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NEPTUNE, STATUETTE EN BRONZE PAR LE BERNIN

en a un dont l'authenticité ne repose peut-être pas sur des documents parfaitement établis, mais qui compte assurément parmi les plus beaux ouvrages de la Renaissance : c'est celui de Jean de Morvilliers, évêque d'Orléans, et garde des sceaux de France ; il appartient à l'évêché d'Orléans et a figuré à l'Exposition rétrospective du Trocadéro en 1878. C'est une œuvre

magistrale dont l'austérité d'allure contraste un peu avec les habitudes du maître, mais qui est assurément digne de lui par le savoir et l'exécution.

Au commencement du xvn° siècle, une transformation complète survint dans l'architecture française. Au lieu des raffinements et des élégances de la Renaissance, au lieu des délicates

LE MÉTAL DANS LES TEMPS MODERNES

arabesques qui couraient le long des pilastres, des frises qui encadraient d'une manière si exquise les portes et les fenêtres, nos architectes s'attachèrent à exprimer l'idée de solidité et de puissance. Si les tâtonnements, qui accompagnent toujours une modification du goût public, amenèrent quelquefois, sous Henri IV et sous Louis XIII, par exemple, un résultat un peu massif, les artistes atteignirent complètement sous Louis XIV le but qu'ils avaient tenté de réaliser depuis un demi-siècle. On peut ne pas aimer le style Louis XIV ; on peut lui trouver parfois des allures un peu compassées, mais ce qu'on ne peut lui dénier, c'est une véritable empreinte de grandeur et de majesté. La beauté de cette architecture toutefois n'est ni dans les façades dont la solennité est souvent un peu froide, ni dans les profils dont le contour est parfois un peu sec, mais dans la

i décoration des salles et des escaliers intérieurs, dont l'aspect j luxueux et grandiose est partout nettement caractérisé.

Or nous devons remarquer que ce résultat est presque toujours dû à la combinaison des bronzes, tantôt sombres, tantôt dorés, avec les marbres de couleur sur lesquels ils se détachent. Il nous suffira de rappeler le grand escalier du palais de Versailles, dont la décoration, faite d'après les dessins de Ch. Lebrun, est enrichie de bronzes exécutés par Coysevox. Le but des artistes a été certainement de donner une haute idée de la puissance et de la richesse du monarque pour lequel ils travaillaient ; ils ont pleinement réussi, car l'aspect de cette décoration est vraiment royal, et les imitations qui en ont été faites à l'envi dans les palais princiers de l'Europe sont bien loin d'avoir cette grandeur d'allure.

A cette époque aussi, les groupes et les statues en bronze furent employés pour la décoration des parcs, concurremment avec les ouvrages en marbre. C'est alors que les Keller acquirent leur grande célébrité comme fondeurs. C'est à eux qu'on doit la fonte des deux belles fontaines décorées d'animaux qui terminent le parterre du côté du parc. A gauche, le Tigre terrassant un ours, et le Limier abattant un cerf, ont été sculptés par Houzeau. A droite, le Lion terrassant un sanglier, etle Lion terrassant un loup, sont des ouvrages de Van Clève. De grands groupes décoratifs, dont à vrai dire quelques-uns sont seulement en plomb, étaient regardés à cette époque comme l'accessoire indispensable d'un bassin, et cet usage s'est perpétué jusqu'au milieu du xvine siècle. C'est le parc de Versailles qui montre les plus beaux modèles de ce genre d'ornementation. De nombreux bassins ont été ornés de sujets mythologiques qui, lorsque les grandes eaux jouent, font l'office de fontaines jaillissantes. Au bout du tapis vert et à l'entrée du grand canal, on trouve le bassin d'Apollon, qui est des plus importants par sa décoration. Il tire son nom d'un groupe en plomb, exécuté par Tuby, sur le dessin de Lebrun, et qui produit le plus bel effet. Mais le vrai chef-d'œuvre dans ce même genre , c'est sans contredit le

bassin de Neptune. L'exécution de la plupart des groupes qui le décorent ne remonte qu'au xvme siècle, mais l'ensemble du bassin est une conception du xvne. Le groupe central représente Neptune et Amphitrite. Neptune est assis dans une grande conque et tient son trident; Amphitrite est à sa gauche; près d'elle, une naïade lui présente des productions maritimes, tandis que les tritons et les monstres marins se jouent autour des deux divinités. Lambert-Sigisbert Adam est l'auteur de ce beau groupe, qui a été terminé en 1740. Les autres groupes qui décorent le bassin sont dus à Lemoine et à Bouchardon. C'est également Bouchardon qui est l'auteur des deux Amours conduisant des dragons marins. Outre ces statues, le bassin est bordé du côté du château par une série de vases richement décorés, qui produisent l'effet le plus grandiose.

Le métal s'introduisait dans le mobilier en même temps que dans l'architecture, mais ce n'est guère que vers le xvin6 siècle qu'on a commencé à faire ces cartels si gracieusement contournés qui s'accrochaient aux parois des salons.

Les figures accompagnent quelquefois, mais rarement, ces belles horloges dont l'encadrement en bronze doré et ciselé est resté comme un des types les mieux caractérisés du mobilier

LES BRONZES

français sous Louis XV. Un grand et superbe cartel, dans l'hôtel du prince Galitzin, à Bruxelles, forme' de feuillages et de fleurs de grande dimension, est couronné dans sa partie supe'rieure par

un groupe de deux petites figures : un berger jouant de la flûte, et une bergère assise, qui tient sa houlette, en même temps qu'elle caresse un mouton. Ce genre de décor indique

JEAN DE MORVILL1ERS, ÉVÊQUE D'ORLÉANS, GARDE DES SCEAUX DE FRANCE. BUSTE EN BRONZE ATTRIBUÉ A GERMAIN PILON.

l'époque de transition ; car quand le goût des pastorales a commencé à se répandre, les ornements contournés du style rocaille étaient bien près de disparaître.

De même que la pendule, le candélabre appartient essentiel-

lement à l'art du métal, et, au xvme siècle, il prend assez fréquemment la forme d'applique posée contre la muraille. C'est ce qu'on nomme des bras : la matière qui les compose est presque toujours de bronze doré.

LE MÉTAL DANS LES TEMPS MODERNES

Quelques-uns de ces bras en bronze doré du temps de Louis XV présentent des enroulements dont le vigoureux caractère contraste avec les élégances mignardes qui sont venues à la mode un quart de siècle plus tard. On peut citer comme tvpes du genre ceux qui décorent le palais royal de Gènes. Au reste, le même palais renferme aussi de superbes bras du temps de Louis XVI, en sorte qu'il est facile d'apprécier la différence profonde qu'il y a entre les deux styles.

Des ciseleurs d'un très grand talent exécutaient souvent ces appliques. Les écrivains du dernier siècle, qui nous ont transmis tant de détails sur les faits et gestes des grands personnages de leur temps, ne nous fournissent aucun renseignement sur les admirables ciseleurs qui portèrent si haut l'art du bronze sous Louis XVI. On ne sait même pas exactement l'époque où est né Gouthière, le plus célèbre d'entre eux : cependant on en fixe approximativement la date à 1740. Le plus ancien document

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