‹ Histoire chirurgicale du siège de la citadelle d'AnversChapitre 3 sur 11 · CONSIDERATIONS CHIRURGICALES · texte numérisé non relu

CONSIDERATIONS CHIRURGICALES

Vî Blessures en général.

Presque toutes les blessures du siège ont été produites par les armes à feu : boulets de canon, bombes, obus, biscaïens , balles et mitraille. Les plaies par armes blanches n’ont eu lieu que dans les sorties des assiégés, ou à la prise du fort Saint-Laurent.

Tous les Hollandais transportés à nos ambulances étaient atteints de coups de sabre, et plus souvent encore de coups de baïonnette : l’un de ces malheureux en était pour ainsi dire lardé, après avoir été frappé de deux coups de feu qui lui avaient fracassé l’épaule droite et la main gauche.

Sont rangées parmi les plaies d’armes à feu

celles qui ont été faites par des éclats de bois ou de pierre; car ces projectiles étaient mis en mouvement par la poudre à canon ; leurs effets n’étaient cependant pas les mêmes et pouvaientpermettre la réunion des plaies.

Plusieurs hommes ont étéassez grièvement blessés par des fragmens de terre; quelques uns

ont perdu la vue par la force de la commotion.

Des blessures ont été faites par maladresse ou par mégarde : des coups de feu, des explosions de poudre, des contusions, des chutes, etc. Je n’eu dirai rien, non plus que de quelques blessures en duel.

Quant aux blessures supposées volontaires chez quelques uns de nos soldats, soit dans le but de les faire valoir à leur avantage , soit par un sentiment de crainte en présence de l’ennemi, je pourrais prouver que c’est une insinuation calomnieuse, si mon père n’avait lui-même honorablement réfuté une accusation de ce genre, dans une circonstance solennelle.

Blessures d'armes à Jeu.

Les plus dangereuses des plaies contuses , les blessures par armes à feu, sont encore les plus variées, les plus singulières, et souvent les plus nouvelles ; car, malgré les nombreux écrits que nous possédons sur la chirurgie militaire , il est encore difficile de connaître, dans toutes leurs particularités, les effets des projectiles lancés par la poudre à canon. Les chocs directs, indirects, en retour ou par ricochet, déterminent des lésions que l’on ne peut expliquer toujours ; c’est principalement dans les cavités os-

seuses, comme le crâne, le thorax, le bassin, que les projectiles sont susceptibles des déviations les plus extraordinaires.

Les blessures d’armes à feu sont variées à l'infini, selon l’espèce de projectile, la vitesse ou la force d’impulsion, la distance, les parties atteintes, la position du corps, et les obstacles intermédiaires de toutes sortes.

Il est inutile de répéter ici des détails exposés dans les ouvrages de chirurgie militaire : l’attrition des parties molles, l’escharre pathognomonique, la cessation spontanée des hémorrhagies, etc., sont des phénomènes depuis longtemps observés et décrits. J’ai été à même de constater un fait indiqué déjà, c’est que très souvent les lésions les plus légères sont celles qui causent les plus vives douleurs ; tandis que les lésions les plus graves ne sont presque jamais proportionnées à la souffrance, tant if y a de commotion, de stupeur: c'est pour cela que j appellerais volontiers blessures latentes celles qui n’offrent aucune trace extérieure, et ne se déclarent par aucun signe de douleur. Nous avons remarqué que les plaies à découvert inspiraient aux blessés plus de confiance dans les rigueurs de la chirurgie , que des lésions plus profondes, mais inappréciables pour eux.

Les blessures observées sur nos soldats ont

été, jusqu’à un certain point, en rapport avec les opérations du siège. Les boulets de canon , par exemple, étaient plus à redouter, dans les premiers jours, que les bombes et les obus, parce que toutes les tranchées, n’étant pas pratiquées, laissaient davantage nos hommes à découvert, exposés aux boulets, et leur permettaient de se garantir plus au large des éclats de bombes et d’obus. Il est vrai aussi que ces derniers projectiles ont été ménagés d’abord ; le contraire a eu lieu pendant la suite du siège. Vers la fin, ou à petite distance, il y a eu un grand nombre de blessés par les fusils de rempart et les petits mortiers, qui ont fait beaucoup de mal. Enfin , les fusils de munition ont presque seuls agi à l’affaire de Doël.

Nous avons eu bien plus de blessés le matin que le soir, parce que les assiégés redoublaient alors leur feu, afin de détruire nos travaux de ianuit, et parce qu’ils profitaient de l’heure à laquelle nos troupes étaient relevées.

C’est à la partie supérieure du corps, et plus souvent à gauche qu’à droite, que la majorité des blessures a été observée, pendant toute la durée du siège.

Brûlures (i).

Les explosions de poudre ont causé des brûlures aux premier, deuxième et troisième degrés. La face et les mains, étant les seules parties exposées à l’air, ont le plus souffert. Le traitement général de ces brûlures a été fort simple: quelques saignées, des pansemens rares, des boissons émollientes et un régime sévère ont ordinairement suffi. La suppuration a été assez abondante dans certains cas, et presque toujours les brûlures du visage ont été suivies d’une bouffissure lente à disparaître. Elles laissaient des marques indélébiles de grains de poudre, implantés dans la peau, parce que cette portion de la poudre non enflammée est mise en mouvement par celle qui s’enflamme et agit comme corps étranger, avec cette différence qu’on ne peut l’extraire. On a comparé ces marques indélébiles à celles du tatouage.

