‹ HIstoire Chromologiue Des VoyagesChapitre 16 sur 30 · II. i · texte numérisé non relu

II. i

latrice oisive, et eût souffert qu'une .autre Dation effectuai la seule découverte intéressante qui reste encore à faire en géogra-

. phie, découverte dont ses anciens naviga-

. teurs ont ouvert le chemin.

D'ailleurs, une circonstance particulière engagea le gouvernement anglais à préparer, en i8ï8, une expédition pour tenter cette découverte. Depuis trois ans , on ^vait vu flotter dans l'Atlantique des quantités extraordinaires de glace venant du pùlc. En

.1817, la côte orientale du Groenland, qu'on suppose avoir été fermée par les glaces depuis quatre siècles , se trouva accessible depuis le 70.*^ degré de latitude jusqu'au 8o.«, et la nier qui la sépare du Spilzberg fut entièrement ouverte sous ce dernier parallèle (1). Cette disparition des glaces boréales sur une étendue si considérable des mers du Groenland , fut regardée comme très- propre à favoriser une nouvelle tentative; «lie parut offrir une esjlérance de

(i) Un bâtiment de Hambourg navigua sous celle latitude.

• ' . ( ail ) .

succès, surtout pour essayer d'approcher du pôle arctique ; ce qui , malgré le défaut de réussite du capitaine Pliipps (depuis lord Mulgrave), n'était nullement regardé comme une entreprise impossible. L'opinion des hommes instruits et Texpérience des ma-* rins quis'occupent de la pêche de la baleine, s'étaient prononcées depuis long-temps en faveur de Texistence d'une mer polaire ouverte , et de la possibilité d'atteindre à cette extrémité septentrionale du globe.

. On résolut en conséquence de préparer deux expéditions distinctes; Tune pour monter par le milieu du détroit de Davis ji\squ'à urve haute l»titude,et alors le traverser en tournant à gauche , dans l'espérance de pouvoir doubler l'extrémité septentrionale de l'Amérique et d'arriver par cette route détroit de Behring ; l'autre pour faire route directement vers le nord , entre le Groenland et le Spitzberg, et^ si elle trouvait une mer polaire ouverte, sans aucune terre, et, comme on pouvait, l'espérer en ce cas , sans aucune glace, de gagner directement le détroit de

Behring , traversée qui seroit plus courte que la première de près d'un liers. - ' » "

Les bâtinaens armés pour chercher le passage au nord-ouest furent V Isabelle, de trois cent quatre-vingt-deux tonneaux, commandé par le capitaine Jean Ross, et YA^ lexandrcy de deux cent cinquante-deux, par le lieutenant Guillaume-Edouard Parrj ; on destina, pour le vojage direct au pôle, la Dorothée, trois cen t soixa n le-d ix ton n ea ux, sous les ordres du capitaine David Buchan , etle Trent, de deux cent cinquante, sous ceux du lieutenant Jean Franklin. On attacha en outre à chaque bâtiment un renfort d'officiers habiles ; des astronomes', des* dessinateurs, des capitaines marchands et des maîtres versés dans la connaissance des mers du Groenland, par leur expérience acquise dans la pêche de la baleine; ils devaient servir dje pilote. On voulut que ces deux expéditions fussent munies des instrumens les plus parfaits pour faire des observations et des expériences propres à accroître le domaine des sciences physiques et luathcmatiques. . .

' . . • ' , ' Digrtiz

♦ Le taombre dTjommes sur chaque btitîment, y couipris les olFiciers^ les matelots et lessoldats de marine^ était de cinquantesix sur les grands , et de quarante sur les deux autres. Ils furent tous approvisionnés pour deux ans. Les membLiires des quatre bâtimens furent renforcées; leur doublaire, de six pouces d'épaisseur, fut recouvert d'une double feuille de cuivre ; chaque objet d'équipement eut six rechanges. Enfin,chaque expédition emportait une maison en bois dont les pièces toutes préparées pouvaient s'assembler en peu d'heures. On avait pris cette précaution pour le cas où les équipages passeraient l'hiver dans une des contrées boréales qu'ils allaient reconnaître. , ; , Tous les officiers , jusqu'au dernier , s'embarquèrent, parfaitement satisfaits , et dans la pleine confiance de réussir dans le grand objet de leur voyage, ou du moins avec [a ferme détermination d'en constater l'impossibilité.

