‹ Histoire artistique du métalChapitre 72 sur 120 · VASE DE STYLE GREC, PAR CHRISTOFLE. (COMPOSITION DE REIBER · texte numérisé non relu

VASE DE STYLE GREC, PAR CHRISTOFLE. (COMPOSITION DE REIBER

noir patiné d'or. Sur le pied est une petite armoire à portes bombées. Le tout est couronné par une étagère en ébène. Des figures japonaises, des animaux fabuleux et des feuillages forment la décoration de ces deux meubles.

Le public, après avoir admiré les belles adaptations de style oriental que nous venons de signaler, se porte volontiers vers les modèles des objets d'art donnés en prime dans les concours régionaux par le ministre de l'agriculture et du commerce. Le prix des fermes-écoles montre une Cérès, sur un socle décoré de bas-reliefs d'animaux. Une génisse, un taureau et une vache et un groupe de porcs, modelés par M. Rouillard, sont des prix

d'ensemble pour l'espèce bovine et l'espèce porcine. Enfin, la prime d'honneur, à laquelle ont collaboré MM. Mathurin Moreau, Rouillard et Mallet, représente l'Agriculture, sous les traits d'un jeune berger; elle est placée au centre d'une jardinière ornée de groupes d'animaux et d'attributs agricoles.

Comme bronze, une des pièces capitales qui soient sorties des ateliers de M. Christofle est le superbe vase connu sous le nom de vase d'Anacréon, et dont la composition est due à Émile Reiber. Une ode d'Anacréon, qui décrit un ouvrage grec, a été le point de départ de ce beau vase. Au bas du panneau, on lit une strophe de l'ode xxxix: « Quand je bois, c'est parfumé

LE MÉTAL DANS LES TEMPS MODERNES

des essences les plus suaves; et les bras enlacés à ceux d'une jeune fille, je chante Vénus. » Un dessin de Girodet a été employé pour la composition du panneau central, qui représente Anacréon enlacé dans les bras d'une jeune fille. Mais des modifications importantes ont été apportées par Reiber à la composition primitive, en vue de se plier aux nécessités de la décoration.

Il faut aussi appeler l'attention sur les bronzes patinés à reliefs polychromes, qui donnent un attrait tout particulier à l'exposition de MM. Christofle. Ils ont notablement perfectionné leurs moyens de déposer l'or, l'argent, le cuivre et les alliages. Plusieurs belles pièces montrent l'importance qu'on peut tirer des alliages au point de vue décoratif : les tons du bronze, patinés artificiellement, mais d'une façon durable, ont atteint une qualité qui ne laisse plus rien à envier aux plus belles pièces anciennes de la Chine et du Japon. Le brun et le noir sont d'une coloration superbe, et l'association de l'or vert et de l'or rouge produit dans le décor des effets surprenants et pleins de charme.

Parmi les pièces de cette série il faut citer particulièrement les deux Japonaises de M. Guillemin, dont la belle patine noire, brune et rouge, est du plus bel effet : la robe et la ceinture de ces figures japonaises, destinées à servir de torchères, sont décorées de reliefs en argent et or de couleur. Les vases et les services de table, décorés de fleurs de pêcher, de glycine, de cognassier sur fond rouge ou noir, les jardinières et les candélabres, où une branche rouge corail s'unit à des courges d'or sur fond noir, montrent toutes les ressources d'un procédé que je crois appelé à un grand avenir. Ce genre me paraît particulièrement heureux dans les décors de style oriental; mais MM. Christofle ne s'en tiennent pas là, et ils ont appliqué le même procédé à un vase grec composé par M. Chéret, qui représente les Arts décoratifs couronnés par une Minerve en or et en argent ; les quatre anses du vase sont formées par des enfants portant des attributs.

M. Christofle a eu l'heureuse idée de reproduire par la galvanoplastie les principales pièces du Trésor de Hildesheim. C'est une bonne fortune pour nos travailleurs, qui peuvent ainsi voir l'orfèvrerie antique à côté des œuvres contemporaines. Ces pièces, au nombre de vingt-neuf, ont été moulées, à l'origine de la trouvaille, par M. Kuhstardt d'Hildesheim. Retouchées et ciselées, d'après les originaux du musée de Berlin, par M. Schrapp, chef des ateliers de ciselure de MM. Christofle et Bouilhet, elles sont aujourd'hui un des plus grands attraits que nous offre l'exposition de cette maison.

