CHAPITRE UL
GUILLAUME MOOR n £lLANÇÛIS SMITH.
Rêcherche du même pasanêge au nord"
ouest. — Hiver passé près du fort d' York.
—Rigueur du froid, — Méconnaissance de divers pointa, — Retour en Angleterre*
L'opinion publique, qui était en fayeur de • TexisteDce d'un passage au nord-ouest > ne fui aucaoement ébranlée par le manque «te succès da TOjage de Middleton. Les accusations graves dirigées contre lui par Doi)bs> et les argumens de ce dernier en faveur du passage, finirent par remporter. La désapprobation tacite delà conduite de cet oilicier j>ar les lords de l'aourauté, etla récompense libérale qui , à leur demande , avait été pfo* mise à quiconque découvrirait ce passage ,
produisirentVeffetqil'on pouvait en attendre. Le plan d'une nouvelle expédition fut aussitôt conçu; et, afin de subvenir aux dépenses, on proposa d'ouvrir une souscription pour lever la somme de 10,000 livres sterling, qui serait divisée en cent actions de 100 liv. sterling chacune. On nomma un comité, et Ton acheta deux petits bâlimens, le Dohbsy de cent quatre-vingts tonneaux, et la Californie y de cent quarante. Le commandement du premier fut donné au capitaine Guillaume Moor, et celui du second au capitaine François Smith. Henri Ellis fut chargé d'accompagner l'expédition en qualité d'agent du comité. Il a paru deux relations de ce voyage : l'une, par Ellis, est claire, sans prétention, et parfaitement intelligible (1) ; l'autre , par Drage, écrivain de la Californie, n'est qu'une composition pédantesque remplie de dissertations à perte de vue, et de déclamations
(1) Voyage à la baie d'HudsoQ, par Henri Ellis. Londres, 1748, 1 vol. in-8.° avec caries et figures , traduit en français. — Paris , i74g, 2 vol. in-ia avec figures. Cette traduction est mauvaisse.
contre Ëllis (i). L^extrait suivant est tiré du joui;nal d'£ltis.
Les dmx bâtimens partiFent de Grave»
seoii le so mai ly/fi; ils commeDcèrent à voir.des glaces le 27 juin à Test du cap Fardwell, jxav 5^** de latitude» dt bientôt après des quantités de bois ilottans > dont Ëllûs veut expliquer l'origioe par des con*>
. (1) Eetation d'un voyage pour la déconverte d'ua passage au nord-oucst, pour pénétrer par le détroit d^Hiîdson dans l'Oioéan occidental et méridional^ . par PècrÎTain'de la Califoruie. Londres, 17^97 2voL Hi-S". avec caries et figures. — Draqe , malgré son
* onimosilé contre Ellis , est d*accord avec lui sur les failsprincipaux. Il convient que L'on n*a pas exploré asses soigneusement toutes les ouyertnres qui se sont présentées. Il croît i^nssi # Tesistenee du passagd , et fonde son opiniomsur la relation de Famiral De
* Fonte; Bu reste , il partage l'idée do Middieton snr i't'xisiciue d'une raer glaciale qui, partant de la baie llepulse, unit le Welcorac à la baie de Bafliii et au détroit d'Hudson. Sa carte des passages du
f nord*-otte8t de la biiie d'Hudson est plus exacte que
* celle d'ElHs : il s'étend beaucoup sur les mœurs des sauvages deTAmérîqùe septentrionale, mais presque toujours il copie littéralement le livre du Père
' LafUvtau. (T.)
' (95) jectures vagues et ceriainemeot fausses ; car il suppose que ce bois vient de la côte occi- ^ dentale du Groenland , où il aurait dù savoir qu'il ny en a d aucune espèce. Il fait aussi quelques réflexions sur* lorig-ine de ces nioutagnes de glace qui flottent sur le détroit d'Hudson, et partage lopinion dé Hans Egede, quiest inconiestablement la bonne; c est qu'elles sont originairement formées à terre. •
Les Anglais doublèrent l'île de la /Résolution et Tile Sauvage, où ils virent les Esquimaux, dont lextérieur, rhabiUçment, les ustensiles et les canots sont décrits avec beaucoup d exactitude. Eilis remarque qu'on peut toujours s apercevoir qu op approche des grandes îles ou plaines de glace , par Je changement subit de la température. Le froid succède aussitôt à la chaleur, et Ton voit générafement des brouillards bas et épais suspendus danslair. Il fait encore obst^rver que la réfraction est si grande , qu'il n'est pas rare de voir la glace se projeter audessus de rhorizon au moins de six degrés.
