‹ Histoire chirurgicale du siège de la citadelle d'AnversChapitre 9 sur 11 · VI. BLESSURES DE LA PARTIE POSTÉRIEURE DU TRONC · texte numérisé non relu

VI. BLESSURES DE LA PARTIE POSTÉRIEURE DU TRONC

On est assez porté à croire, dans le monde,

<]ue les blessures reçues dans le dos et dans les reins ne laissent pas des cicatrices aussi honorables que les blessures de la partie antérieure du tronc ; mais s’d s’agissait de démontrer que cette opinion n’est qu’un préjugé insultant pour l’honneur militaire, il suffirait de dire que, sur un champ de bataille, durant les évolutions des troupes, les armes à feu peuvent atteindre les plus braves soldats dans le dos comme à la poitrine : c’est surtout dans un siège qu’il en arrive ainsi, alors que chaque homme voit tomber autour de lui une grêle de projectiles, et qu’il attend presque son tour d’être frappé; mais n’insistons pas davantage.

Les blessures de la partie postérieure du tronc, c’est à dire des régions dorsales, lombaires, sacrées , iliaques et fessières ; ces blessures ont été fréquentes, par des causes spéciales, quoique secondaires.

Les travailleurs, les tirailleurs et les hommes du génie et de l’artillerie, presque tous, enfin, n’avaient que l’habit de leur arme, sans sac ni fourniment, pour faire leur service avec plus d’agilité et être moins embarrassés dans la tranchée ; ils étaient donc exposés déjà par derrière à tous les chocs des projectiles.

Des veilleurs, des factionnaires et des gardes de tranchée annonçaient par un cri la chute

des bombes et des obus , et à ce signal on se baissait davantage, ou tout à fait jusqu’à terre, et si le projectile éclatait au milieu de tous, ses éclats étaient lancés par dessus la tête ou retombaient sur le dos des travailleurs.

Contusions.

Il faudrait 'fa ire un nécrologue s’il était indispensable de citer tous les hommes qui ont succombé à la violence des contusions et des commotions de la moelle épinière; car c’est évidemment à la lésion de cette partie que doivent être rapportés les effets les plus funestes des contusions de la partie postérieure du tronc. Nous avons vu, à la tranchée, des soldats tués ainsi sur le coup, et sans traces extérieures, par des boulets arrivés à la fin de leur course, ou par des éclats de bombes et d’obus.

Les contusions avec ecchymose , infiltrations et tumeurs sanguines, ont été plus communes à la partie postérieure du tronc que partout ailleurs.

D***, tirailleur du 19e léger, atteint d’un éclat d’obus à la partie supérieure du dos : contusion très violente , entre les deux omoplates; large ecchymose, étendue de l’une à l’autre épaule ; fluctuation manifeste, infiltration sanguine considérable, accroissement rapide de la tumeur et

distension des tégumens; décoloration générale, syncope instantanée; menaces de suffocation dans la station assise; mouvemens automatiques; dilatation et immobilité des pupilles; paralysie du sentiment dans les extrémités supérieures ; râle spumeux ; mort une heure après.

Une contusion semblable a eu un résultat aussi funeste, par des effets différens et consécutifs, chez un autre soldat.

Ga**% canonnier du 8e régiment d’artillerie , d’une constitution robuste, blessé le 22 décembre : forte contusion par un éclat de bombe, entre les deux épaules, au niveau des premières vertèbres dorsales; aucune plaie ni lésion extérieure, légère tuméfaction ecchymosée, mais point d’épanchement de sang. Chute du blessé et paralysie immédiate des mouvemens des membres, sans abolition de la sensibilité, sans perte de connaissance; excrétions volontaires de l’urine et des matières fécales; respiration libre; intégrité des facultés intellectuelles, douleurs assez vives , dans l’étendue de la contusion , et le long de la colonne vertébrale.

Saignées générales, saignées locales par les sangsues et par les ventouses scarifiées; révulsifs sur le canal intestinal; amélioration des symptômes de compression; douleurs moins vives, mais persistance delà paralysie des mouvemens.

