‹ Histoire chirurgicale du siège de la citadelle d'AnversChapitre 4 sur 11 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

Après avoir essayé de tracer l’histoire générale des blessures du siège de la citadelle, je vais exposer le compte rendu des faits et des opérations chirurgicales en particulier.

Ii est inutile de rappeler la méthode descriptive, puisqu’il suffit de feuilleter les pages suivantes, pour voir qu’elle est fondée sur les principales régions du corps, la tête, la poitrine, l’abdomen, la partie postérieure du tronc et les membres.

Procéder, pour chaque région, des blessures les plus simples aux blessures les plus compliquées, en précisant à mesure le genre de lésion, tel est le plan que, d’abord, j’avais en vue, comme le plus rationnel; mais il m’a paru défectueux, en ce sens, que des blessures légères en apparence ou d’après leurs signes peuvent être graves en réalité ou d’après leurs effets : c’était confondre les contusions, les plaies, les fractures, pour rechercher exclusivement les diffcrens degrés de lésions produites par les causes , vulnérantes. Je me suis décidé à conserver la

division qui range à part les contusions, les plaies, les fractures de chaque région, de chaque membre.

Je ne rapporte que les observations dignes de quelqu’intérèt, les unes très en détail, les autres fort abrégées, s’il est nécessaire; et, malgré le temps écoulé depuis l’expédition d’Anvers, plusieurs blessés sont éloignés du terme de leur guérison : il est même douteux que quelques uns puissent y parvenir. Voilà donc autant d’observations qui n’auront pas de résultat définitif; c’est le très petit nombre à la vérité : elles appartiennent à la classe des fractures compliquées ou à celle des amputations.

Certains faits encore manquent de détails et de complément, faute de renseignemens, qu’il m’a été impossible de me procurer, les blessés n’ayant fait, pour ainsi dire, que passer sous nos yeux.

D’autres lésions, enfin, sans caractère spécial, n’exigeaient que quelques lignes de récit; car je ne connais rien de plus monotone, en chirurgie comme en médecine, que la lecture d’une observation trop longue, trop détaillée, quand elle est commune et vide d’intérêt.

Le style qui emploie le moins de mots en exprimant le plus de choses m’a paru le meilleur pour le compte rendu des observations; il fixe

davantage l’attention, donne plus de suite à la succession des phénomènes pathologiques, et abrège le travail. Cependant une multitude de faits, rapportés de cette manière, auraient une forme sèche et nue : c’est pourquoi chaque groupe d’observations est précédé de remarques générales qui ont le plus de rapports avec elles ; et chaque observation en particulier est suivie de quelques lignes relatives, soit au blessé luimême, soit à sa blessure et aux conséquences que l’on peut en déduire.

Entre toutes les observations , il s’en trouve de fort remarquables : les annoncer d’avance ici, ce serait peut-être diminuer l’intérêt qu’elles doivent présenter à leur place ; ce serait encore plus, faire tort aux observations d’un ordre secondaire. J’ai dû néanmoins indiquer dans les considérations générales quelques faits qui ne pouvaient être rangés dans la série des observations.

§ Ier. BLESSURES DE LA. TÊTE.

Nous comprenons sous ce titre les blessures de la face et celles du crâne, depuis les plus simples contusions jusqu’aux plaies les plus compliquées. On a remarqué, avons-nous dit, que les blessures de la tête avaient été très fré-

quentes, et plus communes à gauche qu’à droite, à cause de la position des travailleurs à découvert.

Les blessures de la face étant distinctes de celles du crâne, nous les ferons connaître séparément.

Blessures cle la face.

Il y aurait peu d’intérêt à parler des blessures légères de la face, telles que contusions partielles, sans commotion cérébrale. Les éclats amortis de bombes et d’obus, les éclaboussures de terre et d’autres corps contondans, en voilà les causes.

Les contusions des yeux ont été fréquentes ; l’amaurose est survenue avec ou sans complication, sans altération apparente dans les membranes ou les humeurs de l’œil. Chez les uns, elle a disparu; chez les autres, elle a persisté peut-être pour toute la vie.

A***, 18* de ligne : contusion des deux yeux par éclat de terre ; amaurose double : guérison au bout de quelques jours.

Lar **, 19e léger : contusion des deux yeux par éclat de terre, et plaie contuse à la main par éclat de mitraille; affaiblissement de la vue; céphalalgies fréquentes.

Il serait sans intérêt de citer tous les résultats

variés des contusions des yeux. Quelques hommes ont totalement perdu la vue par des éclats de bombes ou d’obus, tantôt sans complication , tantôt avec réaction violente sur l’encéphale; d’autres ont été tués sur coup. Un officier du 19e léger est mort subitement par le choc d'une balle dans l’œil gauche.

Les contusions de la face dans d’autres parties que les yeux, étant moins graves, n’offrent aucun intérêt. Prenons un seul fait : Va***, 18e de ligne : contusion violente de la mâchoire inférieure, sans plaie ni fracture, par un éclat de bombe. Commotion cérébrale ; perte immédiate de connaissance ; état comateux prolongé pendant deux jours; affaiblissement de l’intelligence; amélioration sensible par l’effet d’une saignée générale; guérison assez prompte.

Nous avons parlé des brûlures par explosion de poudre, à la face et aux mains : voici en deux mots quelques faits dont les détails auraient peu de valeur.

Plusieurs hommes du aoe de ligne, réunis dans un petit fort de la Tête de Flandre, abandonné par les Hollandais, ont eu la figure et les mains brûlées par l'explosion d'une traînée de poudre cachée sous la paille. C'étaient chez presque tous des brûlures au premier ou au deuxième degré; d’autres étaient plus profondément at-

teints. L’un d’eux offrait cela de singulier, c’est que toute la face s’était couverte d’une multitude de petites phlyclènes presque aussi multipliées que les boutons d’une variole confluente : guérison par les résolutifs.

Bil***, blessé par explosion de poudre dans les travaux de désarmement : brûlure de toute la face au second degré ; accidens inflammatoires assez intenses; anti-phlogistiques; amélioration; chœmosis de l’œil droit; destruction de la cornée; évacuation des humeurs de l’œil , guérison avec perte de cet organe.

Presque tous ont conservé une multitude de grains de poudre sous-épidermiques.

Plaies de la face.

Quant aux blessures de la face avec solution de continuité, elles ont été plus fréquentes que ne semble l’annoncer le nombre des faits indiqués, parce que souvent mortelles, sur le coup, elles ne nous laissaient plus de recherches à faire. Telles étaient ces grandes plaies dont j’ai essayé de décrire l’horrible aspect ; telle était la mutilation de cet officier d’artillerie chez lequel la face tout entière avait été séparée du reste de la tête par un boulet de canon; telles étaient les blessures à peu près semblables chez plu-

sieurs soldats dont nous avons vu les cadavres à la tranchée.

Quelques hommes n’ont pas succombé de suite à des mutilations de la face; ils ont survécu assez de temps pour nous laisser souvenir d’eux. Le suivant, par exemple, Gri***, 58e de ligne : plaie large, profonde et déchirée au côté gauche de la face, par un éclat de bombe, le 19 décembre. Solution de continuité étendue de la région sous-orbitaire au menton, fracture comminutive de la branche de l’os maxillaire inférieur ; commotion cérébrale; accidens nerveux primitifs; suture delà plaie: pansement contentif. Le 21 décembre, invasion et progrès du tétanos, depuis la rigidité des mâchoires jusqu à 1 opisthotonos complet; insuccès des antiphlogistiques et des opiacés; mort dans la nuit du 1er au 2 janvier.

