SIÈCLE
SAN CELSO, A MILAN.)
LE MÉTAL DANS LES TEMPS MODERNES
d'orfèvrerie italienne de cette époque sont-elles peu recherchées par les amateurs. Le duc d'Hamilton en a cependant recueilli quelques-unes, entre autres une aiguière et un grand plateau à liqueurs fabriqués pour le dernier des Stuarts, le cardinal d'York, qui, comme on le sait, passa en Italie la plus grande partie de sa longue existence. Ces deux pièces sont l'œuvre d'un orfèvre de Rome, qui était alors fort en vogue. Il avait pour lui le goût de son temps. Mais était-ce donc là qu'en devait venir la belle industrie illustrée par les Orcagna, les Ghiberti et les Pollajuolo ? »
Allemagne. — Jusqu'au xve siècle, l'orfèvrerie allemande avait été presque exclusivement religieuse : des châsses , des calices, des ciboires, des crucifix, des candélabres et des orne-
ments d'autel étaient continuellement façonnés pour le besoin des églises. « Parmi les autres pays de l'Europe, dit F. de Lasteyrie, après avoir parlé de l'Italie et de la France, l'Allemagne est peut-être le seul où la Renaissance eut un caractère propre, le seul qui ait fait autre chose que de suivre servilement et de plus ou moins loin le mouvement de transformation du goût commencé en Italie. En dehors de ce mouvement, une grande impulsion avait été directement imprimée à l'art allemand par un groupe d'artistes éminents, en tète desquels figure Albert Durer. La tradition gothique existait encore; mais, tout en conservant les formes allongées caractéristiques de ce style, l'imagination des artistes dont il s'agit en avait modifié les éléments constitutifs. Aux lignes rigides de l'architecture, ils avaient mêlé d'abord, puis substitué presque entièrement une ornementation
RELIQUAIRE DU XIIIe SIÈCLE, EN ARGENT REPOUSSÉ. (MUSÉE GERMANIQUE, A NUREMBERG.)
tout empruntée au règne végétal, entrelaçant capricieusement rameaux et feuillages, de façon à conserver néanmoins toujours à la pièce une harmonieuse symétrie. Ce système de décoration, inauguré vers la fin du xve siècle, et qui prévalut pendant la première partie du xvie, est ce qui caractérise le mieux, selon moi, le vrai style de la Renaissance allemande. »
L'orfèvrerie, comme les autres arts qui se rattachent directement ou indirectement à la sculpture ou à la peinture, était donc dans une bonne voie pendant la première partie de la Renaissance. Mais la Réforme, qui arrêta si complètement l'essor de la peinture religieuse, devait porter le coup fatal à l'orfèvrerie d'église. Du moment qu'on abandonnait avec le culte des saints la plupart des cérémonies pompeuses de l'église romaine , les pièces les plus importantes du mobilier ecclésiastique n'avaient plus de raison d'être. L'orfèvrerie religieuse ne fut pas anéantie subitement, mais sa fabrication diminua sen-
siblement comme nombre, en même temps que, comme style, elle perdait son originalité.
Le trésor impérial de Vienne possède plusieurs reliquaires en or émaillé et ornés de pierres fines dont le style ornemental marque la dernière période de la Renaissance. On trouve encore une certaine élégance ornementale dans les pièces de cette époque, mais on y sent une influence italienne qui d'ailleurs dura peu.
L'orfèvrerie allemande du xvnc siècle est généralement assez lourde de forme et extrêmement surchargée d'ornementation. Dans les calices, les écussons et les figures de saints et d'anges sont à peine visibles, tant ils sont noyés dans les arabesques et les ornements de tout genre. Deux calices en argent repoussé et ciselé, qui faisaient partie de la collection de San Donato, caractérisent bien le style de l'orfèvrerie religieuse qui Allemagne.
L'un d'eux porte à la base des médaillons représentant saint
COUPE EN ARGENT DORÉ ET ÉM AI I. I. É, EN FORME DE VAISSEAU. (-MUSÉE DE NUREMBERG.)
Augustin et saint Paul, séparés par des anges avec les attributs de la Passion, et l'autre est décoré avec les figures des évangélistes, mais dans l'un comme dans l'autre il faut un œil assez exercé pour distinguer ces personnages au milieu des ornements enchevêtrés dans lesquels ils se trouvent.
C'est donc plus spécialement de l'orfèvrerie profane qu'il faut nous occuper, car c'est dans cette direction que l'art s'est développé à partir de la Réforme. « Quant à l'orfèvrerie allemande, dit Albert Jacquemart dans son Histoire du mobilier, nous en possédons un échantillon des plus curieux daté de 1 536 :