CONSTANTIN JEAN PHIPPS
But du voyage.^Ar rivée à la hauteur du • Spitzberg. — Montagnes de glace, — Lea
vaisseaux en sont entourés, — Un coup ' de vent les en dégage, — Barrière de
glace, — Retour en Angleterre. •
Daines-Barutnctow ayant présenté à la Société royale une série de mémoires sur la possibilité d'approcher du pôle arctique , le président et le conseil de cette société formèrent la résolution de s'adresser au comte de Sandwich , alors premier lord de Tamirauté, afin d'obtenir la sanction du roi pourr envoyer une expédition chargée de reconnaître jusqu où la mer était navigable vers le pôle arctique. Le roi ordonna d'entreprendre sur-le-champ cette expédition , et
d'accorder tous les encouragemens nécessaires et tous les secours qui pouvaient eu y assurer le succès. ^
Deux bombardes 9 le Racehorse et la.
Carcasse f furent choisies comme les bâtiment tes pif» fortsi la peemière avàil «piatre**vingt-dix hommes d'équipage^ et la ^ seconde quatre-viugts» avec un-nombre additionnel d'officiers. Le* commandement de Texpédifion fut donné au capitaine Constantin Jean Phipps, depuis lord Mulg rave, qui monta le Racekorse^ le capitaine Skeffîng^ ton-|jutwidge commanda la Carcasse. Deux )Baîtres d'équipages, au fait de la navigation du Groënland, furent employés en qualité de pilotes. Israël Ljous, recommandé par le bureau de longitude, accompagna cette expédition intéressante en qualité d'astronome, et les bâtimens furent munis d^instriirnens de dlflférens genres, les ipeilleurs qui fussent alors connus.
Les deii^E bàtimens partirent du *Noré le 4 i'^'ii^ '77^- Le 27 , ils firent à minuit une observation qui détermina la latitude à 74<^ 26', et^ dans la soirée du même jour^' *
ils arrivèrent dans le parallèle de la partie . méridionale du Spitzberg avec bon vent, sans qu'il y eut aucune apparence de j^^lace et sans apercevoir de terre. Le lendemain on vit un morceau de bois de sapin flottant, <[ui n'était pas rongé par les vers; on eut connaissance de la terre. Le 29. on la longea de près; elle était formée de grands rochers noirs, hauts et stériles, sans la moindre marque de végétation; ils étaient nus et pointus en plusieurs endroits, et, en d'autres, couvets de neige qu'on apercevait même au-dessus des nuages. Les vallées, qui les séparaient, étaient remplies de neige ou de glace: cet aspect aurait fait penser cjue rhiver était perpétuel dans ce climat, si la douceur de l'air, le calme et la limpidité de la mer, l'éclat du soleil et un jour conlinuel , n'avaient présenté sous une face agréable et nouvelle celte scène impôsante et pittoresque (i). La latitude observée ce jour-là fut de 77** 69' 1 x'^.
Le 2 juillet, les Anglais nies urèrent une
(1) Voyage au pôle boréal j pag. 27.
montagne qui avait plus de 760 toises ' de hauteur. Le temps conlinnait à être superbe; à minuit, la latitude fut 78^ 23', et rinclinaison de Tai^uille magnétique 80^ 45'. Le 4» la latitude de Magdeleine Hoek fut déterminée à 79° 54', observation qui correspond exactement avec celle que Folherbj fit en i6i4. Le 6, ils rencontrèrent les glaces qui formaient une masse coatinue, ils la côtoyèrent pour s'assurer si elle touchait au Spilzberg, ou si elle en était détachée de manière à laisser un passage vers l'est; mais les pilotes et les officiers jugèrent qu'il n'était pas possible d'aller plus loin dans cette direction, et prévirent que les deux bâtimens seraient bientôt assiégés par d'énormes glaçons , parce que c'était à peu près l'endroit où la plupart des navigateurs avaient été arrêtés. Après bien des difficultés, on parvint à se frayer une route au , nord-ouest, à travers les parties les moins compactes de la glace. Le gonflement des vagues et l'épaisseur du brouillard forcèrent de se diriger vers le cap Hakluyt.