Plusieurs de nos soldats étaient réunis dans un petit fort abandonné par les Hollandais,

(i) Je regrette (juc le plan de ce travail ne me permette que de citer les savantes leçons du professeur Dupuytren sur les brûlures.

qui, en se retirant, avaient caché sous la paille une longue traînée de poudre : elle fit explosion au feu du bivouac; cinq hommes furent plus brûlés que les autres. ( Voir blessures cle la face. )

Mutilations.

Si la chirurgie possède de grandes ressources, elle est réduite quelquefois à la triste alternative de rester dans une impuissance absolue, ou d’accélérer une mort inévitable. Soit un boulet de canon, qui arrache un membre du tronc, ouvre la poitrine, déchire le ventre; soit une bombe, ou un obus qui éclate sur un seul homme, et le couvre de blessures : mutilations épouvantables, mélange affreux de lambeaux qui laissent encore aux victimes de la guerre un reste de vie; mais ce reste de vie n’est que l'horreur de se sentir mourir; et la mort, ce n’est pas la perte du sang, car toute hémorrhagie peut cesser spontanément au milieu de ces plaies larges et profondes ; ce n’est pas non plus la mutilation elle-même : c’est la secousse violente, c’est le choc qui ébranle, qui renverse comme un coup de massue; c’est enfin la commotion au plus haut degré, la commotion qui la donne.

Oui, très peu d’hommes y survivent : heureux encore s’ils n’ont plus la conscience de leurs derniers instansl J’ai vu, à la tranchée, un artilleur que l’on nous apportait sur un brancard recouvert. « Coupez-moi le bras, s’écria-t-il , je souffre en damné; coupez-moi le bras!... Pourquoi chercher ailleurs? Je n’ai pas d’autre blessure.» Ce malheureux avait eu effectivement l’avant-bras emporté par un boulet de canon ; mais il avait eu aussi le ventre ouvert; les intestins retombaient sur ses cuisses et il ne s’en apercevait pas. Il a survécu cinq heures.

Que faire dans ces pénibles circonstances? La médecine opératoire devient inutile; il faut de la médecine morale, des paroles de consolation et d’encouragement pour ces pauvres mutilés, qui ont souvent plus de courage que l’on n’ose leur en demander.

Je dirais que la mort d’un tétanique me parait seule plus affreuse, si le tétanos ne venait pas quelquefois compliquer ces mutilations ellesmêmes, comme chez le colonel Deg**\

Il ne s’ensuit pas pourtant que toutes les grandes blessures soient inaccessibles aux ressources de l’art. On voit des mutilations affreuses de la face se simplifier et guérir entre les mains d’un chirurgien habile, et par les efforts si puissans de la nature. L’observation

(le L***, amputé d’un membre et mutilé’ au visage, en est la preuve la plus remarquable. Des mutilations ou arrachemens des membres parviennent aussi à une guérison sûre, après l’amputation secondaire. Tel fut le sort du lieutenant d’artillerie Cl»*4*, qui eut un bras emporté par un boulet et le moignon a mputé. Je pourrais indiquer ici d’autres faits analogues, que je préfère laisser à leur place dans cette relation.

Je ne citerai que les principaux cas de mutilations mortelles.

Bon***, 6iede ligne, 12 décembre. Arrachement de la totalité de l’épaule droite par un boulet; détritus du scapulum et de l’humérus; éclat de mitraille à l’œil gauche.

C**\ 52e de ligne, 7 décembre. Fracture de l’articulation du coude; contusion violente à l'hypocondre droit; plaie large et profonde à la cuisse gauche; lambeau triangulaire de six pouces de long sur quatre de large, comprenant toute l’épaisseur des muscles de la cuisse, au niveau du fascia lata, par un éclat de bombe.

Cr***, 180 de ligne, 9 décembre. Arrachement de la cuisse gauche en totalité, jusqu’au col du fémur, par un boulet.

Gr *, capitaine d’artillerie, 22 décembre Abla-

tion de la partie supérieure droite du thorax et de toute l’épaule, par un boulet.

Ha**4, 61e de ligne, 20 décembre. Dilacération complète de la cuisse gauche, à son quart supérieur, jusqu’au milieu de la fesse, par un éclat de bombe.

P***, 18e de ligne, 9 décembre. Ablation totale de l’avant-bras droit, par un boulet; éventration complète de l’une à l’autre crête iliaque; hernie des viscères abdominaux restés intacts. (Les tégumens étaient aussi nettement découpés que pour une autopsie cadavérique. )

Pro***, 18e de ligne, 18 décembre. Fracas de l’articulation coxo-fémorale gauche, et dilacération des parties molles jusqu’au bas-ventre , par un boulet de canon.

Un canonnier du ier d’artillerie. Dilacération des deux cuisses à leur tiers supérieur et interne, par un éclat de bombe ; arrachement des tissus, sans fracture ni hémorrhagie, malgré la section complète des deux artères fémorales par le projectile.

Tous ces hommes sont morts presque immédiatement.

Je n’ai pas à parler de ceux qui ont été tués sur le coup, tels que les officiers Cor***, Cou*'*, Gan*** , Gav**\

Blessures multiples.