^ Les quatre bâtimens partirent ensemble en avril , et arrivèrent aux îles Shetland ^

Vlsahelle le 3o , la Dorothée le i/' niai. Les officiers descenclirenl à terre ; les matelots furent consignés à bord de leurs hâlimens respectifs, parce qu'on craignait qu'ils ne déserlassent. On avait annoncé pourtant qii'on n'avait composé les équipages que de gens qui s'étaient offerts volontairement pour ce service, ou du moins qui l'avaient accepté librement, et que leur paie avait été doublée.

Ce fut aux îles Shetland que s'effectua la séparation des navires destinés aux deux expéditions. Le 5 mai , Y Isabelle partit, accompagné àeV Alexandre ji^ouv la baie de Baffin. Les deux bâliniens arrivèretit, le 22, à la liauteur du capFarewell; la température de l'air et de l'eau était presque la même qu'aux îles Shetland , et le thermomètre de Fahrenheit marquait de à /J2 degrés (4** à 4" ^^)» Le 38, ils rencontrèrent la première montagne de glacejil tomba beaucoup de neige et de verglas, et la mer se couvrit d'un grand nombre de glaçons détachés. Lé 2 juin, par 96*^ 1^2' de latitude^ ils trouvèrent à l'ouest une vaste plaine de

glace qu'ils supposèrent s étendre jusqu'aux cotes dcFAmérique, et virentle Groënland le 4 ; mais ils n'en approchèrent pas. Le 8, n'en étant qu'à quelques lieues , par 68« 20' , de latitude, et 55« 5o' de longitude ( méri** dien de Greenwich ), ils se trouvèrent tellement resserrés entre les glaces , qu'ils étaient obligés de changer de roule à chaque instant pour découvrir un passage. Le 9, ils mouillèrent à un mille de la côte, par trenle-huit brasses de fond , en s'amarrant à une montagne déglace. Le 10', il fallut s'éloigner, parce que le vent poussait sur eux d'énormes glaçons, et chercher à sortir d'une mer si encombrée de glaces. * Le i4, ils touchèrent à l'île de la Baleine ( TFhale-Isla'nd ), où se trouve un comptoir danois. Le résident vint à bord de V Isabelle^ il raconta que l'hiver précédent . avait été très-rigoureux. Le 16 , les Anglais étaient par 70® 59', ayant toujours en vue des glaces sans fin du coté du nord. Ils s'amarrèrent à une montagne de glace à un mille de Fextrémilé nord-ouest de l'île de Waigatz, 8LU nard de Disco. Beaucoup de bâtimens.

( ai6 )

jL'destînés à îa pêclie de la baleine , y atlenrdaient que les glaces leur permissent de s'avancer au nord , la pêche dans les latitudes plus méridionales n'ayant pas réussi cette année. L'île de Waigalz a huit à neuf milles de longueur; elle est inhabitée. Les rochers y sont de basalte , et quelques-uns ont de douze à quinze cents pieds de hsrtileur. On trouve de la houille à très->peu de profondeur ^r la partie nord-ouest de cette île.

Le 20 y la glace parut s'ouvrir un peu au nord , mais le vent était faible et variable , on éprouvait des calmes fréquens ; et, le 26, les bâtimens ^'étaient encore qu'à vingt milles de Waigalz. Etant alors dans des eaux plus libres , ils avancèrent jusqu'à 70** s' i de latitude, le long d'ime plaine de glace, au nord de Jacob's Bight, et par 64® 17' de longitude occidentale, d'après les observations lunaires qui étaient d'accord avec leschronomèlres.