Beaucoup de plaies de la face, n’intéressant au contraire que des parties superficielles et exemptes de complications, permettaient aux blessés de reprendre leur service après le premier pansement.

Voilà donc un nombre indéterminé d’observations dont nous n’avons pas à rendre compte.

Del***, caporal au ier régiment de génie: fragment de biscaïen enclavé dans la joue droite, au niveau de l’aile du nez , au dessus de la com-

missure labiale; plaie linéaire, sans déchirure, et plus étroite que le plus petit diamètre du projectile; forte adhérence de celui-ci à l’os maxillaire supérieur, sans fracture ni perforation. Légère difformité de la face; débridement de l’angle supérieur de la plaie; projectile enchâssé dans l’os; extraction difficile; réunion immédiate, sans suture; pansement simple, renouvelé rarement : guérison franche, cicatrice régulière.

Ce fait , simple en lui-même, m’avaitmtéressé à cause de l'étroitesse de la plaie, en rapport avec le diamètre du projectile, et à cause de la difficulté que j’ai eue à en faire l’extraction. Le jeune blessé n avait d autre inquiétude que de ne pouvoir retourner à la tranchée. Je l’ai rencontré, dans la citadelle, dont il dessinait les ruines.

llu , 65e de ligne, blessé le 5 décembre par un éclat de bombe : petites plaies contuses et multiples de la lace. Commotion cérébrale, état de stupeur prolonge pendant plusieurs heuies; forte saignée à Oboken; amélioration notable, cessation des accidens généraux; cicatrisation des petites plaies. L’une d’elles consistait dans une disjonction des os propres du nez, fendu lui-même longitudinalement. Le rap-

prochement a été assez facile au moyen d’un bandage contentif.

Ma***, 5ae de ligne : plaie contuse'et déchirée de l’oreille droite par un éclat de bombe; division oblique, étendue du bord antérieur de l’hélix au lobule : trois points de suture; cicatrisation régulière. Ce fait peut s’ajouter à ceux qui prouvent en faveur de la suture des cartilages.

Let***, i ie d’artillerie : éclat d’obus à la ioue gauche; plaie étendue du lobule de l’oreille à la commissure des lèvres et à l’aile du nez; division des parties molles, sans lésion des os; point d’hémorrhagie, tuméfaction de la face, occlusion des paupières; gonflement et rougeur livide des lèvres; douleur peu intense; intégrité des sens et des facultés intellectuelles. Réunion immédiate de la plaie; accidens inflammatoires combattus par les anti-phlogistiques ; cicatrisation assez prompte et sans la moindre difformité. Ce résultat est notable.

Pou***, 58e de ligne, blessé le 7 décembre par un coup de feu à l’œil gauche : destruction du globe oculaire, entièrement vidé des humeurs; déchirure du rebord de la paupière supérieure. Symptômes de commotion cérébrale; sensibilité très vive; douleur sympathique dans

toute la région cervicale, et surtout à la partie antérieure, dans la direction des voies œsophago - laryngiennes. Le blessé croit fermement que le projectile est à demi avalé. Aucun signe de la présence d’un corps étranger dans le larynx ou l’oesophage; respiration et déglutition faciles; expuitions de sang, mais point de traces de lésions à la cavité bucchale. Perquisitions ajournées pour laisser du repos au blessé; légère excision du rebord palpébral supérieur, pour le régulariser; issue d’une portion de la cornée transparente; occlusion continue des paupières, qui ne peuvent être écartées sans de vives douleurs. Disparition graduelle des accidens généraux; même sensation à la gorge; nouvelles recherches du projectile sans plus de réussite. Vers le quinzième jour, développement d’une petite tumeur derrière l’angle droit de l’os maxillaire inférieur, volume d’un œuf, couleur rouge, consistance ferme et douloureuse à la pression des doigts. Incision, écoulement d’une faible quantité de sérosité sanguinolente; exploration; présence d’une petite tumeur enkystée, mais point de projectile. État général toujours satisfaisant; sensation plus confuse dans la région cervicale, diminuée ensuite, et puis disparue dans le courant de février.

Comment expliquer, d’après la blessure, cette

singulière sensation de la présence d’un corps étranger dans les voies pharyngo-laryngiennes? car une balle avait évidemment atteint et désorganisé l’oeil , sans pénétrer dans le crâne. Serait-il possible qu’elle se lût logée derrière la paupière inférieure, quelle eût glissé, par son propre poids et par l’extensibilité des tégumens, entre eux et les muscles de la face, jusqu’au point de parvenir à la région cervicale, de s’y cacher dans les interstices musculaires, et de comprimer le larynx et l’œsophage? Le fait nous semble admissible, de même que le projectile pourrait se montrer plus tard dans quelque partie plus ou moins éloignée de celle où il avait paru se manifester d’abord.

Per***, 5 oe de ligne : fracture comminutive et compliquée de l’os maxillaire inférieur, près de la symphyse, dans l’étendue d’un pouce environ, par un éclat de mitraille. Débridemept, extraction de plusieurs esquilles ; excision des bords déchirés de la plaie; réunion immédiate , appareil contentif. Aucun accident; pansemens rares; extraction de petites esquilles : cicatrisation normale et guérison au bout d’un mois.

J’indique ce fait si simple par opposition au suivant, dont les complications graves et le résultat heureux offrent un grand intérêt.

L***, canonnier au 2e régiment d’artillerie,

âgé de vingt-deux ans, blessé, dans la tranchée, le 6 décembre, par un éclat de bombe. Ablation par arrachement de la mâchoire inférieure, et fracture anti-brachiale.

Le projectile, attaquant la face externe gauche des mâchoires, a enlevé la presque totalité du maxillaire, dont il ne reste que le bord postérieur de l’apophyse coronoïile et le condyle. A droite, l’extrémité du corps de cet os est conservée jusqu’à la première grosse molaire; les alvéoles et les dents du sus-maxillaire gauche sont en partie brisés, les palatins fracturés, le corps de l’hyoïde dénudé; le conduit parotidien gauche est déchiré , et la langue sillonnée, du même côté, par une plaie profonde.

La vaste solution de continuité s’étend, à gauche, de l’apophyse zygomatique à l’échancrure antéro-supérieure du cartilage thyroïde, aux dépens de presque toutes les parties molles de la joue, et d’une grande portion de la lèvre supérieure, de ce côté; et à droite, de ce même cartilage au niveau des derniers alvéoles sus - maxillaires et au buccinateur , à quatre ou cinq centimètres du lobule de l'oreille. Son centre est occupé par la voûte et le voile palatins, l’ouverture oesophagienne delà bouche, quelques débris des glandes sous-maxillaires et des muscles hyo-glosses etgénio-glosses ; parla lan-

güe, enfin, quadruplée de son volume normal, sur le premier plan. Cet organe , inférieurement disséqué jusqu’à sa base, parle choc vul* nérant , à défaut de ses points d’appui naturels, tombe par son propre poids au devant du larynx; l’ensemble de la lésion offre de la ressemblance avec le mufle béant de certains animaux.

Le même projectile, après cette dévastation , rencontrant l’avant-bras droit, l’avait profondément contus et brisé comminutivement, à son tiers moyen.

Le blessé, transporté à Oboken : M. Letulle, chirurgien-major , extrait des esquilles et pratique ensuite plusieurs points de suture aux tégumens des régions sus-maxillaires et à ceux du cou , c’est à dire en haut et en bas de la solution de continuité, afin de diminuer sa surface. Pansement méthodique.

Amputation anti-brachiale pratiquée par le même opérateur. Piéunion immédiate.

