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SALIÈRE EN ARGENT, STYLE LOUIS XVI

ornementale qui caractérise l'époque précédente, mais elle est encore riche, comme le montre la pièce en argent que nous venons d'examiner. Elle va pourtant devenir pauvre, en cherchant avec excès la simplicité. Une soupière d'argent, de la collection de M. Vaisse, ornée de cannelures, et dont le couvercle est surmonté d'un enfant portant un écusson, peut être signalée comme marquant la transition au style de l'époque impériale qui va bientôt survenir.

A la fin du xvme siècle, on associait volontiers l'argent avec les tons riches et profonds des cristaux de couleurs. Ainsi, de jolies salières en cristal bleu sont pourvues de montures en argent finement ciselées, dont les pieds contournés en feuilles d'acanthe sont surmontés de tètes de bacchantes d'où s'échappent des ceps de vigne chargés de fruits et de feuilles.

S TEMPS MODERNES

Les surtouts de table du temps de Louis XVI sont d'une incroyable variété, et quelquefois d'une rare élégance. Il y en a qui représentent une fontaine en forme d'obélisque : deux vases servent de flambeaux, et six coupes en verre, simulant des cuves, sont enchâssées dans des montures enguirlandées, en argent ciselé.

Il est bon de noter que, lorsqu'on arrive à la période de Louis XVI, un grand changement s'est opéré dans les mœurs, et que l'orfèvrerie devait nécessairement en ressentir le contrecoup. La royauté s'était sensiblement appauvrie, et les grandes fortunes privées, qui autrefois étaient l'apanage à peu près exclusif de la noblesse, se trouvaient passer peu à peu aux mains plus actives des commerçants et des fabricants. Enfin la classe moyenne, qui était dévorée du désir de ressembler à la noblesse,

mais qui n'en avait pas encore les moyens, voulait du moins se payer les apparences du luxe. « De là, dit Ferdinand de Lasteyrie, l'industrie qui prit de suite un si grand développement : du similor, des pierres fausses, des faux diamants, du strass, comme on les baptisa, dès l'abord, du nom de l'orfèvre allemand qui les avait inventées. Or cette double industrie tomba tout de suite entre les mains d'ouvriers si habiles, qu'elle eut un moment de véritable vogue. La fabrication de faux bijoux devint une industrie spéciale, bientôt soumise à des règlements où nous voyons ceux qui s'y livraient désignés sous le nom de bijoutiers-faussetiers. »

D'un autre côté, la grande orfèvrerie ne répondait plus beaucoup au goût du jour, et les plus habiles ciseleurs de l'époque, les Gouthière et les Cafneri, travaillaient plus volontiers le bronze que l'argent. Enfin l'orfèvrerie de table elle-même devait, dans beaucoup de maisons riches, céder la place à la porcelaine, qui était alors au moment de sa plus grande vogue. Aussi, la seule branche de l'orfèvrerie qui fût réellement florissante à cette époque est celle qui se consacrait exclusivement à

la reproduction des menus objets tels que les bonbonnières, les étuis à ouvrages, les flacons de poche, les tabatières, les théières, etc. A cette époque, le style a la prétention de revenir à la noblesse antique; les médaillons d'empereurs romains prennent place sur les facettes des boîtes à thé de forme hexagonale, et, à force de revenir à la simplicité, le couvercle n'a plus d'autre ornement qu'une couronne de chêne ou de laurier.

Le dernier orfèvre du xvme siècle, dont le nom soit demeuré célèbre, est Auguste, à qui fut confié le soin de fabriquer la couronne du sacre de Louis XVI. Il avait adopté complètement le style pseudo-romain, qui était alors à la mode parmi les artistes, mais sa carrière fut entravée par le mouvement révolutionnaire, devant lequel tous les arts somptuaires durent momentanément s'effacer. Quand l'orfèvrerie recommença à produire de nouveau, Auguste vivait, mais ce furent de nouveaux venus qui captivèrent la faveur publique : Biennais, qui fut l'orfèvre en titre de l'empereur, eut l'occasion de montrer son talent dans plusieurs circonstances, et notamment à l'occasion du mariage de Napoléon avec Marie-Louise d'Autriche.

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