Le 9 au matin , on vil que la mer était en-
tièiremefil glacée à l'ouest. Oq était alors par SI» 2' à rest dÉGïWnWîdï> Phipps Vcma^^
que c'est le point le plus éloigné à Test du Spit;&berg> où ils purent parvenir pendant le Tojage. Le même jour, darts là foif^,^!»
latitude était So^ 36'. Ajani suivi le bord dé la glace de Test à l'ouest pendant plus dè dix degréSycPbipps xïommença à être convaincu qu'elle ne formait qu'une masse ^ solide et inipénétrable. Il courut donc à re8t> et^ le i3« mouilla dans Vogelsaiig»
bonne rade , prëé d'une pointe remarquable appelé^ le Rocher Fourchu ( Cloven GlifT), jMirce que sôd sommet ressemble ao pied foorcha d^un animal, ressemblance qui à toujours existé > puisqu'il a été nommé ainsi
hollandais 'qui frét^ia^ cW mers. Ce
rocher^ entièrement détaché des autres montagoes^ #|kréu9i w reste de l'ile par miislbmé bàs et èfrat^^^^ré^ebte'^k^tîlèm^ aspect de tous les cotés; et, comme il est presque perpendiculaire , sa couleur na* tureÛ«^Vèlll '^jamais 'Cad^ par la La klitude de ce rocher est 53' sa
Ni
longitude 9" Sq' 3o" est, la varialion de la boussole était de 20*' 38' <^uest, l'inclinaison de 82** 7'. * ' VLe therniomèlre difTërait très-peu à midi et à niiiiiiit ; à niidi il marquait 58® a (1 1© gg^^
et à minuit 5 1*^ (8° 44 • iG, par un temps superbe, le thermomètre qui, àTombre, étail à 49° (7** 5^) » monta, en peu de minutes, Sg'* \ (25'' irç) lorsqu'il fut exposé au soleil, et resta à ce degré pendant quelque temps, jusqu'à ce qu'une petile brise qui s'éleva le fît retomber de 10^ (7** 77 ) presque à l'instant. >'
Le 18, les batimensse dirigèrent de nouveau à Test, le long de la glace ; mais ils furent arrêtés, pourla troisième fois, presque au même endroit, par la glace qui bloquait en quelque sorte la terre, sans qu'il y eût aucun passage au nord ou à Test. Il y avait cependant de petites ouvertures dans l'une desquelles ils allèrent jusqu'à 80° 3 V- Pour la quatrième fois , Phipps fît une leptalive pour s'avancer à l'est; il doublaTîle • Moffen; et, en naviguant au nord au milieu des glaçons détachés, il se trouva, le 27, à
8o^ 48'; il ^iit alors arrêté par la pfrande masse de g^lace qui se prolongeait à peu près- en ligne droite de l'est à l'ouest. A Hiinnit, la latitude observée était de So^ 5y^; et, le lendemain, lorsqu'il était en vue des Sept Iles , la longitude était i5<» 16' 4^'^ est. . Quelques officiers abordèrent , en canot,' dans une pétile ile à TeiTibouchure du détroit du Waigat (1). Ils virent de gros sapins couchés S'ir la cote, à seize ou dix- huit pieds au-dessus du niveau de la mer; quelques-uns de ces arbres avaient soixante-dix pieds de long et avaient été déracinés, d'autres coupés à la hache et entaillés à douze pieds de dislance en distance; le bois fl'était aucunement gâté, et les coups de hache n'étaient nullement effacés. Il y avait aussi quelques douves de tonneaux et des poutres équarries. La grève était composée de vieux merrains , de sable et d'os de baleines. Le milieu de Tile était couvert de mousse, de cochléaria, d'oseille et de qiiel-
(1) Ce détroit du Waygat ou Hinlopen sépare leg deux grandes îles qui forment le Spiizberg. (T.)
q4es renoncules alors en fleurs. On tit cletiit
rennes; OD en tua un, il était gras, et sa cbairavaîl beaucoup de. saveur. E» rêve-»
nantau bâtiment, les officiers blessèrent un
morse qui plongea immédiatement, et reparut bientôt accompagné d'un grand nombre d'mtres. Ces animanx se rénnirenttous pour attaquer le canot, arrachèrent un aviron des mains d'un des matelots > et ce fut avec beaucoup de peine qu'on parvint à les em-* pécher de briser ou de faire chavirer le * bâtiment.
