SUCRIER EN ARGENT, PAR PIERRE GERMAIN
Ce mode contourné devient certainement un peu fatigant, à la longue, mais il l'est moins que l'affectation de simplicité qui est venue à la mode un peu plus tard et qui était bien voisine de la raideur.
Nous avons parlé plus haut de Germain : ce nom est celui d'une famille d'orfèvres dont plusieurs ont eu un très grand talent, quoique l'un d'eux, Thomas Germain, ait éclipsé les autres par son immense réputation. C'est en parlant de Thomas Germain que Voltaire a dit :
« Et ces plats si chers, que Germain
A gravés de sa main divine >
Le succès de Th. Germain fut immense, et toutes les cours de l'Europe lui demandaient ses ouvrages et sacrifiaient au bon goût du jour. « Ce qu'était ce bon goût et ce qu'étaient ces œuvres, dit A. Darcel, Th. Germain a pris soin de nous le montrer dans les éléments d'orfèvrerie qu'il publia chez lui, place du
Carrousel, à l'orfèvrerie du roi, en 1 748, l'année même de sa mort. Ce recueil, divisé en deux parties, orfèvrerie d'église et orfèvrerie de table, est bien la réunion des plus réjouissantes fantaisies que l'on puisse rêver. Germain, qui, dans un court avant-propos, annonce qu'il procédera toujours du simple au composé, semble avoir toujours eu grand souci des contours. Ceux-ci sont presque toujours coulants et arrondis, malgré les rocailles au ton mat dont le fond poli des pièces est surchargé, et il est rare qu'une moulure solide vienne en interrompre la ligne serpentine. En même temps que ses propres compositions, Th. Germain a publié quelques pièces du service que Jacques Roettiers exécuta pour le Dauphin, pièces qui ne se distinguent de celles du maître que par un emploi plus grand de la figure humaine, mais ce sont toujours les mêmes formes contournées, le même abus de ce style qu'un seul mot suffit à caractériser et qu'on appelle rocaille.
SOUPIÈRE EN ARGENT, COMMANDÉE A PIERRE GERMAIN PAR CATHERINE II. (COLLECTION DE SI. LE BARON GUSTAVE DE ROTHSCHILD.)
LE MÉTAL DANS LES TEMPS MODERNES
Le père de Th. Germain s'appelait Pierre, et il avait obtenu, à la fin du règne de Louis XIV, une assez grande célébrité comme orfèvre. Le fils de Th. Germain, dont le prénom est également Pierre, eut à son tour une assez grande réputation, en sorte que le nom de Germain revient pendant tout le cours du xvni0 siècle dès qu'il s'agit d'orfèvrerie. Comme il y a bien peu de pièces de Thomas dont l'authenticité soit bien établie, les amateurs se rejettent assez volontiers sur l'un des deux Pierre, lorsqu'il s'agit de désigner l'auteur d'un vase ou d'un plat d'argent qui leur" semble mériter un nom illustre.
Faut-il accepter le nom de Germain pour une aiguière, très jolie d'ailleurs, qui a fait partie de la fameuse collection de San Donato ? En tout cas, l'auteur de cette aiguière est assurément un orfèvre d'un grand mérite.
La présence d'écussons armoriés sur le milieu de la pièce est un des caractères de l'orfèvrerie au xvme siècle. La couronne héraldique qui les surmonte se mêle aux feuillages et aux roseaux qui recouvrent les aiguières dont le bec s'enrichit de feuilles d'acanthe. Tout cet ensemble, finement ciselé, produit le plus heureux effet.