Le 27, ils eurent l'espoicde trouver une ouverture dans les glaces, et croisèrent jus* qu'au 2 juillet dans un espace assez resserré. Enfin 9 un vent favorable leur ouvrit

un passage, et, le 7 juillet, ils arrivèrent à 74**, où ils se trouvèrent de nouveau en- . ^tourés de montagnes de glaces et déglaçons plats , d'une plus grande hauteur et

f^d'une étendue plus considérable qu'ils n'ea avaient encore vu : ifs étaient alors dans le même lieu où Baffin avait jeté Fancre

•«deux siècles auparavant. Ils reconnurent les Three Islands, qu'il décrit ; mais il les place à 74.** l\' » et ils les trouvèrent à 74° 1 ' t.

Le 8, ils étaient, à la hauteur de l'endroit nommé DeviVs - Thnmh ^ relenivs par les glaces qui les empêchaient d'avancer plus loin. La mer était littéralement couverte de montagnes de glace , et le grand objet de discussion parmi les officiers était de

riavoir où elles se formaient. Une chose

• qui leur parut certaine, c'est qu'elles se forment sur terre ou près du rivage ; car oh voyait, sur quelques-unes, des quartiers de rochers d'une grosseur considérable ; d'autres étaient couvertes de sable et de terre, d'autres composées de lits successifs et réguliers de glace, de sable et de pierres. Les glaces suivent ordinairemeiit le cours du

du vent; il faut pourtant qu'il existe urt courant qui les porte au sud , puisqu'il est certain qu'elles ne se forment pas dans les latitudes où on les rencontre; cependant on n'en put reconnaître aucun en cet endroits La marée venait du sud, le temps était assez ' beau. Le thermomètre, au soleil , montait à 76 (190.54), et ne descendait guère, à l'ombre, au-de>sous de 33 (o.44)' H ne^^ pleuvait pas; quelquefois il neigeait; souvent d'épais brouillards remplissaient l'atmosphère; le soleil brillait parfois pendant la journée toute entière.

De petits ruisseaux coulaient du haut des montagnes de glace , mais sans diminuer sensiblement leur masse. Les glaçons détachés , au contraire, devenaient de jour en jour moins nombreux et moins considérables. Enfin , le 2 1 , les bâlimens trouvèrent une ouverture et avancèrent le long* de la côte jusqu'à 75**. La terre n'offrait qu'une masse de neige continue , à travers laquelle on voyait seulement percer çà et là quelques rochers de couleur noire ; une nappe de glace s'étendait depuis le continent jus-

qu'à trois et quatre lieues en mer , de sorte qu'on ne pouvait en approcher.

Les Mlimens furent encore arrêtés le 22 par les glaces , et j restèrent trois jours. Le 25 au matin, ils avancèrent jusqu'à 730 21', Ils voyaient devant eux une mer plus libre , ils espéraient y naviguer bientôt plus tranquillement; mais tout-à-coup les glaces se resserrèrent autour d'eux, et les emprisonnèrent de nouveau. Le 28, ils parviiirent à 75<* 3o', et ils étaient alors au nord, de tous les bâtimens, occupés de la peclie de la baleine dans la baie de BaÛin.

• Le i/'août, ils n'élaient encore que par 75° 48' de latitude et 61 « 3o' de longitude; le vent chassait la glace au nordest, et ils avaient l'espoir de s'élever jusqu'à ime latitude plus septentrionale , les Esqui-.; maux leur ajant assuré que, l'année précédente, toute celle partie du détroit était libre de glaces.

