‹ Histoire artistique du métalChapitre 23 sur 120 · RELIQUAIRE · texte numérisé non relu

RELIQUAIRE

Saint-Marc de Venise, qu'on appelle la Pala d'Oro, a été très certainement commandé à des orfèvres de Constantinople. La part qui revient dans tout ceci aux artistes natifs d'Italie paraît assez mince. On sait pourtant que les moines du Mont- Cassin travaillaient l'or et l'argent; on sait aussi que les artistes byzantins, chassés avec fureur par les iconoclastes, arrivèrent en foule en Italie où ils durent former des élèves. Le beau parement d'autel de l'église de Saint-Ambroise, à Milan, le paliotto, paraît d'origine byzantine, mais il est impossible de savoir si les mains qui l'ont si délicatement travaillé étaient grecques ou italiennes.

Un reliquaire conservé dans l'église Saint-Marc, à Pordenone, se rattache aussi à l'orfèvrerie italienne. Il est en cuivre doré et présente la forme d'une tête de Christ, avec une extrême barbarie d'exécution. Le travail est encore de style byzantin, mais il est difficile de lui assigner une date positive, car jusqu'au xuc siècle les types offrent une grande uniformité et en même temps une telle barbarie, qu'il est impossible de les classer. Ce Christ est analogue à ceux que l'on rencontre dans

ITALIE

le Frioul, et dans quelques parties de l'Italie septentrionale. Un autre reliquaire, appartenant à la même église, mais qui peut être d'une date un peu postérieure, montre une plus grande connaissance pratique du travail du métal, et il a en outre cet avantage énorme que, ne portant pas de ligure humaine, la représentation en paraît nécessairement moins grossière.

Pendant toute la première partie du moyen âge, l'art avait •té comme ballotté entre deux tendances contradictoires. D'une part, les Byzantins, dont l'industrie était beaucoup plus avancée que celle des autres nations, répandaient à profusion leurs produits

en Italie, et, au temps de la guerre des iconoclastes, leursarlistes vinrent en foule s'y établir. D'autre part, les vieilles traditions latines étaient restées, malgré tout, très vivaces dans le pays, et le style latin dégénéré persistait en lace des innovations byzantines, sans progresser, sans se transformer en rien, et faisant toujours acte, sinon d'activité, au moins d'existence. L'art ogival, qui s'était développé dans le nord, n'avait eu que peu de prise sur l'Italie, et, quand on vit apparaître les premières lueurs de la Renaissance, le pays se trouvait encore dans la situation que nous venons de dépeindre.

Le Mont-Cassin, dont l'abbaye était une des plus riches de l'Italie, formait en même temps un vaste laboratoire d'orfèvrerie religieuse, dans lequel, tout en faisant de temps à autre des ouvrages de style byzantin, on ne cessa jamais de pratiquer les méthodes purement italiennes. L'abbaye du Mont-Cassin, située près de Naples, représente surtout la fabrication de l'Italie méridionale. A Venise, c'est au contraire le style byzantin qui a dominé à peu près exclusivement pendant tout le moyen âge. Enfin les influences septentrionales se sont fait sentir, quoique d'une manière restreinte, dans la Lombardie, principalement à Milan et à Vérone. Les reliquaires conservés en Italie nous offrent des échantillons de ces diverses manières.

Les reliquaires forment à cette époque la plus grande partie des objets fabriqués par des orfèvres. Le reliquaire portatif affecte

des formes très diverses, il s'allonge, s'étend, se modèle comme une cire obéissante. Il offre, tantôt l'image d'une chapelle ou d'un château, tantôt celle d'une coupe ou d'un vase, et plus souvent encore il réunit les deux types en une seule pièce, les tourelles et les clochetons s'ajustent sur le pied d'un vase. Des figures de saints ou d'anges, des fleurs, des fruits, des ornements de tout genre, ciselés souvent avec une grande délicatesse, en décorent toutes les parties.

Le mouvement d'idées d'où est sorti le style de la Renaissance a pris son premier développement dans l'Italie centrale. Sienne, Pise et Florence en ont été les principaux foyers. Comme à cette époque on ne connaissait pas encore la distinction que l'on a voulu établir depuis, entre l'art et l'industrie, tout sculpteur i était orfèvre en même temps, et tout orfèvre se chargeait volon-

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