Le 2 août , ils doublèrent le cap Digges ,
passèrent devant lesiles de MaQsell>et, lû, ' 11, enreni eonnaissance de la côte oocideD'^
taie du Welcome, par 64 de latitude nord.
. De là ils se dirigèrent vers File de Marbre , où ils firent quelques observations sur les marées et sur les courans; et, voyant que leilux descendait du nord long de la côte# * ilsconçurent de griiD^dissrespérances de 19011^ \er un passage; mais , comme la saison était avancée , ilâA'ésolurent d'aller relâcher dans le jfoHjSf^!^f^;0ffS^^ c^était l'endroit le plus cdnTénaKle pour passer Thiver. Os firent donc voile vers ce port le 17 août; mais, le le Dobbs toucha sur des basi fonds , près d'un endroit appelé Five^Fa'^^ thom-IIoïe , k environ sept milles du fort d^ork. Un poteau avait été érigé pour servir de direction ; mais le gouverneur de la baie ^ d'Hudson Tavait fait abattre, quoiqu'il sût très-bien^ dit EUis , qui nous étions. Ce ne fut pas tout; il leur ordonna de n'appro* cher, sons aucun prélexle que ce lut, de la factorerie, saus^ prpduire une autorisation en règle, soit du gouverneur , soit de la compagnie de la baie c^'Iiudôou. Cependant
uigiii^cd by
leDohhs parvint à remettre en mer; et,* sans s'inquiéter des menaces du gouverneur, les deux bâlimens remontèrent la rivière Ha^es , et jetèrent l'ancre dans une crique, à environ deux milles au-dessus du fort d'York. Tout le monde se mit aussitôt à l'ouvrage; les uns creusaient des trous dans la terre pour enterrer le vin et la bière ; les autres construisaient des cabanes de bois pour se mettre à Tabri du froid , de la neige ^t de la gelée. — « Le froid est rigoureux,sans doute, dit Ellis, mais il ne paraît pas cependant justifier les récits terribles que <juelques auteurs ont faitsde ce pajs, « voulant sans doute parler de la relation Ixa'^érée du capitaine James.
Le 1." novembre, ils étaient tous logés aussi commodément qu'il était possible T le 2 , le froid fut si rigoureux, que l'ancre gelait auprès du feu, ainsi que les bouteilles dç bière qu'ils n'avaient point enterrées, el qui bientôt ne continrent plus que des glaçons. Le froid augmenta à un tel point, que le capitaine crut de la prudence de fiire venir dans les cabanes tous ceux des mate- II. « '
lots qu'où avait laissés à bord des deux bêt* timens. • -
Il paratt cependant qne le froid se fait rarement sentir avec autant de violence pendant plus de quatre à cin<{ )Ours par moisr et <pie e'eèt généralement yers le temps* de la pleine lune et du changement de lune ; le Tent vient alors ordioairement du nordovest^ et souffle avec impétuosité; mrâantrement , quoiqu'il gèle très-fort, ElHs dit que le temps n'est pas très- désagréable. Le ▼ent est variable et modéré, et le temps favorable pour aller à lâchasse des animaux ou pour les attraper dans des pièges» sur-^ lont les lapins' et les perdrix, drat on pre^ sait des quantités constdérableâ^ Bn faisant Gontinuellement de Texercice lorsque lele. temps le permettait, en entretenant de grands feux, et en bouchant la 'èfaeiEniAécr dès que le bois était brûlé , Ûs Anglais souf-' finrent très-peu des effets du froid«
Eliis remarque que la différence entié In température de l'air et celle de l'intérieur des-cabanes était si grande, que h plupart:
Jtéùtce eux s'évanouissaient «souvent cti jr
'éntrant, et restaient pendant quelque temps privés de connaissance; que, si Ton ouvrait seulement Ufïe porte ou une fenélre, l'air glacial pénétrait aussitôt , et chant^eait en flocons de neige la vapeur concentrée dans' la cabane. La sève des troncs d'arbres qui avaient sçrvi à la construction de leurs de-^ meures, gelant et dégelant tour à tour, les faisaient craquer avec un bruit presque égal a celui d'un coup de fusil. L'esprit-de-vin ne se changeait pas en glace par l'influence de la gelée , mais devenait de la consistance ^e l'huile. Les différentes espèces de gibier 'tju'ils prirent depuis novembre jusqu'ea avril, étant gelées, se gardaient aisément/ sans qu'il fût besoin de les saler. Lorsqu'une partie quelconque du corps humain était gelée , elle devenait dure et blanche comme h glace ; si l'on frottait celle partie avec la main , elle revenait dans son état naturel, et il ne se formait qu'une ampoule; mais si Ton n'y touchait point , elle se gangrenait.