Après avoir reproduit le Trésor d'Hildesheim, M. Christofle s'était proposé de répandre de la même manière les plus belles pièces du fameux Trésor de Bernay, qui est au cabinet des médailles de la grande bibliothèque. Mais il n'a pas trouvé en France les facilités qu'il avait eues en Allemagne : pour mener à bien ce travail, il aurait voulu mouler d'abord les pièces, comme il avait fait à Hildesheim ; or les règlements de la bibliothèque s'y opposaient absolument. On ne peut pas blâmer un conservateur d'exécuter ponctuellement les règlements qu'il est chargé de faire appliquer, et on comprend que si un fabricant avait été admis à faire des moulages, dix autres pouvaient venir le lendemain réclamer la même faveur. Mais la bibliothèque n'aurait aucune raison pour employer la même rigueur vis-à-vis d'une collection publique ; c'est ce qui nous fait tant désirer de voir se réaliser le projet d'un musée des arts décoratifs, dans lequel

l'industrie pourrait au moins trouver toutes les ressources dont elle a besoin.

Au reste, M. Christofle ne s'est pas découragé, et, à défaut de moulage, il a employé les excellents dessinateurs de sa maison ; j'imagine que la dépense a dû être plus forte, mais le résultat de ses reproductions, copiées d'après des dessins pris sous plusieurs points de vue, est tellement exact qu'il faut vraiment être prévenu pour ne pas croire que les pièces qu'il expose sont dues à un procédé mécanique.

Les produits de la maison Christofle sont des plus variés. Ils nous montrent ce dont l'industrie peut être capable lorsqu'elle comprend sa puissance et ne craint pas de s'élever jusqu'au domaine de l'art; ils nous font voir aussi ce que peut produire une volonté aussi ferme qu'intelligente.

Dans l'orfèvrerie religieuse contemporaine, nous signalerons surtout M. Poussielgue-Rusand. L'orfèvrerie religieuse met tout en œuvre, l'or, l'argent, le cristal, les émaux, les pierres précieuses ; elle exige une grande expérience de tous les modes de travail : le repoussé, la ciselure, la gravure, le sertissage des pierres. Elle est, à la fois, orfèvrerie, bijouterie, joaillerie, etc. De plus, la conception des pièces d'orfèvrerie religieuse se heurte à tout autant de difficultés particulières que l'exécution. On se trouve en présence d'une tradition, et d'une tradition implacable, car le symbolisme chrétien ne s'invente plus et n'est guère susceptible de se renouveler; il s'inspire forcément du passé. La forme est byzantine ou romane, gothique ou renaissance, mais elle ne saurait être grecque et peut bien difficilement être moderne.

C'est en s'inspirant des précieux restes du moyen âge que M. Poussielgue-Rusand est parvenu à vaincre les difficultés sans nombre que présente l'orfèvrerie religieuse. Son exposition est vraiment surprenante. Elle réunit tous les genres de l'orfèvrerie religieuse. La manière de M. Poussielgue-Rusand est large, on pourrait même dire architecturale. Il se complaît dans les grandes lignes et leur subordonne les détails. C'est même ce trait particulier qui le distingue de M. Armand Calliat, un des rares orfèvres religieux que nous ayons à signaler ici.

Parcourons l'exposition de M. Poussielgue-Rusand. Voici un ostensoir en argent enrichi d'or de diverses teintes. Les douze apôtres, en plein relief, représentés agenouillés, et avec leurs emblèmes caractéristiques, entourent la base de l'ostensoir. Les instruments de la Passion, ciselés en relief sur des fonds d'émail et reliés par des pierres fines, décorent le sol jusqu'à la naissance de la tige, où on voit les attributs des évangélistes. En haut de la tige, Notre-Seigneur est représenté versant son sang dans le calice, et à ses pieds deux anges agenouillés présentent la légende : Infinem dilexit eos. L'emplacement de l'hostie a la forme d'un cœur d'où partent les rayons, parmi lesquels sont placés les neuf chœurs d'anges. Des colombes figurant les âmes des justes convergent vers l'hostie, et à la naissance de chaque rayon est une fleur de marguerite. Le revers de l'ostensoir diffère de l'autre côté en ce qu'au lieu du Christ versant son sang, on voit la Vierge présentant l'Enfant Jésus. Aucun des détails de cette pièce remarquable ne nuit à sa silhouette générale qui est pleine de style. Tout se commande, comme dans une œuvre d'architecture. Cet ostensoir est à la fois riche et sévère, fouillé et calme. L'impression qu'il produit est celle d'une grandeur indiscutable.

Une châsse en cristal, portée par des personnages et accompagnée de deux anges qui tiennent des fanaux, a aussi un aspect

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