LES A
xve et xvie siècles font quelquefois bon effet dans nos collections, par la conscience et la bonhomie d'exe'cution qui caractérisent les artistes de ce pays, mais il ne faut pas, quand on veut les apprécier, les regarder à côté des armures italiennes de la même époque, car celles-ci ont une délicatesse et une élégance que
l'Allemagne n'a jamais connues. Le caractère un peu massif des armures allemandes est, d'ailleurs, assez bien en rapport avec les habitudes et le tempérament de ceux qui les portaient.
L'armure de Henri II, entièrement exécutée par des artistes français, est considérée comme un des chefs-d'œuvre de cette
industrie sous la Renaissance. Elle est de fer poli et couverte de petites compositions en bas-relief travaillées au repoussé. Les sujets sont tirés de l'histoire du grand Pompée, et les armuriers paraissent avoir suivi à la lettre le récit de Lucain.
Outre cette armure qui est complète, le Musée possède un admirable bouclier, ayant également appartenu à Henri II et sur lequel sont représentées l'attaque et la défense de la ville de Boni-
facio, en Corse. Le casque de Henri II est de ceux qu'on désignait au xvie siècle sous le nom de bourguignotte ; il porte une crête, une avance sur le front et deux oreillettes, mais il laisse le visage à découvert.
« Il est de fer, dit Barbey de Jouy, repoussé, ciselé, noirci, doré, damasquiné d'or, de travail italien. Une figure de l'Amour est placée sur la partie culminante, en avant de la crête ; deux
LE MÉTAL DANS LES TEMPS MODERNES
petits génies de la Victoire sont groupés sur le devant du timbre; | l'un d'eux porte le chiffre de Henri II et l'autre le croissant, qui était son emblème; une couronne se voit au-dessus, soutenue par Mars et Bellone. Deux belles figures de Victoires décorent
les oreillettes, des armes sont disposés en riches trophées sur les côtés du timbre, deux esclaves en arrière, et la déesse Diane est représentée deux fois sur la crête du casque. »
Le casque et le bouclier de Charles IX sont des armes de
fragment de harnais richement ciselé et enrichi de pierres fines, (collection des écuries impériales et royales de vienne.)
parade ; trois sortes d'émaux les décorent (opaques, translucides, cloisonnés). La composition du bouclier, évidemment inspirée de celle qui décore le bouclier de Henri II, représente un ensemble d'opérations militaires. Le casque est décoré d'une tête de Méduse et de trophées; sur les oreillettes on voit d'un côté un Mars et de l'autre une Victoire assise.
Il ne suffisait pas que l'homme fût cuirassé du haut en bas, il fallait encore préserver sa monture des coups du dehors. L'armure du cheval est moins compliquée que celle du cavalier, mais elle n'est pas moins riche.
Le Musée historique de Dresde, un des plus riches du monde en pièces historiques, renferme, entre autres chefs-d'œuvre, la
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magnifique armure de parade de l'électeur Christian II, une des plus belles qui soient restées du xvie siècle. D'admirables basreliefs, représentant les travaux d'Hercule, décorent les différentes pièces de l'armure du cheval. Ces bas-reliefs sont disposés en médaillons encadrés dans une riche ornementation. Sur l'un des flancs , on voit le héros enfant et assis sur son berceau, saisissant dans ses petites mains les deux serpents envoyés contre lui, et au-dessus Hercule frappant de sa massue le sanglier d'Erymanthe.
Sur la partie antérieure du caparaçon du cheval, trois médaillons représentent le combat contre les Centaures, l'épisode du lion de Némée et la lutte avec Antée. Sur la partie postérieure, on voit d'autres sujets, l'hydre de Lerne, l'aventure de Cacus, etc.
Le chanfrein ou plaque frontale du cheval est très richement décoré d'arabesques : on y voit peu de scènes de la vie d'Hercule, mais simplement une image du héros placée au centre dans un petit médaillon.
