‹ Histoire chirurgicale du siège de la citadelle d'AnversChapitre 7 sur 11 · ID · texte numérisé non relu

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Ce fait prouve , d’une part , l’efficacité du simple bandage contentif pour la consolidation des fractures décotes, et, d’autre part, le succès de la saignée générale, faite immédiatement, et renouvelée à propos, contre l’hémorrhagie traumatique du poumon. Mais il nous semble que des saignées locales par les ventouses scarifiées auraient heureusement contribué à détruire les effets de la contusion et de la commotion des parties extérieures, ainsi que du poumon luimème. L’expérience a prononcé depuis longtemps sur ce point de pratique.

Lem***, brigadier du 8e d’artillerie, blessé le 'jli décembre à la poitrine par un éclat de bombe : contusion violente à la partie postérieure droite du thorax, sans solution de continuité extérieure ; épanchement sanguin considérable sous les tégumens; point de fracture appréciable. Perle de connaissance; dyspnée extrême; douleurs vives dans toute l’étendue de la partie contuse; crachement de sang en abondance. On pratique une large saignée immédiate ; une incision longue et profonde est faite au foyer sanguin, et procure un écoulement considérable. Dès lors, amélioration passagère dans l’état général ; mais, le 24, apparaissent des symptômes de lésion profonde des organes pulmonaires, du côté correspondant à la blés-

sure. Une pleuro-pneumonie intense se développe. Saignée renouvelée; application de topiques émolliens et résolutifs; formation d’une nouvelle collection de liquide. Une seconde incision donne issue à une quantité assez considérable de pus mêlé de sang ; suppuration fétide, accroissement des symptômes; amaigrissement progressif; fièvre hectique; et enfin, mort le 28 décembre, sixième jour de la blessure.

Nécropsie. Fracture de l’épine et de l’angle postérieur de l’omoplate; fracture et carie des apophyses épineuses et transverses des cinquième, sixième et septième vertèbres dorsales , ainsi que des cotes correspondantes; carie commençante des apophyses épineuses des quatrième et sixième vertèbres dorsales ; épanchement considérable de sang et de pus dans la cavité droite du thorax; inflammation sur-aieuë de la plèvre costale et pulmonaire; déchirure et atrophie du poumon correspondant.

On voit par cette observation combien auraient été utiles les nécropsies, si toutes avaient pu être faites, non seulement pour constater des lésions déjà diagnostiquées , mais encore pour montrer celles qui auraient été méconnues. C est ce que l’on a vérifié ici à propos de la fracture multiple de l’omoplate, des vertèbres et des côtes, sans qu’aucun signe l’ait fait apprécier

avant la mort. Les pièces fracturées ont été conservées par M. Thomassin. Ce qui frappe, en outre, clans cette observation, est la rapidité extrême avec laquelle se succédèrent les accidens , les effrayans progrès de la maigreur, la promptitude remarquable de l’exhalation purulente, du développement de la carie des os, et de ces lésions profondes qui ne laissèrent aucune chance favorable au traitement le plus actif.

Plaies.

Les plaies de poitrine, comme celles de l’abdomen, par armes à feu, ne sont pas toujours mortelles, par cela seul qu’elles sont pénétrantes; elles peuvent au contraire, dans certains cas, devenir funestes lorsqu’elles sont superficielles : les accidens dépendent alors de la commotion.

Hunter pensait que les plaies de poitrine par armes à feu sont moins graves que les mêmes plaies produites par des instrumens piquans, et il se fondait sur ce que l’hémorrhagie n'a pas lieu généralement parla première cause, tandis que le sang ne trouve pas une issue aussi facile à travers la plaie cpii résulte d une simple piqûre.

Nous ne redirons pas ce qui est mieux décrit ailleurs sur les effets si variés des projectiles , et surtout sur ceux des balles, relativement aux

plaies de poitrine: perforation simple on double; trajet direct, oblique, recourbé, dévié dans tous les sens; issue du projectile, aidée par l’art, ou spontanée, prompte ou tardive; lésions apparentes ou réelles des organes pulmonaires et quelquefois du cœur, etc., etc. ; telles sont les particularités les plus souvent notées des plaies de ce genre.

Le premier soin , après le pansement d’une plaie supposée grave à la poitrine, qu’elle soit ou non pénétrante, c’est d’obvier aux accidens inflammatoires. Le traitement anti-phlogistique, basé sur l’emploi raisonné de la saignée générale et locale, est éminemment propre à remplir la première indication qui se présente.

