COURONNE DU SAINT EMPIRE ROMAIN. — TRÉSOR IMPÉRIAL DE VIENNE
bvzantine, ce qui n'aurait rien de surprenant, puisque les empereurs de Constantinople faisaient fréquemment des présents aux rois barbares, dont le trésor formait toujours le mobilier funéraire. Une origine analogue est attribuée par le même auteur aux objets qui composent le trésor de Gourdon, et qui étaient accompagnés d'un grand nombre de pièces de monnaies byzantines. Quand un empereur d'Orient faisait un présent en orfèvrerie, il l'accompagnait ordinairement d'un présent en pièces monnayées. Des monnaies byzantines ont également été trouvées dans le tombeau de Childéric.
Le règne de Charlemagne, s'il ne mérite pas tout à fait le titre un peu ambitieux de Renaissance qu'on lui donne quelquefois, fut du moins un moment d'arrêt dans la barbarie, et sous
sa protection les hommes de travail trouvèrent un moment de repos. Les portes de bronze qui se voient au dôme d'Aix-la- Chapelle, et une statuette équestre de l'empereur Charlemagne, qui a figuré dans les salles de l'histoire du travail, à l'exposition de 1867, sont les spécimens les plus importants qui nous restent de l'art de fondre le bronze à cette époque. On sait par les chroniqueurs que l'industrie fut assez active sous Charlemagne, pour que nombre d'églises et d'abbayes aient pu réparer les dégâts de la période précédente, ou même se créer à nouveau un mobilier religieux dans lequel le métal avait nécessairement la plus grande part. Mais cette activité factice fut de courte durée et s'arrêta presque subitement après la mort de celui qui en était l'auteur.
LE MÉTAL PENDANT LE MOYEN AGE
Le musée du Louvre possède une poignée d'épée et quelques objets qui ont appartenu à Charlemagne. On peut encore rattacher à la période carlovingienne la couronne du saint Empire romain, c'est-à-dire de l'empire d'Allemagne, une des pièces les plus précieuses du Trésor impérial de Vienne. Elle est formée de huit plaques d'or et ornée de perles et de pierres précieuses. Le travail est de style byzantin et la date de fabrication est inconnue.
Si le nom de saint Éloi, résume en quelque sorte tous les efforts de l'orfèvrerie française pendant la première partie du moyen âge, Suger, le célèbre abbé de Saint-Denis, fut pendant le xiie siècle l'instigateur des plus grands travaux qui furent exécutés à cette époque, et il en parle longuement dans le livre qu'il a écrit sur son administration. Ce fut lui qui dirigea l'exécution de l'autel et des châsses de saint Denis et de ses deux compagnons, saint Rustique et saint Eleuthère; sur le lieu où les saints martyrs avaient longtemps reposé, il éleva une croix d'or, enrichie de pierres précieuses, surmontant une colonne carrée où soixante-huit plaques d'émail représentant des sujets de l'Ancien et du Nouveau Testament alternaient avec des plaques filigranées. Toutes ces richesses ne sont point restées, mais quelques pièces rarissimes, conservées au musée du Louvre, nous donnent une idée du talent des orfèvres employés par Suger. Il faut surtout citer un vase antique de porphyre, que l'ingénieux artiste chargé d'exécuter sa monture a transformé en aigle. L'urne égyptienne est devenue le corps de l'oiseau, auquel on a ajouté des parties métalliques qui s'y adaptent parfaitement, et notamment la tète qui est d'un grand caractère. Un autre vase antique, en cristal de roche, a subi à la même époque une transformation du même genre, en ce sens que sa monture lui donne une physionomie toute spéciale et empreinte d'un certain goût oriental. C'est la célèbre pièce qu'on désigne habituellement sous le nom de vase d'Alienor d'Aquitaine, parce qu'il fut donné par cette princesse au roi Louis VII, qui en fit lui-même présent à Suger, pour être consacré au Saint Lieu, ainsi que le constate l'inscription niellée sur son pied.