Le 9 août , ils étaient, près du cap Dudley Digges, amarrés à une montagne de glace depuis deux jours; ils venaient de pousser au large , lorsqu'ils virent des

hommes venir de riotérieur vers le bord de la mer, dans des traîneaux attelés de chiens. Aussitôt on vira de bord, et l'on mit un canot à la mer; mais à peine les An-r glais eurent-ils abordé, que les Esquimaux «'enfuirent. Comme on désirait beaucoup communiquer avec ce peuple , TEsquimau que les Anglais avaient avec eux coi*rut après les fuyards , et les atteignit après avoir fait trpis milles sur la glace. Il dit qu'il pouvait lier conversation avec eux , puisque de part et d'autre on se comprenait. Ils lui demandèrent d'abord si tous ces gens qu'ils voyaient venaient du soleil ou de la lune :

l'Esquimau leur répondit que c'était d*un grand pays «itué bien loin dans le sud. Ils répliquèrent que. cela ne se pouvait pas, parce qu'il n*y avait au sud que des glaces inhabilables.L'Esquimau eut bien de la peine à les convaincre de leur erreur et à leur persuader que les Anglais n'étaient pas des hommes descendus de quelque planète. D'abord leur surprise fut extrême à chaque objet qui frappa leurs yeux. Il fallut beaucoup de temps pour leur ftire perdre Tidé*

que les vaisseaux étaient des animaux doue»

de la faculté de parler. Quand on leur dit qu*ils étaient de la nature des maisons , ils répliquèrent que cela ne se pouvait pas, puisqu'ils allaient et venaient, tandis que les maisons étaient immobiles. Ils maniaient

sans cesse les véteineDs de l'équiprage, et ne pouvaient concevoir de quelles peaux ils étaient faits. Les leurs consistaient unique^ ment en dépouilles d'animaux. Ils ne connaissaient pas l'usage du pain ni du grain.

On les engagea à mettre un morceau de pain dans leur bouche; ils le mâchèrent quelque temps, et le rejetèrent comme insipide. Il paraît qu'ils se nourrissent principalement de phoques, de poissons et de francolins. Ils n'avaient jamais vu de bois de charpente, et n'en concevaient pas la propriété. En ayant aperçu un gros morceau , -«n d'eux essaya de le prendre comme un ^corps léger. Un autre descendit dans la cabane 'j on le mit devant un miroir, il recula de surprise ; ce ne fut qu'après des assurances et des expériences répétées qu'on lui fit concevoir qu'il n'y avait personne

4eiTière le miroir, fl a paru qu'ils n'avaieiit aucune 'idée d*un dieq ou d'un élat futur; il semble aussi qu ils n'ont pas d'ennçmis et qu'ils se regardeat comme les «euU habitans de la terre.

Ces boimnes , comme tous ceux cberle»* quels les navigateurs européens ont abordé pour la première fois, prépaient sans scru^ pule tous les objets qui étaien t à leur portée^ mais ils le faisaient maladroitement; ils cacb^ent mal ce qu'ils avaient dérobé , et ne diecchaieDt pas^ en défendre la possessimii Il paraît que l'Esquimau Embarqué sur VIsabelle a fait des dessins du costume de ces sauvages. Il ^st assez plaisant de voir un Esquimau servir de jdessinateur 8or*ùa,bib* timent anglais.

, On fut très-surpris de trouver entre les jnaina de ceç Ssquimaux des inslrumeus de

fer , et Ton était porté à en conclure qu'ilsavaient eu, u'imporlc à quelle époque, des, ccffnmunications avec quelque nation européenne. MaÀB on apprit bientôt que le 1er était une production indigène de ce pays, car on en découvrit ufxe masse énorme k la sur-.

hce de la terre. On en rapporta un fragment en Angleterre, et l'analyse qui en a été faite a prouvé , dit-on , qu'il s y trouve trois centièmes de nikel , circonstance d autant plus étonnante, que le nikel ne s est jamais trouvé joifit avec le fer que dans un fragment apporté de Russie par le professeur Pallas , et que les Académies ro valcs de Londres et de Paris déclarèrent météorique ou tombé des nues. Il est donc probable que celui qui a été trouvé à la baie de Baffin a la même origiue.