Le 3o juillet» le temps fut d*une doueeur
et d'une sérénité extrêmes. « Il est rare , dit PhippS) de voir un ciel aussi clair : la scène qui s'offrait à jnos yeux était trèspittoresque ; les deux yaisseaux se trouvaient en calme dans une grande baiej on aper-.
cevait, entre les lies qui. la -formaient , trois ouvertures. Tout autour». les glaces s'éten*- . daient à perte de vue avec quelques courans d*eau ; pas le moindre 'souffle d'^irj J'eau pa^ . faitement unie , la glace couverte de neige / basse et égale partout, à l'exception d'un
petit, nombre de morceaux brisés près clet
bords; les flaques d'eau que Ton découvrait' au milieu de ces gros morceaux de glace étaient recouverts aussi d'une glace plus récente. >»
\ Les balimens se trouvaient alors pris par les glaces ; les pilotes qui, dans aucun de leurs précédens voyages, n'étaient jamais allés aussi loin au nord, voyant la saison s'avancer, commencèrent à concevoir de vives alarmes. Le i^''. août, la glace s'accumula de plus en plus autour des batimens, il ne restait pas alors la plus petite /Ouverture» La glace était, la veille, unie partout et presque au niveau delà surface de la mer; mais les morceaux s'étaient empilés les uns sur les autres, et formaient, en beaucoup* d'endroits, une espèce de montagne plus haute que la grande vergue. A midî^ la latitude mesurée par deux observations' fut de 80° 37', la longitude jg" o'' i5'^ est. Le 5, tous les matelots se mirent à l'ouvragre à cinq heures du matin pour couper' un passage à travers la glace et touer les deux: vaisseaux à l'ouest à travers les petites ouvertures. La glace était très-profonde; on
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trouva, enla sciant, desmorceaubcquî «vafefti douze pieds d épaisseur. Ce travail dura tout U toiir, mais sans aucon succès. Les bâtimens furent entraînés par les coufanS avcîf la glace dans un bas-tond où ils n'avaient que quatorze brasses d'eau. Après a voie bien réfléchi , Phipps proposa de quittei^ les bâtimens et de s'embarquer sur les cha-^ loupes pour se sauver. On les mit . dehors tout dé suite ainsi que les canots, et Totf prit toutes les précautions possibles poui»
jet les rendre plus solides. Un Vaina le^ etnKarcatîoiis sur la glace; le vent ayant soufflé faiblement, on mît déb&rsionteSi ^^làf»} les batiinens firent peu de chemti, mais on était prêt à forcer le pmû^ si la glace venait à se rotnp^é. Enfin, le lO, le vent soulfla du nord nord-est, et mit leà bâtimens en état de passer à travers d'é^ normes glaçons. Ils prouvèrent pli}É6iuiP# fois des chocs très violens. A midi, ils étaient en pleine tneri le 11, iU mouillèrent dan|i^ le liavre de Smeerenberg ou Pair Hafèt^ près de l'île d'Amsterdam, dont la pointe la ][vlû8 occidentale est le câp d'HaUuyt; ' ^
On voyait dans ce havre, dit Phipps, tine des plus remarquables glacières de ce pajs. Ces glacières sont de grandes masses tle glace qui remplissent les vallées entre les hautes montagnes; leur surface, du côle.
de Ja mer, est presque perpendiculaire ^ est d un vert léger, très- brillant. Celle dont je parle ici a environ trois cents pieds d elévalion, il en sortait une cascade d eau. Les montagnes noires, la blancheur de la neige et la belle couleur de la glace, formaient un tableau très-pittoresque et très-singulier* De grosses masses de glace se détachent souvent des glacières et tombent avec fracas dans la mer; nous en vîmes une que les flots avaient entraînée dans la baie et qui enfonçait 'àe Vingt-quatre brasses dans la mer; elle avait cinquante pieds de hauteur au-dessus de la surface de leau, et était de lamême couleur que les glacières, n
Le 1 9 , Phipps appareilla et remit en mer ; comme la saison était alors très-avancée, el^ que les brouillards et les ouragans allaient être continuels, il se détermina à faire route pour TAngleterre, où il arriva le sep.-?