Lfat stationnaire pendant dix jours; même médication renouvelée sans effet. Invasion spontanée d’accidens graves, le 2 janvier : fièvre , délire, orthopnée; mort par asphyxie, le même jour.

Il est dommage que l’autopsie cadavérique n’ait point été faite; il y avait sans doute fracture de la colonne vertébrale et compression de la moelle épinière, peut-être à sa partie antérieure. Un mouvement inappréciable , soit du rachis en totalité, soit de l’un des fragmens, aura pu déterminer les derniers accidens.

Les contusions de la région lombaire, et à plus forte raison, celles de la région sacro-lombaire, ont été moins funestes, toutes choses égales d’ailleurs, que les contusions de la région dorsale. Le diamètre plus étendu, et la mobilité moindre des vertèbres lombaires et du sacrum; l’éloignement du centre de la moelle épinière, l’épaisseur plus considérable des muscles et la densité des aponévroses de la région sacro - lombaire, telles sont les causes de la différence d’effets des contusions.

Les cas que nous pourrions citer sont trop simples, et nous n’en dirons rien : quelques uns cependant ont été funestes, mais plutôt par contre-coup que par choc direct; d’autres, après avoir offert des accidens primitifs fort graves,

se sont terminés heureusement : les médications anti phlogistiques et révulsives en ont eu l’honneur.

Enfin, les contusions de la région fessière doivent tout au plus être indiquées, tant leurs effets ont été simples : je n’en citerai que deux exemples.

Mar*411, grenadier du 61e, est frappé d’un éclat de bombe entre les deux cuisses, à la partie postérieure : la contusion directe de la région fessière réagit fortement sur toute l’étendue de la colonne dorsale, et les membres sont paralysés instantanément.

Le contre-coup fut mortel chez le suivant. R+**, du 5e de ligne, frappé par un boulet: contusion violente de la fesse gauche, sans fracture de l’os coxal. Contre-coup dans la région dorso-lombaire; fracture des deux dernières vertèbres dorsales et de la première lombaire ; paralysie immédiate du mouvement et de la sensibilité des membres inférieurs ; mort au bout de quelques instans, par compression de la moelle.

Plaies.

Les remarques qui viennent d’être faites pour les contusions de la partie postérieure du tronc sont applicables, à peu près en tout, aux plaies de

cette même région, puisqu’elles sont essentiellement confuses.

Il est à propos de noter que la suture a été employée dans quelques cas de plaies larges et étendues; les résultats de ce moyen en confirment pour nous l’avantage dans cette circonstance, parce que les tégumens de la partie postérieure du tronc n’ont pas une extensibilité suffisante pour permettre la réunion par les moyens contentifs ordinaires; le fait suivant le démontre.

Mour**, fusilier au i 8e de ligne, blessé le ^4 i par un éclat de bombe, à la région sacro-lombaire gauche : plaie contuse, profonde et déchirée, étendue de cinq pouces, dans une direction presque perpendiculaire à la colonne vertébrale. Peu d’accidens primitifs, demi-paralysie des mouvemens des extrémités inférieures.

Trois points de suture entre-coupée; bandelettes aggîutinatives intermédiaires, charpie, compresses graduées, bandage contentif; position déclive sur le ventre. Accidens consécutifs, vers le quatrième jour; douleurs, insomnie, tuméfaction , épanchement sanguin sous-cutané; incision près de la plaie; amélioration notable, mais persistance de la paraplégie. Travail de suppuration; et dès lors , quelques faibles mouvemens dans les membres inférieurs; rappro-

chement naturel des lèvres de la plaie ; pansement simple; progrès de la locomotilité, cicatrisation avancée au quarantième jour; guérison complète de la blessure et de la paralysie, vers le cinquante-cinquième.

C’est une circonstance notable, dans ce cas, que l’influence salutaire du travail de la suppuration sur l’état paraplégique.