. Jue capitaine Ross a rapporté un traîneau de ces Esquimaux, construit entièrement avec des 'os, quatre chiens et ^eux chiennes qui, par la tête et la queue, ont quelque ressemblance avec le renard , et un fouet qui sert à les conduire, avec d'autres objels d'histoire naturelle , qui sont déjà dérposés dans le muséum britannique. Les chiens sont de diverses couleurs, très- dociles et couverts de forts longs poils. On ea a tué un pour Tempailler.

^ La mer s étant ouverte , on profita du vent qgi se mit à souffler , et Ton fit roule

aa nord. L'on n'était pas ene<m araoce

beaucoup , lorsque raspcol de la neige couverte de larges lâches d'un rouge foncé , sur lés flancs des pionlagnes, attira Fattention des Anglais; ïb virent avec surprise qu'elle conservait la même apparence suur une étendue de près de douze milles. Ajant débarqué près d'otté de ces taches , ils ramassèrent une certaine quantité de cette neige pour la rapporter en Angleterre. Elle y arriva coft- Tertie en éan d*un rouge ibo)cé , qui dépose un sédiment terreux et rougefttfe. On fif toutes-sortes de conjectures sur la cause de ce phénomène; on l'allribuait au fer météorique -et au nikel; mais l'analyse a fait reconnaître que ce beaa rouge est tout simplement dû aux excrémens des oiseaux aquatiques. On en voit effeclivemcat des myriades couvrir la glacf et W ndge dans ces parages ; il ny a pas d'exagération à dire que, lorsqu'ils s'envolent, ils obscurcissent le fsA, Les Anglais en tuèrent des quantités innombrables? l'équipage s'en nourrit» e( l'on en mit dans destbarriques avec des couches de glace pour les coa^rver*

Digiliz

* '•• ( "5 ) ^ Après avoir doublé le cap Duddlej Digges, Ton aperçut une rade ou détroit. On

^supposa que cette ouverture était la même que celle à laquelle Baflin donna le nom de JVolsienholni s Sound; mais le peu de profondeur de Teau et la glace qui remplissait cette ouverture ne ^aissè^ent aucune espérance de trouver un passage dans cet endroit : en conséquence , on passa à environ quinze à vingt milles de distance. Le pf^hale

, Sound ne répondit pas mieux à Totijét que

. i'oa^avait en vue. Plusieurs personnes pensèrent qu'il convenait de s'approclier d*un autre enfoncement nommé par Baffin Sir Thomas SiniOi s Sound, et situé àTextrémité nord-ouest de la baie : il présentait une ouverture très-large ; mais on le laissa à cin-

' quanle ou soixante milles. La terre courait au sud-ouest; on la prolongea dans cette direction, mais à un si grand éloignement, quon ne l'apercevait que par intervalles quand le temps était clair: if le devint assez pour permettre de voir une autre ouverture.

On reconnut alors que c'était \ Aldet man

^ Jones s Sound ào, Baffin. Le tempsétaitgéné- ■c II. ;>?^s*i.., i5 4

ralemeol doox et agréable > el la mer, ism

la partie supérieure de la baie , entièrement libre de-glaces, àlexceptiou de .quelques montagnes isolées, tanlèt flottantes,, tantôt

fixes.

he 3o août, par 74^ 3o' de latitude > on trouva tout-à-cotip ceint cinquante, puis cent soixante, enfin sept cent cinquante

brasses de fond. On était vis-à-vis le Sir James Laneastâi^s Sound, ouverture qui a ân moins cinquante milles de largeur de la pointe nord a la pointe sud. On conçut alors les plus vives espérances^ et Ton se ilalta d a* voir trouvé le passage aunùri-ûueHs mais après avoir fàit environ dix lieues dans cette ouverture, dont l'eau était entièrement libre de glaces, V Isabelle aperçut la terre au fond de Tentrée » lés bàlimens ayant éncore six cent cinquante brasses de profondeur.