Le froid extrême paraissait produire à peu près le même effet que Texlrême chakur; et les souffrances qu'il occasionnait
exigeaient presque le même traitement. Ellis ne peut parler du degré de froid absolu, parce qu'ils- n avaient qu'un seul thermomètre qui avait élé brisé avant qu'ils fussent arrivés dans cet endroit. Une nule mise à la main sur Texemplaire du livre d'Ellis, d'où cet extrait est pris, porte que « le plus grand de^ré de froid observé (par l'écrivain) à Churchill, était 4^° au-dessous de zéro du thermomètre de Fahrenheit. >•
Les effets du froid sont assez remar<|Lialy\es. — ce Si nous louchons dans l'hiver, dit Ellis , du fer ou toute antre surface solide «nie, nos doigts y sont aussitôt attachés par la gelée. Si, en buvant une goutte d'eande-vie,la langue ou les lèvres louchealle Terre , la peau y reste attachée lorsqu'on le retire. » Nous en eûmes un exemple singulier dans un de nos matelots, qui portait une bouteille d'eau-de-vie de la maison dan»
sa tenter n'ayant pas de bouchon , il se serfit de son doigt pour la boucher, et la gelée l'y fixa avec tant de force, qu'il fut obligé d'en perdre une partie pour qu'on pût guérir l'autre. Tous les corps solides, tels (^ue
le verre, le fer, la glace, etc., acquièrent un ' degré de fruid si excessif, qiiïls résistent même pendant long-temps à Fadiça d'uiie forte chaleur.
« Cependant les habitans, dit Ellis, ne sont ni à plaindre ni mallieureux. » Il va ttiêmè* jusqu'à assurer que des Européens qui y ont vécu plusieurs années préfèrent cet endroit à tous les autres, et. que, lorsqu'ils le quittent et remontent sur leurs bâtimens pour retourner dans leur patrie, ils se lassent ordinairement, au bout de quelque^ mois, d'un climat plus tempéré, et attendent avec impatience le retour de la saison qui doit leur fournir l'occasion d'aller^ rendte une nouvelle visite à ces régions glaciales. '
' Ce ne fut que le 2 juin que l'hiver finit entièrement et que le temps permit aux Anglais de descendre à l'embouchure de la rivière; mais ce ne fut que le 24 qu'ils réussirent à sortir des bas-fonds; ils se dirigèrent alors au nord pour faire des découvertes. Au nord de Churchill, la mer était libre de glaces. Ellis remarque que.
^ le long du rivage et au milieu des ties, Ici aiguilles des boussoles semblaient perdre leuv vertu magnëiiqijie, Tuoe se mouyant <faiis telle direcrion , et Tautre dans aneau* tre^ encore ne demeuraient - ellçs jamais |ioiig*temps dans la même. Ses'conjectares $ur ce fait qui a été remarqué parmi les îles de la baie,d*Hudsoi[) . e^ ayant et depuis ce temps ,t ne paraissent pap jeter beaucdàp dé lamière sur ce phénomèney et il est par conséquent inutile de les rapporter.