Lav***, sapeurau icr régiment de génie, blessé le 1 1, par un éclat de bombe, à la hanche droite: fracture comminutive et compliquée de la partie postérieure de la crête de l’os iliaque; dénudation du bord supérieur, décollement de la peau, depuis la partie moyenne de l'os, au dessus de l’articulation coxo-fémorale, jusqu’à trois travers de doigt au delà des apophyses épineusesdesdernières vertèbres lombaires et du sacrum. Point d’accident immédiat. Pansement à Berchem; excision des lambeaux contus et déchirés; extraction de plusieurs esquilles; saillie du projectile à trois pouces, en bas du fond de la plaie, sous les tégumens de la fesse droite; contre-ouverture, extraction, forme inégale de 1 éclat de bombe, équivalant au calibre d’un gros biscaïen. Quatre points de suture sont faits à la plaie; pansement simple, appareil contentif. Transport à Anvers, le 12. Àccidens primitifs: fièvre traumatique, réaction sur l’encéphale, agi-

talion, délire. Saignée, potion anti-spasmodique; dièî'e. Amélioration, le i5; pas d’accident nouveau.Le 1 5, collection purulente au côté gauche, près du décollement; large incision ; écoulement d’une grande quantité de pus sanguinolent. Le 1 6 , fièvre, céphalalgie; chaleur, soif ardente; nouvelle saignée, boissons rafraîchissantes, diète continuée. Le 19, mieux, suppuration très abondante jusqu’aux premiers jours de janvier. Très bon état, le 6 janvier : alimentation légère. Le i5, presque plus de suppuration, disparition complète du gonflement, réunion de la plaie très avancée , bandelettes agglutinatives , cicatrisation graduelle. Le 6 février, premiers mouvemens d’exercice; le 19, un seul point de suppuration au niveau de la lésion de l’os ; évacuation sur France, au soixante-onzième jour. De nouveaux accidens surviennent à l’hôpital de Lille; la suppuration se ranime, des trajets fistuleux s’organisent et nécessitent autant d’incisions; sortie de quelques esquilles; affaiblissement extrême pendant cette période , d’un mois et demi. Soins multipliés; régime analeptique; retour graduel des forces; marche et station impossibles sans un béquillon. (Mois de juin.)

La guérison si lente, si difficile de cette profonde blessure n’est pas moins un résultat des

plus notables, du presque tout entier aux secours immédiats de la chirurgie et a des soins consécutifs multipliés.

D aussi larges plaies, qu’on les réunisse ou non immédiatement, ne guérissent quelquefois qu avec des cicatrices adhérentes, qui peuvent devenir douloureuses et nuisibles aux mouvemens des membres corresporidans.

Du *, caporal au 65e, a ressenti les effets d’une cicatrice adhérente, a la suite d’une plaie contuse, large et profonde de la fesse gauche, mais dont les suites n’ont pas été autrement fâcheuses.

Il en a été de même chez G4**, du 5e de ligne, qui avait eu une blessure à peu près semblable, avec contre -coup et commotion dans la région sacro-lombaire du côté gauche. La cicati icc adheiente est, pour cet homme, une cause de gêne et de pesanteur douloureuse dans le membre abdominal correspondant, surtout pendant la progression, et sous l’influence des changemens de température. Il n’est pas impossible que des douleurs rhumatismales se fixent plus tard dans 1 étendue de la cicatrice.

Les coups de feu directs dans la région fessière la traversent assez difficilement de part en part, à cause de l’épaisseur des parties graisseuses et musculaires, et les projectiles ont plus

de tendance à s’y arrêter que partout ailleurs.

Mau***, du 5e de ligne, blessé le io décembre par un coup de feu dans la fesse gauche : plaie déchirée, profonde, mais peu étendue; saillie du projectile sous les tégumens, près du pli postérieur delà cuisse; contre-ouverture, extraction d’un morceau de bois informe, dentelé, long de deux pouces sur un de largeur; quelques balles ou éclats de mitraille implantés de même ont été extraits sans plus de difficulté.

Nous ne pouvons établir une ligne de démarcation entre certaines blessures de la région fessière et celles de la partie postérieure de la cuisse.

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