Répétons encore combien il est à regretter que, dans quelques cas, on n’ait pas pratiqué de saignées locales révulsives à l’aide des ventouses scarifiées.

Le débridement doit être beaucoup plus mesuré à la poitrine que dans toute autre partie, afin de faciliter davantage la réunion exacte de la plaie, de prévenir le contact et l’infiltration de l’air, ainsi que l’épanchement de sang dans la cavité thoracique. Des pansemens rares, un régime très sévère, le repos absolu et la position, tels sont les soins généraux que réclament les lésions de ce genre; tel est le traitement qui a

été mis en usage chez les hommes qui en ont été atteints devant Anvers.

Quelques larges plaies, pénétrantes ou non, ont été réunies par des points de suture.

R***, voltigeur du a5e de ligne, est frappé par un éclat de bombe à la partie latérale gauche du thorax : fracture comminutive et compliquée des sixième et septième côtes; plaie pénétrante, de quatre pouces d’étendue et de trois travers de doigt de large. On procède à l’extraction des esquilles; réunion de la division par trois points desulure; pansement simple; bandage contentif. Accidens graves; insuccès des moyens thérapeutiques ; mort le sixième jour.

La suture était manifestement contre-indiquée dans cette circonstance.

Plusieurs Hollandais du 10e régiment, faits prisonniers à l’assaut du fort Saint-Laurent, avaient reçu des coups de baïonnette dans la poitrine; mais parmi ceux qui ont été transportés à l’ambulance , aucun n’a offert les signes de quelque lésion profonde. Il est vrai de dire que leurs habits étaient rembourrés solidement, et que nos braves du 65e, une fois maîtres des remparts, n’ont plus eu d’autre but que d’obliger l’ennemi à cesser de combattre.

L’hémorrhagie primitive d’une des artères intercostales a eu lieu dans un seul cas, à notre

connaissance , et encore le blessé, qui appartenait au ic)° léger, a-t-il succombé peu d’instans après , moins par la perte du sang que par suite de la commotion; il avait été atteint d’un éclat de bombe au coté gaucbe du thorax, avec plaie fortement contuse.

L’hémorrhagie du poumon fut une des suites les plus fréquentes des blessures de la poitrine, tant par la commotion profonde que par la lésion directe du tissu pulmonaire. Nous avons déjà indiqué, à cet égard, l’efficacité de la saignée générale, renouvelée à propos.

Les plaies pénétrantes de la poitrine ne présentent pas seulement des phénomènes locaux très variés; il en est qui peuvent déterminer des accidens généraux assez remarquables.

Desm**4, fusilier du 8e régiment de ligne, est atteint, le s>.3 décembre, d’une balle qui traverse le coté gaucbe de la poitrine, entre les septième et huitième cotes, et ressort au niveau de l apophyse transverse delà neuvième vertèbre dorsale. Tous les accidens des plaies pénétrantes de poitrine se manifestent bientôt, et déplus, il survient une paralysie des membres inférieurs et de la vessie. Le blessé ne peut survivre plus de vingt-quatre heures à cette lésion, maigre 1 activité des médications anti-phlogistiques. U avait été transporté à l’ambulance

de Beveren , où nous n’avons pu l’examiner.

Parmi les plaies non pénétrantes de la poitrine, en voici une assez singulière :

Ra***, soldat au 10e régiment hollandais, blessé à la lunette Saint-Laurent , par un éclat d’obus, qui lui avait enlevé une partie des tégumens de la poitrine du côté droit, sans contusion ni fracture, portait une plaie, parfaitement régulière et elliptique. Elle paraissait faite par un instrument tranchant, et ressemblait en tout à celle qui résulte de l’ablation du sein chez la femme (i). On réunit ses bords sans suture , et la guérison ne se fit pas long-temps attendre.

II n’est pas toujours facile de déterminer si une plaie de poitrine est pénétrante ou non, quels que soient les moyens d’investigation dont on fait usage. Un canonnier du ier régiment d'artillerie est atteint d’une balle, qui pénètre par le creux de l’aisselle droite, sans léser aucun vaisseau, et ressort entre les deux épaules; aucun symptôme de pénétration ne se manifeste; la blessure guérit comme la plaie la plus simple, et sa direction seule indique qu’elle a du être pénétrante.