En passant près de la pointe méridionale du Lanoàstetfs Sound ^ k.prolbndeur de Teau était augmentée jusqu'à mille brasses; On débarqua, tout près de cette })uinle, sur une jolie plage sablonneuse en pente « au ^ fond d'une petite baie, dans laquelle se |e^ tait uae rivière hrge d'environ deux cents

pieds, et dontFeau montait jusqu'aux genoux. Le terrain bas mit lequel elle coulait était dégaj^é de glaces^ et paraissait couvert d'un sol assez bon, où croissait une grande variété de plantes. On trouva sur .ses bords une branche de sapin de cinq pouces de diamètre, et un morceau d'écorce de bouleau. On ne manqua pas , à la cérémonie , de prendre possession du pays, au nom du roi de la Grande - Bretagne. La

• vallée était entourée de montagnes aiguës : .la neige éparse sur leurs flancs faisait seule soupçonner que l'on se trouvait sous une

• latitude si élevée; car, en regardant au large, on n'apercevait pas la moindre particule de glace.

* On aperçut ensuite plusieurs ouvertures au sud-est; mais Ton n'en examina aucune.

La mer était libre et le temps assez doux , mais rarement clair. Vers 70** de latitude , on rencontra la plus grande montagne de glace que Ton eût encore vue; elle avait à peu près deux milles de long et autant de ' large : on estima son poids à trente millions de tonneaux. Un grand ours blanc, placé sur

le sommet, voyant les Anglais s'avancer vers lui pour Tallaquer, se précipita de cinquante pieds de hauteur dans l'eau. On continua à côlôyer la terre jusqu'au cap Walsingham, qui forme la côte septentrionale de l'entrée du détroit de Cumberland, dans lequel Da- 'vis parcourut cent quatre-vingts milles. On vojait très - fréquemment des aurores boréales qui étaient d'une magnificence imposante , mais on ne reconnut pas qu'elles produisissent une influence sensible sur l'aiguille magnétique.

En partant du cap Walsingham , situé ,par 66" de latitude et 84*^ de longitude est , on fit voile pour l'île de la Résolution , à l'entrée du détroit d'Hudson , et enfin pour l'Angleterre. Les deux bâtimens arrivèrent, le 3q octobre , en bon étal, à Brassa Sound Lerwick, dans les îles Shetland. Ils n'avaient pas perdu un seul homme, et n'avaient pas même eu un seul malade.

Le capitaine Ross s'est assuré, dit - on dans un écrit §emi - officiel , qu'il n'existe dans la baie de Bafiin aucun passage pouvant servir de communication entre cette

▼aste mer et le grand Océan , la lolalilé de' çelle immense étendue d'eau étanl bornée par des terres très - hautes. Néanmoins quelques officiers ont pensé que toute la côte , à partir du Wolslenholme*s Sound, *èn fàisatit le tour de Ta baie jusqu'à la côte septentrionale du Labrador , est tellement coupée d'entrées et de canaux, que la terre, à rôuest du détroit de Davis , doit, d'après l'apparence qu'elle présente , former ua immense groupe d^îles ou archipel au-delà duquel est la mer polaire. C'est à Texpcrience à décider si quelqu'un de ces canaux est navigable. • •

Le capitaine Ross , après avoir exploré toutes les parties de la baie de Baffin, s'est convaincu de l'a justesse de la description que nous en a laissée l'habile et intrépide navigateur dont elle porte le nom. A l'exception de quelques erreurs en longitude et en latitude , les détails qu'il donne correspondenl exactement avec les observations faites pat" V Isabelle et YÀlexandcrj ce qui est d^àùtant plus digne de remarque , que Baliir^, comme on l'a noté dans l'article qui

le concerne, n'a pas lui-même pnMijé Ip journal de ison voyage. Ainsi , parmi les rétrancheméns que réditeur lui a fait subir, quelques-uns ont pu porter Sjur des points .

