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LES APPLICATIONS MOBILIÈRES

venance exotique ou les fines porcelaines de Sèvres et de Saxe. En rentrant dans la logique architecturale du meuble, ils avaient ajouté à sa richesse et satisfait au goût du moment. »

Dès le règne de Henri IV, mais principalement à partir de Louis XIII, on voit en effet le me'tal tenter de s'associer au bois dans le mobilier. Dans les retables, les enroulements un peu massifs de l'ornementation encadrent des petits bas-reliefs sculptés,

parfois avec une grande finesse. Mais la marqueterie de Boulle a été considérée comme une véritable innovation. Le nom de Boulle a été porté par toute une famille d'artistes, qui s'est fait un nom pendant tout le xvn* siècle, par les meubles sortis de leur fabrique ou exécutés sous leur direction. Le plus célèbre de cette famille est André-Charles Boulle, fils de Jean et neveu de Pierre Boulle, qui, tous deux, étaient logés au Louvre et portaient le titre de

menuisiers du roi. André-Charles Boulle, né en 1642, mourut à l'âge de quatre-vingt-dix ans, et le Mercure de France annonce sa mort en ces termes (mars 1732) : « André-Charles Boulle, natif de Paris, architecte, peintre et sculpteur en mosaïque, ébéniste, ciseleur et marqueteur ordinaire du Roy, né en l'année 1642, le 10 novembre, est mort à Paris, dans les galeries du Louvre, où il avait l'honneur d'être logé depuis l'année 1672. Cet illustre artiste, dont le mérite était connu en France et dans les pays étrangers, est infiniment regretté par les amateurs des beauxarts. Il laisse des fils de sa profession, héritiers de ses talents et de son logement aux galeries du Louvre. »

Parmi les œuvres de Boulle qui joignent un caractère his-

torique à une authenticité incontestable, nous pouvons citer deux magnifiques coffrets de mariage, à deux corps et à trois faces, qui ont été commandés au célèbre ébéniste par Louis XIV, à l'occasion du mariage du grand dauphin, son fils, avec Marie- Christine de Bavière. Ces deux chefs-d'œuvre, dont la forme et la décoration sont à peu près identiques, sont restés au palais de Versailles, jusqu'à ce que le grand dauphin les fît transporter au château de Meudon, sa résidence favorite, où il mourut. Ik ont ensuite passé en d'autres mains, et faisaient naguère encore partie de la fameuse collection de San Donato, à Florence. Voici comment le catalogue décrit ce meuble : « Il est à double couvercle et à six ornements à cannelures en bronze doré, servant

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d'abattants et recouvrant six séries de tiroirs à bijoux, à deux mascarons de tètes barbues aux angles, à six mascarons de têtes de femmes laure'es, servant de serrures aux abattants, qui ont à leur base six mufles de lions; le tout en bronze dore', ainsi que les tores de lauriers et la pomme de pin couronnant ce meuble splendide, dont la marqueterie, en première partie pour le corps du meuble, en seconde pour le couvercle, est exécutée en cuivre

et en étain sur écaille. Les entrées de serrure sont fermées de dauphins en bronze doré. La base, supportée sur la face par quatre balustres accolés, n'est pas d'une moindre richesse d'ornementation en bronze doré et travail précieux de marqueterie. Elle est reliée par un entrejambes cintré, orné d'un plateau circulaire en bronze doré. A la partie supérieure, un tiroir à entrée de serrure en bronze doré, représentant une tête laurée. Les

deux intérieurs ne sont pas d'un moins riche travail de marqueterie que l'extérieur, et présentent une série de tiroirs invisibles à secret. Sur chacune des faces, une poignée en bronze doré, qui aide à ouvrir les tiroirs intérieurs. Trois clefs qui sont, elles aussi, des modèles de luxe dans leur genre, accompagnent ce meuble qui n'a d'autre rival que le suivant, son pendant... Boulle a reproduit le meuble précédent, avec cette seule différence que le corps est en seconde partie et la marqueterie du couvercle en première. Il n'a apporté de sérieuses modifications qu'à la base ;

elle n'a point de tiroirs, n'est supportée sur la face que par deux balustres ornés à leurs angles supérieurs de quatre têtes d'agneau en bronze doré, et présente au milieu un large et fort beau mascaron, tête de satyre couronnée de pampres, en bronze doré. L'entrejambes cintré est remplacé par un panneau de marqueterie rectangulaire. — Nous ne connaissons pas d'oeuvres de Boulle d'un plusgrand caractère, d'une plus admirable perfection. ».

Les pendules monumentales en marqueterie de Boulle sont quelquefois d'un caractère superbe. La gaîne, enrichie de beaux

COFFRET DE MARIAGE, COMMANDÉ A BOULLE, PAR LOUIS XIV, POUR LE MARIAGE DU GRAND DAUPHIN.

LE METAL DANS LES TEMPS MODERNES

bronzes dorés, porte la pendule, habituellement surmontée d'une figure du Temps. Dans une de ces pendules, on voit, sous le mouvement, un joli bas-relief représentant les Parques.

« Les ouvrages de cet habile homme, dit Gersaint, en parlant de Boulle, sont toujours recherchés avidement par les curieux, quoiqu'ils soient d'un goût différent de celui qui règne aujourd'hui... Jamais on n'a travaillé avec plus de goût, plus de

soin, plus de solidité et plus d'honneur que lui, et rien ne sortait de ses mains qui ne fût à l'abri de tout reproche, même jusqu'aux parties qu'il était obligé de confier au dehors... »

Crescent père et fils, qui vinrent après Boulle et firent également des meubles enrichis d'ornements en cuivre et en écaille, acquirent une grande réputation sous la Régence. Crescent fils portait le titre « d'ébéniste des palais du duc d'Orléans », et ses

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