Les fragmens de mitraille qui entrent dans la

(i) On sait que les projectiles lancés par la poudre à canon agissent quelquefois comme les armes blanches.

cavité tlioracique, étant, parleurs aspérités, moins susceptibles que ies balles de ce que j’appellerais volontiers des déviations salutaires , doivent produire des lésions plus profondes, • les plaies plus déchirées.

^ F***’ du 286 cle ligne, atteint, le i5 décembre, d’un coup deféu dans le côté droit de la poitrine: aceidens immédiats ; forte dyspnée ; toux; crachement de sang; large saignée du bras. A l’examen de la blessure, on trouve une seule plaie, a bords frangés; débridement; fracture des O" et 7e côtes; épanchement; extraction d’un éclat de mitraille et de quelques esquilles. On procède à la réunion de la plaie à l’aide d’un pansement simple; nouvelle saignée; diète sévère; amélioration momentanée. Aceidens plus intenses, vers le cinquième jour ; dyspnée , toux, crachement de sang ; suppuration abondante ; affaiblissement graduel ; mort par épuisement.

Il y a eu quelques cas d’emphysème partiel dont les détails seraient sans intérêt. Ron***, du 25e de ligne, et le Hollandais Waymans, du ior, ont eu, pendant plusieurs jours, la poitrine emphysémateuse.

Les fractures de côtes ont été très fréquentes; tantôt simples, tantôt avec fracas, et le plus soutînt sans déplacement. La consolidation, dans ce dernier cas, a été prompte et facile, à l’aide d’un simple bandage contentif et de la position.

io.

Les extrémités des côtes fracturées ont été réséquées dans le cas suivant :

Heimann, soldat hollandais, blessé au fort Saint-Laurent : plaie contuse et déchirée à la partie moyenne, antérieure et externe de la poitrine, du côté droit, par un éclat de mitraille; fracture comminutive de la partie moyenne des cinquième et sixième côtes, issue des fragmens à travers la plaie, hernie du poumon. On pratique la résection des fragmens anguleux des côtes , dans quelques lignes d’étendue , seulement ; extraction des esquilles , réunion des lèvres de la plaie par deux points de suture (i) et des bandelettes; point d’hémorrhagie par les artères intercostales; saignée consécutive, renouvelée à diverses reprises; état satisfaisant, mais accident füneste six jours après, par une intempérance imprévue; violente indigestion, péritonite sur-aiguë ; mort vingt-quatre heures après, septième jour de la blessure.

J’étais de service à la tranchée lorsque ce blessé a été opéré par M. Forget, qui n’a pu me donner d’autres renseignemens.

Bouch***, du 5e régiment de ligne, blessé le 5 décembre : plaie à la partie inférieure gauche

(i) Il faut bien le répéter ici, la suture n’est presque jamais indiquée pour la réunion des plaies de la poitrine, si étendues ou irrégulières qu’elles soient.

tle la poitrine, compliquée de fracture dos neuvième et dixième côtes; la balle, entrée près du rebord libre des côtes, est sortie par la région lombaire gauche; débridetnent, extraction des esquilles.

Le 5, crachement de sang, dureté, accélération du pouls, oppression, dyspnée, fièvre.

Jusqu’au i5, peu de diminution dans les symptômes; saignées au nombre de neuf ou dix, pour combattre une exacerbation cpii se renouvelle chaque soir. Pansement simple , diète sévère. Vers le quatrième jour, suppuration établie , et successivement plus abondante.

Le 16, le crachement de sang est remplacé par une expectoration muqueuse, purulente; l’état du malade devient de plus en plus inquiétant.

Le i8, respiration fréquente, laborieuse, altération des traits de la face, petitesse du pouls, abattement, mort.

Autopsie. Fracture comminutive des neuvième et dixième côtes, avec un grand nombre d’esquilles; épanchement considérable de sérosité purulente dans la poitrine ; cavités droites du cœur hypertrophiées ; plèvre épaissie, lardacée; poumon gauche désorganisé, réduit au tiers de son volume ordinaire, ayant l’aspect et la densité du foie; inflammation chronique de l’intestin grêle, intégrité des autres organes.

Cette observation n’a d’intérêt que par la nécropsie, en ce sens que les altérations des organes thoraciques pouvaient remonter à une époque antérieure, et ne pas dépendre uniquement de la blessure. L’entérite chronique a dû contribuer aussi au funeste résultat.