HACHE D'ARMES ORIENTALE RICHEMENT DAMASQUINÉE PORTANT LE CHIFFRE DU SULTAN SALADIN ET LA DATE 55û DE L'HÉGIRE.
Le harnais des chevaux est aussi quelquefois d'une grande richesse. La collection des écuries impériales et royales de Vienne possède plusieurs modèles de harnachements, dont la décoration composée de fleurs et d'entrelacs semble empruntée au style oriental.
Les armes orientales présentent dans leur décoration un caractère absolument différent de celui que nous avons vu dans celles de l'Occident. La figure n'y joue aucun rôle : la flore avec les rinceaux et les entrelacs en constitue le système ornemental.
Le bazar des armes à Constantinople est le point de l'Europe où on peut le mieux se faire une idée de la fabrication orientale. « Là, dit Théophile Gautier, se retrouvent les grands turbans évasés, les dolmans bordés de fourrures, les larges pantalons à
la mameluk, les hautes ceintures et le pur costume classique. Les richesses entassées dans le bazar des armes sont incalculables : là se gardent ces lames de damas, historiées de lettres arabes, avec lesquelles le sultan Saladin coupait des oreillers de plume au vol et qui portent sur le dos autant de crans qu'elles ont abattu de têtes; ces kandjars dont l'acier terne et bleuâtre perce les cuirasses comme des feuilles de papier et qui ont pour manche un écrin de pierreries ; ces vieux fusils à rouet et à mèche , merveilles de ciselure et d'incrustation ; ces haches d'armes qui ont peut-être servi à Timour, à Gengiskan, à Scanderbeg, tout l'arsenal féroce et pittoresque de l'antique Islam. Là rayonnent, scintillent et papillotent sous un rayon de soleil tombé de la haute voûte, les selles et les housses brodées d'or et
LE METAL DANS LES TEMPS MODERNES
d'argent, constellées de soleils et de pierreries. Ce bazar est considéré comme si précieux, qu'il n'est pas permis d'y fumer; ce mot dit tout, car le Turc fataliste allumerait sa pipe sur une poudrière. »
Constantinople, où viennent s'accumuler depuis des siècles toutes les richesses de l'industrie orientale, n'est pourtant pas une ville de travail, et les Turcs, pour leur part, n'ont pas apporté d'éléments nouveaux à l'art des Arabes, qui était en pleine prospérité à Damas et au Caire lorsqu'ils se sont rendus maîtres du pays. Le travail des armes de luxe n'est du reste dans tous ces pays qu'une branche de l'orfèvrerie, et l'ornementation qui décore les casques et les boucliers est celle qu'on retrouve dans les aiguières et dans les lampes des mosquées.
« Les sabres persans ou turcs, dit A. Jacquemart, sont tous courbes et à poignées assez simples de forme, leur mérite est dans la lame seule; l'Inde offre, au contraire, assez souvent des armes droites, sortes d'épées ou de sabres à spatule vers le bout, appelés kounda. Presque toujours les poignées indiennes se distinguent par leur petite dimension et par une rondelle en lorme de cuvette servant de pommeau ; parfois cette cuvette est surmontée d'une petite tige un peu recourbée. On trouve aussi des épées indiennes dont la poignée arrondie enveloppe la main et se continue par un brassard ; comme on en trouve dont la lame est flamboyante ou en dents de scie.
« Inutile de dire que les poignards sont non moins riches que les sabres ; souvent damasquinés sur la lame, ils ont des poignées précieuses de la plus grande élégance. Le jade, le cristal, rehaussés de pierres précieuses serties d'or, en sont les éléments les plus ordinaires, et, chose vraiment remarquable, cette richesse et ce goût semblent s'étendre à toutes les nations d'origine indienne, à l'empire birman, la presqu'île de Malacca, le royaume de Siam et jusqu'à Java. Ce qui permet de distinguer toute cette dernière famille de produits , c'est la présence de figures monstrueuses étrangères aux habitudes d'ornementation des Indous proprement dits.