Symptômes de réaction générale , peu intenses, en raison de la gravité des lésions, fièvre, insomnie, céphalalgie légère, vives douleurs locales. Diète absolue. Plaies de la face, considérablement tuméfiées, douloureuses, pansées chaque jour, sans nul incident remarquable ; sutures détachées et le premier appareil de l'avant-bras levé le 1 1 décembre.

Le 12, évacuation du malade sur l’ambulance de Boom. ( Chirurgien-major, M. Petitot). Aux jours suivans, même pansement, même régime. Suppuration de bonne nature au moignon , et d’un aspect peu favorable à la face, dont elle élimine graduellement de nombreux lambeaux frappés de mort. On détache quelques esquilles de l’extrémité libre des fragmens maxillaires ; les principaux accidens de la réac* tion s’amendent; mais, du 20 au 25 , les deux lésions paraissent sous l’influence de complications graves, que tous les soins ne peuvent prévenir.

Les plaies de la face revêtent un caractère blafard et gangreneux; la suppuration paraît plus sanieuse et fétide ; les pansemens sont plus que jamais douloureux. Moignon devenu le siège d’un gonflement inflammatoire considérable , bandelettes .emplastiques enlevées ; phlegmasie, combattue par l’application de cataplasmes émolhens: mais, par suite de cet accident, extrémités osseuses dénudées, saillantes à travers les parties molles, auprès des lèvres de la plaie, et leur mortification, dès lors, inévitable. Exercice des fonctions organiques de nouveau troublé. Le 2 janvier, transport de Boom à Anvers. Cicatrisation de la plaie sur quelques points, les plus distans de son centre ; toute sa surface

pâle et cendrée; suppuration âcre, nauséeuse, assez consistante et fortement adhérente aux tissus.

Langue recouverte d’un enduit grisâtre et visqueux, sans diminution de volume; l’extrémité fracturée à gauche, située profondément sous le masséter , ne paraît pas devoir s’exfolier ; celle de droite, au contraire, qui fait saillie au dehors, est dépouillée de son périoste, et frappée de nécrose dans une assez grande étendue; douleurs aiguës. La plaie du moignon suppure peu ; les surfaces des sections osseuses, légèrement saillantes, après avoir perforé les tégumens , sont noires, et devront être éliminées par le travail de l’exfoliation. Etat général trèsgrave ; lividité, maigreur, affaiblissement extrême , toute l’économie profondément altérée; pronostic des plus fâcheux.

Du 2 au 20 janvier. Pansemens à l'aide du chlorure d’oxide de sodium , renouvelés chaque jour. Suppuration des plaies de la face encore plus irritante et phagédénique ; bords tuméfiés, taillés à pic, ulcérés, s’étendant de jour en jour, sans que l’énergie du traitement employé arrête les progrès de la gangrène d’hôpital.

Du i 5 au 20. Surface de la lésion plus favorable; ses bords se dépouillent de leurs saillies anguleuses, et du putrilage; le pus perd ses

propriétés corrosives , et les accidens locaux et généraux font place à une amélioration marquée. Le moignon n’offre rien de notable; le travail de l’exfoliation continue lentement; plusieurs abcès sont ouverts par le bistouri ; conditions de l’économie améliorées progressivement. L’alimentation ne consiste d’abord qu’en doses légères de bouillon maigre ;plus tard, limonade vineuse et bouillon de veau; enfin, gelées végétales et animales : déglutition de ces substances, toujours très difficilement administrées, au moyen d’étroites cuillers destinées à cet usage.

2 5. Complication inattendue; vaste collection purulente, dont le malade ne s’était jamais plaint, au pli de la fesse droite. Incision immédiate, sortie d’environ une pinte de liquide, qui n’a aucun rapport avec une affection vertébrale.

Du 25 janvier au 9 février. Progrès de l’amélioration locale et générale. Les bords de la grande plaie s’affaissent, au niveau de sa surface, qui se déterge, et prend une teinte vermeille; le pus devient consistant et louable; bourgeons charnus ; travail de la cicatrisation du périmètre au centre; la langue n’a plus que le double de son volume normal; élimination graduelle des fragmens osseux. La portion nécrosée du radius, sous la forme d’une rondelle fort mince, tombe enfin le 9 février; de nombreuses parcelles foliacées

du cubituss’étaient détachées les jours précédens. Alimens légers, demi-liquides , portés dans l’ouverture œsophagienne à l’aide de biberons. Constitution restaurée visiblement; les forces reparaissent, et le malade, sauvé du péril, est en voie de guérison.

io. On prend le moule en plâtre delà face, si bizarrement défigurée, et assez cicatrisée pour que cette opération ne soit pas douloureuse.

Du 10 au 25. Travail de la cicatrisation faisant des progrès rapides. La glossite se résout entièrement. Le voile du palais , ses piliers, les amygdales et la luette, long-temps le siège d’une inflammation vive, reviennent à leur état naturel ; phénomènes de la déglutition de plus en plus réguliers. Largeur de la voûte palatine encore rétrécie par un épaississement très dense des bords latéraux de sa membrane. Parotide gauche atrophiée; la secrétion salivaire s’opère par celle du côté droit. L’affection de l’os suit sa marche lentement progressive. Tissu vasculaire développé graduellement à l’extrémité des fragmens osseux du moignon, dont la surface est presque entièrement cicatrisée. État général de la plus heureuse convalescence. Intégrité des organes de la phonation : l’articulation des sons est imparfaite, à raison de l’absence des parois de la

bouche. Toutefois, la (acuité de la parole n’est point entièrement anéantie ; les voyelles simples et mixtes sont émises très naturellement; la plupart des consonnes sont assez distinctement prononcées: la seule habitude d’entendre le malade rend son langage intelligible.

a5, quelques tentatives d’ébranlement, pour séparer le fragment nécrosé, parviennent à détacher toute la portion de l’os qui gênait le malade et s’opposait à l’application exacte d’une mâchoire artificielle. Quatre jours après, le séquestre est extrait des parties vivantes. Il est formé, en avant et en bas, par toute l’épaisseur du corps de l’os maxillaire; en haut, parla lame qui divise les cinquième et sixième alvéoles; en dehors par tout le feuillet externe du corps et de la branche de cet os, y compris sa ligne oblique, qui ne se termine en arrière qu’à l’apophyse coronoïde. Conservation, de ce côté, des trois grosses molaires : la première , implantée à moitié dans un demi-alvéole, forme, avec l’une des bifurcations de sa racine, la paroi antérosupérieure du fragment maxillaire. Du icr au 1 5 mars. Bourgeons vasculaires se développant à la surface de l’os; formation d’un nouveau tissu sur tous les points. Cicatrices de la face et du moignon consolidées de plus en plus. Alimentation augmentée de plusieurs mets nu-

tritifs et de digestion facile : la guérison générale et locale est considérée comme parfaite. Appétit prononcé davantage; biberon remplacé par un vase semi-pyriforme, dont le prolongement en bec de canne est destiné à verser les alimens dans l’ouverture postérieure de la bouche. Il est curieux d’observer que cette autre sorte de bol alimentaire n’est nullement imprégnée ni pénétrée de sucs salivaires, mais seulement de mucosités sécrétées par les cryptes folliculaires des parois de la cavité buccale ainsi que de la surface de la langue, et que cependant les fonctions assimilatrices et la nutrition s’opèrent avec une telle régularité, que le sujet acquiert, de jour en jour, un embonpoint remarquable.

Application de la mâchoire nouvelle, en argent, dont l’exécution avait été confiée par M. Forget à un artiste habile de la ville d’Anvers, M. VERSGHUYLEîy , auquel nous devons des éloges pour le zèle et le talent qn’il a su appliquer à la confection de cette machine.

