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THÉIÈRE EN ARGENT REPOUSSÉ

XVIIe SIÈCLE.

continue sur les côtés. Nous nous rappelons, dans la collection de San Donato, une théière à anse mobile, en argent repoussé, dont le travail, excessivement riche de détail, était pourtant d'une remarquable pauvreté décorative. Le goulot, terminé en tète de cygne, se rattachait au ventre par une série d'ornements d'une saillie toujours égale, représentant divers feuillages mêlés à des chiffres ou à des lettres. Un pigeon forme quelquefois le motif qui décore le couvercle des boîtes à thé de cette époque.

Nous pourrions encore citer, comme travail anglais, une théière et un pot à crème en argent repoussé et ciselé, avec décor de guirlandes, roses, œillets, chrysanthèmes, etc., fond graindorgé. Le goulot de la théière se termine en tête de grue.

S TEMPS MODERNES

Les rapports industriels et commerciaux entre la France et l'Angleterre avaient été complètement interrompus pendant tout le temps de la Révolution. Quand ils se rétablirent sous la Restauration, le goût anglais fit un moment invasion dans notre orfèvrerie. Mais cette irruption d'un style étranger ne fut pas de longue durée, et lorsque, en i852, les deux nations se mesurèrent sous le rapport du travail, il fut aisé de constater que le style en vigueur était complètement différent des deux côtés de la Manche. La supériorité était très grande de notre côté, mais l'orfèvrerie anglaise a singulièrement progressé depuis cette époque, comme on a pu le constater en 1878.

A l'exposition de 1 85 5 , on a beaucoup remarqué un surtout

de table exposé par MM. Hunt et Roskell, et dont la composition était entièrement due à un artiste anglais, Joseph Brown. Ce surtout de table était destiné à la corporation des orfèvres, en sorte qu'il prenait le caractère d'une pièce officielle et historique. Richard II, concédant à la compagnie sa charte d'incorporation, occupait le centre de la composition, et des petits groupes disposés autour du socle indiquaient les diverses opérations de l'extraction, de l'affinage des métaux précieux. L'un des bouts de table représentait la Science et l'autre la Charité.

M. Hancock, dont on se rappelle un superbe vase représentant la fameuse rencontre du camp du Drap-d'Or, et M. Elkington, qui s'est fait connaître par ses procédés d'argenture électro-chimique, sont à la tête de l'orfèvrerie anglaise contemporaine. Un de nos plus habiles ciseleurs français, M. Morel- Ladeuil, est aujourd'hui attaché à la maison Elkington, et son

beau bouclier, décoré de sujets tirés du Paradis perdu de Milton, figurait, en 1878, dans l'exposition de cette importante maison.

MM. Elkington sont les auteurs du beau service d'orfèvrerie placé dans la salle à manger du pavillon du prince de Galles, à l'Exposition de 1878. Le prince leur a fait la commande d'un vase qu'il destinait à être offert en prix pour les courses de Longchamps : c'est une coupe à bords échancrés, soutenue par un dragon aux ailes éployées qui sert de pied. La Déesse de la guerre, entourée de génies, forme le motif central de la décoration de la panse du vase, dont l'anse est formée par une femme gracieusement cambrée. Cette pièce, exécutée en argent repoussé et ciselé, est une de celles qu'on a le plus remarquées dans l'exposition de MM. Elkington.

L'Exposition de 1878 nous a fait faire ample connaissance avec un orfèvre de New-York, M. Tiffany, dont les produits ont

LE MÉTAL DANS LES TEMPS MODERNES

joui d'un grand succès auprès du public. M. Tiffany demande beaucoup aux Japonais. Il a eu le bonheur de pouvoir les étudier sérieusement avant nous à l'Exposition de Philadelphie, ce qui

lui donne, dans l'application si recherchée à l'heure qu'il est des procédés de l'extrême Orient, une certaine avance sur nos orfèvres. Il doit aux Japonais une variété infinie de formes et de

POT A CRÈME, ARGENT REPOUSSÉ. TRAVAIL ANGLAIS. XVIIe SIECLE.

motifs plus ingénieux, plus imprévus et plus décoratifs les uns que les autres ; il leur doit encore l'art de mélanger les métaux et de faire produire à leurs heureuses combinaisons des effets

d'opposition ou d'harmonie pleins d'originalité. M. Titfany ne s'est pas borné au Japon dans ses travaux, l'Inde l'a souvent admirablement inspiré, comme le montre le superbe service à

thé de son exposition. Les pièces qui ont emprunté leurs motifs de décoration au pays de M. Tiffany sont moins recommandablés. Elles témoignent d'une grande habileté chez les artistes qui les ont inventées, mais laissent un peu à désirer au point

de vue du goût. Quoi qu'il en soit, M. Tiffany est un des orfèvres artistes à qui appartient l'avenir ; c'est un chercheur heureux, et le succès qu'il a obtenu à notre grande Exposition est parfaitement légitime.

