‹ Histoire artistique du métalChapitre 7 sur 120 · PERSE · texte numérisé non relu

PERSE

Nous sommes obligés pour ce qui concerne la Perse, comme pour ce qui concerne les Hébreux, de nous en tenir aux documents écrits. Le luxe inouï des rois de Perse et de leurs satrapes

est attesté par trop d'historiens contemporains pour qu'on puisse le mettre en doute, mais nous manquons de renseignements pour déterminer le style et le caractère particulier des grands ouvrages d'orfèvrerie dont il est si souvent question dans les auteurs. Hérodote, parlant du camp des Perses, pris par Pausanias, après la bataille de Platée, dit qu'on y trouva des lits dorés et argentés, et une quantité énorme de cratères, de coupes et de vases de toutes grandeurs en or et en argent. Ces richesses étonnèrent tellement le général grec, qu'il trouva plaisant, après sa victoire, de se faire préparer deux dîners, l'un dans la vaisselle du vaincu, l'autre suivant l'usage lacédémonien. Alors, réunissant ses officiers: « Comprenez-vous, leur dit-il, la folie de ces gens-là, qui, ayant chez eux une table si riche, viennent de si loin pour en chercher chez nous une si misérable ? »

Alexandre éprouva la même surprise en pénétrant dans le camp de Darius après la bataille d'Arbelles. Plutarque rapporte que, lorsqu'il vit que toutes les coupes, les bassins, et la baignoire elle-même étaient faits de métaux précieux, le monarque macédonien ne put retenir un cri d'admiration. Les descriptions des palais de Suse, de Persépolis, d'Ecbatane, dépassent en splendeurs celles qu'on voit dans les Mille et une Nuits. Malheureusement, les fouilles qu'on voudrait tenter dans ces contrées inhospitalières présentent de telles difficultés, que nous ne trouvons dans nos musées aucune pièce à l'appui de ces récits.

LE MÉTAL

DANS L'ANTIQUITÉ CLASSIQUE

GRÈGE

Suivant les traditions mythologiques, Vulcain, le dieu forgeron, faisait tous les ouvrages en métal dont les dieux avaient besoin, et c'est Prométhée, le grand instructeur du genre humain, qui, en dérobant le feu du ciel pour le donner aux hommes, est le créateur des industries métallurgiques. Comme ces légendes n'ont aucun caractère historique, nous devons renoncer pour le moment à rechercher l'origine du travail des métaux en Grèce. Nous pouvons seulement constater que les objets en métal, découverts récemment par M. Schlieman dans la Troade et dans l'Argolide, fournissent les plus anciens documents qu'on connaisse sur le sujet qui nous occupe. Ce n'est pas ici le lieu d'examiner si, lorsqu'il parle des bijoux de la belle Hélène ou des armes d'Agamemnon, le savant antiquaire ne met pas un peu de complaisance pour certaines attributions historiques, qui conviennent plus particulièrement au but de ses recherches. L'absence complète de fer, la présence de flèches dont la pointe est en

| obsidienne, et les nombreux fragments de poterie dont aucune n'est au tour, indiquent une époque qui ne saurait être bien éloignée de celle qu'on assigne à la guerre de Troie. Comme on n'a trouvé aucune inscription dans les tombeaux ouverts à Mycènes, ce qui est contraire à toutes les habitudes postérieures, on est autorisé à penser que l'alphabet n'était pas connu à l'époque où ces tombes ont été creusées.

Dans la première tombe qui a été ouverte à Mycènes, le docteur Schlieman a trouvé trois squelettes de femme littéralement couverts de bijoux : elles étaient couchées sur un lit de cailloux et entourées encore des cendres du bûcher funèbre. La quantité de pièces d'orfèvrerie déposées dans ce sépulcre prouve à la fois le rang élevé des personnages auxquels il était destiné, et l'importance que, dans ces époques reculées, on attachait au travail des métaux. Une grande couronne ornée de trente feuilles d'or, dix couronnes et dix diadèmes d'or de moindre dimension, six coupes d'or, et une quantité d'objets et de fragments du même métal, montrent que l'or était d'un emploi fréquent dans la classe opulente. Au point de vue de l'art, le travail de ces objets est assez barbare, mais l'intention de l'artiste est toujours

LE MÉTAL DANS L'ANTIQUITE CLASSIQUE

nettement exprimée et se comprend aisément maigre' l'inexpérience du dessin. Plusieurs statuettes représentent des femmes très grossièrement sculptées : les représentations d'animaux sont assez nombreuses. Dans le premier sépulcre on a trouvé onze petits cerfs, sept lions couchés et quatre debout, plusieurs grands oiseaux.

Enfin plusieurs plaques d'or sont décorées de tours sur lesquelles est posée une colombe.

La seconde chambre sépulcrale contenait cinq hommes, dont les corps, couverts de bijoux, portaient la trace évidente du feu qui les avait consumés. Trois de ces personnages avaient le visage entièrement recouvert d'un masque en or massif, d'un travail extrêmement soigné dans les détails, car en peut y compter les poils de la barbe et des sourcils.

Toutefois, je ne puis souscrire à l'opinion du docteur Schlieman, qui voit là des portraits d'une individualité fortement accusée. C'est un peu moins barbare que les images phéniciennes ou chypriotes de l'époque primitive, mais c'est tout ce que je puis leur accorder. On peut voir dans la salle de Chypre, au musée du Louvre, quelques tètes qui marquent la première enfance de la sculpture : les parties saillantes sont toujours beaucoup plus accentuées que les parties rentrantes , et c'est là un caractère essentiel de l'art à son début , qu'on retrouve également dans les idoles de la Polynésie.

Un gamin qui veut faire une tête avec de l'argile prend une boulette de .

terre pour faire le nez, une autre pour faire le menton, et ces deux appendices prennent toujours dans son travail une importance démesurée. En revanche, quand il entreprend de faire l'œil ou la bouche, il ne sait plus du tout comment s'y prendre. C'est pour cela que les artistes phéniciens et chypriotes se

iiwiiihiiiiIIII

Page 1