L’observation de L***, rédigée longuement et avec le plus grand soin par M. Périer, et que cependant j’ai dû restreindre aux circonstances essentielles, nous offre une des preuves les plus irrécusables de l’efficacité des ressources de l’art, unies aux efforts si puissansde la nature. Placé successivement entre les mains des trois

chirurgiens- majors , MM. Letulle, Petitot et Forget, le blessé a reçu de chacun d’eux et de leurs aides les secours les plus empressés. M. Eetulle , en pratiquant à propos l’amputation de l’avanl-bras, n’avait pas désespéré des suites de l’horrible mutilation de la face; et M. Forget, en secondant avec habileté le travail merveilleux de la nature , a eu l’honneur de ce succès , qui a fait du bruit en Belgique,

Il faudrait de longs détails pour donner une idée même incomplète du masque de I/** , et déjà cette observation occupe une large place parmi les autres. Qu’il nous suffise de dire que ce masque, aussi ingénieusement conçu qu’habilement exécuté, n’est nullement incommode ; il est d’un grand secours, en retenant dans une petite cavité mentonnière les excrétions salivaires et muqueuses; il est indispensable en partie pour la préhension et la mastication desalimens; il dissimule , sous des moustaches postiches et sous une forme toute naturelle, presque agréable, une des plus hideuses mutilations de la lace ; il prête enfin une figure humaine au pauvre L*** , et le rapproche de la Société, dont il paraissait séparé pour toujours. Ce jeune soldat de la tranchée d’Anvers vient de trouver sa place d’honneur à l’Hotel des Invalides, à côté des vieux Braves d’Austerlitz et d’Eylau.

Blessures du crâne.

Bien mieux appréciées aujourd’hui qu’elles ne letaient autrefois, dans leurs causes , dans leurs symptômes, dans leurs complications et dans leur traitement, les plaies de tète en général, et surtout les plaies d’armes à feu, sont une preuve des services rendus à l’arl par la chirurgie militaire. Il serait superflu de citer ici ceux de nos maîtres qui ont le plus contribué à ces succès; je ne veux 'pas non plus emprunter à leurs livres les résultats de leur expérience, parce que je les reproduirais peut-être imparfaitement. Je ne m’arrêterai qu’à la question majeure, qui se rattache aux plaies de tête, à cette question du trépan, si souvent renouvelée, mais qu’une sage pratique tend à écarter de plus en plus.

Nous savons à présent que les blessures les plus graves de la tête sont susceptibles de guérir par des moyens plus simples que la trépanation. Des plaies contuses avec épanchement, des plaies même de la substance cérébrale , des fractures compliquées du crâne, avec enfoncement des fragmens, etc., sont autant de lésions qui peuvent avoir une heureuse issue , sous la seule influence d’un traitement ordinaire, mé-

thodiquement dirigé. Je ne prétends pas dire pour cela que le trépan doive être réprouvé tout à fait : non , certes; mais je puis afhrmer, d’après plusieurs de nos autorités chirurgicales, que la majorité des plaies de tête , auxquelles on aurait autrefois appliqué sans succès l’opération du trépan , sont susceptibles de céder à l’emploi bien combiné des anti-phlogistiques et des révulsifs.

II importe, avant tout, de remédier aux effets immédiats de la blessure , d’opérer les débridemens et les incisions, d’extraire toutes les esquilles sous-jacentes, de relever et de détacher les portions osseuses enfoncées, etc. : ce ti alternent, bien raisonne, est souvent plus efficace que le trépan, appliqué pour ainsi dire à tâtons, au petit bonheur. Il ne faudrait donc avoir recours à ce moyen extrême qu’avec toute la certitude possible de réussir; car l’une des plaies de tête les plus graves, c’est peut-être l’opération elle-même du trépan.

Quelques unes des blessures d’Anvers viennent à l’appui de cette proposition, et peuvent s ajouter à tant de faits, consignés dans les ouvrages des praticiens qui nous ont frayé la route de l’observation.

Le chirurgien en chefde l’armée avait pris une mesure sage en faveur des hommes blessés au crâne : tous les hommes atteints de lésions pro-

fondes à la tête étaient pansés immédiatement, avec soin, à l’ambulance de tranchée; mais comme il y avait à craindre la fatigue et les secousses d’un double transport de là à l’ambulance de Berchem, et de celle-ci à l’hôpital d’Anvers, après plusieurs heures d attente; comme il y avait à craindre la complication d’un nouveau pansement à Berchem, on conduisait ces hommes directement à Anvers , ou bien, si on les faisait passer par Berchem , c’était sans s’y arrêter. Il a résulté de là que les succès obtenus ont été en grande partie l’œuvre des chirurgiens belges.

Ces succès paraîtraient peut-être minimes, si je citais tous les cas graves des plaies de tête ; mais il est une remarque essentielle à faire, et qui né détruit pas pour cela ce que nous avons avancé, c’est que la plupart de ces blessures pouvaient être considérées comme mortelles, tant par la lésion elle-même que par 1 effet des accidens cérébraux. Ce que nous avons dit à ce sujet, en parlant des mutilations de la face, peut s’appliquer aux plaies de la tête. Quelques hommes ont eu toute une portion de la calotte du crâne emportée par des éclats de bombes ou d’obus, sans succomber sur-le-champ; M. Ma***, lieutenant de voltigeurs du iSc de ligne, avait eu le sinciput et la portion supérieure des lobes cérébraux enlevés par un biscaïen, dans l’éten-

due de six travers de doigt, et il a survécu dans une agonie de cinq heures à cette mutilation affreuse.

Cor***, grenadier du 58e, a eu également le sinciput enlevé par un éclat de bombe, ainsi que la partie supérieure des lobes cérébraux : il nous a été apporté dans un coma profond, et n’a expiré qu’au bout de sept heures, dans un râle continu.

La commotion cérébrale peut suffire, sans lésion extérieure, pour déterminer la mort. En voici un exemple entre plusieurs. Un grenadier du 5^c éprouve une contusion violente de la région frontale gauche, sans plaie ni fracture, par un boulet amorti. Phénomènes immédiats d’une apoplexie foudroyante : mort au bout de quelques instans.

Nous retrouverons d’autres observations de plaies de tête, suivies d’un résultat funeste.

Ce serait une énumération dépourvue d’intérêt que de citer toutes les blessures de la tête qui n’ont aucun caractère notable. Je ne dirai donc rien des contusions simples ou des plaies contuses sans réaction cérébrale ; le nombre en a été assez considérable. Quelques unes de ces lésions simples de la tête ont été compliquées de blessures aux membres , soit par le même projectile, soit par un autre.

Sa***, sapeur du 2e régiment du génie, a eu la poitrine, le bras droit et la tête frappés par le même biscaïen , qui n’a fait qu’une plaie légèrement contuse au niveau du pariétal droit; la poitrine et les bras ont été simplement contus.

L’efficacité des débridemens a été appréciable, non seulement dans les cas de plaies graves de la tête, mais aussi dans les cas de plaies simples, en prévenant les accidens susceptibles de se développer : c’était d’ailleurs le moyen le plus sûr de diagnostic.

Mé***, voltigeur au 58e de ligne, avait été atteint d’un coup de feu sous le rempart de la demi-lune : une petite plaie contuse , au sommet de la tête, faisait craindre une fracture ; le débridement prouva que la plaie était simple.

Quelques blessures de la tête ont été accompagnées de circonstances singulières qui ont prévenu un résultat funeste.