« Il y a là, surtout parmi les poignards et à commencer par les khouttars, toute une collection précieuse et intéressante à former, les kris et les couteaux malais avec leurs ciselures merveilleuses creusées dans l'or et l'argent^venant clore la série.
« Nous voudrions parler des masses d'armes aux ailes découpées à jour, aux hampes damasquinées et rehaussées de turquoises ; des haches d'armes au tranchant bordé d'inscriptions, au fer damasquiné d'or, qui transforment parfois leur hampe en un pistolet primitif à mèche, et de ces armes d'hast, lances au fût peint en laque des plus riches arabesques ou tout en fer ciselé , à la lance ciselée de fines arabesques et relevée de rubis. »
Les armes formaient certainement la partie la plus intéressante de la magnifique collection d'objets indiens, exposés par le prince de Galles en 1878. Il y avait là des poignards, des sabres, des boucliers, des fusils, des harnais, des selles d'une incomparable richesse, et qui n'étaient pas moins remarquables par la délicatesse et le fini des ornements que par la profusion des pierres précieuses qui les décoraient de toutes parts.
On lit dans le Manuel de la Section des Indes britanniques: « Dans l'une des vitrines centrales, on remarque le canon d'un magnifique fusil à mèche splendidement damasquiné en or, avec une sorte de dessin de fleurs de pavot, les têtes des fleurs s'abaissant l'une au-dessus de l'autre de toute la longueur du
SILS A MÈCHE AVEC CROSSE INCRUSTEE D'iVOIRE ET MONTÉE EN OR. (COLLECTION DE S. A. R. LE PRINCE DE GALLES.)
BOUCLIER CISELÉ ET ENRICHI DE DIAMANTS, ACCOMPAGNÉ D'UNE ÉCHARPE EN SOIE DE BRODERIES ET DE PIERRERIES. (COLLECTION DE S. A. R. LE PRINCE DE GALLES. — EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878.)
canon. C'est le plus beau modèle de damasquinage de toute la collection du prince. Tout près se trouve un fusil à mèche persan, dont la crosse est sculptée en ivoire sur un fond brun chocolat, et représente des scènes de la vie des animaux sauvages; chaque groupe est un ve'ritable camée. Les armes les plus riches resplendissent d'or, d'émaux et de pierres précieuses, et sont généralement de pur dessin indien. Il n'y a à la vérité que peu de place laissée à l'envahissement du dessin européen dans les armes orientales. Il y a cependant plusieurs épées et poignards de dessin indigène qui ont été montés par des ouvriers anglais, et l'effet qui en résulte n'est pas moins déplorable que
S TEMPS MODERNES
lorsque les ouvriers indigènes purs imitent à la lettre les dessins européens.
« Le caractère mécanique des manufactures européennes exige dans l'ensemble un fini mécanique, tout à fait déplacé dans les compositions hardies et de libre allure des ouvrages supérieurs artistiques du pays, dans lesquels le fini est rigoureusement subordonné à l'usage pratique et à l'effet artistique, et si le goût du fini mécanique devient prédominant, grâce à la propagation des idées de la classe moyenne anglaise, parmi les princes et les chefs de l'Inde, les œuvres indiennes, telles que les armes et la joaillerie, deviendront bientôt des industries du passé. »
LA SERRURERIE
« La forge du serrurier, dit le serrurier Lamour dans son Préliminaire apologétique sur la forge, est aux autres inventions de ce genre qui existent dans la société, ce que le génie est aux sciences : elle en est l'âme et la force, aucune ne peut se passer d'elle, et elle ne les a précédées toutes que pour aider à les
créer. Si Cérès donne du pain aux Cyclopes, c'est qu'ils lui avaient fabriqué la charrue. Si le pieux Enée conserve et établit, au milieu des combats, les fugitifs de Troie, c'est qu'il est armé par l'époux de Vénus. Notre nourriture et notre défense sont des objets purement nécessaires, et si l'agriculture a des beautés,