Un seul homme peut être atteint de plusieurs blessures : à la tête, à la poitrine, à l’abdomen, aux membres; dans cpielle catégorie rangerait-on l’observation chirurgicale qui le concerne? Sa place, il me semble, doit être déterminée d apres la lésion la plus grave.

De toutes les blessures multiples, il n’en est pas de plus compliquées que celles du colonel Deg . Dans des cas analogues , ce sont de véritables mutilations, parce que leur conséquence est presque toujours la mort. Nous avons néanmoins constaté rarement cette funeste terminaison des blessures multiples; les plus fiéquentes ont été celles des membres par la mitraille. Les blessés hollandais en ont été atteints plus souvent que les nôtres; et la raison de ce lait, c’est que les soldats hollandais ne quittaient: point la place pour être remplacés; Presque tous les blessés de la lunette Saint-Laurent avaient reçu, chacun, plusieurs coups de baïonnette. Nous avons cité quelques uns de nos braves qui, après une première blessure, ayant îefusé d abandonner leur poste- de tranchée, avaient été frappés d’un nouveau coup de feu.

Je rapporte ici la seule observation qui ne puisse trouver place ailleurs.

M. Deg***, colonel d’état-major de l’armée hollandaise, fait prisonnier avec la garnison, et transporté à l’hôpital d’Anvers. Taille colossale, embonpoint énorme. Blessé le 11 au soir par plusieurs éclats de bombe, il avait été, antérieurement, atteint d’une forte contusion au genou. Onze blessures à la fois : plaie traversant le tiers moyen et externe de la cuisse gauche par un éclat d’obus; ouverture d’entrée arrondie au tiers inférieur et externe ; ouverture de sortie inégale, déchirée à l’union du tiers su-

périeur avec le tiers moyeu. Ecorchure large comme la paume de la main, au mollet de la jambe droite. Dilacération, avec perte considérable de substance, à la partie postérieure et interne de la cuisse droite, depuis le jarret. Autre plaie large, profonde de quatre pouces environ, inégale, déchirée , fortement contuse, à peu de distance de la précédente, au dessus du genou. Plaie contuse de l’avant-bras droit, à sa partie antérieure, dans toute l’étendue de son diamètre transversal. Forte contusion du coude. Plaie contuse, peu étendue, à la partie latérale droite et inférieure du thorax; enfin, plusieurs contusions dans d’autres parties du corps; mais, chose singulière, pas un seul os fracturé. Transport

a 1 hôpital militaire d’Anvers, le a3; pansement des blessures par M. Seutin , aidé d’un jeune chirurgien hollandais. Pas d’accident notable pendant quatre jours. Le 28 décembre au soir, hémorrhagie abondante par l’artère radiale ; ligature de ce vaisseau. Quelques heures après, trismus violent; resserrement des mâchoires; renversement du cou en arrière; contracture des muscles du visage; progrès effrayans du tétanos: tout le système musculaire de la face, du cou, de la poitrine, du ventre, du dos et des membres est saisi de raideur et de contractions tétaniques. Emploi inutile des anti-phlogistiques et îles opiacés. Mort au milieu de la nuit, dans les plus cruelles souffrances.

Je regrette de ne pouvoir donner plus de détails a cette observation , intéressante sous plusieurs rapports, savoir : la multiplicité des blessures par la même cause vulnérante ; leur nature identique, contusions ou plaies confuses; point de fractures, point d’accidens primitifs; l’invasion du tétanos traumatique, et sa terminaison aussi rapide que funeste.

J ai vu le colonel Deg***, le lendemain de sa translation à Anvers; il paraissait calme et résigné à son sort. Sa perte sera long-temps regrettable pour l’armée hollandaise.

Complications.

Une transition simple nous amène à parler des acçidens qui ont compliqué les blessures par armes à feu, soit avant, soit après les grandes opérations chirurgicales.

Inflammations locales. L’étranglement des tissus a eu lieu , surtout lorsque les débrideraens avaient été incomplets. J’ai parlé ailleurs de l’étranglement spécial des moignons par la constriction forcée des bandelettes aggluliuatives. ( Voir Amputations. ) Les inflammations locales se sont terminées le plus ordinairement par résolution ou par suppuration. Quelques cas de suppurations colliqualives ont compliqué des fractures graves.

lnf animations sympathiques . Une des complications inflammatoires le plus souvent fatales, et sur laquelle Guthrie , après plusieurs de nos compatriotes, a fixé l’attention des chirurgiens d’armée, c’est l’inflammation profonde de certains viscères, le poumon, la rate, et plus spécialement le foie. J^a cause de cette réaction n’a pas encore été expliquée d’une manière satisfaisante.

On a aussi constaté à Anvers des inflammations graves des voies digestives, déterminées par des écarts de régime.

Gangrené traumatique. Cette fâcheuse complication a été rare parmi nos blessés; M. Lar-r. rey, qui a beaucoup observé la gangrène traumatique, a exposé les signes différentiels de celte gangrène et de la pourriture d’hôpital. Nous rapportons une observation fort remarquable qui a offert à la fois quelques uns des signes de ces deux complications. (Voir l’observation de Ma*** : Plaies de la cuisse . )

Pourriture d hôpital. Un assez grand nombre de blessures ont été compliquées de pourriture d hôpital à différens degrés : suppressions passagères ou prolongées de la suppuration ; aspect grisâtre, consistance couenneuse, odeur fétide de la matière purulente; développement d’un point gangreneux au centre de la plaie, et progrès d extension vers les bords, qui se tumélient, prennent une teinte violacéeou rougeâtre, et deviennent le siège de douleurs vives : tels sont les signes que la pourriture d’hôpital a présentés le plus fréquemment chez nos blessés. U est inutile de dire ici que cette complication peut revêtir différentes autres formes, signalées dans les traités de chirurgie.

