COUPE DE L'EMPEREUR FREDERIC IV. (TRÉSOR IMPERIAL DE VIENNE
LE MÉTAL DANS LES TEMPS MODERNES
paysage, et qu'encadrent sur les bords des fruits ou des rieurs. Le musée de Pesth contient sous ce rapport une foule de pièces intéressantes, et c'est à lui qu'il faut avoir recours pour les pièces de l'industrie hongroise, qui sont assez rares dans nos collections. Il y a des plats de dimension tout à fait monumentale, entre autres celui qui représente la mort d'un jeune comte Esterhazy, dans un combat livré en i652 entre les Hongrois et
les Turcs. Il y a aussi des pocals enrichis d'émaux, avec des petites statuettes de guerriers, etc.
La bijouterie hongroise est généralement d'un travail plus soigné que l'orfèvrerie du même pays. On explique ce fait par la passion que ce peuple a toujours montré pour la parure, passion qui a du activer de bonne heure les développements de cette industrie. Des fleurs émaillées, encadrées dans des orne-
ments de filigrane d'argent forme le fond de cette bijouterie. Les figurines jouent aussi un certain rôle dans cette bijouterie, mais au lieu des personnages mythologiques, si en vogue dans les autres pays, ce sont des guerriers armés de pied en cap, qui en font habituellement les frais. Ces personnages empruntent souvent leurs costumes des peuples orientaux avec lesquels les Hongrois ont été si souvent en rapport, et auxquels ils ont demandé une partie de leur ornementation.
Un vidrecome du xvic siècle, portant la date de i 582, avec le portrait du roi de Pologne auquel il a appartenu, est décoré d'une façon assez curieuse. A la base quatre hiboux sont placés dans des petites niches, sous des dragons portant des capara-
çons avec l'aigle impériale russe et le saint Georges à cheval, et sur le pourtour quatre médaillons ovoïdes représentant des chasseurs et des chasseresses.
Le mouvement de la Renaissance, qui se ressentit dans les Flandres un peu plus tard qu'en Italie, s'y manifesta aussi d'une manière différente. La forme ornementale s'y montre en général plus lourde dans son ensemble, tandis que l'exécution présente par places d'inconcevables finesses. L'usage qui s'introduisit de monter en or et en argent, des fruits naturels, comme la noix de coco des Indes, ne fut certainement pas sans influence, et les figures délicatement sculptées, qui enserrent l'écorce fibreuse et raboteuse de la noix, forment l'effet le plus singulier.
LE MÉTAL DANS LES TEMPS MODERNES
Des flacons analogues à celui qu'on vient de voir ne sont pas rares dans l'orfèvrerie allemande, qui présente une étroite parenté avec celle des Pays-Bas. Une autre particularité, que nous ne trouverons pas dans l'orfèvrerie française, mais qui n'est pas rare de l'autre côté du Rhin, c'est la présence de femmes élégamment vêtues, selon le costume du xvie siècle, et servant de supports à des coupes qui s'offraient généralement comme présents de noces.
La petite ville de Ribeauvillé en Alsace a conservé de précieux restes de l'orfèvrerie alsacienne du xvne siècle. Ce sont des vases offerts par les comtes de Ribeaupierre, qui étaient seigneurs de Ribeauvillé. La forme de ces vases est assez originale : l'un
d'eux est une coupe posée sur un sauvage agenouillé qui s'apprête à tirer de l'arc. Sur la panse du vase, les amours s'ébattent avec les monstres marins et, sur le couvercle, Neptune, tenant d'une main son trident, souffle dans une conque marine. Près de lui, un grand cygne aux ailes déployées allonge dans la direction opposée son long col effilé. Sur une autre coupe qui porte la date de 1 63g, le couvercle est surmonté d'un Cupidon décochant une flèche; la panse et le piédestal sont ornés de nombreux bossages en haut-relief, ovales et piriformes, ressortant au milieu d'arabesques.
Le style allemand du xvne siècle est bien apparent dans ces grands gobelets à forme conique, dont le col est légèrement
VASE DE RIBEAUVILLE.
VASE DE RIBEAUVILLE.
évasé. Leur décor consiste habituellement en pièces de monnaie autour desquelles courent des tiges de plantes portant des feuilles ou des fleurs qui semblent énormes à côté des médailles qu'elles ont pour mission d'encadrer.
Les Allemands ont fréquemment décoré les vidrecomes du xvnc et du xvme siècle avec des bacchantes et autres personnages mythologiques, mais ils y mettent aussi quelquefois des sujets religieux. Un très beau vidrecome hollandais montre Jésus-Christ et la Samaritaine à la fontaine, en argent repoussé et traité en haut-relief.
Le mariage du dauphin de France, fils de Louis XV, avec Marie-Josèphe de Saxe, en 1747, est représenté sous une forme allégorique sur un plateau en vermeil, œuvre de Michel Rauner d'Augsbourg. La composition centrale, assez heureusement agencée, est entourée d'amours et de rinceaux, et les bords du
plateau sont contournés à oves et enrichis de médaillons et de fleurs.
C'est à Augsbourg que l'orfèvrerie allemande a atteint son plus grand développement, et c'est là aussi que les traditions de la Renaissance persistèrent le plus longtemps. Toutefois on peut dire, sans y mettre trop de sévérité, que l'orfèvrerie allemande cesse de compter comme art à partir du xvni8 siècle. « On voit encore d'assez nombreux spécimens d'orfèvrerie allemande dans les collections d'amateurs, dit Ferdinand de Lasteyrie; mais, passé la première moitié du xvne siècle, je n'en connais pas qui mérite une mention particulière. »
Il ne faut pourtant pas omettre un artiste prussien d'un grand mérite, Charles Wagner, qui vint s'établir à Paris vers 1 83o, et exerça sur l'orfèvrerie et surtout sur la bijouterie française une action des plus heureuses et des plus efficaces.
VIDRECOME EN ARGENT REPOUSSÉ, TRAVAIL ALLEMAND DU XVIie SIECLE.
LE METAL DANS LES TEMPS MODERNES
France. — L'arrivée en France de Benvenuto Cellini exerçat-elle sur notre orfèvrerie nationale une influence aussi décisive qu'on l'a dit quelquefois? Si la chose n'est pas impossible, ni même improbable, elle est au moins assez difficile à prouver, puisque l'on ne possède presque pas de pièces d'orfèvrerie authentique du temps de François Ier. Les superbes services commandés pour le roi et dans lesquels la statuaire jouait un rôle si important, ont été fondus pour payer sa rançon. Aussi c'est d'après les gravures du temps plutôt que d'après les ouvrages originaux que l'on peut se rendre compte du style de l'orfèvrerie française. Mais l'artiste qui eut à cette époque la plus grande réputation, celui qui nous a laissé les modèles les plus parfaits, c'est Étienne de Laulne. On lui attribue une superbe aiguière avec son
plateau qui se trouve à Londres dans une collection particulière. Cette aiguière, reproduite dans le grand ouvrage de Labarte, est en argent doré; sa décoration comprend plusieurs sujets mythologiques, formant des bas-reliefs peu saillants qui recouvrent la panse, et une tête de femme fait le motif principal du goulot, auquel se rattache une jolie anse terminée par un faune. Une jolie coupe du Louvre, dont la vasque soutenue par Bacchus représente Vénus faisant forger les armes d'Enée, passe également pour être son œuvre. Mais il règne à ce sujet la plus complète incertitude.
Etienne de Laulne était en même temps un très habile graveur en taille-douce et on doit à cela de connaître son style, car il n'est resté de lui aucune œuvre originale dont on puisse dire