlenantla moindre trace des croisillons qu'elles avaient probablement dans l'origine ; elles sont à plates-bandes et à sommiers arrondis; les moulures de l'encadrement sont prises en retrait dans le tableau; elles suivent le tracé des pieds-droits et du linteau et se composent de deux boudins profondément fouillés, alternés avec trois cavets et leurs filets. L'appui est taillé a l'affleurement du mur, sans ornements. Quatre grandes lucarnes en pierre , à pignons ornés de crochets, couronnent la façade. Cet ensemble n'est pas complètement régulier : la symétrie était inconnue aux architectes de celte époque; mais à défaut de ce mérite, l'Intendance avait celui de la grandeur et de la majesté. A sa vue, le peuple devait se sentir pénétré de respect et concevoir une haute idée du représentant de l'autorité royale , a qui elle servait de palais; car alors la force matérielle était encore le moyen gouvernemental le plus à la portée de l'intelligence populaire.

L'intérieur de la Vieille-Intendance renferme deux parties dignes de remarque.

La pièce qui sert maintenant de cuisine occupe, à l'angle du principal corps-de-logis et près du grand escalier , une partie du bâtiment adjacent ; elle a 6 m sur 7 m 50 e ; elle paraît n'avoir eu que des jours d'une très-petite dimension, car les trois fenêtres que l'on y remarque maintenant sont évidemment de fraîche date, et rien n'en indiquant ailleurs, il est évident qu'elles ont été sinon ouvertes, du moins agrandies pour les approprier à de nouveaux besoins. Elle a une voûte en pierre composée de deux travées d'ogives surbaissées, a simples nervures diagonales : ces nervures reposent sur des culs-de-lampe ornés de fleurs naturelles. Les clefs portent des écussons : sur l'un on voit un chien assis, l'adiré est presque complètement caché par une cloison récente. La porte paraît de la première origine; elle est peu élevée et donne sur le palier du grand escalier. Quoique la cheminée ressemble par ses dimensions à celles du xv c siècle, l'état des lieux prouve qu'elle a été construite après coup.

Cette salle devait avoir une destination spéciale, car toutes les autres sont voûtées; mais quelle était cette destination? Sans cheminée, elle ne pouvait servir de cuisine; il n'est guère plus rationnel de voir une chapelle dans une pièce surmontée <J'un premier étage; cependant sa construction est des plus solides ; elle n'est point ornée; un chien sculpté sur l'une des clefs de la

voûte semble rappeler à tous des devoirs de vigilance et de fidélité ; Tunique porte d'entrée ouvre dans la tourelle de Y escalier d'honneur ; enfin on passe de la pièce principale dans un petit cabinet que Ton pourrait regarder comme une de ces prisons de police maintenant désignées sous le nom de violon. Elle remplissait donc toutes les conditions voulues pour rétablissement d'un corps-de-garde, et nous la regarderons comme telle jusqu'à preuve contraire.

Le grand escalier est une œuvre remarquable, et son style donne une haute idée de l'ornementation intérieure du reste de l'hôtel. Il occupe la plus grande des deux tourelles. Il est en hélice, ou, comme on disait au xv e siècle , en vis , quoique dans une cage quadrangulaire. Autour du cylindre qui en forme le noyau, circule , suivant le rampant des marches , une petite arcature tréflée, dont les colonnettes sont a demi-engagées dans autant de pilastres carrés; les bases de ces colonnettes sont prismatiques; des feuilles naturelles Ornent leur chapiteau. Au pourtour intérieur de la cage, des culs-de-lampe ornés de feuillages soutiennent des troncs de pilastres demi- cylindriques, ornés de nervures hélicoïdes. Sur ces pilastres reposent des arceaux en anse de panier, lesquels supportent une corniche. L'ensemble de ces ornements prend environ un tiers de la hauteur de l'échappée , dont il occupe la partie supérieure. A partir du palier du deuxième étage, l'ornementation n'est plus la même. Là le

noyau se divise en plusieurs nervures soutenant une voûte en berceau qui circule tout aulour, et les arceaux du pourtour se courbent en pleincintre, pour s'harmoniser avec ce gracieux couronnement. Deux élages occupent la partie supérieure de la tourelle ; on y monte par le petit escalier cylindrique appliqué qui conduit aussi dans les combles. La cage est éclairée par de petites baies réunies deux a deux. Les appuis de ces baies sont horizontaux, mais respectivement plus élevé l'un que l'autre, suivant le rampant de l'escalier. Le second escalier présente, sur des dimensions plus restreintes, la même disposition, moins les ornements.

Les caves , qui sont à deux étages et trèsvastes, n'ont rien de caractérisé. Les charpentes des combles forment une voûte ogivale régnant d'un bout à l'autre du bâtiment , sans autre soulien que quelques piliers en bois destinés a assurer les faîtages. Le reste de l'intérieur n'a plus rien conservé de son élat primitif, si ce n'est le carrelis d'une chambre inhabitée, située <ftns les étages supérieurs. Les carreaux sont d'un grain très-dur et très-fin; ils sont carrés et n'ont que 9 e sur chaque face.

La maison royale, construite par Louis XI dans le cloître de Saint-Aignan, se rattache complètement au type que nous venons de décrire. Elle est entre cour et jardin. La tourelle de l'escalier d'honneur s'avançait au milieu du bâtiment, celle de l'escalier de service à l'angle à gauche:

elles sont toutes deux complètement détruites. Dans la partie de la façade occupée par la première, s'ouvrent maintenant à chaque étage deux fenêtres modernes. 11 ne reste plus qu'une fenêtre de Fépoque primitive : celle-ci n'a pas ou plutôt n'a plus de croisillon. Quant aux deux grandes lucarnes en pierre de taille qui se voient du côté de la cour, leur construction est toute récente. Elles sont coiffées d'un pignon plein, orné à sa base et a son sommet de trois obélisques d'environ 50 e de hauteur , sortant chacun d'un panache de chou frisé. La porte donnant sur le cloître est à cintre surbaissé en anse de panier. Les caves sont spacieuses, mais sans caractère. La maison royale forme maintenant les n 08 2 et 4 du cloître Saint- Aignan.

On a vu par ce qui précède que nos architectes avaient établi entre le style des édifices religieux et celui des maisons particulières une ligne de démarcation nettement tranchée. Pour le premier, l'arc ogival partout et toujours; pour les autres, les arcs droits et les lignes horizontales, excepté dans les portes cochères que l'on n'osait pas encore construire à plates-bandes. Il n'en fut pas ainsi des artistes; ceux-ci, séduits par l'élégance de l'ornementation ogivale , la prodiguèrent dans tout ce qui sortit de leurs mains. Les architectes furent même obligés de leur faire certaines concessions à cet égard : ainsi, dans les maisons de bois surtout, les pinacles, les contrecourbes et bien d'autres détails du même style,

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