L’encombrement des blessés, considérécomme cause déterminante de la gangrène d'hôpital , ne paraissait pas exister à Anvers. L’emploi du chlorure d’oxide de sodium a suffi , dans la plu-

part des cas, pour prévenir ses fâcheuses conséquences.

Contusions. Plus étendues, plus profondes, en général, queles contusions produites par d’autres causes , les contusions par armes à feu cachent souvent des lésions très compliquées, sans traces extérieures. Il existe une foule de nuances, depuis la contusion la plus légère, qui s’efface et disparaît, jusqu’à la contusion la plus forte, qui ébranle tout le corps et tue tout à coup. Nous avons été à même d’observer ces effets si divers de la contusion : douleurs à tous les degrés, engourdissement , gonflement inflammatoire , ecchymose, épanchemens , infiltrations et tumeurs sanguines, étranglemens et déchirures, atlrition profonde des tissus sous-cutanés, fractures de tout genre, abcès, ulcérations, gangrènes des tégumens, suppurations abondantes, et tous les accidens de réaction.

Des chirurgiens militaires, M. Gama, par exemple, prétendent que certaines plaies d’armes à feu ne sont accompagnées d’aucune contusion ; il serait difficile d’analyser ces cas dans un simple aperçu.

Commotion. Elle n’atteint pas seulement les parties lésées, elle peut retentir dans toute l’économie; et ses effets sont d’autant plus dangereux qu’ils portent sur des organes plus essen-

fiels, tels que le cerveau, la moelle épinière. Depuis Ambroise Paré, qui, le premier, a fait connaître ce qu’est la commotion, on a beaucoup étudié ses phénomènes nombreux et variés; car il est bien important de rechercher dans une blessure par arme à feu autre chose que la lésion apparente, soit plaie, soit fracture ou hémorrhagie, etc. : il faut rechercher les effets de la commotion, les troubles fonctionnels qui surviennent dès lors en sont presque toujours la conséquence. C’est donc à une médication rationnelle de seconder le traitement local de la blessure. Les grandes opérations chirurgicales doivent être différées tant que dure letat de stupeur résultant de la commotion, ou, en d autres termes, jusqu’à ce que la réaction se fasse par les efforts de la nature ou par le secours de 1 art. Ce précepte, donné par nos grands-maîtres, a été suivi à Anvers.

Je ne rapporterai pas de fait spécial à propos de la commotion, puisqu’elle est elle-même une

conséquence de la plupart des blessures par armes

a feu. Un grand nombre de nos observations signalent ses effets, qui pourraient être confondus parfois avec ceux de la contusion.

létanos. 11 n’est pas de complication des plaies plus souvent imprévue dans son inva-

sion, plus rapide dans sa marche, plus fatale dans sa terminaison, que ne l’est généralement le tétanos. Malgré la multitude des recherches nécroscopiques, on n’a pu précise" encore ie siège de cette effrayante maladie, et maigre le grand nombre de moyens thérapeutiques essayés, on ne possède pas de médication sûre à lui opposer. Il est de fait néanmoins que la mort des tétaniques n’est pas aussi certaine aujourd’hui qu’elle l’était autrefois. On compte dans la science des cas de guérison remarquables, et nos grandsmaîtres dans la chirurgie militaire peuvent en revendiquer une partie. Nous rapportons un des faits les plus extraordinaires de ce genre, c’est l’observation de Len***.

Il ne s’est présenté aucun cas de tétanos pendant toute la durée du siège, tandis qu’après il en est survenu six bien caractérisés. Il faut croire que les variations brusques de la température, à cette époque, ont déterminé le développement de cette funeste complication.

Nous rappelons que le colonel hollandais, M. Deg***, a succombé dans ie tétanos à ses onze blessures. Gris** avait eu toute la moitié de la face emportée par un éclat de bombe : il était parvenu au dixième jour sans aucun accident fâcheux; il fut saisi alors d’opislhûtonos, et mourut au bout de quelques heures.

Lé*4% amputé de la jambe ; Gant44*, atteint d’un coup de feu à l’articulation du coude, et d’un autre à la jambe; Len***, amputé du bras; et Lret , ampute de la cuisse : ceux-là encore ont été atteints de tétanos. Tous les six se sont trouvés à l’hôpital d’Anvers à des époques différentes; tous les six, ont reçu des officiers de santé belges les secours indiqués; mais tous les six semblaient destinés à périr. Lu seul, avons-nous dit, a survécu ; un seul, et ce n est pas parce que la maladie était moins violente que chez les autres, c’est parce quelle a été plus hardiment combattue. Quatre saignées syncopales, cent trente sangsues sur le racnis, au niveau des vertèbres cervicales, et plus de cent cinquante grains d’acétate de morphine, administres par la méthode endermique : telle fut la base du traitement qui a sauvé la vie au malheureux amputé du bras, et l’honneur de celle cure appartient à M. Forget. Cette observation a été rédigée avec le plus grand soin par

M. Périer. ( Voir Amputations humérales , Ohs. de Len***. )

Hémorrhagies. Un préjugé très répandu dans le monde fait croire que les plaies d’armes à feu ne saignent pas immédiatement; mais si des faits réels confirment cette opinion, combien d’autres prouvent le danger des hémorrhagies pri-

mitives à la suite de ces blessures ! Et bien plus, il y a souvent alors des hémorrhagies presque immédiates , sans que des artères considérables aient été lésées.

