ANGLETERRE
On a retrouvé dans un grand nombre de sépultures anglosaxonnes des armes, des bracelets, des fibules, et des bijoux d'or incrustés de grenat, qui montrent que, dans la période mérovingienne, l'industrie de la Grande-Bretagne ne différait pas essentiellement de la nôtre. Mais les pièces d'orfèvrerie religieuse sont d'une extrême rareté en Angleterre, et c'est en Irlande qu'il faut aller pour trouver des pièces d'un caractère bien spécial se rattachant à la première partie du moyen âge. L'Irlande a eu de nombreux confesseurs dont les reliques pieusement recueillies ont donné naissance à une orfèvrerie extrêmement curieuse. La plupart des saints irlandais étaient des solitaires, et leurs ermitages étaient ordinairement pourvus d'une petite cloche, à l'aide de laquelle sans doute ils appelaient près d'eux les fidèles désireux de recevoir leur enseignement. Ce qu'il I y a de sûr, c'est que ces clochettes, devenues par la suite des objets vénérés, ont été fréquemment enchâssées dans de riches i
montures d'orfèvrerie, d'un style tout à fait spécial et dont l'équivalent ne se trouve guère dans les autres pays. Des entrelacs très ingénieusement combinés, comme ceux qu'on retrouve sur les manuscrits de la même époque, constituent l'ornementation de ces reliquaires, dont la forme suit toujours assez exactement celle des clochettes sur lesquels ils sont adaptés. Le British Muséum possède plusieurs de ces joyaux religieux, qui se rencontrent également dans plusieurs autres collections anglaises, mais on n'en trouve guère dans celles du continent.
Plusieurs abbayes, notamment celle de Saint-Alban, près de Londres, avaient des ateliers dans lesquels les moines faisaient de l'orfèvrerie religieuse. On sait que l'orfèvrerie anglaise, du xiie au xve siècle, ne le cédait à celle d'aucun pays d'Europe à la même époque, mais la révolution religieuse qui a transformé ce pays a été tellement radicale dans ses principes et tellement violente dans ses actes, qu'il n'est presque rien resté des immenses travaux accomplis par les moines. On le voit à la rareté des produits anglais se rattachant à cette période, rareté qu'il est facile de constater, non seulement dans les expositions rétrospectives qui se font en Europe, mais même dans celles qui ont eu lieu en Angleterre. C'est presque uniquement à l'aide des descriptions écrites, que l'on peut présumer ce qu'était au moyen âge l'orfèvrerie religieuse des Anglais, et il ne semble pas, en mettant à part les pièces irlandaises dont nous avons parlé, qu'elle ait dû être bien différente de celle 'qui se fabriquait sur le continent.