Kl***, grenadier du 6ie de ligne, est renversé par un obus, qui tombe d’à-plomb sur son schakot, le traverse obliquement et retombe sur le bras gauche. On nous apporte cet homme dans un état d’exaltation mentale, pareil à l’ivresse, mais qui lui permet de répondre à nos questions et de nous assurer qu’il est tout étourdi seulement du choc qu'il vient de recevoir, et

bien étonné lui— meme tl éprouver les vertiges de l’ivresse. Une saignée du bras, des fomentations émollientes et un peu de repos suffirent pour dissiper cet état : il n’y avait pas de trace de contusion à la tête. Voici à quelle cause singulièie ce soldat devait sans doute la vie : il portait dans son schakot la moitié d’un pain de munition, qui, en amortissant le choc de 1 obus, avait été fortement comprimé par ce projectile.

Certaines blessures de la tète, tantôt superficielles , tantôt profondes , ont été accompagnées de réactions sympathiques sur le canal intestinal, et surtout sur l’estomac, d’où ont résulté des vomissemens spasmodiques.

1) antres blessures du même genre ont été suivies, immédiatement ou plus tard, de douleurs, tantôt dans le cou, tantôt dans le dos, et jusqu’au bas des reins.

Les plaies compliquées de fracture, avec enfoncement des fragmens, n’ont pas toujours offert des symptômes décompression, et, dans quelques cas même, il ne s’est pas développé le moindre accident.

Lu voltigeur du 19e léger : fracture comminutive et compliquée du coronal, par une balle restée dans la plaie; enfoncement de l’os à trois ou quatre lignes; débridement, extraction du pro-

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jectile; redressement des pièces osseuses avec la spalule; extraction de deux esquilles, saignée, révulsifs, pansement simple ; pas le moindre accident primitif ou consécutif : guérison franche, comme celle d’une plaie simple.

Plusieurs blessures de la région temporale , contusions , plaies , fracturés , nous ont fourni de nouvelles preuves contre le préjugé répandu dans le monde , savoir : que les lésions de cette partie de la tête sont plus souvent mortelles que d’autres. Je choisis un ou deux exemples.

Du**'*, voltigeur du 61e de ligne, est atteint d’un coup de boulet amorti , qui frappe le côté gauche de la tête à la région temporale, après avoir déformé le schakot, retombe sur l’épaule , et de là sur la cuisse, qui furent plus fortement contuses que ne l’avait été la tète. Rien de grave.

M. B***, capitaine de voltigeurs au 19e léger, blessé par un éclat de bombe, le 18 : plaie contuse à l’arcade sourcilière droite et à la tempe correspondante, sans fracture; aucun accident primitif ou consécutif : guérison prompte.

J’ai indiqué la méthode anti-phlogistique comme base du traitement employé à Anvers contre les plaies de tête. On a, dans quelques cas, administré des potions purgatives ou émétiques; mais je puis dire, d’après des ren-

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seignemens positifs, que cette médication n’a pas eu généralement tout le succès que l’on croyait en obtenir : serait-ce parce qu’elle aurait été employée mal à propos ou en excès, ou bien parce quelle aurait été insuffisante? Je m’abstiens de décider le fait, parce que je ne l’ai pas constaté.

Il est à regretter que l’on n’ait pu faire, même a 1 hôpital d’Anvers, la nécropsie de tous les blessés qui ont succombé à des plaies de tête ; on aurait étudié le rapport des lésions avec les symptômes; on aurait recherché jusqu’à quel point il est vrai que les abcès du foie coïncident avec les plaies de la tète, etc. L’exigence du service auprès des blessés s’opposait, plus que toute autre cause, aux autopsies cadavériques. Le petit nombre de celles qui ont été faites nous laissent regretter que ce soit par exception.

M. Périer, qui s est occupé de phrénologie, a constaté, danscertains cas, des lésions cérébrales tout à fait en rapport avec les dérangemens qu’il avait observés dans l’altération des facultés.

Le phénomène qui s’est offert le plus communément, c’est l’abolition des sens correspondais au côté blessé de la tète, et la paralysie du côté opposé, paralysie du mouvement plus encore que du sentiment. Ce phénomène était primitif, et plus instantané que persistant.

Presque tous les blessés au crâne ont eu des

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pertes partielles des facultés cérébrales, ou un affaiblissement notable de l’intelligence; plusieurs ont conservé jusqu’à ce jour un air d’hébétude , qui s’accompagne d’une lenteur très manifeste dans la formation des idées, et de la difficulté à les exprimer convenablement.

Fracture co mminutive et compliquée du coronal; forte contusion au genou. Gui***, sapeur au ier régiment du génie, blessé le 16, par un éclat de mitraille, à la partie antérieure delà tète : fracture comminutive de la face latérale droite du coronal et de la voûte sus-orbitaire, au niveau du sinus frontal; fissure et dépression du coronal, vaste plaie à lambeau des tégumens du front , hernie de la substance cérébrale.

Cette blessure était compliquée d’une contusion profonde à l’articulation fémoro-tibiale droite , par un autre éclat de mitraille ; cependant aucun accident immédiat ne survint : point de symptôme de commotion ou de compression du cerveau; céphalalgie intense vers le soir, agitation ; pouls fréquent, dur ; chaleur à la peau, fièvre traumatique.

Levée de l’appareil provisoire le même jour, exploration de la blessure, débridemenl, large incision en T ; dénudation du crâne dans une assez grande étendue ; fracture comminutive, avec enfoncement déjà indiqué, au dessous delà

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bosse frontale droite jusqu à 1 arcade orbitaire inférieurement, et latéralement jusqu a la suture sagittale d’une part, de l’autre jusque près de la paroi orbitaire externe, dans une direction à peu près elliptique. Extraction de huit ou dix esquilles, dont plusieurs appartiennent à la table interne du sinus frontal; dénudation et hernie du cerveau sur ce point. Pansement simple avec des plumasseaux, pour soutenir les lambeaux tégumentaires et faciliter la suppuration. Diète, boissons rafraîchissantes : fomentations sur le genou. 1 8 et 19, rien de notable; état satisfaisant; point d accidens cérébraux, sauf un coma léger; suppuration établie les jours suivans. Le 22, pansement renouvelé; suppuration abondante. Le 2j , état fébrile, céphalalgie, constipation; médication simple : guérison apparente du genou, malgré la difficulté des mouvemens, qui persiste encore. Le 5o, continuation de la fièvre, quelques symptômes cérébraux graves se manifestent. Malgré 1 indocilité extrême du blessé pour se soumettre au régime, on le maintient à une diète sévère, qui produit de l’amélioration.

Du 5 au ia janvier, mêmes soins; suppuration diminuée, cicatrisation graduelle; mouvemens de 1 articulation du genou moins douloureux, mais changement dans les rapports de cette

partie du membre inférieur. La tubérosité externe du tibia parait déjetée en dehors; le condyle interne du fémur fait saillie en dedans; augmentation du diamètre transversal de l’articulation ; tuméfaction osseuse à la partie la plus inférieure du corps du fémur, simulant le chevauchement d’une fracture , quoique le membre ait conservé sa longueur normale.

Progrès continué de la cicatrisation pour la blessure du crâne, sans autre accident notable; intégrité parfaite des facultés intellectuelles, malgré un peu de lenteur dans la conception des idées. Guérison au cinquante-deuxième jour; mouvemens du membre restés difficiles et peu étendus; disparition à peu près complète du gonflement.