essen^lf^ et peut-être , dans ce qa'oct a laissé y f e''imïra*>t-il glissé des émut» doQ^ Baflin ne doit pas répondre. ^ :^ Il ne reste plus maintenant qu'à découvrir lusqu'où s'étend la baie Repiilse de JMiddleton , et à reconnaître^ dans le nord > si le Groenland est une île ou s'il fait partie du continent ^américain. L' Angle tân^.araiey dit-on , une nouvelle expédition destinée pour le nord. Les géographes, et en général les amis des sciences, Ipnt des vœux pour que ses résultats puissent enfin je^ter dji îpiir^ sur ces poitiib encore obscurs.^

La Dorothée y malheureux bâtiment qtA avait fait le voyage de Congo avec le capi- .taine Tuckej, parût des îl^ Shetland que le 37 mai, accompagnée du Trente lis rencontrèrent les premières glaces prèfi^^dc l'îlç Cheny, située à environ ççnl cinquante

Digilized

ttîilles au sud deSpitzberg : elle est petite^ et consiste en rochers aigus et très-hauts, qu'on dirait avoir été séparés les uns des autres par quelque violente commotion de la nature. Quelques jours avant de voir les glaces, on avait éprouvé un changemen l considérable dans la température, le thermomètre étant tombé presque tout-à-coup à 52" (o), et un peu au-dessous; il descendit même , vers la fin de mai , jusqu'à i8 et i4** (-6"22 -7°99). Les bâlimens ne tardèrent pas à découvrir le Spilzbcig, et firent roule pour en passer à Touest ; mais ils furent arrêtés par une immense barrière de ghice qui se prolongeait de toutes parts aussi loin que la vue pouvaits'étendre, et qui fermait toutes les baies. La Dorothée pcirViwt pourtant presque au 80.* degré de latitude; mais comme elle aYaitété séparée du T/v/z/par un fort coup de vent, elle revint sur ses pas pour le rejoindre , et le revit eflTectivement le lendemain.

Ils entrèrent alors dans la baie de la 3Lideleine par79"35' de latitude, et se dirigèrent ensuite à Touest, en côtoyant la glace, qui

leur offrait partout une masse solide. Le juin , ils reri.contrëreiit quel^p^ bâttmiiîi fabant b piêcl^f^ç appiÎM/ à*eif% qu'ils né pduvàîént pas espérer de s avancer au nord par 1 ouest. L'opinion una-* ninie des capiMame$ àf, .t

côtoyant le SpUzberg. D'après cet avis, qui se trouva conforme à celui 4ejf|i«»||i)ft^ ' Ja Dorothée et i# . 7>«ii< -1iN&ltbH^ -leiirs pas, et eurent quelque temps lespétance de pouvoir s avanceHbb nord par lest^.

la oqter parais^t plusiibçc^ ee«^tév ils ne tarârient pas à|ie trouver complètement eniérniëâ par dc6 uiasées énormes de glaces. ■■■^

t^Iis r^sièçeDl dix à ,4<mm^ f^upi^ SUmûon, et lie cbang^eant de position que lorsque le courant- les entrainaît ai^^||| glaces , ce dont ils nes'aperceYaieot que gaç la différence d'aspect que leur préseituît le Spitzberg, dont ils étaient éloignés de iieul' à dix Jieues. Un coup de vent ouvrit enfin la barrière fermée.autour d'eux, etlenrper* mit de sortir de cette position daugereuse-

,^ ïls suivirent alors les bords de la glace cherchant une ouverture pour s'avancer au nord; et, n'en trouvant point , ils mouillèrent lé 26 juin dans Fair-Haven, située entre les îles de Vogel Sang et de Cloven Cliff, sur la côte du Spitzberg. Ils virent sur ces iles des troupes nombreuses de rennes , et ils aperçurent sur là glace une immense quantité de morses couchés en troupes; ils res-^ semblaient de loin à un troupeau de bes^.

tiaux : il y en avait d'une grosseur mons- ' trueuse. Les Anglais en tuèrent un qui pesait deux mille livres. Ces animaux exhalaient une odeur insupportable ; et dès qu'on les avait écorchés on s'empressait d'en^ jeter les corps à la mer. Leur cuir est fort épais; on en garnissait l'extérieur des vaisseaux pour-^ empêcher le Trottement des glaces. On tua un grand nombre de rennes. On vit aussi plusieurs ours blancs, mab on n'en tua qu'un seul.