Vi-nc***, tirailleur du 19e léger, est blessé le i5 décembre par un coup de feu dans la poitrine : entrée de la balle à la partie latérale droite du thorax, au dessous de la première cote sternale, sans lésion de la clavicule; trajet au dessous de cet os, à travers la plèvre, le sommet du poumon, le muscle sous-scapulaire, la fosse sous-scapulaire, et arrêt du projectile entre les fibres du muscle sous-épineux. Accidens primitifs comme dans les cas analogues, dyspnée, toux, douleurs, crachement de sang: large saignée du bras, débridement de la plaie, exploration, réunion, pansement simple, position sur le côté blessé , régime sévère. Faible amélioration jusqu’au lendemain, douleurs dans la direction qu’a parcourue le projectile, et au niveau du scapulum. Incision profonde au dessous de l'épine de l’omoplate, extraction de la balle; ce qui diminue les douleurs locales; mêmes accideus du côté de la poitrine. Nouvelle saignée, crachats striés de sang, toux opiniâtre. On a recours à la saignée locale par les sang-

sues : diète, boissons adoucissantes; un peu de mieux au bout de quatre jours; suppuration abondante, amaigrissement ; régime sévère, médication palliative, repos absolu. Sous l’influence de ces moyens, amélioration sensible, cessation des crachats striés de sang, toux moindre, etc. cicatrisation graduelle de la blessure et de l’incision, guérison au trente-huitième jour.

Ce fait se rapporte à ce que nous avons dit de certaines blessures du cou par des balles qui traversent les interstices musculaires, en glissant sur les vaisseaux, sans les léser.

Une blessure presque semblable a eu lieu chez N***, du ier régiment du génie. Aucun accident n’est survenu, si ce n’est une douleur au niveau de l’omoplate, d’où la balle a été extraite par incision : elle avait probablement contourné les cotes.

Chez Lég***, du 2 5% la même blessure encore n’a pu être suivie de l'issue du projectile qui paraissait logé dans la fosse sous-scapulaire.

M. Che***, lieutenant du 8;> régiment d’artillerie, blessé le 21 décembre par une balle : Plaie pénétrante du côté droit de la poitrine , d’arrière en avant, entre les quatrième et cinquième côtes sternales, assez près de leur angle; perforation du poumon , et issue de la balle a trois travers de doigt au dessous du mamelon

droit. Exploration superficielle laite d’abord à l’ambulance de Saint-Laurent : extraction , sans débridement , d’un fragment métallique de la giberne, engagé dans la plaie postérieure ; la balle est trouvée dans les vètemens, à la partie antérieure du tronc. Transport immédiat àBerchem;exploration profonde de la plaie, débridement; extraction de quelques petites esquilles des quatrième et cinquième côtes, par l’ouverture antérieure; pansement; évacuation à Anvers; accidens pendant la nuit, anxiété, agitation, crachats sanguinolens , dyspnée. On oppose à ces symptômes la diète, les boissons gommeuses, et une saignée de 12 onces; amélioration le lendemain , 22. Le 20 , douleurs vives dans le trajet de la blessure, dyspnée ; saignée de 8 onces, diète; oppression augmentée dans la nuit, crachats purulens, expectoration douloureuse et difficile ; le 24, nouvelle saignée, soulagement notable, crachats moins abondans , toux presque aussi fréquente, expectoration plus facile; les 25 et 26, amélioration soutenue, diète continuée.

Le 27, douleur vive ; nouvelle saignée; constipation opiniâtre depuis plusieurs jours; lavemens sans effets; un suppositoire savonneux procure plusieurs selles.

Le icr janvier, cessation presque complète des

symptômes delà lésion pulmonaire; cicatrisation de la plaie postérieure, suppuration normale par la plaie antérieure, état général satisfaisant; alimentation proportionnée.

Le 9, issue par la plaie postérieure d’une esquille mince et allongée. Le 16, dilatation de 1 ouverture antérieure avec de l’éponge préparée. Le 25, cette plaie est frappée de gangrène d’hôpital : pansemens avec le chlorure d’oxide de sodium. Le icr février, amélioration notable. Le G, séparation des escharres, plaie complètement détergée. Le 12, la cicatrisation est presque terminée : évacuation du blessé sur la France.

Il est permis de croire que si l’on s’était abstenu des pansemens fréquens, et surtout si la double plaie avait été réunie immédiatement après le débridement et les explorations nécessaires, on aurait probablement écurté plusieurs des accidens qui sont survenus chez ce blessé.