Cette observation n’est pas seulement remarquable à raison de la plaie de tête et de sa guérison, mais aussi sous le rapport de la blessure du genou et de sa singularité. La déviation du membre et la difformité qu’on y remarqua furent, sans doute, le résultat d’une lésion profonde dans les ligamens qui affermissent la jointure, et qui a permis au tibia d’obéir aux tractions musculaires. Un cas analogue s'est présenté, il y a quelques années , au Yal-de-Grâce. Quant à l’existence d'une périostose ou de la tuméfaction et du ramollissement des surfaces ar-

ticul aires, par 1 effet de la contusion , l’absence de tous les signes de l’arthrite chronique éloigne la supposition de ces lésions , insuffisante d’ail* leurs pour expliquer la luxation imparfaite dont il s’agit.

l' facture comminutive et compliquée du coronal; encéphalocèle. Midi4**, voltigeur au 19e léger, blessé le 10 décembre, par un éclat de bombe, à la partie antérieure de la tête. Perte de connaissance, transport immédiat à Anvers. Exploration de la blessure, débridement crucial, dans une assez grande étendue, qui fait reconnaître une plaie contuse à lambeau de la largeur delà main aux tégumens, la dénudation du coronal, une fracture comminutive de la partie supérieure gauche de cet os, près de la suture sagittale, avec enfoncement profond de plusieurs fragmens dans le cerveau. Extraction immédiate d’une dizaine d’esquilles avec la spatule et les pinces, déchirure de la dure-mère. On aperçoit alors uu trou d’un pouce et demi de diamètre, et une encéphalocèle de la grosseur d’un œuf d’oie, agitée de pulsations très appréciables. Légère compression, à l’aide de charpie mollette.

Céphalalgie intense, pouls petit et fréquent, coma, regard fixe, mouvemens automatiques. Large saignée, renouvelée dans les vingt-quatre heures, diète, boissons acidulées 5 l’etat comateux

dure jusqu’au lendemain. Les ia, i3 et 14, une amélioration sensible survient dans l’état général ; même régime et potion purgative; second pansement, compression légère continuée avec une lame de plomb, concave et très lisse. Mieux soutenu les jours suivans; mêmes soins : la suppuration s’est établie; elle devient moindre du 2Ô au 5o; la plaque de plomb est maintenue; séparation, à chaque pansement, d’une portion de substance cérébrale, sous la forme de détritus pultacé; état satisfaisant du reste.

Le 5 janvier, hernie plus considérable, extrême indocilité du malade, régime aussi sévère. Le 10, diminution de la hernie jusqu’au niveau de la surface du crâne; même appareil contentif; alimentation légèrement augmentée. Jours suivans : surface dénudée du cerveau recouverte peu à peu par des bourgeons charnus ; la suppuration se tarit progressivement. Le 26, diminution de l’étendue de la solution de continuité ; pansemens journaliers, avec des compresses fenêtrées et des plumasseaux de charpie mollette ; commencement de cicatrisation; humeur toujours acariâtre du blessé; alimentation plus substantielle. Le 3o janvier, guérison à peu près complète, continuation de l’appareil contentif. Évacuation sur la France dans l’état suivant: pupilles dilatées, pas de changemen t notable dans

les facultés intellectuelles, si ce n’est une indocilité insupportable; cicatrice terminée. Séjour à l’hôpital de Lille : quelques accidens locaux ; incision de deux ou trois petits trajets flstuleux , exfoliations partielles de l’os; nouvelle cicatrisation définitive; surdité complète de l’oreille gauche; tremblemens convulsifs assez fréquens, provoqués par des congestions cérébrales; plusieurs saignées. Amélioration sensible; guérison complète dans les premiers jours de juin seulement; maintien d’une plaquedc plomb appliquée sur la cicatrice, afin de la garantir des chocs extérieurs , et de prévenir son soulèvement.

Le sujet de celte observation a conservé sa méchante humeur; il était, avant sa blessure, d’un caractère doux et bon ; il est devenu presque intraitable : rien ne semble satisfaire ses exigences et ses caprices; il en convient lui-même. L’organe cérébral, si profondément lésé chez cet homme, est effectivement, d’après Gall, l'organe delà bonté : c’est un fait qui peut acquérir encore beaucoup d’intérêt par la suite.

Quanta sa blessure, parvenue enfin à guérison , malgré les signes fâcheux qu’elle a présentés, il est probable que si la compression mécanique de l’encéphalocèle n’avait pas été employée avec autant de modération et de prudence, elle pouvait provoquer des accidens funestes au lieu de les éloigner.

Fracture du pariétal. Math***, du 18e de ligne, blessé le 8 décembre, par un éclat d’obus, au côté gauche de la tête. Perte de connaissance, transport à Anvers : débridement, exploration de la plaie, qui est étroite. On reconnaît la dénudation du pariétal gauche et sa fracture en deux portions , perpendiculaires à la suture lambdoïde ; enfoncement circulaire et superficiel du fragment inférieur, dans l’étendue d’un pouce. Pansementsimple, à sec, bandage contentif, saignée générale plusieurs fois renouvelée, révulsifs aux extrémités. L’état comateux se développe et persistejusqu’au lendemain : anxiété, face rouge, peau chaude, pouls lent, délire : nouvelle saignée, diète, potion purgative , comme moyen de révulsion; bientôt, mieux notable, moins d’anxiété, moins de délire, un peu d’appétit; bouillon, continuation des pansemens simples. Amélioration soutenue, très prononcéele 24 décembre; plus de précision dans les idées et dans les paroles ; suppuration bien établie, abondante; pansemens journaliers. Le ier janvier, la suppuration diminue , disparition graduelle des symptômes de compression; quart d’aliment, un peu d’exercice. Guérison commençant quelques jours après, et à peu près complète vers la fin de janvier. Mais il reste un affaiblissement notable de tous les muscles de la face, et une paralysie des paupières du côté correspondant à

la blessure, ainsi que de la lenteur dans les paroles et les idées.

Quelques phénomènes persévérans de congestion et de compression cérébrales, ou du moins une grande susceptibilité encéphalique , que conserve le blessé, nous font craindre que sa guérison ne soit point encore définitive.

Fracture du pariétal. Bou*4*, sapeur au iei régiment du génie , attaché au service du commandant Paulin; blessé le \/\ décembre, au sommet de la tète, par un éclat de bombe. Après avoir exploré la partie et débridé la plaie , on découvre une fracture oblique du pariétal gauche, avec enfoncement peu sensible (une ligne à peu pr ès); dénudation de l’os. Bientôt la tète devient pesante et douloureuse; ecchymose et tuméfaction des paupières; poids plein. On prescrit des fomentations astringentes, la diète absolue, des boissons émollientes , un pansement simple, et l’on pratique une saignée; point d’extraction d’esquilles. Mieux, les jours suivans; memes médications; nouvelle saignée; occlusion des paupières jusqu’au 17 ; suppuration alors commençante; révulsion dirigée sur l’estomac et les intestins au moyen de quelques purgatifs; pansement tous les deux jours; résolution du gonflement des paupières; suppuration abondante; état général satisfaisant. Le 1e1 janvier, le tra-

vail de cicatrisation commence; on accorde des alimens légers ; les pansemens deviennent plus rares ; guérison à peu près complète au 4o* jour.

Il n’y avait pas d'esquilles à extraire, et, malgré l’enfoncement osseux, les symptômes n’ont point persisté : il est donc probable que la table interne du pariétal est restée intacte.