Après être restés huit jours à l'ancre dans Fair-Haven , les batimens remirent en mer et s^avancèrent au nord par l'est. Ayant découvert quelques ouvertures partielles dans

la glace, ils parvinreutà y passer, et arri- Tcrenl à 80^ 52 ' . Là, ils se trouvèrent encore entourés et enfermés par les glaces : ils res-

' lerent trois seniaines dans cet étal. Enfin , à force de travail et de fatigue, ils parvinrent à s'en dégager le 29 juillet, et gagnèrent des eaux moins embarrassées par les glaces.

Us s'applaudissaient de leur bonheur, et ne songeaient guère à la calastropbe qui les menaçait. * ' '* * >

Ils étaient déjà à aeuf ou dix milles de

/ distance des masses énormes, du milieu desquelles ils venaient de sortir, quand , le 5o juillet, à quatre heures du matin, un ouragan épouvantable les repoussa de ce côté sans qu'il lenr fût possible de faire aucune manœuvre pour échapper. Ils furent irrésistiblement entraînés vers ces montagnes de glace, contre lesquelles ils devaient indubitablement se briser s'ils les heurtaient. Il ne restait qu'un parti à prendre, c'était celui de mettre toutes voiles dehors, d'arriver sur les glaces, et de chercher à s'y frajer de force un passage. La Dorothée en montra l'exemple, le Trent le suivit. Le moment

où ils approclièrent des glaces fui lerriblè. Le vent redoublait de fureur, la mer roulait des montagnes d*eaq qui s'élevaient aa-dessus des mâts, et couvraient à cliaque instant le pont des deux batimens; enfin ils entrèrent au milieu des glaces. Un craqucr ment épouvantable fît frémir les marins les plus intrépides. Les vaisseaux n'auraient pas résisté à ce premier choc, s'ils n'eussent été d'une solidité à toute épreuve. La force du vent, secondéç par les voiles , les aida à pénétrer dans les glaces ; mais elles étaient si serrées les unes^ contre les autres, et d'une grosseur si prodigieuse, qu'il se passa une demi-heure avant qu'ils y eussent avancé de trois fois leur lonsrueur.

. Enfin ils se trouvèrent une troisième fois arrêtés au milieu des glaces , mais avec cette différence , qu'ils avaient considérablement souffert de la pression que leur avaient fail éprouver les montagnes qui les avaient entourés. La Domthéa surtout était tellement endommagée , qu'elle fut obligée do faire jouer toutes ses pompes sans interruption , pour ne pas couler à fond. Heureuse-

ment Je vent se calma, la matinée du lerr-^ demain fut belle, les glaces se séparèrent assez pour livrer passage aux. deux vaisseaux, qui parvinrent à gagner la baie de Smeerenberg dans le Spitzberg. Ils y passèrent tout le mois d août à se radouber. Le 2>Y»/2? fut bientôt en état de tenir la mer , mais la Dorothée avait éprouvé des avaries si considérables, qu'on jugea que la prudence exigeait que le Trent ne mît pas à là voile avant elle, de crainte qu'il ire lui arrivât quelque accident en route. Les deux fcâtimeus quittèrent donc ensemble la baie de Smeerenberg au commenceifient de septembre, ét arrivèrent sur les côtes d'Angleterre le lo octobre.

Pendant leur séjour dans la baie de Smeerenberg, on fit des expériences intéressantes sur le pendule , et des observations astronomiques qui seront utiles à la science nau4 tique. On examina l'intérieur et les côtes du Spitzberg, ce qui mettra à même de donner des détails étendus sur son histoire natu«>^ relie. • •

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