L’hémorrhagie est plus forte si une artère principale est divisée partiellement que si elle a été tout à fait rompue, parce que, dans ce dernier cas, le vaisseau éprouve une sorte de torsion et de refoulement par la force contondante ou l’attrition; sa tunique interne se déchire et se tortille en tire-bouchon , de manière à oblitérer l’orifice de l’artère. Ce résultat ne s’explique pas seulement d’après la théorie et les expériences nombreuses qu’on a pu faire sur la torsion, mais d’après la simple observation des faits. Nous avons pu nous en convaincre dans quelques cas de mutilation des membres, après avoir reconnu qu’il n’y avait pas eu d'hémorrhagie primitive. Le fait le plus intéressant, en ce genre, est celui-ci : Un canonnier ayant les jambes écartées près d’une pièce, qu'il s'apprêtait à écouvillonner , est atteint d’un éclat de bombe , qui passe entre ses deux cuisses, d’arrière en avant, et déchire, dans leur tiers moyen, toutes les parties molles du côté interne et postérieur de ces membres, sans fracturer un seul des fémurs. Aucune hémorrhagie n’a lieu, et néanmoins les deux artères fémorales, complé-

tement divisées, apparaissent au milieu de ce délabrement des chairs, avec des mouvemens tout à fait érectiles; les pulsations de l’une et de l’autre étaient très perceptibles dans le bout supérieur jusqu’à trois ou quatre lignes deson extrémité : là se faisait sentir une sorte de résistance à la pression, comme si un corps étranger bouchait l’orifice des deux artères : cetait une véritable torsion. On aurait pu se dispenser de tout autre moyen hémostatique ; M. Forget crut plus prudent de faire la ligature des deux artères, et il y parvint sans la moindre difficulté. J’en séparai les bouts, et, après les avoir fendus, je reconnus le phénomène exact de la torsion, tel que me l’avait démontré M. Arnussat; mais la mutilation était mortelle, le malheureux artilleur n’y survécut pas plus d’un jour.

Les hémorrhagies consécutives ont ordinairement lieu à une époque d’affaiblissement; tantôt elles sont spontanées, imprévues, tantôt on les observe à la chute des escharres, ou bien elles surviennent à la levée de l’appareil, pendant des mouvemens inconsidérés, par des tractions forcées sur les fils de quelques ligatures, comme il est arrivé deux fois à l’hôpital d Anvers, sans conséquence fâcheuse.

Ces hémorrhagies ne se font pas toujours eu

jets saccadés; elles sont fréquentes par suintement , quoiqu’elles proviennent des artères , et ce sont ces hémorrhagies en nappe qui sont souvent les plus dangereuses , parce qu’étant difficiles à arrêter, elles épuisent davantage les blessés.

L’hémorrhagie consécutive peut être exclusivement veineuse : j’ai eu occasion de l’observer à la suite des amputations.

L’hémorrhagie peut provenir d’une artère nourricière, sans qu’il soit possible de l’arrêter immédiatement. C’est la complication qui s’est offerte chez Bret***, amputé de la cuisse, avant qu’il fût atteint du tétanos.

Quelle que soit, du reste , l’hémorrhagie, artérielle ou veineuse, primitive ou consécutive, elle réclame les secours les plus prompts et les mieux dirigés; il importe de surveiller les blessés, et d’avoir sous la main des moyens hématostatiques variés, pour suppléer à l’insuffisance des uns par l’efficacité des autres : je crois inutile de les mentionner ici.

Projectiles.

Les boulets, les bombes, les obus, la mitraille (morceaux de fer, de bois, de pierre), les pots à feu, les biscaïens et balles de rempart, et les balles de différens calibres, tels sont les

projectiles dont nous avons observé les funestes effets : disons quelques mots de chacun d’eux.

Tout le monde sait que les blessures par le boulet sont fatales, lorsqu’elles atteignent le tronc; elles peuvent ne pas l’étre quand elles frappent les membres. I! faut tenir compte de la direction et de la force d’impulsion : les boulets lancés à plein fouet ou par ricochet sont ceux qui font le plus de ravages. Les blessures mortelles sont fréquentes, sans lésion apparente, et l’on a reconnu combien est fausse la théorie du vent du boulet : Levacher l’avait déjà démontré par des raisonnemens qu’une foule de faits ont confirmés depuis , malgré des assertions contraires. En effet , les désordres des organes intérieurs, sans lésion des tégumens, ne sont-ils pas admissibles par deux raisons évidentes? Et d’abord l’élasticité de la peau et des tissus sous-cutanés cède à une force contondante , comme celle du boulet; tandis que les parties plus profondément situées, plus adhérentes entr’elles, plus fermes, ne peuvent s’affaisser et se déchirent; tandis que les os, privés d’élasticité, se rompent, se brisent en morceaux. Et en second lieu, un boulet n’emporte-t-il pas une partie du corps plus saillante que les autres, sans que celles-ci éprouvent aucune atteinte que de la commotion directe? Il

n’est pas besoin d’insister davantage sur cette ancienne théorie, aussi fausse que celle de réchauffement des projectiles.

