RELIQUAIRE DU TRESOR IMPERIAL DE VIENNE
c'est l'aiguière avec son plateau représentant la victoire de Charles-Quint sur les Africains et la prise du fort de la Goulette, sujet représenté sur diverses matières et toujours avec apparat. On peut reprocher, en général, au style allemand une certaine lourdeur; mais les orfèvres ont su imprimer à leurs pièces et surtout à certains vidrecomes, un caractère de pompe véritablement monumental. Dans cette foule de pièces qui survivent au naufrage des temps, il y a, certes, un choix à faire; mais on peut trouver encore aujourd'hui des types bien dignes d'entrer dans
le mobilier d'un curieux. Citons même, parmi les orfèvreries allemandes du xvie siècle, certaines merveilles de mécanique, telles que la nef en orfèvrerie dorée et émaillée que possède l'hôtel de Cluny et sur laquelle figure Charles-Quint sur son trône, entouré de sa cour. Une horloge, placée sur le pont, indique les heures, et d'ingénieux rouages mécaniques mettent en mouvement tous les personnages et la nef elle-même, allument les canons qui tonnent, orientent les voiles, et font sonner les fanfares aux musiciens, pendant que les dignitaires défilent devant l'empe-
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reur, qui les salue, et rentrent dans la dunette dont ils étaient d'abord sortis. De pareilles pièces, que l'on considérerait presque de nos jours comme des jeux d'enfants, étaient alors d'un prix élevé et constituaient les cadeaux que se faisaient les souverains entre eux. »
Plusieurs pièces importantes de l'orfèvrerie allemande se rattachent à des types analogues. On peut citer entre autres une coupe en argent doré et émaillé, en forme de vaisseau, qui fait partie du Musée germanique à Nuremberg, et qui est d'un travail très remarquable.
Les pièces mécaniques étaient fort estimées sous la Renais-
TEMPS MODERNES
sance, et l'Allemagne avait en quelque sorte la spécialité de leur fabrication. C'est du moins en Allemagne qu'on trouve les pièces les plus importantes dans ce genre, pour lequel on avait recours aux plus fameux orfèvres en même temps qu'aux plus fameux mécaniciens du temps. Un des morceaux les plus célèbres de cette orfèvrerie est la Diane chasseresse qui faisait partie des collections de San Donato, et qui est l'œuvre de Wenzel Jamnitzer, orfèvre, né à Vienne en i 5o8 et mort à Nuremberg en 1 585. Ce groupe mécanique est en vermeil et en argent. La déesse, montée sur un cerf dix cors, tient dans la main droite un épieu terminé par un croissant, et la laisse de deux chiens
PLATEAU EN VERMEIL, PAR MICHEL RAUNER. (XVIIIe SIECLE.)
L'Amour est monté en croupe à côté d'elle et, sous les pieds de sa monture, on voit un tout petit Nemrod chassant à courre. La serrure est placée dans le piédestal et une clef servait à remonter le mouvement mécanique.
L'horlogerie allemande a acquis sous la Renaissance une assez grande réputation, non seulement pour le mouvement, mais encore pour la monture. Cette monture affecte quelquefois des formes un peu bizarres, qui ne répugnent pas, on le sait, à l'esprit germanique. Assez souvent les pendules prennent les allures d'un animal en marche. Il y a au musée de Munich une horloge en argent doré, qui remonte au xvie siècle et dont la forme est celle d'un chameau.
La coupe de l'empereur Frédéric IV, conservée dans le trésor impérial de Vienne, passe pour une des plus belles pièces de l'orfèvrerie allemande. Cette coupe repose sur un trépied formé par trois paires de lions héraldiques portant des écussons.
Des figurines d'anges en relief décorent la coupe ainsi que le couvercle, sur lequel se dresse, émergeant d'une couronne, une fleur bossuée servant de piédestal à un porte-étendard, armé de pied en cap : l'oriflamme qu'il tient à la main est orné des armes d'Autriche qu'on retrouve également sur le bouclier. Suivant un usage, qui fut très en faveur au xvc siècle, mais qu'on ne trouve plus dans le siècle suivant, l'argent est recouvert, à l'intérieur comme à l'extérieur, d'émaux de couleur, qu'animent encore des incrustations de grenaille d'or figurant des rayons et des flammes.
L'argenterie hongroise ne semble pas avoir atteint un niveau artistique très élevé, surtout si on la compare à celle des Italiens du xvie siècle ; cependant elle n'est pas sans mérite, surtout sous le rapport de l'invention, car l'exécution est quelquefois un peu brutale. Les assiettes, les plats, les corbeilles, sont généralement décorés au milieu d'un sujet qui représente quelquefois un