Ils se dirigèrent vers le perd jusqu'à Çj5<* S ^. dans le Welcome^ où ils trouvèreht que le flux arrivait du nord. Cette direction de la lliarée et la proximité du détroit du Wager»
9or lequel il y avait eu* une dispute si vio-< lente entre Dobbs et le capitaine Middle^ ton , déterminèrent les capitaines du Dobbs et delà Californie k y entrer podr rezami«* ner. L^entrée de ce délroit est formée par le
• çap Montague nord, et par Je cap Dobbsau midi A enviroQ citiq fiéuea dans Tioté* rieur, il se reUccit, et n'a guère que cinq luilles de largeur* Dans cet endroit^ le flux fç préciçitç avec titpt d'impélttpçi^ ^'IWîf
< io5 )
Je compare à un torrent qui s'échappe d*une écluse; plus loin le détroit s'élargit de nouveau, et forme de bons havres et d'excellens ancrages. A cent cinquante milles de rentrée, la couleur de Feau était très-brillante, et le goût en était très-salé. Dans cet endroit ; un courant rapide traversait le détroit; les chaloupes passèrent cependant sans difïiculté, et, plus loin, la profondeur augmentait à un tel point qu'ils ne trouvaient point de fond à i4o brasses. L'eau sur la surface était douce; mais, en enl'onçant une bouteille vide à la profondeur de trente brasses, on la relirait remplie d'eau aussi salée que celle de l'Atlantique. Bientôt après l'eau diminua tout-à-coup , et l'on découvrit que ce détroit se séparait en deux branches et formait deux rivières qui n'étaient point navigables, l'une prenait sa source dans va grand lac situé au sud-ouest.
Trompés dans leur espoir de trouver un passage par le Wager , car ils supposaient que c'était ce détroit, quelquesuns d'entL*3 eux proposèrent d'examiner une autre ouverture au nord qui paraissait être
4 iq4 )
d^irodl ghcé <Ju capitaiôe:) Middleton i; '•t qui. est ooniui aujourd'hui sotis le nom
de haie Bépulse, Jk étaient d'aulaot plus ,^ficouragés à iaire celte tentative, que plus ils avançaient vers le nord le long de celte côte, plus ils voyaient augmenter l'es^ fioir de trouver no passage comnmDiqiianl avec un grandOcéan ; car les.maréesétaieiit toujours plushaules, et le teraps de la haute mer arrivait plu^.tot que vecs le sud.'Ëliis dit : « La saliupe et k transparenée de Feav dans le Wclconie était telle, qu'on pouvait ^oir le fond à la profondeur de douze à qualorjBi? brasses; » el il ajonte> pour mm*velles preuves, « le grand nombre de baleines qu'on voit coiUinuellenicttt' sur la 4A\» 9 et l'expérieiiee réilérée .^pe notts flmes, que les vents nord-ouest aaienaient plus hautes noarées,, i>. - a-.-- :'.'.' -^
Cependant, ks coinmiiiidaosretllQB.offii»
lOiei^ne forent pas du ni^me.àvis, lorsqu'on proposa d'aller recomiaître celte baku l4Sa uns prétend^e^t que <était s écarter do leurs mstructions; etJa plupart dé«itiieat évidemnjeiimu^OD nje poussât pas, plus^ loi»
• ( to5 )
les recherches, donnant pour prélexle la saison avancée , quoiqu'on ne fût encore qu'au 7 août, et que l'hiver commence rarement avant le commencement ou le milieu d'octobre. Dès ce moment on ne fit plus rien, pas même la moindre tentative on tint conseil, et il fut décidé qu'on retournerait directement en Angleterre , ce qui fut mis sur-lechamp à exécution. Le 29 août, les deux vaisseaux arrivèrent à Tentrée occidentale du détroit d'Hudson, par un temps chaud et très-agréable, qui dura jusqu'au 5 septembre; et, après être restés quelque temps aux Orcades, ils arrivèrent dans la rade d*Yarmouth, le 14. octobre, après une absence d'un an quatre mois dix-sept jours.
« Ainsi finit , dit Ellis , un voyage qui avait excité la plus grande attention non seulement parmi nous, mais dans la plus grande partie de l'Europe , surtout dans les pays maritimes , qui pouvaient le mieux en apprécier la nature et les conséquences, ainsi que les importans résultats que devait avoir une pareille entreprise, si elle était 4touronnée de succès. Ainsi; dis-je , finit ce
voyage malheureux, mais ilon pas inutile; car, quoique nous n'ayons pas découYert un passage au nord-ouest, cependant, bien loin d'en présumer l'existence impossible ou même improbable , nous rapporlanoes au contraire des preuves plus claires et plus complètes, fondées uniquement sur l'évi* dence, sur des faits certains, et sur desi observations exactes, qui démontrent qu'il existe sans doute uo passage dans cette di^ rection. ^
Digitizr
CHAMTRE IV. \
MMUEL HJEARISE. 1769 à 177a.