Celte observation n'en est pas moins une des plus intéressantes, par ces accidens mêmes, et par leur terminaison heureuse ; elle complète ce que nous avions à dire des plaies de poitrine.

§ IV. BLESSURES DE l’aBDOSIEJV.

Les blessures de l’abdomen ont été plus rares à la fin du siège qu’au commencement, à cause,

peut-être, de l’escarpement des tranchées. Elles ont élé moins fréquentes encore que les blessures de la poitrine, parce que les hommes, presque toujours courbés pour leur service de tranchée, comme pour se mettre à 1 abri des projectiles, se trouvaient ainsi moins exposés à être atteints dans le ventre. Un certain nombre, néanmoins, ont été tués sur coup par des boulets, des éclats de bombes et d’obus à cette région : plusieurs cadavres, apportés à l’ambulance de tranchée, ont offert à nos yeux ces horribles éventrations que nous avons essayé de décrire.

Contusions.

Les contusions du bas-ventre sont moins dangereuses que celles de la poitrine, quoique la cavité thoracique soit plus solidement protégée que la cavité abdominale; mais les poumons et le coeur sont, par leur nature, par leurs rapports et par leurs fonctions, des organes plus impressionnables aux effets des contusions violentes que ne le sont les viscères abdominaux : c'est un fait qui n’exige pas d’autre preuve, et que l’observation nous a fait confirmer à Anvers , comme il est avéré pour tous les chirurgiens. Je n’ai vu qu’un seul homme tué presquesu rie coup par une contusion de l’abdomen; c’était un mi-

neur du iel régiment du génie : il fut frappé à l’hypogastre par un boulet amorti. Nous n’avons pas eu le temps de faire l’ouverture du cadavre : la vessie avait sans doute été rompue, et l’épanchement d urine s était fait dans la cavité péritonéale.

La commotion viscérale qui suit instantanément les contusions assez fortes de l’abdomen m a fait constater, dans plusieurs cas, une constipation symptomatique d’une durée variable. I j effet contraire , c est a dire le flux diarrhéique, est survenu chez un seul homme.

Dans une autre circonstance, la contusion abdominale, au flanc gauche, fut suivie d’une paraplégie incomplète des membres inférieurs, qui disparut deux jours après, sous l’influence d’une saignée, des fomentations émollientes, d’une potion purgative et du repos.

Un soldat du aoc fut atteint, étant à une grande distance, il est vrai, de plusieurs éclats de mitraille, à la poitrine et au ventre : il eut autant île contusions et pas une seule plaie.

Voici un cas de contusion mortelle, compliquée d’une fracture de l’avant-bras.

Deg* *, grenadier au 5a1', est blessé le 19 par un biscaïen : fracture complète des os de l’avantbras gauche, avec plaie aux tégumens de la face antérieure de ce membre; contusion violentedu

flanc gauche; perle de connaissance. Transporte à l’hôpital, le 20, cet homme offre les signes d’une lésion profonde des organes abdominaux : pâleur, froid général, pouls petit, accéléré; vive sensibilité du bas-ventre, surtout au côté atteint, mais aucune trace de contusion ; hématurie ; toux, respiration difficile, exaspérant les douleurs. Douze sangsues sont placées sur l’abdomen, cataplasmes émolliens, potion anodine; ensuite un appareil de fracture est appliqué à l’avant-bras.

Le ai, vomissemens noirâtres, hoquet, soif vive, douleurs abdominales exaspérées par la moindre pression ; l'hématurie continue ; pouls petit, très accéléré; large ecchymose à l’endroit contus ; douze sangsues encore sur l’abdomen , fomentations émollientes , saignée , diète sévère.

Le 22 , surcroît d’intensité dans les symptômes; affaiblissement de la voix, dyspnée intense , délire ; mort.

Autopsie cadavérique . — Epanchement desan g dans l’abdomen, mêlé à une grande quantité de pus jaunâtre, fétide, assez consistant. Le péritoine, du côté-gauche, a unecouleur rouge foncé. Le colon descendant et l’intestin iléon présentent une injection très vive, brunâtre, dans une grande partie de leur étendue; estomac sain, très volumineux. La rate , le rein droit et la vessie

elle-même sont sans altération; mais il existe une déchirure oblique de la scissure du rein gauche: cette dernière circonstance rend compte de l’hématurie continuelle qui fut observée.

Cette blessure était sans doute mortelle de sa nature, à raison surtout de la déchirure du rein; on peut cependant faire observer que les évacuations sanguines auraient pu être employées avec plus d’énergie pour combattre les accidens qu’elle détermina.

