‹ Histoire chirurgicale du siège de la citadelle d'AnversChapitre 6 sur 11 · III. BLESSURES UE LA POITRINE · texte numérisé non relu

III. BLESSURES UE LA POITRINE

On aurait lieu de s’étonner, d’après les observations que nous allons rapporter, que les blessures de la poitrine aient été peu fréquentes, si l’on ne songeait qu’en général elles furent mortelles presque sur le coup , et que ce ne pouvait être autrement à de si faibles distances des bouches à feu. La mort a eu lieu ou par commotion, ou par déchirure des poumons, ou par lésion du cœur. Quelques blessés ont pourtant survécu à la violence de la commotion, et à des plaies pénétrantes du tissu pulmonaire; il n’en est aucun qui n’ait succombé à des blessures du cœur, quoique le contraire soit possible , d’après des faits épars dans les annales de la science.

Nous avons vu, à la tranchée, le cadavre d’un homme qui avait eu la poitrine ouverte par un éclat de bombe : le cœur était coupé nettement en deux portions transversales; quelques fibres seulement des parois du ventricule gauche se trouvaient épargnées.

Contusions.

La contusion qui accompagne les blessures d’armes à feu a eu des effets tout divers, et même, en quelque sorte, opposés, à la poitrine, malgré la similitude apparente des causes qui les produisirent. Un soldat du 5e de ligne est atteint , dans le côté gauclie de la région thoracique, d’un coup de boulet amorti : la contusion est légère, et n’empêche pas ce militaire de reprendre son service peu de jours après. AI. Co**‘, capitaine du génie, est apporté, au contraire, mourant à l’ambulance de tranchée : un boulet, à la fin de sa course, l’a frappé à la partie inférieure du côté droit de la poitrine, sans la moindre trace de lésion extérieure, sans une seule déch irure aux habits; mais les parties molles sous-jacentes à la peau paraissent profondément attrites; le foie semble rompu; les quatrième, cinquième, sixième et septième côtes sont brisées; la plus petite pression cause des douleurs vives, malgré l’état de suffocation et d’anéantissement du blessé. Toute recherche devient inutile, et le malheureux officier expire peu d’instans après : ses camarades le croyaient tué par le vent du boulet. Nous n’avons pas fait l’autopsie du cadavre , parce que le corps fut

demandé par le régiment du génie auquel le capitaine appartenait, et dont il a été vivement regretté.

J’ai cité ces deux faits à raison du contraste qu’ils présentent; je pourrais en ajouter d'autres, s’il était nécessaire.

Les contusions de l’épaule peuvent s’étendre par contre-coup à la poitrine. Un soldat du 7e de ligne, et un autre du 58e, ont succombé à des contusions de cette cavité, déterminées par le choc de projectiles sur l’omoplate, sans fracture constatée.

Il est inutile d’expliquer que les contusions de la poitrine, plus que d’autres peut-être, sont d’autant plus graves que la surface confuse est plus étendue, le projectile plus volumineux, et lancé avec plus de force.

Voici trois faits qui démontrent les effets divers de ces contusions.

Vill***, soldat du 18e, renversé le 19 décembre par un éclat de bombe : contusion à la partie antérieure gauche de la poitrine, au dessous de la clavicule, sans lésion des tégumens ni fracture des côtes. Saignée immédiate, transport à l’hôpital. Empâtement et sensibilité très vive à la partie confuse; pâleur, froid général, engourdissement, crachement de sang, toux, oppression. On pratique une saignée de seize

onces, et l’on applique des fomentations résolutives sur la poitrine.

Le 19, oppression moins forte, crachement de sang un peu moindre; la chaleur et le pouls sont relevés; douleurs vives dans la région contuse ; cessation de l’hémorrhagie pulmonaire : nouvelle saignée. Le 20 et le 21, respiration régulière et facile; encore un peu de douleur, rien de notable depuis; amélioration graduelle, guérison prompte.

Au***, voltigeur au 5oc de ligne , blessé le 1 G décembre, par un éclat de bombe : fractu re, sans déplacement, des cinquième, sixième et septième cotes sternales du côté droit; traces de contusions, sans plaie aux tégumens; commotion violente du poumon; crachement de sang en abondance; dyspnée ;douleurs vives, lancinantes; hoquet ; anxiété extrême. Large saignée immédiate, fomentations émollientes; bandage contentif: repos absolu , diète sévère. Faible amélioration, le soir. On renouvelle la saignée; mieux sensible ; diminution des douleurs, de la dyspnée et du crachement de sang : même régime. Troisième saignée, le 19; le mieux se soutient : cessation complète de l’hémorrhagie pulmonaire; progrès notables vers la guérison ; consolidation dos côtes sans déplacement ; guérison au quarantième jour.

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