yoyage pat terre pour chercher une mine
X^Jtteàrne f abandonné par son guide ^ revient — Second voyage qui n^est pas
Fatigue et d<ingere de tà ràistê» ^ Mt^ barie des Indiens qui lui sentaient de çoaditcteurs. ^Jl arrive m bord dé la mer du nord, — * Doutes Mit FiUUId^ffdê
€te la relation, s -
Ije résultat peu satisfaisant du voyage du Dobbs et de la Cé^iiLfonue parut assoupir r*rdear des déçotty«^ 4aiift k. 9Ci^ deur que la récompense offerle par le parlement, quelque brillaute qu'elle fût, li^ put
tentative ne fut faite par mer» de ce côlé^ Jlipà^le goiiVernèmeht , ni par lès paMcb-
]iers. A la fin , cependant , la compagnie de la baie d-Hudsoa entreprit de faire des découvertes au nord' par terre , tant pour
chercher , la grande rivière sur laquelle était la mine de cuivre dont il est si souvent parlé , que pour avoir des d^taik et des renseignemens corrects sur la géographie du pajs. Samuel Uearne , employé priaicipal à:la factorerie sur la rivière Ghur* chill, fut choisi ^our conduire celte expédition. ' , .
Il partit du fort du prince .de Galles le6 novembre 1769, traversa le Seal River et parcourut des terrains nus et stériles; mais comme le froid était déjà trësrrigoureux , que toutes ses provisions étaient épuisées, sans qu'il pût s'en procurer d'autres, et que le chef des Indiens qui ràccompagnaiént ^ après lui avoir témoigné le désir de rclour- • ner^ finit par le quitter, il fut obligé de revenir sur ses pàs, sans avoir été ao-delà dt^ de latitude. 11 rentra à la factorerie le li décembre.
20 février 1770, il partit une seconde fois accompagné de cinq Indiens, trois du nord, et djeux du lyidi. Ils continuèrent à avancer lentement vers le nord-ouest, sul>, sislant de ce que le pajs leur fournissait, ayant quelquefois desalimens en abondance*, et quelquefois n'ayant rien du tout. « Nous avions quelquefois trop , dit Hearne, rarement assez, souvent trop peu, et fréquemment nous n'avions rien du tout. Il suffira de dire que nous avons passé plusieurs fois deux jours et deux nuits, et deux fois plus de trois jours sans manger, et qu'une fois, nous avons été près de sept jours sans avoir d'autre nourriture., que quelques fruits sauvages, de 1 eau , des morceaux de vieux cuir et des os brûlés. »
Vers la fîu de juillet , son guide lui fit.
entendre que Tannée était trop avancée{' pour qu'ils pussent songer à aller alors jus-, ' qu'à la rivière de la mine de cuivre, et il lui proposa de passer Thiver chez une tribu d'Indiens, au milieu de laquelle ils étaient alors, entre 65 et 64° de latitude; mais, le 11 août, pendant qu'IIearne était occupé
(iio)
Jbtere me olrtervation pour
latitude, un coup de veut renversa tout-àcoup ses instcQinens; et, comme le terrant était pierreux , ils se brisèrent en mille pièces. Ce malheur fut cause qu'il »e décida à retourner «ncpr« une fois an fort , quoiqu-il fift'àlors par 63* 16' delalitbde nord, et e»«viron lo'' 4o' de longitude à Touesl de la rivière Churchill* Après avoir éprouvé beatt* <k>np d'obstacles, et aroir extrêmement émtfertde la rigueur du froid et de la faioi, il arriva au fort du prince de Galles , le 25. no- Tembre, après une absence de huit mois et vingt-deux jours. '
Le 7 décembre, Hearne partit pour la .Yoiaièmefois^ le i.*' juillet 1771, il arriva dans im endroit appelé Conghecathdhatchaga , qui^st remarquable non seulement par la longueur de son nom , mais 'aussi commeétantle seul point, dans un aussi long voyage, où Hearne ait fait quelque observation pour déterminer la latitude $ encore né donne^til aucuns détails; il dit simplement qu'il fit deux observations qui déterminèrent la latitude de ce Ueu à J^otà, et zL
de longi!u(îe à l'ouest cln fort du prince Je Galles , ou 1 j8<» i5' de Londres.
• Le 1 3 du même mois , il arriva sur le bord delà rivière de la mine de cuivre; et, le i5> il commença à l'examiner. Les Indiens qui l'accompagnaient sont en guerre continuelle avec les Esquimaux qui demeurent sur les bords de la rivière; ils se préparèrent à les attaquer dans leurs tentes > dont ils approchèrent le 17 vers une heure du matin.