L'ORFEVRERIE.

Orient. — La réunion d'objets indous qui forment la :ol» lection du prince de Galles e'tait assurémen' une des plus grandes curiosités de l'Exposition universelle. Depuis vingt ou trente ans, la Chine d'abord et ensuite le Japon ont été l'objet d'études spéciales qui nous ont fait connaître la tournure que prend l'art dans ces deux pays. Mais l'Inde proprement dite avait toujours été négligée, et avant le voyage du prince de Galles dans ce

pays, on peut dire que la France en particulier n'avait aucune notion des principes constitutifs de son art et de son industrie. La collection du prince de Galles a donc eu pour résultat d'ouvrir devant nous des horizons absolument nouveaux et l'excellent volume publié par le docteur George G. M. Birdwood, sous le titre de Manuel de la section des Indes britanniques, est le guide que nous devons suivre ici tout naturellement, en abordant

PIÈCE D'ARGENTERIE, XVIIe SIÈCLE. ( MADRAS.) COLLECTION DE S. A. R. LE PRINCE DE «AI. I. F. S.

un sujet complètement nouveau pour nous. Constatons d'abord la différence énorme qui sépare les industries européennes de celles de l'Asie.

« Il est impossible, dit le Manuel de la section des Indes britanniques, dans une description des industries de l'Inde, de suivre la classification adoptée aux expositions universelles européennes des arts et de l'industrie, basée comme elle l'est sur cette large et infranchissable barrière qui doit séparer l'art de l'industrie, lorsque les produits industriels ne sont plus des ouvrages faits par la main de l'homme, mais fabriqués à l'aide de machines. C'est ainsi que le mot même de manufacture est arrivé en Europe à perdre toute trace de son véritable sens

étymologique, et qu'il n'est maintenant employé que pour désigner l'opération par laquelle on convertit, au moyen des machines, les matériaux bruts en articles propres à l'usage de l'homme... Dans l'Inde, tout, quant à présent du moins, est travaillé à la main, et chaque objet, jusqu'aux jouets des prix les plus modiques et aux vases de terre, est une oeuvre d'art. D'un autre côté, il est impossible de mettre l'art décoratif indien, qui procède d'une tradition morte, bien qu'il soit parfait dans la forme, sur le même rang que les arts vivants et progressifs d'Europe, où s'affirme la science d'invention et de création du véritable poète, agissant spontanément d'après sa propre inspiration, science qui constitue ce qu'on appelle les beaux-arts.

CULAB-PAS1I EN FILIGRANE d'aRGENT. (bANKIPORE. COLLECTION DE S. A. R. LE PRINCE DE GALLES.

(collection de s. a. b. le prince de galles.)

LE METAL DANS LES TEMPS MODERNES

L'esprit artistique se trouve partout aux Indes à l'état latent ; il ne lui manque que la mise en œuvre et l'étincelle de la vie... 11 est indispensable aussi de considérer que nous avons dans l'Inde plusieurs variétés distinctes indigènes dans l'art décoratif : nous avons les arts sauvages des tribus primitives de la péninsule, qu'on ne rencontre plus maintenant que dans les parties les plus

inaccessibles; puis l'art indou, et enfin cet art qui est résulté de l'influence des arts arabe et persan sur l'Inde. Malheureusement aussi les collections indiennes deviennent à chaque exposition successive de plus en plus encombrées d'articles métis; résultat de l'influence de la Société anglaise, des écoles de missionnaires, des écoles d'art et des expositions internationales de Part indien :

PLATEAU ÉM AILLÉ DEJEYPORE, i5qo. (COLLECTION DE S. A. R. LE PRINCE BE GALLES.)

mais, surtout, résultat de l'irrésistible énergie et de la puissance manufacturière des villes de Manchester, Birmingham, Paris et Vienne. Aucune collection des Indes n'a accusé d'une manière aussi flagrante la grandeur et les progrès de ce mal que l'exposition des présents faits au prince de Galles. On désirait faire à Son Altesse Royale tous les honneurs possibles; les chefs et princes indigènes, dédaignant en beaucoup de cas l'art de leur pays, avaient fait exécuter en argent massif des copies littérales des plus nouveaux modèles de Birmingham, consistant en

théières, en presse-papiers, en pièces capitales ; c'étaient, à leurs yeux, les plus rares présents qu'ils pussent mettre aux pieds du prince. »

La collection du prince de Galles, en nous révélant des trésors inconnus jusqu'ici, nous a montré que cet art appartenait au passé et que les imitations plus ou moins bâtardes de nos produits européens allaient, dans un avenir très prochain, remplacer les pièces si originales dont nous avons vu les derniers échantillons. Indépendamment des armes, qui formaient la plus belle

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