Le boulet fait assez de mal par lui-même sans qu’on doive ajouter à son action celle d’une cause imaginaire. Le même boulet a blessé le lieutenant-colonel Ma***, de l’artillerie , tué le chef d’escadron Gan***, tué le capitaine Gra***, et blessé un canonnier. Il est de fait que les artilleurs hollandais pointaient avec une justesse effrayante. Deux de nos soldats ont été tués par un boulet, en marchant le long de l’épaulement des tranchées, au lieu de descendre clans le boyau. J’avais imprudemment pris le même chemin , quelques instans avant eux, pour revenir à l’ambulance.

Presque toutes les mutilations des membres ont été produites par le boulet. Le lieutenant Char*** a eu le bras droit emporté; deux malheureux ouvriers belges , inoffensifs , ont eu la jambe et la cuisse arrachées par des boulets; d’autres encore que nous citons ailleurs.

Entre toutes les contusions mortelles sur le coup par le boulet, je ne fais que rappeler le nom du capitaine Coût***, qui succomba au choc d’un boulet à la poitrine, sans lésion extérieure.

Les bombes et les obus, en éclatant, ont fait des ravages. Une chance bizarre, par ses cou-

trastes , se faisait remarquer : trois bombes et un obus tombent une fois, tout en même temps, clans une tranchée remplie de monde, et personne n’est blessé. Une autre fois, une seule bombe de nos batteries éclate dans la citadelle, atteint deux Hollandais et fait onze blessures au colonel Deg***.

. Les plaies par éclats de bombes et d’obus offrentplusde dangers que celles qui sont produites par des projectiles arrondis, parce qu’il y a dilacération des tissus; ces éclats, quoique très volumineux, peuvent s’arrêter dans l’épaisseur des chairs. On a lait, à l’ambulance de tranchée l'extraction d’un énorme éclat de bombe, entièrement caché dans la cuisse d’un soldat du 65e : un cas à peu près semblable s’est rencontré à l’ambulance de Berchem.

Les éclats de mitraille présentent moins de volume que les éclats de bombes et d’obus, et ils ont une surface plus irrégulière, qui déchire les tissus : morceaux de bois, morceaux de fer de toute espèce , clous, serrures, clefs, etc., pierres, Iragmens d’autres projectiles, voilà la mitraille des Hollandais. Les petits mortiers, les pots à feu, les pierriers ont fait beaucoup de mal de part et d’autre.

Les biscaïens et les balles de différons cali-

bres en fer ou en plornb (i) ont produit des blessures toutes différentes, c’est à dire qu'elles traversaient de part en part, sans dilacérations profondes. Nous avons pu vérifier un fait reconnu aujourd’hui, c’est que l’ouverture d’entrée est proportionnée au volume de la balle , quelquefois même plus étroite, et que l’ouverture de sortie est plus grande. Doué en effet de toute sa force, le projectile pénètre sans obstacle, tandis que pour sortir il a perdu de son impulsion, et presse devant lui quelque portion des tissus qui tendent eux-mêmes à déchirer les bords de l’ouverture de sortie. Cependant le contraire peut avoir lieu; contentons-nous de l’admettre comme fait, parce que l'examen de la théorie exigerait trop de détails.

Les deux ouvertures ne sont pas toujours diamétralement opposées;elles peuvent existerdans un point très- rapproché, ou bien à des distances inouïes, et sans le moindre rapport de direction. Rien n’est plus varié, plus inattendu que les déviations de ces projectiles. Nous l’avons dit, et tous les traités de plaies d’armes à feu en

(i) Te ne crois pas que l’on ail fait usage de balles de cuivre ni de balles de pierre, comme nous l’avions vu à la révolution de juillet.

donnent des explications plus ou moins satisfai. santés.

Une seule ouverture indique la présence d’un corps étranger , qui , pourtant, peut être ressorti. Différentes ouvertures peuvent être faites par différentes balles ou bien par les éclats d’une seule; une portion peut rester, l’autre sortir. Un fusilier du 8e de ligne, à Doël , placé au premier rang, un genou en terre, est frappé à l’autre genou fléchi par une balle qui se sépare en deux sur la rotule; les deux portions du projectile pénètrent dans la cuisse, l’une d’elles en ressort, et l’autre s’v arrête; elle en fut extraite. Ce fait singulier n’est pas unique : une autre blessure, assez bizarre, est celle de M**\ La balle perfora d’abord la main, puis les tégumens de l’aine et l’épaisseur de la fesse gauche; il en résultait six ouvertures.

Des balles d’un petit calibre causent parfois des blessures plus graves que des balles plus fortes. Nous avons vu des fractures comminutives par des balles de fusil, et des fractures simples par des biscaïens et des éclats de bombes.

Les portions de vêtement poussées par les projectiles, et surtout par les balles, qui s’en coiffent, pour ainsi dire, et forment ce qu’on appelle le doigt de gant , peuvent les contenir jusqu’au

fond des tissus. La blessure du sous-lieutenant Mag*** en est un exemple remarquable.