Voyant que tous les Esquimaux étaient tranquillement dans leurs tentes , ils avancèrent doucement; et, tombant à Timproviste sur ces pauvres malheureux sans défiance, ils commencèrent un horrible massacre, pendant lequel Hearne, frémissant de douleur, se tenait à Técart. Cette petite horde consistait en vingt personnes environ , hommes , femmes etenfans, qui furent tous mis à mort de la manière la plus atroce et la plus barbare,
• Uneaulrepetire tribu d'Esquimaux échappa à la fureur brutale des Indiens; mais ceux-ci jetèrent toutes leurs tentes dans la rivière, détruisirent une grande quantité de saumon sec et d'autres provisions, bri-i
(iiO
iéret^ KMites les mi^mitea de pierre $ en qH mot firent tout èe qalk pureiit pevr ne l^i^ ser aucune ressource à ces malheureux qui de loin regardaient iristeneol la perle im-^ peatr;étreirrqNifahle, qu'ik^wenl faite, . - ,
^ Jl^près ce nouvel apte descéléNiteasey* noua Boiia Msfmea > dit Heafrne » et fidnes un boa repas de saumon frais. Il ajoui^ : 11 était alors environ cinq heures du maliu , et je voyais alors la-mer q«i s'étesdait do nord* ouest-quart-ouesl au nord-est , à environ huit milles de distance. Je commençai aus-?
sitôt l^exame» de la Hvieve ^ et jé la desoeii* dis jusqu'à son embouchure. Je la trouvai si remplie de bancs de sable et de cataractes^ qu'elle n'était pas navigsible, «éiùe pour on.ft chaloupe, et elle passait sur une barre poor Se jeter dausla mer. » ]Laoianie<avdit baissé; mais il jugeav d'après les marques qu'il aperclit sut le bord de la glace, qu'elle s'élevait à douze ou quatorze pieds de mer basse ; Tèau de la rivière était parbitement douée; mais il ajoute : « Je suis certain que c'est < la mer ' ou quelque branche de la iner que j!ai.vue>
( ii3 ) ,.
.A cause An ^and nombre de fanons, de fï^»
.ieines et de peanx de phoques que les Es-' quimaux avaient dans leurs tentes, et anssi
cause de la quantité de ces demie rsi, an maux que je vis sur Ja glace. » Il observe en outre qu'à fembouchure de la rivière, la> mer est remplie d'îles et de bas-fonds, anssi^
• ]oin qu'il pût distinguer avec le secours d'un bon télescope. Il alla ensuite reconnaître la mine^de cuivre située à trente milles dans le
' sud-sud-est de l'embouchure du fleuve , et poursuivit sa route au sud-sud-ouesl. Enfîn^ le 5o juin 1772 , il rentra au- fort, après une
t absence de dix-huit mois et vingt-trois jours. L'année suivante , la compagnie lui écrivit une lettre de félicitalion , qu'elle accompagna d'une gratification. En 1776, il fut nommé gouverneur du fort , revint en Angleterre en 1787 , et mourut en 1792 (1).