Plaies de V abdomen.

Tl serait erroné d’émettre en principe absolu que les plaies superficielles de l’abdomen n’entraînent pas d’accidens graves. Ne sait-on pas qu’une contusion violente peut compliquer une plaie légère et ainsi déterminer la mort? Cette circonstance suffit pour réclamer la surveillance attentive de toutes les plaies de l’abdomen, quelles qu’elles soient. Débrider et réunir méthodiquement les plaies pénétrantes, rien de plus d’abord ; l’expectation est alors une méthode très rationnelle. Il faut éviter les recherches forcées des corps étrangers perdus dans la cavité abdominale. Les seuls efforts de la nature sont merveilleux dans les blessures de ce genre. 11 est inutile d’ajouter que le traitement anti-phlogistique est tout à fait indiqué.

Nous avons déjà dit que les plaies d’armes

blanches ont été fort rares pendant le siège. Quelques Hollandais du fort Saint -Laurent ont eu des coups de baïonnette dansle ventre comme dans la poitrine. Un seul a succombé à une plaie pénétrante, qui avait intéressé l’estomac et le diaphragme.

Le coup, porté chez un autre à l’hypogastre, immédiatement au dessus du pubis, paraissait, d’après sa direction , avoir perforé la vessie; mais aucun symptôme ne confirma ce diagnostic.

Revenons aux plaies d’armes à feu. Les parois abdominales ont été entamées plusieurs fois par divers projectiles, ou perforées par des balles, à la manière d’un séton, sans qu’aucun viscère ait été lésé, ou du moins sans qu’aucun symptôme en ait indiqué la lésion.

Vi*** , grenadier du 61e, fut atteint d’une balle qui traversa ainsi les parois abdominales, depuis le côté gauchedela région ombilicale jusqu’à l’aine du côté droit, sans autre effet que celui d’une double plaie simple.

Les projectiles qui pénètrent dans la cavité abdominale, sans en ressortir, offrent plus de difficulté à leur extraction que dans toute autre partie, et peuvent y séjourner long-temps avec ou sans déplacemens consécutifs.

Bu***, sapeur du ier régiment du génie, fut blessé le 7 décembre par un coup de feu dans le flanc gauche : forte plaie contuse , pénétration delà balle dans le petit bassin, sans lésion de la

vessie; accidens passagers; exploration inutile de la plaie; traitement ordinaire : guérison, malgré la présence du corps étranger, cpii se fera peut-être jour plus tard.

Il n’est pas seulement difficile de trouver les projectiles perdus dans la cavité abdominale, il l’est souvent encore de les extraire quand on les a trouvés.

P***, voltigeur au 25e de ligne , blessé le 1 7 décembre par un éclat d’obus à l’aine gauche : plaie fortement contuse, inégale, déchirée, profonde; dénudation des muscles et des vaisseaux; implantation du projectile dans le fond de la plaie ; débridement, exploration. Les tentatives d’extraction du corps étranger avec les doigts et les pinces offrent une difficulté extrême ; les précautions prises contre la lésion des vaisseaux restent vaines; hémorrhagie abondante par la partie inférieure de la veine iliaque externe : tamponnement, appareil compressif; cessation momentanée de l’hémorrhagie. Au second pansement, seconde hémorrhagie, et de même jusqu’au cinquième pansement, et de même ensuite dans 1 intervalle de chacun d’eux. Épuisement progressif; mort vers le quinzième jour.

Ce fait démontre donc en même temps le danger des hémorrhagies consécutives. (Voir Hémorrhagies. )

Les hernies des organes contenus dans l’abdomen sont une conséquence grave de certaines plaies pénétrantes : celles des intestins ou de l’épiploon sont les plus communes; mais quand elles sont produites par les armes à feu , elles entraînent des suites d’autant plus funestes.

Ber***, mineur au régiment du génie, blessé le i5 décembre par un coup de feu : plaie de la partie inférieure et latérale gauche de la poitrine, près de Ihypochondre , perforation de la région iliaque et issue du projectile à travers l’épaisseur de la fesse du même côté. Accidens primitifs, hernie de l’épiploon dans l’élendue d’un pouce et demi ; aucun signe de lésion intestinale; débridement, réduction assez facile de la hernie. Un point de suture, est pratiqué ; pansement simple, soutenu par un bandage contentif. Diète, régime sévère, médication antiphlogistique : cessation des accidens primitifs ; travail de cicatrisation des plaies; guérison vers le vingt-cinquième jour.