Ajoutons que près de soixante milie projectiles de gros calibre ont été lancés de nos batteries sur la citadelle, et trente-deux mille des batteries hollandaises sur les tranchées ; qu’une soixantaine de bombes ou d’obus sont tombés dans l’intérieur de la ville, et ont causé plusieurs accidens funestes; que quelques boulets lancés à plein fouet ont été perdus au delà des tranchées, du côté du camp, à l’extrémité de Berchem ; d’autres, dans l’Escaut; plusieurs enfin, dans la campagne environnante.

Dèbridemens.

La nécessité des dèbridemens n’est pas encore reconnue par quelques praticiens , tels que des chirurgiens anglais, d’après Hunier, Hennen, Thomson, etc., et plusieurs de nos chirurgiens modernes, d’après M. Lisfranc; mais un bien plus grand nombre d’autorités chirurgicales donnent un avis contraire, et recommandent les dèbridemens dans toutes les circonstances suivantes :

Plaies superficielles avec ecchymose; déchirure des tégumens; attrition des tissus sous-cutanés ;

plaies profondes, avec ou sans complications primitives ; lésions des nerfs, des tendons des aponévroses, et leur étranglement; déchirure des parties musculaires ; épanchemens ou infiltrations de sang, de pus; hémorrhagies primitives ou consécutives ; plaies compliquées de fractures; enfin présence évidente ou supposée de corps étrangers, projectiles, portions de vêtement, esquilles, etc. C’est dans cette dernière circonstance que les débridetnens sont le plus indispensables ; nous en avons acquis la preuve. Ils n’ont pas seulement pour avantage de produire des dégorgemens salutaires, de prévenir des accidens consécutifs, de faciliter l’extraction des corps étrangers; ces débridemens sont encore une ressource pour la conservation de quelques membres qu’autremenl il faudrait amputer. Ou ne doit pas craindre de débrider largement et d’une main assurée; faute de ce soin, nous avons constaté quelques accidens nerveux ou inflammatoires dus à l’étranglement des tissus. Je me rappelle un voltigeur du 65e qui avait reçu un coup de feu au genou gauche ; la plaie paraissait tout à fait simple, on se contenta de la débrider à demi et superficiellement. Des accidens locaux fixèrent bientôt notre attention ; un débridement plus complet fut pratiqué : il y avait une balle enclavée

dans le condyle interne du fémur; l'extraction en fut faite, et les accidens disparurent peu à peu.

Extraction des corps étrangers.

Le plus puissant motif des débridemens étant l’extraction des corps étrangers, celle-ci doit être tentée primitivement, mais jamais avec trop d'efforts, il en résulterait des dangers; on fait quelquefois mieux d’attendre, ou d’en laisser le soin au travail de suppuration. Les doigts, autant que possible , ou les pinces ordinaires, sont préférables à tous les instrumens, trop multipliés à cet effet. La sonde cannelée ou la sonde de femme est aussi très utile pour reconnaître le siège et les rapports du corps étranger, qui peut changer de place et se perdre dans l’épaisseur des tissus. J’ai cité une blessure de la cuisse, toute simple en apparence, et qui renfermait un énorme éclat d’obus. Une autre fois, fut extrait un gros morceau de bois informe, entièrement caché dans l’épaisseur de la fesse.

On ne peut, dans certains cas, ajourner les tentatives d’extraction , quelque difficile qu elle soit. M. Forget a eu assez de peine à extraire une balle qui s’était enclavée dans la grosse tubérosité du tibia. (Voir l’Obs. de Did ***.) Un jeune

sous-officier du génie lut atteint à ia figure d’un fragment de biscaïen , qui s’enclava dans l’os de la pommette; j’étais à l’ambulance de tranchée, et, maigre le débridement , je ne parvins qu’avec difficulté à faire l’extraction du projectile. Une autre fois, je dus employer des efforts pour extirper du tibia un grand clou qui s'y était implanté perpendiculairement. Or, il est évident que, dans des cas analogues, on ne saurait trop tôt extraire les corps étrangers.

Il est, du reste, un fait d’observation notable , c’est que nous avons eu très peu de projectiles à extraire, non seulement en proportion de tous ceux qui ont été lancés, mais même en proportion de tous ceux qui ont porté coup. La raison de ce fait, c’est que presque toutes les plaies étaient pénétrantes de part en part.

Les circonstances qui exigent des débride mens nécessitent souvent des contre-ouvertures; mais n’insistons pas davantage sur ce sujet.

Op éra t ions ch iru rgica les.

Il faut rapporter à trois points principaux les opérations chirurgicales du siège. Et d’abord, avons-nous dit , on n’a fait à l’ambulance de tranchée que la petite chirurgie de champ de bataille : débridemens ; incisions , ligatures

d’artères et applications d’appareils. L’aide-ma* jor de tranchée partageait ce service avec deux sous -aides. Les chirurgiens des régimens de garde s’adjoignaient quelquefois à eux ; car il était impossible d’agir au milieu même des tranchées.

Les grandes opérations de la chirurgie militaire, telles que les amputations primitives, étaient destinées presque toutes à l’ambulance du quartier général. Notre honorable chirurgien en chef, M. Zinck, s’était modestement réservé la surveillance à peu près passive de la plupart des opérations; laissant à M. le chirurgien-major l'occasion de mettre en évidence son talent et sa dextérité. M. Zinck n'a pratiqué que trois amputations , c’est dire qu'il les a pratiquées en maître. La plus grande partie des amputations primitives, c’est M. Forget qui les a faites ; il me confiait habituellement les ligatures. J’àiëu, pour compte, une quinzaine d'amputations à pratiquer ; elles m’avaient été confiées par le chirurgien en chef. Une seule amputation a été faite par le second aide-major, INI. Corbin , qui n’a pas moins rendu de grands services aux ambulances, par son activité de tous les instans.

