HÉBREUX
Ici les monuments figurés nous font absolument défaut et nous sommes obligés de nous en tenir aux textes. Malgré l'apparence légendaire des récits concernant la sortie d'Egypte, c'est là seulement que l'industrie en général, et celle des métaux en particulier, commence historiquement pour le peuple de Dieu. Il faut convenir, au reste, que ce peuple de pasteurs, qui vient de traverser la mer Rouge en fuyant, se met assez vite en besogne. A psine est-il campé sur la limite du désert, avec l'intention bien arrêtée de ne pas y rester, puisqu'il cherche la terre promise, qu'il reçoit du Seigneur la plus belle commande d'orfèvrerie dont il ait été question dans les fastes historiques du métal. Il s'agit d'abord de l'arche sainte qui doit être entièrement revêtue de plaques d'or, et au-dessus de laquelle il faut suspendre une couronne du même métal. Puis il faut un propitiatoire de l'or le plus pur, qui aura deux coudées et demie de longueur, sur une coudée et demie de largeur, avec deux chérubins d'or; puis des plats, des coupes, des encensoirs, des vases pour les libations, des lampes, etc., tout cela en or; puis enfin le fameux chandelier à sept branches, trois de chaque côté de la
LE METAL DANS L'ANTIQUITE PRIMITIVE
branche principale, et, sur chaque branche, des pommes et des lis d'or, avec une coupe en forme de noix.
D'après les descriptions très pre'cises de la Bible, les objets fabrique's dans le de'sert par les Hébreux devaient ressembler, à s'y méprendre, à ceux que nous voyons représentés sur les monuments égyptiens de la dix-huitième dynastie, époque à laquelle on rattache ordinairement le départ des Israélites. L'arche sainte dont parle l'Écriture reproduit identiquement celle que nous voyons figurer sur les barques sacrées d'Osiris et d'Ammon, et, si la barque a disparu, c'est qu'elle était l'emblème du Nil, dont la fécondité aurait inspiré des regrets aux Hébreux, pendant la rude traversée du désert. Si nous ajoutons à cela que le Veau d'or, auquel les Hébreux rapportent si volontiers leurs hommages, dès que Moïse a le dos tourné, rappelle singulièrement le culte d'Apis, on verra que les Hébreux, durant toute cette période, n'ont fait qu'appliquer ce qu'ils avaient appris des Egyptiens pendant leur captivité.
Il peut, du reste, paraître assez singulier que des hommes qui traversent un désert, sans autre nourriture que la manne qui tombe du ciel, sans autre abri que la tente où vivent les tribus nomades, se livrent à des travaux du genre de ceux dont on vient de parler, et soient suffisamment outillés pour les mener à bonne fin. La critique du dernier siècle s'est beaucoup inquiétée de savoir où les Hébreux prenaient les métaux nécessaires pour de pareils travaux; l'exploitation des mines n'est guère dans les habitudes des peuples nomades, et, quand on est en quête de la terre promise, on doit s'arrêter difficilement en chemin pour creuser des rochers et demander à la terre ses richesses souterraines. Il est vrai que les vases précieux pris aux Égyptiens pouvaient à la rigueur être fondus et employés à d'autres usages, mais ce travail exige encore une installation incompatible avec le genre de vie qu'on mène forcément sous la tente. Cependant, comme on sait que les Égyptiens exploitaient des mines importantes dans la presqu'île du Sinaï, et qu'ils y avaient des usines dont on retrouve la trace, dans un lieu actuellement nommé Oualy-Magarah, qui est à peu près le point où, suivant la tradition, Moïse aurait reçu les ordres du Seigneur, on peut supposer que les Hébreux, maîtres pendant quelque temps du pays, auraient exploité eux-mêmes les mines de la contrée qu'ils occupaient, ou plutôt encore, qu'ils auraient fait travailler pour leur compte les ouvriers égyptiens, devenus momentanément leurs prisonniers.
Ce qui donne à cette dernière version un certain caractère de probabilité, c'est qu'à partir du moment où ils ont quitté la presqu'île du Sinaï, les Hébreux paraissent ignorer absolument l'art de travailler les métaux. Pendant qu'ils sont commandés par Josué, et, durant toute la période des juges, il n'est aucunement question de cette industrie. Lorsque Salomon veut bâtir son temple, il ne trouve dans son peuple personne qui soit capable de le seconder dans ses vues, et est obligé d'appeler à son aide le Phénicien Hiram, qui fait toute la besogne avec ses ouvriers de Tyr et de Sidon. L'Écriture entre dans de minutieux détails pour décrire toutes les magnificences du temple, mais il résulte des textes mêmes qu'elles étaient dues à des ouvriers étrangers, et il n'est pas probable que Salomon aurait employé des païens pour l'orfèvrerie religieuse dont il avait besoin, s'il avait pu confier à ses coreligionnaires un travail qui devait être considéré comme sacré. Au reste, les Juifs ne paraissent pas davantage s'être livrés à la bijouterie profane, car, lorsque les prophètes
reprochent aux femmes d'Israël leur penchant effréné pour les parures, ils ne manquent pas d'ajouter que les bracelets et les colliers qu'elles portent sont des ouvrages de Tyr et de Sidon.
En somme, si les récits de la Bible prouvent que, à différentes époques de leur histoire, les Israélites ont possédé de grandes richesses comme pièces d'orfèvrerie ou de bijouterie, ils n'affirment pas qu'ils en soient les auteurs directs, et semblent même indiquer qu'elles n'étaient chez eux que des importations étrangères. Il est donc impossible d'établir que les Hébreux aient jamais eu en art un style qui leur fût personnel; on n'a retrouvé aucun objet qui leur appartienne, et, si l'on veut s'en tenir aux textes, on verra que tout ce qui s'est fait au temps de Moïse appartient à l'art égyptien, ce qui s'est fait ensuite, à l'art de la Phénicie et de l'Assyrie, jusqu'à la conquête d'Alexandre, où le goût grec, et ensuite romain, s'est substitué aux vieilles traditions orientales.