Quelques personnes doutent que Hearne
^ (0 relation est intitulée : Voyage depuis le . fort du^prince de Galles dans la haie d'Hud^on Jusqu'à l'Océan nord, — Londres, 1795, avec cartes et figures , traduit en français. Pans , an 5 , 1 vol. in-4.° ou 2 vol. in-8.°, avec caries el figures.* II. ^
* • * { nO' ' ■
soit arrivé jusqu'à la mer , parce (|u*il rap-^- , porleque reau,àJ embouchure de la rivière, était parfaitemeut douce de marée basse, ce qui ne peut être, puisque la marée s'élevait . jusqu a quatorze pieds. On pouvait s'atten-| dre qu'après avoir fait un trajet aussi long et aussi hasardeux, Hearne aurait pris toutes le» ïiiesures possibles pour s'assurer, de la manière la plus positive et la plus certaine , s'il était réellement parvenu sur la côte du nord de l'Amérique septentrionale et sur les bords de la mer H jperboréenne. Si la marée était ,
' tasse dans la matinée du 17, elle dut monter \evs le milieu du même jour; et comme Hearne ne quitta que dans lamatinéedu i8Je bord de la rivière, ou la côte de ce qu'il regar- - . . dait comme la mer, et que par conséquent il ' s'j trouva pendant le flux et le reflux de deux marées distinctes, il est assurément assez difficile d'expliquer pourquoi il jugea simplement, d'après les marques qu'il vit sur la glace, que la marée montait de quatorze pieds ; et il ne Test pas moins de comprendre comment l'eau , à l'embouchure d'une ' rivière dans laquelle la marée s'élève à
Ijuatorze pieds ^ pouvait être parfaitement douce,
Ge qn 'il dit par rapport à la latitiide de l'embouchure de la rivière de la mine de t:ui.vre n'est pas plus satisfaisant. Il nous apprend qu'il sarviut un brouillard épais et, «ne petite pluie fine, et que^ « vo^nt que ni la rivière ni la mer ne pouvaient être d'aucune utilité , il n'avait pas eru que ce ftU la peiné à'atïeBdte }e beau temps pour' déterminer exactement la latitude par Tob- «ervatioo. » Quel était donc le but de son Tojage? pourrait-on lui demander. Il nous dit, et nous voyons, d'après ses instructions, ' qu'il fut chargé de Tentreprendre, parce qu'il savait déterminer la latitude ; et cependant , pendant ce long et intéressant voyage de douze à treize cent milles en allant, et autanten revenant ^Jil ne fait qu'imtf seule €hmvMon pour la lééterminer ; cè qui est d autant plus inexplicable que , d'a<-. près une reinarqué qu'il bil^luiiinfi^ ilt-é dù ^manquer-rarement, d'ocecmènat-de de^ ^rminer ce point essentiel sans lequel Ut flÉîl^le géogi^
tinent doit toujours rester IJontense. Sa . remarque est que , « dans ee* laliUules éle- Tees , et dans cette saison , le soleil est toujours à une bonne hauteur au-dessus de rhorizon; de sorte que , non seulement il faisait duirpendant toute la nuit, mais que le soleil brillait alors comme en plein jour.» Il dit ensuite qu'on peut regarder comme exacte ia latitude de remboucliure de la rivière, quoiqu'il ne dise pas dd fis le texte quelle était cette l.iiitude; nous la retrouvons seulement sur la carte, d'après laquelle^ elle paraîtrait être environ 75® 5o'. Or, en évaluant, par comparaison, la distance qu'it parcourut après avoir quitté Conghecalbâhatchaga, où il fit son unique observation qni lui donna 68*^/40' , et en calculant par les directions et par les distances la di/Térehce de latitude entre cet endroit et Tem-* bouchure de la rivière , cette dilFérence ne paraîtrait pas excéder (mis degrés ; de sorte que cette latitude qui, dit liearne, « peut être regardée comme exacte , » et qui , sur la carte, est 75<> 3o', doit plutôt être prise à 71* 54'» Le docteur Douglas , qui eut entre
les mains le journal manuscrit long -temps avant qu'il fut publié, dit que la latitude de remboucbure de la rivière est 72°; mais Dalr^'mple, après avoir soigneusement corn??
paré les dislaaces d'Hearne et la direction qu'il suivit, avec les cartes dressées par les habitant du Canada et avec les autres renseignemeris .qu'il put se procurer; enfin, après lui, M. Arrowsmith et d'autres géographes se sont accordés à réduire la latitude de ^fearne à 69", qui est à peu près celle de la cote que Mackenzie vit ensuite plus à l'ouest, et qu'il supposa être celle de la mer.
On peut révoquer en doute , sous beaucoup de rapports, l'exactitude de la relation de Hearne. Par exemple , le soleil ne pouvait pas être toujours à une bonne hauteur au-dessus de l'horizon , sous la latitude de 69°, surtout à l'époque où il s'y trouvait; car sa déclinaison, le 18 juillet, étant d'environ vingt degrés nord , le soleil ne pouvait être, au milieu de la nuit du 18, que juste à l'horizon. Mais , dans la partie de son journal où se trouvent les expressions rap-
( ii8 )
portées plus haat et citées par le docteur
DougluSyil n'est aucunement question du soleil qui briltait toute la ouit. Quoi qu'il ea soit y le Yojage de Hearne prouva là possibilité de parvenir à la côte sepleutrionale de rAmérique , et il est à regretter que la compagnie de la baie d'Hudson fi-'ait famais fait de nouvelles tentatives de ce coté.