La suture pratiquée danscecas n’était pas d’une nécessité absolue , et il me semble qu’à moins de plaie très étendue des parois abdominales, avec ou sans lésion des viscères, la gastroraphie a plus d’inconvéniens que d’avantages, parce que, malgré leur rapprochement, les points de suture permettent fréquemment à quelqu’une des

parties contenues dans l'abdomen, telles que lepiploon ou l’intestin, de s’étrangler entre leurs interstices, et qu’ils peuvent déterminer des accidens inflammatoires susceptibles de devenir funestes. Un pansement simple , ou de larges et longues bandelettes agglutinatives, un bandage contentif, la position et le repos suffisent ordinairement pour maintenir en contact les plaies de l’abdomen, dont les tégumens sont d’ailleurs si extensibles.

L***, fusilier au 81' de ligne, blessé à la digue de Doël, le décembre, par une balle : plaie contuse, pénétrant de haut en bas, et d’avant en arrière, les plans de muscles situés à la partie antérieure et inférieure du flanc gauche, à quelques lignes de l’épine iliaque antéro-supérieure ; perforation du muscle et de la fosse iliaques; saillie du projectile sous la peau, à travers les muscles fessiers du côté correspondant.

Débridement de la plaie pratiqué à Beveren; incision sur le corps étranger, qui est extrait, ainsi que quelques débris de vêtement; pansement simple, bandage contentif: accidens consécutifs; douleurs dans la région iliaque; légère tuméfaction de la plaie antérieure; formation d’un abcès dans l’espace compris entre les deux plaies. Ouverture à maturation ; médication simple; fin des accidens; point de signes de lésion

viscérale; suppuration normale; travail de cicatrisation; guérison complète au trentième jour.

Ce fait, d’ailleurs simple, ne permet de remarquer que le trajet du projectile sous les tégumens, et l’élasticité de ceux-ci, qui forment souvent un point d’arrêt au lieu d être perforés.

Sal***, caporal au ier régiment du génie, blessé, le 19 décembre, par 4ine balle de fusil de rempart : plaie contuse traversant les parois tégumenteuses du thorax, au niveau des cartilages des sixième et septième côtes sternales du côté gauche; trajet du projectile sous la peau jusqu’au flanc du même côté; ouverture de sortie et perforation nouvelle à un pouce et demi au dessous, en contournant la crête iliaque de dedans en dehors, et en érodant la lèvre externe de cette partie osseuse; issue du projectile à travers le muscle grand fessier. Débridement des plaies, pansement simple, transport à Anvers. Vives douleurs pendant les quatre ou cinq premiers jours , au niveau des deux plaies intermédiaires ; écoulement de la suppuration et d’une petite quantité de matières stercorales. Pansement à fond, le ?.5; aspect noirâtre et mâché de ces plaies, entourées d’un cercle inflammatoire assez prononcé ; suppuration très abondante par l’ouverture de sortie ; dif-

ficulté clans les monvemens du tronc; douleurs continues; fièvre traumatique : topiques et lavemens émolliens; cataplasmes bmdanisés ; écoidement par la plaie principale d’une petite quantité d’eau des lavemens. Amélioration notable versle 28, diminution des douleurs et de la suppuration ; cessation complète de 1 ecoulement de matières stercorales; travail de cicatrisation , plus d’accidens; locomotilité normale: guérison complète le al» janvier, au trentehuitième jour.

Cette blessure, plus remarquable que la précédente, par le trajet sous-cutané du projectile et les doubles perforations qu’il a faites, était compliquée de la lésion de l’S iliaque du colon, ainsi cpie l’indique l’écoulement des matières mêlées à la suppuration, et de l’eau des lavemens. La position a demi-courbée en avant , lorsque le projectile a frappé, explique la direction qu’il a suivie.