Fracture comminutive et compliquée des deux pariétaux. Mel***, du 65e, blessé le2i décembre, au sommet de la tête, par un éclat d’obus : perte momentanée de connaissance. Les premiers soins sont donnés à l’ambulance de tranchée. Il existe une petite plaie contuse à la région sincipitale, au niveau de la suture sagittale. Fracture comminutive et enfoncement des pariétaux , près de leur suture, à quatre lignes à peu près de profondeur. Débridement crucial ; pansement simple; évacuation sur Anvers. Aucun accident primitif; point d’exploration nouvelle; pansement d’une plaie simple. Vers le huitième jour, perte des mouvemens du membre abdominal gauche, sans atteinte à la sensibilité; intégrité des autres membres et de tous les sens ; quelques signes de compression du cerveau; tête pesante, état de torpeur; air hébété, intelligence intacte, mais lente; réponses difficiles; exploration attentive de la plaie; redressement, extraction des esquilles enfoncées dans

les membranes et la substance cérébrales ( au nombre de neuf, étroites, anguleuses). Lésion du sinus longitudinal, ouvert et déchiré par ces esquilles. L’hémorrhagie, comprimée par leur pré sence, se manifeste immédiatement après leur extraction. Un morceau d’éponge, d’un demipouce de diamètre environ est porté, afin de l’arrêter, dans l’ouverture du crâne, qui est inégale, et anguleuse à son pourtour. Pansement simple. Amélioration notable.

Le lendemain, 28, disparition des symptômes de compression cérébrale ; mouvemens graduels delà jambe gauche. Pansemeus journaliers; suppuration moindre ; resserrement de l’ouverture du crâne; bourgeons charnus se développant à la surface du cerveau et de ses membranes; suppuration nulle à la fin de janvier; alimentation graduelle; progrès vers la guérison. Entré â l’hôpital de Lille, le 2 avril, cet homme est dans l’état suivant : cicatrisation complète de la plaie; altération des facultés intellectuelles; apathie extrême; faciès hébété; pupilles dilatées ; vue affaiblie, surtout du côté opposé à la lésion. Dépression très sensible du crâne au niveau de la blessure.

Il nous semble que la compression hématostatique , exercée consécutivement, pouvait déterminer des accidens graves , surtout si on avait

différé davantage la levée de l’appareil. Si l’hémorrhagie eut été produite par la lésion d’une artère isolée, il aurait mieux valu peut-être cautériser isolément le vaisseau, que de recourir à la compression ; mais le sinus longitudinal ne saurait se prêter à ce procédé. Quoi qu’il en soit, les effusions sanguines qu’il fournit ne sont jamais dangereuses : un appareil légersuffit pour les faire cesser, si même elles ne s’arrêtent d’elles-mêmes. Quant à la compression cérébrale traumatique et à ses effets consécutifs, elle est évidemment le résultat de l’enfoncement des pièces osseuses. Mais serait-il à propos de chercher maintenant à les relever par l’application du trépan? Le succès serait fort douteux, et entraînerait peut-être la mort. Nous avons du reste exprimé notre opinion à cet égard , en parlant des plaies de tète en général, et il serait inutile d’y revenir. L’usage persévérant d'un traitement anti-phlogistique et révulsif; le repos, le régime sévère et les autres moyens employés contre les encéphalites chroniques, suffiront d’ailleurs, probablement, pour dissiper les restes d’irritation cérébrale que Mel*'* conserve encore.

Une blessure du même genre eut un résultat funeste et imprévu : j’en vais rapporter les principales circonstances.

Fracture du crâne à son sommet , par une petite bombe à la Cohorn ; enfoncement des pariétaux à quelques lignes de profondeur, dans une étendue égale à la paume de la main; débridement; extraction des esquilles; ouverture énorme du crâne; déchirure du sinus longitudinal; hémorrhagie veineuse très abondante réprimée par une compression méthodique. Point d’accidens primitifs; état très satisfaisant jusqu’au cinquième jour. Levée de l’appareil ; nouvelle hémorrhagie; même moyen hématostatique, qui réussit aussi bien qu’auparavant. État satisfaisant du blessé, qui fait un effort imprudent pour prendre un objet éloigné de sa portée ; chute violente sur la tète dans le point même de la blessure ; mort subite.

Fracture compliquée du coronalet du pariétal. Bon***, carabinierau 16e léger, blessé le 1 1 , par un éclat de bombe, à la partie antérieure et supérieure de la tète. Les effets de la compression cérébrale se prononcent presqu’immédiatement : gémissemens, délire, face rouge, regard fixe, pouls plein, perte de connaissance. Plaie contuse, à lambeau , au dessus de la bosse pariétale gauche. L’exploration et le débridement font reconnaître une fracture simple du coronal et du pariétal gauche, avec dépression des fragmens à deux lignes, et dénudation des os:

pansement simple; saignée, révulsifs appliqués aux extrémités; diète. Amélioration légère, les jours su i va ns ; cependant, le délire est presque continu; nouvelle saignée; même régime. Encore du mieux; le blessé balbutie quelques mots; délire plus passager, intermittent; peu de suppuration; potion purgative. Mieux soutenu. Le 1 8 , diminution progressive des symptômes de compression. Cessation complète du délire. Le 20 décembre, l’intelligence reparaît entière; l’appétit se prononce : bouillon; pansemens simples ; potion purgative renouvelée; parole encore difficile et lente; paralysie légère de la main droite; même régime; liniment volatil. Suppuration abondante; pansemens fréquens. Le 24 , on observe encore de l’hésitation dans la mémoire et de la lenteur dans la parole ; amélioration surprenante dès le lendemain. Etat satisfaisant, le 3i décembre; mouvemens de la main plus libres; parole lente, mais naturelle; mêmes soins. Accès épileptiformes vers midi, à des jours plus ou moins rapprochés, depuis le 4 janvier; durée des accès de cinq minutes environ. Réapparition de quelques symptômes de compression cérébrale; affaiblissement; nouvelle diète; mêmes pansemens simples; potion acidulée. Amélioration générale vers le 10 janvier; cessation de la paralysie partielle; mieux

soutenu, du loauao; un peu d’exercice; quart d’aliment; cicatrisation complété de la plaie, du 20 au 3o janvier.

L’état consécutif est caractérisé par la dilatation des pupilles, l’affaiblisse ment de la vue, surtout de l’œil gauche, et la perle d’une partie de la sensibilité du pouce droit. Le blessé a en même temps l’air hébété, l’intelligence difficile, la parole lente, et les mouvernens apathiques. Les accès épileptiformes reparaissent à des époques variables, assez éloignées.

Fracture comminutive et compliquée du coronal et du pariétal ; plaie de la main. Go4**, du 18e de ligne, blessé le 8 décembre par un éclat d’obus à la tète : perte de connaissance. Après les premiers secours, cet homme est évacué sur Anvers, où la plaie est attentivement explorée; elle est contuse, et correspond à la partie inférieure et latérale gauche du coronal. Fracture comminutive de cet os, avec enfoncement, dans l’étendue de deux pouces de diamètre, jusqu’auprès de la voûte orbitaire; fracture du pariétal près de son bord antérieur, avec enfoncement comme au coronal; déchirure de la dure-mère, de l’arachnoïde, et du cerveau à sa superficie ; issue d’une portion de substance cérébrale en détritus. Un débridement crucial est pratiqué : extraction de huit esquilles, pansement simple,

légère compression , saignées générales plusieurs fois renouvelées, diète sévère. Létat comateux se développe, et persiste pendant trentesix heures; délire sourd, parole nulle. Au bout de ce temps, retour graduel de la connaissance et des mouvemens. Des purgatifs légers sont administrés comme révulsifs, tous les trois ou quatre jours; boissons délayantes et rafraîchissantes.

Amélioration soutenue, mais excrétions involontaires de l’urine et des matières fécales. Le i3, second pansement; une compression lé- ' gère est exercée sur la plaie. Amélioration plus sensible; le 20, appétit, bouillon. Suppuration bien diminuée; le ier janvier, cicatrisation déjà opérée sur plusieurs points. Mieux soutenu du ier au i5 : mêmes soins, alimentation plus substantielle, progrès vers la guérison.