Le puissant abbé qui donnait l'impulsion aux arts de son temps ne doit pas nous faire oublier un simple moine, nommé Théophile, qui non seulement pratiqua lui-même tous les arts que l'on connaissait alors, mais qui, dans un livre où de vastes connaissances sont partout mêlées aux naïvetés les plus étranges, a décrit tous les procédés alors connus. L'introduction qu'il met en tête de son livre nous initie aux mœurs de ce temps où les ateliers sont des couvents et les artistes des moines. « O toi qui liras cet ouvrage, dit Théophile, qui que tu sois, ô mon cher fils! je ne te cacherai rien de ce qu'il m'a été possible d'apprendre, je t'apprendrai ce que savent les Grecs dans l'art de choisir et de mélanger les couleurs; les Italiens, dans la fabrication des vases, dans l'art de dorer, dans celui de sculpter l'ivoire et les pierres précieuses; les Toscans dans l'art de nieller et de travailler l'ambre; les Arabes, dans la ciselure et les incrustations. Je te dirai ce que pratique la France dans la fabrication des précieux vitraux qui ornent ses fenêtres; l'industrieuse Germanie, dans l'emploi de l'or, de l'argent, du cuivre et du fer, et dans l'art de sculpter le bois. Conserve, ô mon cher fils! et transmets à tes disciples ces connaissances que nous ont léguées nos anciens ; nécessaires à l'ornement des temples, elles sont l'héritage du Seigneur.... Lorsque tu auras souvent relu ces choses et que tu les auras bien gravées dans ta mémoire, toutes les fois que tu te
seras utilement servi de mon œuvre, en retour de mes préceptes, je ne te demande que d'adresser pour moi une prière à la miséricorde du Dieu tout-puissant. » Ce précieux traité, dans lequel soixante-dix-neuf chapitres sont consacrés à l'orfèvrerie, montre que, bien loin d'avoir, comme dans nos industries modernes, la division infinie du travail, les artistes possédaient une universalité de connaissances telle, qu'on ne sait bien souvent à quelleprofession spéciale on doit les rattacher.
Le moine Théophile, à qui nous devons de si précieux renseignements sur la pratique des arts au moyen âge, nous parle entre autres des métaux travaillés au repoussé et ciselés ensuite. « On fait, dit-il, des fers pour exécuter sur l'or, l'argent et le cuivre, des figures humaines, des oiseaux, des animaux et des fleurs repoussés. Ces fers sont de la longueur d'une palme, larges et garnis d'une tête à la partie supérieure, effilés, ronds, minces, triangulaires, carrés ou recourbés à la partie inférieure, selon l'exigence du travail qu'on se propose de faire; on les frappe avec un marteau... Battez une feuille de cuivre de la largeur et de la longueur que vous voudrez, jusqu'à ce qu'elle soit d'une épaisseur à ne pouvoir se plier qu'avec peine, et sans fissure ni taches; puis tracez-y l'image que vous voudrez... Lorsque vous aurez donné à l'image le relief que vous désirez, prenez des fers de la longueur d'une palme, plus gros du bout sur lequel on doit frapper avec le marteau, et de l'autre bout plus effilés, fins, ronds ou pointus, que vous aurez préparés pour ce travail; ensuite, ayant fait asseoir devant vous un enfant exercé à ce genre de travail, tenez la feuille de la main gauche, et avec les fers que vous tenez de la droite et que l'enfant frappe avec un marteau d'une moyenne grosseur, tracez les yeux, les narines, les cheveux, les doigts des mains, ceux des pieds et les plis des vêtements, de manière à les faire paraître à l'intérieur où vous frappez avec les fers, et que les traits se produisent extérieurement en relief. Quand vous aurez ainsi travaillé assez longtemps pour obtenir complètement la forme, vous fouillerez avec des burins et des ébarboirs, autour des yeux, des narines, de la bouche, du menton et des oreilles, et vous dessinerez les cheveux, les ongles des pieds et des mains et les plis délicats des vêtements. »
Théophile ne parle que des procédés techniques, mais un écrivain du xmc siècle, Jean de Garlande, poète et grammairien, nous a donné dans son vocabulaire latin quelques renseignements sur les artisans de cette époque. Les ouvriers qui travaillaient les métaux précieux se divisaient en quatre classes : fermailleurs,. monétaires, fabricants ou monteurs de coupes, orfèvres.
« Les fermailleurs, dit-il, offrent des fermoirs grands et petits, faits de plomb et d'étain, de fer et de cuivre. Ils ont aussi de beaux colliers et des grelots sonores.
« Les monétaires qui fabriquent les monnaies semblent riches, mais ils ne le sont pas. Les deniers qu'ils fabriquent ne sont pas leur propriété, on les envoie au change pour être à la disposition des changeurs sous espérance de gain.
« Les ouvriers qu'on appelle cipharii décorent les vases de lames d'or et d'argent et montent les coupes sur des pieds; ils les entourent de cercles métalliques pour les consolider et les embellir.
« Les orfèvres se tiennent devant leurs fourneaux et leurs tables sur le Grand-Pont; ils fabriquent des hanaps d'or et d'argent, des fermoirs, des colliers, des épingles, des agrafes; ils
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ornent les anneaux de pierreries rondes, de jaspes, saphirs et émeraudes. Les industrieux orfèvres frappent avec de légers marteaux Les lames d'or et d'argent sur une enclume de fer; ils enchâssent les pierreries dans les chatons des bagues qui sont à l'usage des barons et des nobles dames. »
Ce fut seulement au xme siècle que les orfèvres de Paris furent assez nombreux pour se se'parer des autres industries qui travaillaient le métal, et purent s'organiser en une corporation spe'ciale, dont on voit les règlements dans le registre des métiers re'digé par Etienne Boileau. Ces règlements avaient surtout pour