D’autres amputations primitives ont été pratiquées à l’ambulance de la quatrième division.

Le chirurgien -major, M. Letulle, a amputé la cuisse dans l’articulation coxo-fémorale; c’est le seul cas qui se soit présenté. L’aide-major M. Montcourrier, a fait deux amputations.

Quelques sous-aides ont été chargés d’opérations secondaires : débridemens, extraction de corps étrangers, application d’appareils de fractures, etc.

M. Stobbentz, jeune médecin de Berchem , a souvent partagé leur service dans les pansemens.

C’est à l’hôpital d’Anvers qu’ontété pratiquées presque toutes les amputations consécutives et autres opérations, par MM. les officiers de santé belges, à la tête desquels figurait M. Seutin par sa place, par son zèle, par son adresse chirurgicale. Il fut remplacé, après le siège , par M. Forge t.

Je viens de citer les noms des opérateurs, afin de ne pas les reproduire sans cesse dans la série des observations ; car il y a peu d’intérêt à savoir par qui une amputation ordinaire a été laite. Je ne manque pas cependant de le dire pour tous les cas remarquables.

Aucune opération majeure n’a été exécutée sans une nécessité bien reconnue et bien constatée par tous les chirurgiens que l’on pouvait requérir.

Je rappelle ce fait, afin de répondre aux assertions mensongères qui accusent les chirurgiens d’armée de ne pas calculer assez les chances favorables à la conservation d’un membre ; et je dirai plus, c’est que nous n’avons pas fait assez d’amputations, comme le prouvent plusieurs fâcheux résultats de fractures compliquées.

Des opérations chirurgicales ont été faites en grand nombre à la lumière ; il n’était pas rare de pratiquer les amputations, le soir ou au milieu de la nuit : ce fait nous semble digne de remarque.

Je ne dirai rien des procédés opératoires, puisqu’il en est question au sujet des amputations en général , et de chaque amputation en particulier.

Pansemens.

Il n’est pas hors de propos de rappeler les principes établis pour le pansement des plaies d’armes à feu, quoiqu’ils aient subi à Anvers des modifications.

Le premier pansement se compose de linge fenètré enduit de cérat ou d’onguent- styrax , de charpie, de compresses et de bandages appropriés. On interpose quelquefois une mèche de charpie dans les lèvres de la plaie pour

en prévenir la réunion ; mais c’est à tort que Ion adopte la méthode des pansemens fréquens. En effet, celte réunion ne peut avoir lieu dans les pi emiers jours, à cause de l’escharre qui ne doit se détacher qu’après. Il faudrait que le premier pansement fût borné à la superficie de la plaie. On a reconnu l’avantage d’imbiber les compresses tl un liquide réfrigérant, d’eau ■\ inaigrée et camphrée, ou d eau fraîche simplement : c’est ce dernier topique que nous avons employé. On ne devrait pas serrer fortement l’appareil ni faire usage des bandes roulées, qui donnent des secousses à chaque tour. Les grandes compresses à quatre chefs pour les membres, et des bandages pour le tronc, sont préférables ; les pansemens rares nous semblent plus avantageux que les pansemens fréquens. Tl faut éviter labus des émolliens, qui augmentent quelquefois l’inflammation locale au lieu de la diminuer ; mais aussi les réfrigérans conviennent moins à l’époque de la suppuration; on peut revenir plus tard à leur application , en ayant soin d’observer ses effets; car ils peuvent être contraires, dans certains cas, au lieu d’être utiles.

Les saignées locales par les sangsues nous paraissent nuisibles : il est rare que les saignées locales soient prescrites quand on n’a point né-

gligé de recourir aux débridemens primitifs, proportionnés à l’état de la plaie et au dégorgement à produire.

Je ne dirai rien de l’emploi du séton et autres exutoires, si rarement indiqué.

Traitement général.

Les blessures par armes à feu étant de nature à déterminer des effets très variés de réaction , c’est à combattre ou à prévenir ceux-ci que s’applique le traitement général. La médication la plus simple, adoptée dès le début, est souvent la plus salutaire : la diète pendant les premiers jours , le repos et des soins tout hygiéniques peuvent suffire à écarter des complications générales. Quant aux remèdes pharmaceutiques, ils sont alors ordinairement inutiles; ils ne manquaient point aux ambulances, mais ils n’ont presque pas servi : boissons rafraîchissantes , limonade , tisane d’orge, voilà tout ce qu’il fallait à nos blessés, j usqu'à ce qu’ils fussent évacués aux hôpitaux, où tous les remèdes nécessaires leur étaient administrés.

La saignée générale a été ménagée primitivement, à cause de l’état de fatigue dans lequel se trouvaient la plupart des blessés. Les plaies de tète et les plaies de poitrine nécessi-

taient neanmoins dès le début la saignée du bras; les modifications essentielles de ce genre étant indiquées à la suite de chaque observation, je n’en dirai pas davantage sur le traitement général.

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