Du i5 au 3o, la surface du cerveau se recouvre de bourgeons charnus, la suppuration se tarit. Etat général satisfaisant, mais faiblesse extrême; faciès empreint d’un air stupide. La guérison semble cependant complète le 12 février, au soixante-cinquième jour, bien que le blessé conserve de l’affaiblissement dans l’ouïe et dans la vue du côté de la blessure, ainsi qu'une altération peu sensible des facultés intellectuelles.

Ajoutons que le même homme avait eu la

main droite légèrement blessée par le même éclat d’obus. C’était une plaie simple de l’éminence tbénar ; la cicatrisation s’en est faite assez promptement.

Je regrette de ne pouvoir rapporter aussi en détail les faits dont les résultats ont été funestes, car je suis bien convaincu qu’il y aurait autant d’intérêt à les connaître; mais les documens me manquent, à raison de la rapidité avec laquelle les blessés ont succombé, et du défaut de nécropsies.

Je ne puis donc présenter sur ces blessures que des indications sommaires, qui, du reste, suffiront pour justifier le pronostic fâcheux qu’on en avait d’abord porté.

Fractuj'es du coronal. Un grenadier du 2 5' de ligne est atteintde fracture comminutive et compliquée au coté gauche du coronal, avec plaie large, profonde et enfoncement des fragmens osseux dans la substance cérébrale , à plusieurs lignes de profondeur. Un débridement proportionné est pratiqué; on opère l’extraction d’une lai ’ge esquille. Hernie du cerveau, symptômes décompression au plus haut degré, saignée à chaque bras , révulsifs aux extrémités, pansement simple, accidens faisant des progrès, coma profond , mort le lendemain.

Gim***, sapeur du ier régiment du génie:

fracture eoiftminutive et compliquée de la bosse frontale droite, par un morceau de mitraille , enfoncement des fragmens, état désespéré, malgré tous les soins nécessaires; mort quelques heures après.

Fracture du temporal. Jul***, grenadier du iSe de ligne : fracture simple du temporal gauche par un éclat d’obus; enfoncement sans esquille; plaie étroite, profonde et fortement contuse; symptômes de compression , délire pendant le pansement, accidens comateux; mort le second jour.

Fractures des pariétaux. Rie***, sapeur au ipr régiment du génie : fracture comminutive des deux pariétaux, sans plaie; enfoncement profond des fragmens; incision cruciale, extraction de plusieurs esquilles; soulagement momentané; mort au bout de quelques heures.

Ver***, canonnier au i0r régiment d’artillerie, blessé, le 22 décembre, à la partie supérieure de la tête , par un éclat de bombe, qui lui fait une plaie contuse de trois pouces d’étendue : débridement crucial, fracture comminutive du pariétal gauche, enfoncement de l’os à trois lignes et demie, extraction de cinq esquilles, pansement simple. Accidens convulsifs d’abord, ensuite accidens comateux : saignée copieuse. Le 20, peu d’amélioration et

délire; tuméfaction des paupières, dilatation des pupilles; pouls plein, dur, fréquent; respiration forte, stertoreuse ; gémissemens, agitation extrême. La saignée est renouvelée ; diète absolue, potions purgatives. Le 25, même état à peu près; anxiété continuelle, pouls lort , fréquent; pupilles immobiles, dilatées; délire. Une surveillance active est exercée sur le blessé ; révulsifs aux extrémités, nouvelle saignée. Ces médications procurent, les jours suivans, un peu plus de calme. Le 28, on renouvelle le pansement; la suppuration est abondante et fétide; état comateux, excrétions involontaires : diète, mêmes prescriptions. Le 2f) , respiration stertoreuse, très sonore; bouche éeumeuse ; pouls petit, fréquent; occlusion permanente des paupières, agonie et mort vers le soir.

four***, soldat au 2'' régiment du génie, entré à l’hôpital militaire d’Anvers, leq décembre : plaie contuse à la partie supérieure de la tète, avec enfoncement d’une portion des deux pariétaux, par un éclat d’obus. Au moment de l’accident, aucun symptôme de commotion du cerveau ne se manifesta; le débridcment est suivi d’une hémorrhagie assez considérable, qu’on arrête au moyen d’un bandage compressif ; rien d’alarmant n existe d’ailleurs dans l'état général du ma-

lade : diète absolue, boissons rafraîchissantes.

Le 1 1 , l’appareil est levé : enfoncement des deux pariétaux à l’endroit de la suture sagittale , formant une assez profonde concavité. Les portions osseuses étant enlevées, il en résulte une ouverture au crâne, de deux pouces de diamètre. Le sinus longitudinal supérieur est ouvert par l’extraction des esquilles; nouvelle hémorrhagie ; application d’un bandage compressif, qui n’est suivie d’aucun phénomène morbide grave.

Pendant les premiers jours, aucun symptôme de compression du cerveau, aucune irritation sympathique des viscères ne se manifesta. Les jours suivans, extraction de quelques éclats d’os : agitation , insomnie , engourdissement des extrémités inférieures, irrégularité du pouls, point de fièvre. Régime sévère, boissons et lavemens laxatifs.

Le i4> nouveau pansement, point de suppuration, sortie d’une portion de substance cérébrale ramollie; memes moyens curatifs; mort durant la nuit du i4 au i5, par accident, en tombant du lit, sur la tête.

Examen cadavérique. Extravasation sanguine entre les tégumens et les os du crâne, face vultueuse, sortie de sang et d’écume par les narines; dure-mère largement ouverte, substance cérébrale ramollie sur tout l’hémi-

sphère gauche, en grande partie en suppuration; ventricules contenant du liquide séropurulent; lobe droit également lésé, injection des vaisseaux cérébraux , grande quantité de sang dans les fosses occipitales.

Un voltigeur du 5e de ligne est atteint de fracture , compliquée de plaie confuse au pariétal droit, par un éclat de bombe, le 9 décembre : acculons de compression; débridement, exploration delà blessure, enfoncement à peine appréciable; aucune esquille à extraire. Pansement simple, saignées, révulsifs ; amélioration temporaire, réapparition des accidens , le 12, avec plus d'intensité; médications antiphlogistiques et révulsives sans effet; mort le quatrième jour de la blessure.

Fractures de V occipital. Un grenadier du 58e, blessé le G, présente une fracture de l’occipital, dans l’étendue d’un demi-pouce, produite par un éclat d’obus; point de plaie, ni même de contusion apparente aux tégumens; légère dépression de l’os. Accidens primitifs peu inquiétans. Incision cruciale, écoulement de sang épanché sons le derme chevelu : pansement simple; saignée, révulsifs, diète. Soulagement immédiat et soutenu pendant quatre jours. Alors , apparition des accidens comateux ; réaction sympathique sur l’estomac et les intestins; vomis-

semens, diarrhée colliquative; mort le 14, au huitième jour.

Her***, voltigeur du : fracture comminutive et compliquée de l’occipital, produite par un éclat de bombe ; perte de la substance osseuse dans l’étendue de deux pouces, hernie du cervelet à travers les membranes déchirées, hémorrhagie abondante. Extraction de plusieurs esquilles et d’une portion de la substance encéphalique. L’état de ce malheureux était désespéré : aussi n’a-t-il survécu que vingt-quatre heures, dans un coma profond.

Tels sont les considérations et les faits que j’avais à présenter sur les blessures de la tète; passons au compte rendu des blessures du cou, de la poitrine et de l’abdomen.

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