D*4*, voltigeur au 8° de ligne, blessé le 20 décembre par une balle de fusil de munition : perforation de haut en bas de la partie inférieure et postérieure de la poitrine, entre les huitième et neuvième côtes. Il n’existe qu’une seule plaie, assez étroite : débridoment , pansement simple. Accidens primitifs; douleurs vives dans toute la région abdominale ; application de sang-

sues, cataplasmes, lavemens, demi-bains, fomentations émollientes. Amélioration à peine sensible; paralysie des extrémités inférieures et de la vessie; nécessité du cathétérisme pour opérer l’émission des urines; météorisme du ventre , nouvelles douleurs, constipation opiniâtre, mais ni hoquets, ni nausées, ni rapports, ni vomissemens. Diète, régime sévère, médication émolliente, état stationnaire jusqu’au onzième jour de la blessure. Alors une selle volontaire, et quelques autres, les jours suivans : de là , une amélioration notable ; mouvemens d’abord peu sensibles des membres inférieurs, puis plus prononcés, ensuite plus faciles. Quelques pressions graduées sur l’hypogastre suffisent pour faire couler l’urine , sans continuer l’introduction de la sonde dans la vessie. Cessation des douleurs abdominales et du météorisme, cicatrisation de la plaie; guérison à peu près complète dans les derniers jours de janvier.

Cette observation pouvait être rangée parmi les plaies de poitrine, puisque c’est là qu'a été faite la blessure ; mais sa direction de haut en bas, et les accidens qui sont survenus la rapprochent plutôt des plaies de l’abdomen.

Les symptômes de paralysie nous ont porté à croire que la balle avait pu atteindre la colonne vertébrale, s’y enclaver peut-être, et léser la

moelle épinière par compression directe ou médiate.

La femme Gr***, âgée de vingt-quatre ans, cantinière au Gie régiment de ligne, est frappée dans le ventre d’un coup de feu, le 19 décembre au soir : elle tombe sans connaissance et est transportée à l’ambulance de la 4e division. La balle, lancée d’une très petite distance, avait pénétré au dessous de l’appendice xi pboïde et était ressortie directement à la partie postérieure droite du tronc, en fracturant l’apophyse transverse de la douzième vertèbre dorsale. Le chirurgien-major, M. Letulle, s’empresse de donner ses soins à cette pauvre femme, qui perdait encore du sang par les deux plaies. Il reconnaît de suite tout le danger de cette funeste blessure, et parvient à arrêter l’hémorrhagie parle tamponnement et une compression modérée. L’évanouissement cesse , mais d’autres accidens se déclarent; des hoquets convulsifs, des nausées, des vomissemens de matières bilieuses et alimentaires, sans mélange de sang; une dyspnée intense, des douleurs violentes dans le trajet de la blessure et dans toute la région abdominale, fortement distendue par une grossesse avancée ; des contractures spasmodiques des mains et des pieds, et enfin une anxiété extrême suivie de convulsions. Quels secours apporter à cette hor-

rible situation ? Une saignée du bras , des fomentations émollientes, des frictions sèches sur les membres, un lavement opiacé, une potion calmante et la position : voilà tout ce qu il était permis défaire, dans un état si grave et qui ne pouvait finir que par une mort prochaine. Devait-il donc durer quatorze heures, et la victime de tant de souffrances devait-elle se sentir vivre dans une si longue 'agonie ? c’est ainsi qu’il en a été.

Le premier devoir à accomplir après la mort de cette femme fut de s’assurer si son enfant, n’avait pas péri avec elle. La dilatation du col de la matrice était appréciable au toucher, ainsi que la position du foetus, qui était sans mouvement. M. Letulle se décide aussitôt à l'extraire par l’opération césarienne, qu’il pratique latéralement, en présence de son aide-major, M. Montcourrier, et d’un médecin belge , présent par hasard ; mais l’enfant (c’était une fille) était mort à la fin du huitième mois, par réaction de la fatigue de sa mère, et depuis plusieurs jours sans doute ; car il exhalait une odeur de putréfaction commençante.

Voici quelles étaient, chez éette femme, les lésions cadavériques : le lobe moyen et le petit lobe du foie avaient été perforés par laballequi, en passant au dessus de la petite courbure de

l’estomac, avait pénétré dans l’arrière-cavité des épiploons ; la veine-cave inférieure avait été ouverte au niveau de la douzième vertèbre dorsale, et le pilier droit du diaphragme traversé. Un épanchement considérable occupait une partie de la cavité abdominale, et un caillot de douze à quinze onces obstruait l’orifice de la veine au dehors et au dedans : ce caillot s’était probablement formé sous plusieurs influences, la syncope, le tamponnement, l’appareil contentif et la compression directe des viscères abdominaux, surtout de la matrice à son plus haut point de développement ; c’était sans doute aussi la cessation de l’hémorrhagie qui avait retardé de quelques heures la mort inévitable de la malheureuse cantinière.

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